27.09.2011
La défaite au Sénat, bande-annonce de 2012 ?
Dimanche, la majorité présidentielle a perdu sa majorité au Sénat, pour la première fois depuis les débuts de la Cinquième République. Simple conséquence logique des élections précédentes ou vraie mise en cause de Nicolas Sarkozy ?
Un échec pour le président
Bien sûr, l’essentiel de cette élection s’est joué avant, lors des dernières élections municipales, régionales et cantonales. Il était d’ailleurs surprenant que l’UMP espère conserver la majorité sachant que la gauche avait très largement gagné toutes les élections locales précédentes En un sens, ce résultat est la traduction logique des résultats accumulés depuis 2008. Mais en ce sens, il n’en constitue pas moins une défaite pour le président de la République.
En effet, les résultats de ces élections étaient en bonne partie dirigés contre Nicolas Sarkozy, qui ne fait que récolter ce qu’il avait semé. Mais en plus, ces élections ont démontré la fragilité de la majorité présidentielle, qui a été affaiblie par des candidats dissidents, qui ont même réussi à avoir de bons résultats, signe que la discipline se perd et que l’Elysée a du mal à tenir ses troupes. La contestation gronde, notamment au sein de l’aile centriste et modérée de la majorité.
En outre, le symbole est tout de même fâcheux à moins de sept mois du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy est le premier président de droite à perdre le Sénat (même si on ne peut pas forcément considérer que ce dernier était toujours derrière le président jusqu’en 1969…). Le président de la République collectionne les défaites avec une régularité de métronome, ce qui ne présage rien de bon pour une majorité qui craint de revivre 1981.
Une grossesse comme rideau de fumée
En outre, comment ne pas voir comme une manœuvre de diversion l’interview de Carla Bruni chez Michel Drucker à un moment où son mari subit à la fois une sévère défaite lors des sénatoriales et l’affaire Karachi ? Voilà un procédé bien misérable que d’utiliser son futur enfant à des fins de communication alors que Nicolas Sarkozy est en difficulté. Bref, le couple présidentiel n’en a pas trop fait mais il s’est gardé la possibilité de le faire dans un moment difficile !
Entre la montée du chômage, l’incapacité chronique mais prévisible des pays européens à gérer la crise de l’euro et l’affaire Karachi, il est difficile de ne pas y voir un parallèle saisissant avec un autre président élu dès la première fois où il s’était présenté. Valéry Giscard d’Estaing avait également abordé sa campagne de réélection dans un contexte trouble de hausse du chômage, de troubles internationaux avec la hausse du prix du pétrole et d’affaires (les diamants).
Bref, même si l’histoire ne se répète jamais complètement, Nicolas Sarkozy pourrait bien subir le sort de son lointain prédécesseur. Bien sûr, la majorité se rassure en affirmant que le président n’est pas en question dans le vote de dimanche. Mais la capacité à ne pas regarder la réalité en face est le meilleur moyen de se planter, comme Giscard en 1981 ou Jospin en 2002. Pendant ce temps, David Douillet a remplacé Chantal Jouanno au poste de ministre des sports.
Je reste quand même surpris par l’exercice de langue de bois que s’imposent les membres de la majorité. Ne serait-il pas plus sain de reconnaître la défaite ? En refusant de voir la vérité en face, ne démonétisent-ils pas leur parole ?
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16.04.2011
Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation
Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?
Angélisme, agitation, stigmatisation
Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…
A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.
Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.
Immigration et laïcité en version républicaine ?
Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.
Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.
On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.
En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.
Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.
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11.04.2011
Jean-Louis Borloo entre sécession et dissuasion
L’ancien ministre de l’écologie a fait un grand pas vers le Rubicon la semaine dernière en annonçant sa décision de quitter l’UMP, de créer un nouveau rassemblement et d’envisager sa candidature pour 2012. Mais quelles sont ses véritables intentions ?
