21.09.2011
Ce qui ne va pas avec les universités étasuniennes
Les universités de l’Oncle Sam dominent l’ensemble des classements internationaux, qui sont taillés pour elles. Mais avec le temps qui passe, les failles de ce système apparaissent de plus en plus clairement, comme le démontre une nouvelle fois un article de The Economist.
La faillite du modèle californien
L’hebdomadaire anglais revient sur les évolutions des universités publiques depuis une vingtaine d’années. Cet Etat propose deux universités : la California State University, moins prestigieuse, pour les études supérieures de courte durée, et la plus prestigieuse la University of California. La première coûtait seulement deux mille dollars par an en 2001, moitié moins que la moyenne nationale, alors que la seconde coûtait quatre mille dollars, dans la moyenne.
Dix ans après, la situation s’est sacrément détériorée puisque les frais annuels de scolarité dépassent six mille dollars pour la moins chère et plus de treize mille dollars pour la seconde (la moyenne nationale est passée à huit mille dollars). En effet, la part de financement public est tombée de 78% du coût en 1990 à 47% l’an dernier, et devrait encore baisser sensiblement cette année étant donnée la situation dramatique des finances publiques de l’Etat.
Résultat, le coût de l’éducation supérieure devient totalement prohibitif d’autant plus qu’ils ne prennent pas en compte le coût de la vie. Une étude démontre que le coût complet dépasse aujourd’hui trente mille dollars par an. Résultat, de moins en moins de personnes font des études supérieures et la Californie est tombée à 41ème place des Etats Unis pour la proportion d’étudiants par rapport au nombre de lycéens ! Seuls les plus riches et les surdoués peuvent faire des études.
Les conséquences dramatiques de la libéralisation
La situation des Etats-Unis nous démontre à quel point la privatisation de l’éducation supérieure est dévastatrice pour l’ascenseur social. Paul Krugman avait souligné dans « L’Amérique que nous voulons » que dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, un mauvais élève riche a autant de chance d’aller à l’université qu’un bon élève pauvre, environ 30%.
La libéralisation provoque inexorablement une explosion des prix car pour les meilleures universités, la concurrence se fait sur le campus et des professeurs. En outre, les meilleures études rapportent tellement d’argent que des investissements très lourds peuvent être rentabilisés, ce qui permet aux grandes universités de faire payer leur scolarité plus de trente mille dollars par an.
Résultat, les universités étasuniennes ont créé une forme de nouvelle aristocratie où seuls les plus riches peuvent accéder aux études supérieures à de rares exceptions prêts. Un véritable mur d’argent sépare les classes aisées des classes populaires mais aussi moyennes. Pire, comme l’avait montré The Economist, les meilleures universités ont tendance à faire un bien mauvais usage de cet argent, qui n’est pas vraiment utile et est trop souvent gaspillé dans des projets pharaoniques.
L’intérêt de cette expérience est de démontrer qu’il faut absolument résister à la privatisation de l’éducation supérieure car elle est un puissant frein à l’ascenseur social, une reconstitution, par la cherté de l’éducation supérieure de l’aristocratie d’antan.
08:59 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, universités, californie, paul krugman, the economist
09.09.2010
Santé, universités : quand le marché échoue aux Etats-Unis
Les libéraux et les néolibéraux affirment que la libéralisation et le marché pourraient être la solution à nos soucis dans presque tous les domaines, y compris la santé, la retraite et l’éducation. Malheureusement pour eux, les Etats-Unis montrent que ce n’est pas le cas.
Quand les universités dérapent
C’est The Economist, guère porté au collectivisme, qui a signé un papier très critique sur les universités étasuniennes, n’hésitant pas à les comparer aux constructeurs automobiles locaux avant leur chute. Pourtant, comme l’hebdomadaire anglais le souligne, ces universités dominent tous les classements internationaux, les étudiants se battent pour y entrer malgré un coût annuel proche de 40 000 dollars sans prendre en compte le logement et toutes les autres dépenses courantes…
Mais le portrait fait dans cet article n’est guère flatteur. Des étudiants qui travaillent de moins en moins (14 heures par semaine au lieu de 24 auparavant), des professeurs qui ne travaillent pas davantage (multipliant les congés sabbatiques et s’entendant tacitement avec les élèves pour ne pas se surcharger mutuellement), des dirigeants qui embauchent une administration pléthorique et font des travaux somptuaires pour le prestige de leur campus : voici les critiques du journal.
En fait, le prix semble être devenu un argument de vente, poussant toujours plus haut les frais d’inscription, dans une espèce de bulle où les frais supplémentaires ne rapportent rien de concret. Pour The Economist, les universités étasuniennes doivent se réveiller rapidement si elles ne veulent pas subir le sort des constructeurs automobiles de Détroit ! Et encore, le papier ne prend pas en compte l’effet très pervers de blocage de l’ascenseur social qu’évoque Paul Krugman.
