12.06.2008

Le naufrage de la diplomatie française

Le déplacement de Nicolas Sarkozy pour le conseil des ministres franco-allemand en Bavière a été l’occasion de souligner le réchauffement des relations avec nos voisins d’outre-Rhin. A posteriori, cela souligne les difficultés de notre diplomatie en Europe, mais aussi dans le monde.

En France, Nicolas Sarkozy est souvent présenté comme l’homme qui a sauvé l’Europe avec la signature du traité de Lisbonne, celui qui a créé l’Union de la Méditerranée, ou celui qui s’active aux quatre coins du globe, notamment pour la libération d’otages, que ce soit Ingrid Bettancourt ou des infirmières bulgares. Même s’il a mis beaucoup d’eau dans son vin concernant la défense des droits de l’homme et que le séjour de Kadhafi a été dénoncé jusque dans les rangs de son propre gouvernement, au global, le bilan diplomatique du président de la République est présenté de manière positive. À l’étranger et dans quelques médias français, l’image est beaucoup moins flatteuse. Si vous avez des connaissances dans d’autres pays, elles vous répèterons invariablement que le président français est perçu comme un agité aux mauvaises manières, pas sérieux et qui fait honte à l’image de la France.

On pourrait croire à tort que les excès « people » de Nicolas Sarkozy sont à l’origine de cette bien mauvaise image. Après tout, la mise en avant de sa vie publique avec Cécilia, puis le divorce, suivi de la rencontre puis du mariage avec Carla Bruni ont fait beaucoup de bruits. Le tout ajouté à la nuit au Fouquet’s, au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré, aux Ray Ban, à la Breitling et à un langage bien peu distingué quand il sort du cadre des discours écrits par ses conseillers aurait pu expliquer la mauvaise image de Nicolas Sarkozy en dehors de France. Cette rupture avec le style de Jacques Chirac ou Dominique de Villepin, cadre bien mal avec ce que les pays étrangers attendent de notre pays.

Mais le mal est beaucoup plus profond qu’un simple problème de style. Nicolas Sarkozy a également dilapidé son crédit en faisant de multiples entorses au protocole diplomatique. Sa visite en Inde a choqué par sa brièveté, dans un pays où les visites de Chef d’Etat dure au moins quatre jours. Les Allemands ne le prennent clairement pas au sérieux : après avoir « embarqué » un stylo Montblanc lors d’un déplacement en Roumanie (avec l’accord du premier ministre roumain), Angela Merkel lui a offert un stylo à la réunion suivante… Les Allemands goûtent également modérément les accolades très tactiles et familières du président français. Ils n’apprécient guère qu’après une dizaine de rencontres avec la chancelière, il appelle toujours son mari monsieur Merkel (le nom de son premier mari), comme si Angela Merkel appelait Carla Cécilia… Le Vatican se souvient encore de son retard et de ses SMS passés pendant le discours du Pape, comportement que le Times avait jugé digne de Paris Hilton ou Britney Spears…

Bref, notre président ne fait décidemment pas sérieux, voire définitivement vulgaire. Pire, il est également ridiculisé par son faible pouvoir de négociation. Car s’il est présenté comme un bâtisseur de l’Europe, la réalité est un peu plus complexe… En fait, le traité de Lisbonne correspond surtout à ce que voulait l’Allemagne. À l’origine, Nicolas Sarkozy voulait un « mini traité » focalisé sur les questions institutionnelles. Mais les Allemands ne voulaient pas remettre en cause le TCE originel. C’est ainsi que contre quelques concessions mineures et pour apparaître comme le sauveur de l’Europe, il nous a fait manger notre chapeau. De même sur l’Union de la Méditerranée, au lieu d’une nouvelle institution de dialogue entre les pays du bord de la Méditerranée, l’Allemagne a obtenu d’en faire le prolongement d’une simple politique antérieure de l’Union. C’est ainsi que la Suède ou la Pologne y participeront…

Bref, même si cela peut paraître excessif, la diplomatie française est en lambeaux. S’il arrive encore à donner le change grâce à une couverture médiatique favorable, dans la réalité, Nicolas Sarkozy est vu comme un guignol un peu vulgaire, qui plus est prêt à n’importe quel compromis pour signer un accord qui peut le faire briller. Pauvre France !

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/06/07/sarkozy-merkel-la-danse-des-crocodiles_1055108_3214.html#ens_id=1050815