18.08.2008
Sarkozy 15 mois après : un bien mauvais négociateur
S’il y a un domaine où le style présidentiel permet assez bien de donner le change, c’est sa capacité à défendre efficacement les intérêts nationaux. La mise en scène efficace du pouvoir nous montre un président volontaire, énergique, toujours prompt à vendre son action. Le bilan réel n’est pas si flatteur.
C’est dans le cadre de l’Union Européenne que les faibles capacités de négociateur de Nicolas Sarkozy s’illustrent le mieux. Le nouveau président avait annoncé vouloir remplacer le défunt Traité Constitutionnel Européen par un « mini traité » limité aux questions institutionnelles. Finalement, il a avalé son chapeau et accepté un traité de Lisbonne à peine différent du TCE, mais a réussi la prouesse de présenter cette capitulation comme un succès personnel. L’Union pour la Méditerranée a également été constituée comme le souhaitaient les Allemands et pas comme le prévoyait le président Français puisqu’il a renoncé à en faire une institution indépendante de l’Union Européenne et a accepté que tous les pays de l’Union y participe, y compris les pays lettons ou scandinaves, dont on se demande ce qu’ils y font... Sur les émissions polluantes, c’est encore Angela Merkel qui a le mieux défendu ses intérêts.
Mais on pourrait répliquer que Nicolas Sarkozy est un bon VRP de nos entreprises. Cependant les milliards d’euros de contrats annoncés avec la Libye ou la Chine étaient une présentation bien flatteuse de la réalité. La plupart des contrats avaient été déjà signés avant sa visite et beaucoup d’autres n’étaient en réalité que des discussions. Ainsi, les 10 milliards de contrats annoncés lors de la visite de Kadhafi ne comportaient que 300 millions de nouveaux contrats ! Pire, les courbettes faites au dictateur libyen n’ont même pas réussi à le faire venir pour lancer l’Union pour la Méditerranée en juillet. Tout ça pour ça ! Vis-à-vis de la Chine, on ne peut pas dire que la France de Nicolas Sarkozy ait montré de grandes capacités d’influence : malgré sa présence lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. et la non rencontre du dalaï-lama, notre pays a subi un léger boycott alors que l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, absente aux J.O. et dont les dirigeants ont reçu le dalaï-lama, n’ont pas subi le moindre préjudice.
Et « l’idiot en colère », comme le surnommeraient les Chinois, n’est pas non plus toujours un brillant négociateur dans son propre pays. S’il a réussi à faire passer la réforme des Institutions aux forceps, l’accord de réforme des régimes spéciaux de retraite a été obtenu avec une quantité de concessions incroyables, dont plusieurs dispositifs qui permettront d’augmenter le niveau des retraites de manière très importante, ce qui pourrait augmenter le global du dispositif plutôt que le baisser ! On pourra objecter qu’il a réussi à faire passer des réformes importantes de la fonction publique, avec notamment des suppressions importantes de postes, mais cela montre seulement qu’il sait gérer les rapports de force qui lui sont largement favorables alors qu’il a beaucoup plus de mal à gérer ceux où il parle d’égal à égal ou avec plus fort que lui.
Au global, on peut vraiment se poser la question de ses capacités à bien défendre les intérêts de la France sur la scène internationale, tout comme l’intérêt général au sein de son propre pays, par-delà les effets de communication qu’il sait toujours aussi bien manier…10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, merkel, union européenne, libye, union pour la méditerrannée