Embouteillage au centre
La perspective d’une candidature de Jean-Louis Borloo pour 2012 est à multiple tranchants. Bien sûr, beaucoup y voient le risque d’une division des voix de la majorité qui pourrait bien contribuer à éliminer Nicolas Sarkozy du second tour de l’élection présidentielle. Mais les implications sont peut-être plus complexes. En effet, beaucoup de candidats se bousculent autour du centre politique, pas forcément au détriment du président sortant par ailleurs.
En effet, outre François Bayrou et Hervé Morin, Jean-Louis Borloo chasse plus largement sur les terres de Dominique de Villepin, et même Eva Joly ou Dominique Strauss-Kahn. Tous ces candidats sont relativement proches sur l’échiquier politique, partagent une même acceptation de la mondialisation néolibérale ou de l’Europe, et un refus de la dérive sécuritaire et identitaire de l’UMP. Mais Jean-Louis Borloo présente la particularité d’être le seul à ne pas être hostile au président sortant.
Borloo, téléguidé par Sarkozy ?
On peut donc légitimement se poser cette question car l’ancien ministre est un ami du président et l’a vu très récemment, comme le soutient aussi Juan. Et son éventuelle candidature n’est pas forcément inutile à l’Elysée. En effet, rien ne dit qu’il ne touchera pas principalement des électeurs qui n’auraient de toutes les façons pas souhaité voter pour Nicolas Sarkozy. Il est possible qu’il tire son électorat des rivaux du président plutôt que de celui du président lui-même.
En outre, une candidature Borloo complique plus encore une éventuelle candidature de Villepin qui aurait un concurrent de plus, sachant qu’il affronte déjà DSK et Bayrou, qui sont sur des registres très proches. La menace d’une candidature de l’ancien ministre pourrait achever de dissuader l’ancien premier ministre d’y aller. Enfin, rien n’empêcher Jean-Louis Borloo de tester sa candidature et de la retirer au dernier moment s’il s’avèrerait qu’elle gêne plus le président qu’elle ne l’aide.
La déclaration de Jean-Louis Borloo est trop rapidement vue comme un affaiblissement de Nicolas Sarkozy. C’est peut-être le cas. Mais cela pourrait aussi être un ballon d’essai destiné à en dissuader d’autres et à créer une aile centriste pour contrebalancer une UMP droitisée.
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30.03.2011
Copé, Fillon : la discorde chez la majorité
Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.
Règlement de compte à UMP-Corral
Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.
Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après 2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.
La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité
Majorité au bord de la crise de nerfs
Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.
Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).
Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.
Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.
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29.03.2011
Le vote FN est, logiquement, un vote social
C’est un sondage publié par Marianne 2 qui l’a révélé : quand Marine Le Pen fait 21%, elle obtient 34.5% des intentions de vote des employés et 37.5% de celles des ouvriers. Le vote FN est un vote social.
Un vote sanction contre un système injuste
Le fait que le Front National réunisse les suffrages de plus d’un ouvrier sur trois est impressionnant. Ces scores, extrêmement sévères pour l’UMP, mais plus encore pour la gauche, montrent que les classes populaires ont totalement perdu confiance dans les partis de gouvernement. De la sorte, elles sanctionnent ces partis qui les ont abandonnées à cette globalisation néolibérale porteuse d’inégalités, qui délocalise leurs emplois et comprime leur pouvoir d’achat.
En effet, l’intégralité de la création de richesses économiques va depuis dix ans aux 10% des Français les plus riches, dans les profits des entreprises et les dividendes pour leurs actionnaires, qui battent record sur record. Et avec le sauvetage des banques, cette crise a démontré que si les profits sont privatisés, les pertes peuvent être collectivisées. Pire, pour sauver l’euro, les gouvernements européens sont littéralement en train de saigner les peuples, en Grèce, en Irlande ou au Portugal…
Dès lors, étant donné que PS, UMP, Modem et écologistes défendent globalisation et déréglementation et ne proposent rien pour le réformer, il est logique que les classes populaires, premières victimes de ce système injuste, instable et inefficace se tournent alors vers le principal parti qui le dénonce: le Front National. Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin et Philippe de Villiers ont porté une telle parole, mais leur effacement a libéré du terrain pour Marine Le Pen.
