08.06.2009

Les élections européennes bouleversent-elles le paysage politique ?

Les Français ont joué un drôle de tour aux prévisionnistes avec le bon score de l’UMP et des Verts et l’effondrement du Parti Socialiste et du Modem. Qu’est-ce que ces résultats disent du paysage politique Français et Européen ?

Les grandes tendances

Les résultats Français ressemblent aux résultats du reste de l’Europe. L’abstention atteint un nouveau sommet, la gauche modérée s’effondre et les Verts atteignent des sommets. Et finalement, ces résultats ont du sens. La force de l’abstention s’explique sans doute en partie par la crise. En effet, il y a six mois, on nous expliquait que l’Europe et l’euro nous protégeaient. Mais l’ensemble des peuples européens constatent que cela est faux puisque le PIB de la zone euro recule deux fois plus vite qu’aux Etats-Unis…

L’effondrement de la gauche, général en Europe, que ce soit pour les partis au pouvoir ou dans l’opposition, montre que les citoyens du continent ont bien compris que ces partis n’ont pas la moindre alternative économique à proposer. Cette sanction est donc méritée. Le succès des écologistes vient à mon sens du fait qu’ils représentent quelque part une véritable alternative à un système qu’ils ont toujours dénoncé. En votant pour les écologistes, les Français ont aussi voté contre un système économique.

Un autre regard

Les 28% de l’UMP représentent visuellement un beau succès. Mais il faut le modérer de deux manières : seulement 4 Français sur 10 ont voté. Et surtout, ce sont les personnes âgées et les CSP élevées, électorat naturel de l’UMP, qui se sont déplacées, favorisant la majorité. Résultat, dans une configuration avec une participation plus importante, le potentiel de Nicolas Sarkozy serait sans doute beaucoup plus limité. En revanche, la sanction à l’égard du Parti Socialiste semble à la fois justifiée et durable.

Le score des Ecologistes doit également être modéré. Après tout, c’est une chose de voter pour un parti aux élections européennes, c’en est une autre de voter pour lui lors des élections présidentielles. Philippe de Villiers pèse toujours beaucoup plus lors des premières que lors des secondes (12% en 1994, moins de 4,7% en 1995, puis 6% en 2004 et 2% en 2007). C’est pour cela qu’il ne faut surestimer les Verts ni sous-estimer un François Bayrou qui gagne une nouvelle cicatrice

Le score du Modem est clairement une énorme déception pour François Bayrou. Sous les 10%, loin derrière les écologistes et le PS, on pourrait croire son destin présidentiel mal-en-point. Mais il faut dire que cette élection était sans doute la plus dure, étant donné qu’il a toujours voté de la même manière que le PS et l’UMP. En outre, sa campagne n’a pas été bonne. Et comme les Français aiment bien les hommes politiques avec des cicatrices, cela ne le disqualifie pas forcément pour 2012...

Et Debout la République ?

À cette heure, nous sommes le grand absent des commentaires qui nous ignorent totalement, alors que les quelques chiffres que nous avons nous placent devant Lutte Ouvrière. La barre des 2% semble à notre portée dans plusieurs régions (Ile de France, Nord et Est notamment) et il faut espérer que le cap des 3% pourra être atteint en Ile de France. De tels résultats seraient un démenti cinglant pour les sondages qui nous annonçaient à 0,5%…

Malheureusement, ces sondages ont sans doute découragé beaucoup d’électeurs de porter leurs voix sur une liste aussi marginale, outre le fait de nous avoir barré la porte de nombreuses émissions. Au final, pour un parti aussi récent, qui présentait à peine une soixantaine de candidats aux législatives de 2007 (dont un quart avait dépassé 1%), cela représente une belle progression, surtout dans un tel désert médiatique. Un bel encouragement pour continuer le combat.

De manière assez amusante, Xavier Bertrand souligne que pour la première fois depuis 1979, la majorité arrive en tête lors des élections européennes. On sait pourtant ce qui arriva deux ans après au président d’alors. Souhaite-il la même chose à Nicolas Sarkozy ?