28.01.2009
Ce que son plan de relance révèle sur le Parti Socialiste
Il y a une semaine, le Parti Socialiste révélait son alternative au plan de relance du gouvernement. Une première proposition de la nouvelle équipe menée par Martine Aubry qui révèle beaucoup sur cette nouvelle direction…
Un plan de relance plus important mais peu convaincant
En positif, il y a le montant du plan : les 50 milliards d’euros (dont 42 pour l’Etat) représentent le double du plan Sarkozy. En effet, le plan du gouvernement (à moins de 1,5% du PIB, et même moins de 1% en dépenses additionnelles) est beaucoup trop limité, par rapport aux 5% du PIB aux Etats-Unis… En outre, le plan comporte davantage de Grands Travaux. La proposition de hausse du SMIC de 3% fera sourire ceux qui se souviennent que les hausses étaient plutôt de 4% sous les deux mandats de Jacques Chirac.
Les deux autres mesures phares (un chèque de 500 euros pour 9 millions de ménages et la baisse de la TVA) sont de grosses erreurs. Aux Etats-Unis, la distribution d’un chèque de 1000 dollars au printemps 2008 a été un échec puisque seulement 30% de la somme a été dépensée, malgré un contexte inflationniste. Une telle mesure en France aujourd’hui risquerait soit d’être épargnée soit d’être dépensée en importations.
La deuxième mesure, certes prise par le gouvernement anglais, est encore plus stupide. En effet, la baisse des prix induite par la baisse de la TVA aurait un impact équivalent sur les hausses de salaires, ce qui la rendrait inopérante et ajouterait encore au climat déflationniste. Imaginons par exemple que cette mesure fasse passer la hausse des prix de 1 à 0% : nul doute que les entreprises y trouveraient un bon prétexte pour ne pas monter les salaires, dans un contexte économique difficile avec la hausse du chômage…
Un néolibéralisme populiste de gauche
Mais cette proposition de l’équipe de Martine Aubry a au moins le mérite de nous éclairer sur l’évolution idéologique du Parti Socialiste. En effet, une bonne partie de la solution à une crise économique consisterait donc à baisser les impôts et rendre de l’argent aux Français. On croirait entendre Ronald Reagan ou Margaret Thatcher ! D’ailleurs, la proposition de chèque n’est que la reprise d’une mesure du gouvernement de Georges Bush… S’en remettre de la sorte aux forces du marché révèle bien le fond néolibéral du PS.
Mais ce fond est tout de même corrigé par des accents populistes de gauche. En effet, l’ensemble des propositions, à défaut de faire sens d’un point de vue économique, a le mérite d’être populaire auprès d’un électorat qui ne peut qu’apprécier des baisses d’impôt et la réception d’un chèque. En outre, le choix de ne verser ce chèque qu’à 9 millions de ménages et le choix de la TVA comme impôt à baisser est un moyen de signifier que le PS est toujours à gauche. Néolibéral certes, mais un minimum de gauche…
Cette présentation du plan de relance du Parti Socialiste ne fait que confirmer tout ce que l’on peut penser sur le parti dirigé par Martine Aubry : absence d’idées nouvelles (toutes les propositions sont reprises à d’autres), manque de jugement économique et un accent néolibéral toujours plus marqué.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/21/le-ps-devoile-son-contre-plan-de-relance_1144561_823448.html#ens_id=91015610:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : plan de relance, parti socialiste, martine aubry, tva
22.08.2008
Sarkozy 15 mois après : la dialectique de la déresponsabilisation
À première vue, l’omni présidence de Nicolas Sarkozy semble être un système où la responsabilité individuelle des dirigeants politiques, et notamment du premier d’entre eux, est clairement établie. Dans la réalité, le président n’hésite pas à souvent rejeter la responsabilité des problèmes sur les autres.
Ce phénomène est particulièrement flagrant avec l’Europe. Nicolas Sarkozy tient un discours assez subtil sur l’Europe qui lui permet de rejeter une bonne partie des difficultés qu’il rencontre sur les institutions européennes tout en ne faisant rien pour changer leur mode de fonctionnement. Depuis deux ans, il dénonce fréquemment la politique monétaire de la BCE sans avoir tenté de changer son mode de fonctionnement lors de la négociation du traité de Lisbonne. Il critique ouvertement le travail de la Commission Européenne lors des négociations commerciales. Si les alter européens peuvent partager son diagnostic, il est difficile de ne pas voir une manipulation dans un tel discours tenu par quelqu’un qui a soutenu toutes les étapes de la construction européenne et qui n’a pas cherché à changer quoique ce soit qui permettrait de remettre en cause les politiques qu’il dénonce.