Comprendre ce vote pour y répondre
Pour toutes ces raisons, le vote FN est parfaitement compréhensible. Après tout, il est parfaitement légitime de ne pas vouloir voter pour des partis trop souvent d’accord sur les questions européennes ou de libéralisation. Il est totalement absurde et choquant d’insulter les électeurs du Front National. De deux choses l’une, soit ce parti doit être interdit (et il n’a rien fait pour l’être) soit il faut arrêter de jeter l’anathème sur ses électeurs qui expriment juste un choix démocratique.
Ce vote est notamment un cri de Français qui ont mal à leur démocratie, qui ont envie d’un changement que PS, UMP, Modem, Verts sont incapables de leur apporter. C’est le cri de Français qui souffrent du chômage, de fins de mois difficiles, qui craignent le déclassement pour leurs enfants (pour la première fois, une génération pense que ses enfants vivront moins bien qu’elle, ce qui est triste). Bref, c’est un désir de changement qui ne trouve pas encore de traduction concrète.
L’alternative, ce n’est pas forcément le FN
Mais essayer de comprendre les électeurs du Front National ne doit pas mener forcément à de la complaisance avec le parti. Critiquer le FN parce qu’il a investi un jeune nazillon aux cantonales, ce n’est pas critiquer ses électeurs. Au nom de quoi faudrait-il tout lui passer parce qu’on se situe aussi dans l’opposition aux politiques européennes et de déréglementations menées par le Parti Socialiste et l’UMP, et soutenues par les Verts et le Modem ?
C’est exactement ce que souhaitent UMP et PS. Si l’alternative se cantonne au FN ou à des partis proches, alors elle sera teintée par les scories de ce parti. Le système utilise le FN pour se maintenir. Au contraire, il est essentiel que les Français comprennent que l’alternative est plurielle et qu’elle n’impliquera pas forcément le FN. C’est pourquoi il faut montrer qu’une alternative distincte et indépendante existe. Il y a Debout la République, il y a le MRC et il y a le Front de Gauche.
Il est également heureux que des intellectuels alternatifs affrontent la vindicte bien-pensante pour développer des thèses originales. Merci donc à Jacques Sapir ou Emmanuel Todd, qui a signé une très belle tribune au sujet de la montée du FN. Et merci aux journalistes qui honorent le débat public en ouvrant leur colonne à tous les penseurs libres, Philippe Cohen, Elisabeth Levy et Eric Zemmour, contre lesquels une gauche antisociale a fait une campagne révoltante.
Aujourd’hui, les Français ont le choix. Ne compter que sur le FN pour apporter le changement est une erreur, entre ses scories et ses difficultés à casser le plafond de verre. La crise est forte. Les mouvements du corps électoral seront brutaux. Ne nous enfermons-pas dans une voie sans issue. Un petit peut devenir grand.
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28.03.2011
France recherche désespérément une autre alternative
Hier avait lieu le second tour des élections cantonales, qui a confirmé les résultats du premier : très forte abstention, sanction sévère de l’UMP, victoire en demi-teinte du Parti Socialiste, percée du FN. Mais au global, il semble surtout que les Français n’aient pas encore trouvé l’alternance qu’ils attendent.
Une sanction sans précédent pour l’UMP
Certes, en nombre de départements, le parti présidentiel semble bien résister, mais il faut noter que le scrutin de référence, en 2004, avait déjà été un gros échec. Au final, la gauche devrait contrôler au moins soixante départements. Mais surtout, les sondages pour le premier tour des élections présidentielles de 2012 indiquent l’immense faiblesse du président sortant, qui serait éliminé par Marine Le Pen face à la plupart des candidats du Parti Socialiste.