Quand le système social dérape
Mais la libéralisation s’est également étendue au système de protection sociale, pour le plus grand malheur des Etats-Unis. Le système de retraite par capitalisation a montré toutes ses limites ces dernières années puisque les krachs boursiers et immobiliers ont réduit les retraites de certaines personnes à des niveaux leur imposant de se remettre à travailler, passé 75 ans. Ceci démontre la folie d’un système par capitalisation où les petites pensions varient avec le marché…
Mais ce n’est guère mieux pour la santé. Les Etats-Unis arrivent à la situation paradoxale où leur système, qui coûte au moins 50% de plus que tous les autres systèmes de santé du monde (France incluse) tout en ayant un résultat qualitatif très médiocre (la 37ème place sur le classement mondial de l’OMS). Bref, là encore, la libéralisation et le marché ne sont pas forcément la solution pour l’intérêt général. Les exemples abondent outre-Atlantique de disfonctionnements du marché.
Pour le système de santé, les raisons sont multiples. Le coût extrêmement élevé de la santé a plusieurs sources directement explicables par la libéralisation : l’explosion des frais de commercialisation, la marge bénéficiaire demandée par les actionnaires et l’envolée des coûts que peut provoquer un marché libre, comme l’illustre bien la situation des universités. Mais le pire est que pour la santé, l’efficacité n’est même pas au rendez-vous et 15% de la population en était exclue !
Bien sûr, la nationalisation n’est pas toujours la solution et le secteur public est loin d’être toujours efficace. Mais les libéraux devraient tout de même reconnaître que tel est aussi le cas de leur très cher marché, comme le montre bien la situation des Etats-Unis.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, the economist, universités, système de santé, retraites par capitalisation, retraites par répartition, oms
14.08.2008
Sarkozy 15 mois après : ce qu’il a réussi
Parce que nul bilan ne saurait être complètement blanc ou noir, et parce que les critiques ont sans doute moins de valeur quand on ne sait pas reconnaître les réussites, il est intéressant de commencer ce bilan d’étapes par les réussites du président et de son gouvernement.
La première des réussites est sans doute assez bien illustrée par son voyage éclair pour contribuer à trouver une solution à la guerre qui a été déclenchée entre la Russie et la Géorgie. Nicolas Sarkozy fait toujours preuve d’un grand volontarisme, qui réjouit de la part d’un dirigeant politique. Oui, les politiques peuvent déplacer des montagnes, quand ils le veulent vraiment, et le président l’a parfois montré, que ce soit pour le sauvetage d’Alstom ou la fusion Sanofi-Aventis. C’est ce volontarisme qui a aussi abouti au Grenelle de l’Environnement ou à l’Union pour la Méditerranée. Par-delà toutes les limites de ces constructions et même si elles ne tiennent pas toutes leurs promesses, ce sont des initiatives bienvenues et qui montrent tout ce que la Politique peut réussir à faire.
Et ce volontarisme, s’il est souvent de façade, est parfois au service de justes causes. C’est notamment le cas de l’enseignement supérieur. Pour le coup, le gouvernement a décidé d’une réforme en profondeur de nos universités, tout en leur donnant des moyens largement accrus puisque pas moins de cinq milliards d’euros supplémentaires seront consacrés à l’enseignement supérieur. Mieux, l’autonomie accordée aux universités donnera davantage de responsabilités à leurs dirigeants et devrait encourager la prise d’initiatives. Encore mieux, le gouvernement a décidé de ne pas saupoudrer son effort, puisque dix universités prioritaires devraient recevoir le gros des sommes engagées, ce qui leur permettra d’avoir les moyens pour affronter la concurrence internationale.
Le gouvernement a également fait avancer la réforme de l’Etat. Bien sûr, tous les aspects de cette réforme ne sont pas forcément réussis et on peut contester certaines décisions. Néanmoins, jamais un gouvernement n’avait entrepris de réformer aussi en profondeur l’organisation de l’administration française, qu’elle soit judiciaire, hospitalière ou militaire. Cette réorganisation en profondeur va permettre à l’Etat de retrouver des marges de manœuvre financière et également d’améliorer la qualité du service public. L’épisode de la réforme des régimes spéciaux de retraite est également intéressant, car même si, au final, le gouvernement a sans doute trop cédé, il est bon de montrer que des dirigeants politiques peuvent faire passer une réforme malgré la pression de la rue.
Malheureusement, ces points positifs restent relativement isolés dans le bilan global de la présidence de Nicolas Sarkozy. Je reviendrai dans les prochains jours sur les aspects plus négatifs en commençant demain par son mauvais bilan économique.
11:48 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, russie, alstom, sanofi-aventis, universités