Mais il faut dire que Nicolas Sarkozy utilise souvent l’Europe pour s’exonérer des difficultés. Il n’a pas hésité à promettre aux marins pêcheurs des mesures dont il savait pertinemment qu’elles seraient refusées par Bruxelles. Pire, pour proposer quelque chose en réaction à la hausse du prix de l’essence, il a annoncé qu’il souhaitait baisser la TVA en sachant bien que ses partenaires européens refuseraient une telle mesure alors qu’il pouvait baisser la TIPP, ce qui ne nécessite pas l’accord de nos partenaires européens… Curieusement, le cynisme du président n’a pas été dénoncé alors qu’il pouvait baisser les prix de l’essence s’il l’avait vraiment souhaité et qu’il a fait une proposition pour donner le change tout en sachant qu’elle serait refusée, rejetant alors la responsabilité de la non-réponse à la hausse du prix de l’essence sur l’Europe, le bouc émissaire préféré de l’Elysée.
Cette tactique du bouc émissaire est un classique de la dialectique sarkozyste. Pendant la campagne présidentielle, il avait proposé que la déductibilité des intérêts d’emprunts immobiliers soit rétroactive, contrairement à toutes les règles fiscales en vigueur. Assez naturellement, le Conseil Constitutionnel a censuré cette disposition, ce qui a permis au gouvernement de rejeter sur ce dernier l’impopularité de cette limitation. Nicolas Sarkozy utilise volontiers cette stratégie quand il rejette sur la justice la responsabilité de certains crimes alors que le législateur est responsable du cadre législatif dans lequel la justice opère, et dont il est le premier responsable en tant qu’ancien ministre de l’intérieur et actuel président de la République. C’est aussi la stratégie qu’il a suivi en critiquant l’intérêt que les médias donnent à sa vie privée, après l’avoir exposée et utilisée sans guère de limites.
Nicolas Sarkozy est un bon avocat de sa propre personne. Et pour se défendre, il utilise à merveille une dialectique qui rejette la responsabilité de ses difficultés sur d’autres personnes (Europe, justice, médias…) pour s’exonérer de problèmes dont il est parfois le premier responsable.
10:56 Publié dans Actualités, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, tva, tipp, bce
01.07.2008
Narcisse éternel candidat
Hier soir, le chef de l’Etat s’est invité sur France 3 pour défendre son action et dresser les grandes lignes de la présidence française de l’Union Européenne. L’occasion pour lui de multiplier les promesses de dépenses et de développer un étrange discours sur l’Europe.
Hier soir, c’était la fête de la TVA. Hôtellerie, restauration, essence, bâtiment Haute Qualité Environnementale, disques, DVDs : partout, Nicolas Sarkozy promet de vouloir faire baisser la TVA de 19,6 à 5,5%. Il en a même profité pour égratigner Jacques Chirac en affirmant qu’il ne « voulait pas seulement tenir ses promesses mais aussi celle des autres ». Cette pique inélégante, inutile et peu républicaine est un peu facile de la part d’un président dont la multiplication des promesses compromet fortement la réalisation. Car après tout, comment pourrait-il réduire les déficits publics de 50 milliards en cinq ans tout en réduisant si fortement la TVA ? Et puis, après l’échec de sa proposition de baisse de la TVA sur l’essence, comment espére-t-il convaincre nos partenaires européens en chargeant la barque plus encore ?
Ce manque de sérieux budgétaire rappelle le candidat, dont le programme était un des plus chers. Pour l’instant, Nicolas Sarkozy continue à réciter un discours de campagne alors qu’il est en fonction. Il est vrai qu’il est meilleur candidat que président et que la première position est plus facile. Les Français s’en sont lassés et le temps qui passe rendra cette position de plus en plus difficile. Mais quitte à tenir un discours de candidat, le président n’y est pas allé de main morte sur l’Europe. Il a critiqué la politique de la BCE et recommandé à Jean-Claude Trichet de ne pas monter les taux d’intérêts. Il a critiqué le niveau de l’euro, qui pénalise Airbus, la politique commerciale du commissaire européen à l’OMC, le manque de protection vis à vis de la concurrence déloyale ou l’acceptation du poulet chloré.
À dire vrai, sur ces sujets, le discours du président sonnait juste. Son argumentaire sur la nécessité de ne pas monter les taux d’intérêt était très juste : il est vrai que l’inflation actuelle n’a rien à voir avec celle des années 70 et qu’une hausse des taux n’y fera rien. Sur tous ces sujets, il était très convaincant. Le problème est que sur l’Europe, il y a un monde entre ce que Nicolas dit et Sarkozy fait. Lors de la négociation du traité de Lisbonne, il aurait pu faire changer des choses mais il ne semble même pas avoir essayé. De même, quand il souligne les accords pris avec l’Allemagne sur la baisse des émissions polluantes, il dissimule de véritables redditions aux positions allemandes.