Mais malgré les sondages incroyables de Dominique Strauss-Kahn ou les bons résultats du second tour, il n’y a clairement aucun enthousiasme pour le Parti Socialiste. Non seulement le PS a perdu des voix par rapport aux élections cantonales de 2004 ou de 2008 mais, hormis DSK, ses candidats peinent à dépasser 20% au premier tour dans les sondages pour les présidentielles, malgré le rejet massif du président sortant, signe qu’il est un choix par défaut, et rien de plus.
Le Front National, une vraie percée et des limites
Il y a deux manières de regarder les résultats du FN. Objectivement, les scores du premier tour étaient très élevés, puisque le parti de Marine Le Pen a talonné le parti présidentiel, dans des élections qui ne lui étaient pas vraiment favorables puisqu’elles favorisent l’implantation locale des grands partis. En outre, son parti a gagné plus de trois cent mille voix entre les deux tours sur les cantons où il était présent, signe qu’il parvient à aller au-delà du cercle de ses électeurs du premier tour.
Néanmoins, ce scrutin montre aussi les limites du parti frontiste. Tout d’abord, il n’a que deux élus, ce qui augure mal de ses capacités pour les élections législatives. Ensuite, son score n’est peut-être pas si élevé dans un contexte aussi favorable (crise, effondrement de l’UMP, PS peu convaincant). Après tout, il n’a fait que 3 points de plus qu’en 2004 et les sondages pour les présidentielles ne le placent que marginalement au-dessus des 19% du duo Le Pen – Mégret de 2002.
Ni UMPS, ni FN
En effet, si Marine Le Pen fait à peine plus que le score de l’extrême-droite en 2002, on pourra se poser la question de la capacité du Front National à représenter une réelle alternative. En-dessous de 25%, le score de sa nouvelle présidente montrerait que le parti se heurte à un plafond de verre particulièrement solide, signe que si beaucoup de Français sont prêts à utiliser ce vote pour exprimer leur colère, une large majorité refuse absolument de lui confier les rênes du pouvoir.
En fait, les Français expriment clairement leur volonté de tourner la page de l’UMP et de Nicolas Sarkozy. Mais il n’y a aucune véritable envie du Parti Socialiste qui pourra, au mieux, gagner ces élections par défaut en suscitant moins de rejet que l’UMP et le FN. Bref, les Français ne veulent plus de l’UMPS, mais pas non plus du Front National. Ils veulent une véritable alternative à la globalisation néolibérale conduite par les grands partis au pouvoir mais sans les scories du FN.
A un an du premier tour des élections présidentielles, les Français ont exprimé leur rejet de Nicolas Sarkozy et un manque d’enthousiasme pour le Parti Socialiste. Mais ils sont loin de se jeter dans les bras du Front National malgré un contexte qui lui extrêmement favorable. Bref, ils attendent autre chose.
09:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : élections cantonales, nicolas sarkozy, front national, ump, parti socialiste, marine le pen, dominique strauss-kahn, umps
26.02.2011
PS / UMP : la sale campagne qui commence
Depuis quelques semaines, la campagne pour l’élection présidentielle a commencé. Même s’ils ne se sont pas encore déclarés officiellement, il est difficile de ne pas comprendre que Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn s’affronteront. La campagne promet d’être moche.
DSK, de la prise de guerre à l’ennemi
Il y a quelques mois, le président et l’UMP avaient souvent des mots très positifs à l’égard du patron du FMI, qu’ils distinguaient clairement des autres socialistes. Il représentait le sérieux, le réalisme sur la réforme des retraites (où Nicolas Sarkozy ne s’était pas privé de le prendre à témoin). Mais la perspective sa candidature a radicalement modifié le discours. L’Elysée semble avoir concocté un argumentaire repris par tous les soutiens du président (Copé, Raffarin, Baroin…).
Inconscience ? Bêtise ? Difficile de ne pas voir les immenses limites de cet argumentaire. La crédibilité des attaques du jour est nettement amoindrie par les compliments d’hier. Et l’agressivité semble mauvaise conseillère. Attaquer DSK sur le fait qu’il soit coupé des réalités de la France est assez risible de la part de personnes qui soutiennent Nicolas Sarkozy, l’ancien maire de Neuilly, le président du Fouquet’s parti sur un yacht après son élection, le président du paquet fiscal…
Si ces attaques collent à son statut de président du FMI, elles sembleraient plus adaptées à la campagne des primaires dans la bouche d’Arnaud Montebourg. Il n’est pas sûr que les arroseurs ne finissent pas arrosés. Et si le petit monde médiatique semble très impatient de sa candidature et souhaite qu’il aille plus vite, cela ne semble guère être la préoccupation des Français. Bref, une bonne partie de la campagne contre le probable candidat socialiste semble bien maladroite.
Quand les socialistes dérapent
Il faut dire qu’il est difficile de se battre sur les questions européennes, voir même de réglementation économique. Comme Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn parle beaucoup de moralisation du capitalisme et de justice sociale. Il suffit d’aller à Athènes, où les grèves se multiplient, le pouvoir d’achat s’effondre et le pays s’enfonce dans une crise à l’Argentine pour constater à quel point DSK promeut des politiques totalement antisociales.
Et le PS vient de commettre un gros dérapage avec la publication d’une affiche qui compare assez ouvertement Nicolas Sarkozy à Hitler ! Cette comparaison est ridicule et honteuse. Elle démontre soit une ignorance crasse de la réalité soit une mauvaise foi absolument révoltante. Au passage, voilà un nouvel exemple de l’hystérie coutumière d’une certaine gauche toujours prompt à qualifier ses adversaires de fasciste ou de nazi, à tort et à travers, banalisant l’emploi de ces mots.
Bref, Marine Le Pen et les alternatifs républicains peuvent se frotter les mains. Le PS et l’UMP semblent partis pour une campagne bête et dure. A défaut de pouvoir s’opposer sur certaines questions essentielles (globalisation, déréglementation), ils s’agressent.
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17.05.2010
Christian Vanneste, honte de l’UMP
Christian Vanneste est un député du Nord tristement célèbre pour de nombreux propos jugés homophobes par beaucoup. Comme le rapport le Monde, il a de nouveau dérapé sur son blog en rapprochant homosexualité et pédophilie.
Un dérapage indigne d’un député de la République
Cet ancien professeur de philosophie écrit donc que : « L'éphébophilie, ce que l'on appelait naguère la pédérastie, c'est-à-dire l'attirance des hommes pour les adolescents pubères mais ambigus de traits, ne commence ni ne s'arrête à 15 ans. (...) Autrement dit le lien et même la confusion qui règnent entre l'homosexualité et l'éphébophilie est patent ». Pour lui, « l'opposition outrancière entre pédophilie et homosexualité n'est donc pas fondée en raison des tendances éphébophiles assez fréquentes dans l'histoire qui ignorent la frontière juridique de l'âge. »
Il est malheureusement habituel chez les homophobes d’assimiler l’homosexualité avec la pédophilie pour jeter un voile sombre sur ce qui n’est qu’une préférence sexuelle. Mais ce parallèle est complètement abusif. La pédophilie est un crime atroce et l’inceste ou les viols de petites filles par des hommes nous montrent malheureusement qu’il n’est pas fonction des préférences sexuelles. Il est sans doute malheureux qu’un ministre de la République ait écrit un livre relatant ses expériences de tourisme sexuel en Asie, ce qui contribue à propager un amalgame pourtant injuste.
Nous sommes tous les enfants de la République
L’élu UMP poursuit en affirmant qu’, "une société lucide sur son avenir devrait avant tout ne porter d'intérêt qu'à l'hétérosexualité tendant à la création de familles les plus stables possible". Il conclut sa note de blog par un appel en faveur du mariage chrétien, "institution la plus conforme aux valeurs républicaines". Si l’on comprend bien, pour lui, la République devrait donc trier ses enfants en fonction de ce qu’ils sont et non de ce qu’ils font, et donc traiter les homosexuels comme des citoyens de second zone. Il est révoltant de lire de tels propos sous la plume d’un député de l’Assemblée Nationale.