Et puis, ce show a également été l’occasion de contre vérités assez incroyables. Le locataire de l’Elysée a poursuivi son discours affirmant que les produits de la grande distribution sont 15% plus chers en France qu’en Allemagne, alors que même les enquêtes diligentées par le treize heures de TF1 montrent que cela est faux. En réalité, il faut veiller à comparer des produits comparables puisque la part du Hard Discount est beaucoup plus forte en Allemagne qu’en France. Il a aussi tenté un discours assez incroyable sur le prix du pétrole en affirmant que si l’Europe baissait les taxes, alors les Etats producteurs baisseraient les prix. Ce raisonnement hasardeux oublie le rôle du marché (!!!) et le fait qu’une baisse des taxes, et donc des prix, stimulerait in fine la consommation et donc les prix.
Le président a aussi poursuivi dans son rôle de fanfaron en soulignant que 60% des entreprises utilisaient les heures supplémentaires défiscalisées : ce chiffre, impressionnant, camoufle le fait qu’avant même cette mesure, une grande partie des entreprises utilisaient déjà les heures supplémentaires… Ensuite, il a osé se vanter des bons chiffres du chômage, d’autant plus hérités de l’équipe précédente que depuis le début de l’année, le chômage s’est stabilisé. Ensuite, devant des journalistes bien inoffensifs, il s’est vanté d’avoir visité nombre de sites industriels d’Airbus ou Arcelor, oubliant les promesses qu’il y avait fait… En tout cas, le président avait l’air heureux de lui-même et de sa prestation, oubliant son sourire uniquement pour évoquer la tragédie de Carcassonne.
Nicolas Sarkozy reste un formidable candidat pour peu qu’on ne gratte pas trop le fond de son discours car il vend plutôt bien sa propre personne. Le problème est la confrontation avec la réalité : notre Narcisse beau parleur s’y heurte tous les jours davantage.
Lire aussi le dossier intéressant sur les Narcisse dans le Marianne de la semaine
11:08 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, france 3, europe, présidence française, tva, marianne
07.06.2008
Bouger pour exister
Depuis quelques semaines, face à une opinion qui lui reste peu favorable, Nicolas Sarkozy a décidé de revenir à ces fondamentaux et de revenir en campagne. Résultat, c’est à un véritable déluge de lois, discours et déplacements que nous assistons, sans qu’un sens général n’apparaisse…
Le président est décidemment sur tous les fronts, éclipsant toujours plus l’hôte de Matignon, dont il ne faudra pas oublier le faire-part de départ pour que les Français se rendent compte qu’il n’est plus premier ministre… Nicolas Sarkozy multiplie donc les déplacements, en Italie pour le sommet de la FAO, en Pologne pour préparer la présidence française de l’Union Européenne, en Savoie pour soutenir les familles de l’accident de bus comme à Rungis, dès cinq heures du matin pour bien montrer qu’il est du côté de la « France qui se lève tôt ». Ce tourbillon lui permet de reprendre en partie la main en maîtrisant l’agenda médiatique et donne l’impression qu’il est sur tous les fronts.
Qui plus est, ce tourbillon touche également le domaine des propositions et de la loi puisqu’une multitude de réformes sont en cours en même temps. C’est ainsi que l’économie serait en train d’être modernisée, les institutions révisées, l’audiovisuel public transformé. Et parce qu’il n’en a jamais assez, le président a annoncé une réforme du lycée qui sera bouclée en 2012 et a demandé aux autorités européennes d’envisager une baisse de la TVA sur les produits pétroliers pour compenser les effets de la hausse du prix du baril. Malheureusement, le plus n’est pas le mieux. La réforme des Institutions risque bien d’être enterrée au Congrès. Et la loi dite « de modernisation de l’économie » est surtout un beau cadeau pour les lobbys.
Mais surtout, cet activisme n’a pas été exempt de nouveaux couacs. Les ministres des finances européens ont sèchement refusé la proposition du président, ce qui était plus que prévisible (et que le gouvernement espérait sans doute, tant on se demande comment il aurait pu le financer). Sur les 35 Heures, nous avons eu droit à une série de déclarations contradictoires, en passant de la proposition de démantèlement de Patrick Devedjian au recadrage de Xavier Bertrand, avant que le gouvernement lance à nouveau un projet de remise en cause. Enfin, sur l’affaire du mariage annulé, Rachida Dati a balancé entre déclarations contradictoires, victimisation et attaque hors de propos.
N’arrivant pas à convaincre les Français, Nicolas Sarkozy se rassure en remplissant l’agenda médiatique. Une telle saturation des médias a l’avantage de ne pas vraiment permettre un examen approfondi de chaque événement, mais il ne résout en rien la question du sens de cette présidence ou de sa direction.
11:08 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, lycées, tva, 35 heures