A un moment où le Portugal vient de légaliser le mariage pour tous, la France devrait au contraire se demander s’il ne serait pas temps d’aller plus loin que le PACS et de reconnaître que le mariage républicain ne saurait discriminer les couples en fonction de leurs préférences. Si l’Eglise catholique, par la voix du pape, veut continuer dans le rejet de l’autre et persister à trier ses ouailles en deux catégories pas tout à fait égales, la République devrait instaurer une véritable égalité entre tous ses citoyens, même si je reste encore circonspect sur la question de l’adoption.
Si l’UMP a ironisé sur le soutien de la gauche à Georges Frêche lors des régionales, le parti présidentiel porte également sa croix avec le député du Nord. Zéro partout, balle au centre ou ailleurs.
11:13 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : christian vanneste, ump, mariage
15.03.2010
Nicolas Sarkozy en échec
Même s’il avait affirmé ne pas s’impliquer dans la campagne des régionales et qu’à « campagne régionale, conséquences régionales », c’est bien le président de la République qui était à la manœuvre depuis plusieurs mois. Le résultat d’hier est un échec personnel.
Une stratégie présidentielle
A l’automne, Nicolas Sarkozy avait soutenu qu’il s’impliquerait dans les élections régionales, sans doute requinqué par les résultats des élections européennes et l’échec du Parti Socialiste. Et même si dans la dernière ligne droite, il a fait mine de s’en détacher, il était bien l’architecte de la stratégie de l’UMP. En effet, c’est lui qui a voulu faire des listes rassemblant toutes les composantes de sa majorité (MPF, NC, CPNT et autres groupuscules) dans le but de faire un gros score au premier tour et largement devancer le Parti Socialiste, qui n’avait pas fait liste commune avec ses alliés.
C’est également lui qui avait voulu le débat sur l’identité nationale, qui était censé piéger la gauche. Il avait donné de sa personne, par les déplacements qu’il avait accomplis dans les semaines précédant le scrutin et avait donné une interview au Figaro Magazine pour essayer de motiver le cœur de son électorat. Enfin, il avait demandé à ses ministres de s’engager dans la campagne. Bref, cette campagne était pour beaucoup la campagne de Nicolas Sarkozy et on peut sans doute voir sa patte dans les réactions des représentants de la majorité hier soir, qui déniait toute défaite.
L’échec de l’UMP
Cette stratégie est un échec sur toute la ligne. Le fait de rassembler tous les soutiens du président de la République n’a pas permis à l’UMP de faire un bon score. Le parti présidentiel est au plus bas et n’a aucune réserve pour faire mieux au second tour, ce qui lui laisse uniquement l’espoir de conserver l’Alsace. Tous les ministres candidats ont été largement battus, avec des scores très mauvais pour Xavier Darcos ou Bruno Lemaire. Enfin, même si la crise est sans doute la première raison de la remontée du Front National, le débat sur l’identité nationale l’a sans doute aidé…
En outre, ce ne sont pas les réactions de la majorité hier soir qui pourront l’aider pour le second tour. On avait l’impression d’entendre les dirigeants de l’Union Soviétique défendant leur bilan. Le déni de réalité a atteint un niveau absolument incroyable, entre un François Fillon qui dit que « rien n’est joué » et que le PS et l’UMP sont « dans un mouchoir » (alors que le premier, déjà devant, dispose de près 20% de réserves avec Europe Ecologie et le Front de Gauche…) ou un Yves Jego parlant de la « trahison » que PS et Europe Ecologie allaient faire à leurs électeurs en fusionnant…
Le Parti Socialiste va sans doute se réjouir d’un tel résultat mais il doit plus aux erreurs répétées de l’UMP, à la mauvaise situation économique et au décalage considérable entre les promesses de campagne du président et son bilan. Le score du Languedoc Roussillon est là pour relativiser le poids de la rue de Solférino. En outre, Ségolène Royal préserve l’avenir avec ses 39%. Debout la République signe un beau succès en Ile de France avec 4,15% (contre 2,5% aux européennes) en devançant le Modem de François Bayrou et le NPA d’Olivier Besancenot.
Mais le fait le plus marquant reste sans doute les plus de 50% d’abstention qui marquent une véritable fracture démocratique entre les Français et des dirigeants qui perdent chaque jour davantage la confiance de nos compatriotes.
11:32 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, nicolas sarkozy, ump, parti socialiste, debout la république
04.01.2010
François Fillon, recours de papier mâché
Pitié de journalistes qui n’avaient jamais vu un Premier Ministre ainsi humilié ? Depuis quelques mois fleurissent des articles, notamment dans le Monde, qui évoquent en termes positifs François Fillon, qui serait devenu un recours pour l’UMP. Fantasme ou réalité ?
Une théorie abracadabrantesque
Ce n’est pas la première fois que Le Monde pronostique un avenir politique pour François Fillon. Leur analyse, à première vue, semble intéressante. A force d’éclipser son premier ministre, ce serait Nicolas Sarkozy qui s’userait et qui protègerait son « collaborateur » des ravages du temps et de son bilan sur l’opinion. Le fait de ne pas être en première ligne lui permettrait de devenir un véritable recours pour la majorité, qui l’apprécierait finalement plus que le président.
Quelque soit son destin après les régionales, Le Monde pense qu’il pourra en tirer profit. S’il restait 5 ans à Matignon, « il pourrait gagner ses galons de réformateur et se construire un avenir », à la manière d’un Raymond Barre. Et s’il était remercié après les élections régionales, cela pourrait lui servir de tremplin, à la manière de Georges Pompidou en juin 1968. Bref, François Fillon jouerait gagnant quelle que soit la décision de l’Elysée. Sacrément habile pour le premier ministre le plus discret de l’histoire !
Le fantôme de Matignon
S’il n’y avait pas eu de précédent dans le journal vespéral, j’aurais pu croire à une blague, un 1er avril décalé dans le temps. Il faut croire que les journalistes ont bien pitié du premier ministre pour écrire un papier qui lui soit si favorable. Car si l’histoire peut être crédible, elle n’en reste pas moins très farfelue. Tout d’abord, il suffit de constater que la côte de popularité du premier ministre est de plus en plus proche de celle du président et que le petit bonus qu’il a conservé pendant un temps a quasiment disparu.
Dans la réalité, François Fillon est absent, insignifiant, l’homme politique qui a démonétisé Matignon plus que quiconque. S’il reste, c’est surtout parce qu’il ne gène pas Nicolas Sarkozy et que son insignifiance veut dire que personne ne complote pour son départ. Et s’il part, c’est parce que le président estimera qu’il lui faudra autre chose qu’un fantôme pour relancer son quinquennat.
Quand au possible recours, la bonne blague ! Pour 2012, il est clair que Nicolas Sarkozy sera le candidat de l’UMP et même Dominique de Villepin ne pourra pas lui contester ce rôle. Pour 2017, François Fillon est complètement en dehors des grandes manœuvres qu’ont déjà lancées Jean-François Copé ou Xavier Bertrand. Le président du groupe UMP à l’Assemblée ne semble pas craindre le premier ministre...
François Fillon atteint un degré d’insignifiance jamais atteint par un premier ministre depuis cinquante ans. Le plus probable est qu’il ne jouera qu’un rôle marginal en 2012, quel que soit l’issue de la probable candidature de Nicolas Sarkozy à sa réélection.
11:09 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : françois fillon, le monde, nicolas sarkozy, ump, 2012



