19.12.2008

Le retour de Villepin l’opposant

Alors que Bruno Julliard a « révélé » que Nicolas Sarkozy soutenait en sous-main les manifestants contre le CPE après avoir revendiqué la paternité du projet, Dominique de Villepin a répliqué hier matin sur France Inter en reprenant le flambeau de l’opposition qu’il avait brandi à l’automne 2007.

Villepin, ou l’opposant à contre courant

Il y a un peu plus d’un an, à la rentrée 2007, alors que Nicolas Sarkozy était encore très populaire dans l’opinion, Dominique de Villepin avait été le premier à formuler une critique globale de la présidence de son rival. Il avait mis en avant les phénomènes de cour, la remise en cause de certains principes républicains comme la laïcité, une certaine dérive médiatique et les mauvaises priorités de l’action gouvernementale (notamment la réforme des Institutions). Cette phase avait culminé en février 2008 par la signature de l’appel de Marianne au côté de François Bayrou et Ségolène Royal.

Il avait eu le courage d’être le premier à formuler certaines critiques, au point de devenir brièvement le premier opposant du pays dans certains sondages, alors que Nicolas Sarkozy était au zénith des sondages. Mais ensuite, l’ancien Premier Ministre s’était fait plus discret, arguant un besoin d’unité en période de difficulté. Aujourd’hui que le gros temps est passé, la présidence de l’Union terminée et le président remonté dans les sondages, Dominique de Villepin devient plus offensif. De manière assez élégante, il préfère être l’aiguillon d’un temps calme plutôt que d’attaquer le président quand il est à terre.

Une critique forte de la politique actuelle

Et la critique de la politique gouvernementale ne manquait pas de substance. Dominique de Villepin est revenu sur un argument qu’il avançait déjà il y a un an, à savoir la dispersion de l’action gouvernementale. Il y a quelques mois, l’argument portait sur la réforme institutionnelle. Aujourd’hui, cela porte sur le travail du dimanche, un « débat inutile » selon lui, pour une mesure qui « n’aura pas d’effet sur notre situation économique ». Il a également attaqué la réforme de l’audiovisuel, « une régression sur le plan des libertés publiques » et un risque pour les moyens financiers du Service Public.

L’ancien Premier Ministre a également critiqué le plan de relance « pas suffisant pour aider notre pays ». Il a attaqué « la confusion des projets, la confusion des initiatives ». Il a dit craindre que l’on ait pas saisi l’ampleur de la crise. Enfin, il a attaqué la distribution des milliards qui a conduit à faire exploser le déficit passé de 36 milliards à sa sortie de Matignon à 80 milliards pour l’an prochain. Enfin, en vue de 2012, Dominique de Villepin a estimé que « si l’on poursuit dans la voie actuelle, les résultats ne seront pas au rendez-vous », sachant que « Nicolas Sarkozy sera jugé à ses résultats »…

Quand on additionne tous les reproches faits par l’ancien Premier Ministre, on se demande vraiment s’il fait partie de la majorité ou s’il se considère dans l’opposition au pouvoir en place. La peinture de la présidence de Nicolas Sarkozy est bien peu flatteuse. Néanmoins, elle est argumentée et bien résumée. La dispersion est un principe de gouvernance de Nicolas Sarkozy et sa politique économique se résume à une série de coups souvent coûteux dont on se demande bien quelle est la cohérence. Globalement, il est difficile de ne pas voir dans chacune de ses critiques un constat difficilement contestable. 

Certains y verront une animosité mal placée. Mais Dominique de Villepin est sans doute l’homme politique qui formule la meilleure critique de l’action du président de la République, largement devant François Bayrou ou des socialistes plus concentrés à se critiquer eux-mêmes. Pour cela, merci.

Source : http://2villepin.free.fr/index.php/2008/12/18/974-audiovi...

http://lheraultrepublicain.midiblogs.com/archive/2008/12/...

26.08.2008

La nouvelle stratégie de Dominique de Villepin

Il y a un an, l’ancien Premier Ministre faisait une rentrée politique fracassante en critiquant l’esprit de cour qui régnait autour du président, sa politique étrangère, devenant brièvement le premier opposant de France. Sa rentrée 2008 marque un changement de stratégie radicale.

C’est non sans une certaine jubilation que Le Figaro retranscrit l’intervention de Dominique de Villepin au Grand Jury. En effet, aux critiques à peine voilées ont succédé des jugements beaucoup plus positifs : « estime », « une critique (de l’esprit de cour) qui vaut beaucoup moins », « une simplicité et un dépouillement dans la démarche qui n’existaient pas il y a six mois » et même un satisfecit international en relevant que « la diplomatie européenne, incarnée par Nicolas Sarkozy a joué un rôle crucial ». Cet apaisement peut paraître surprenant alors que l’affaire Clearstream traîne encore, deux ans et demi après son démarrage, indiquant sans doute que les magistrats n’arrivent toujours pas à trouver quelque chose contre l’ancien Premier Ministre. Mais, malgré cette détente, il ne semble pas souhaiter se présenter aux élections européennes en 2009, comme certains semblent le vouloir à l’Elysée même.

Même si ce changement radical de stratégie peut surprendre de la part du signataire de l’appel de Marianne du 14 février, il s’agit sans doute du meilleur chemin pour préparer l’avenir. L’attaque frontale réduisait Dominique de Villepin à sa rivalité avec l’actuel président, même s’il prenait toujours soin de se placer sur le front des idées. S’il avait gagné ses galons d’opposant, son message était réduit à un affrontement qui ne lui permettait plus de développer la moindre idée, comme le montre le Grand Jury, tel que le rapporte Malakine sur son blog Horizons. L’apaisement actuel peut lui permettre à terme de développer davantage ses idées et de construire une proposition alternative pour 2012, tandis que l’opposition trop forte au régime actuel brouillerait tout autre message. Il faut noter que son appel à distinguer « l’essentiel du subalterne » peut concerner l’équipe actuelle…

Certains pourront interpréter sa non candidature aux européennes comme une nouvelle preuve de sa trop grande distance avec le suffrage universel, tel un Delors ou un Balladur. Mais, outre que son style n’a rien à voir avec ces tièdes figures de notre vie politique, cet éloignement lui donne une liberté qu’il n’aurait pas eu s’il avait été élu en juin dernier et qui l’aurait contraint de s’exprimer sur tous les textes du gouvernement… Et les élections européennes ressemblent trop à un piège comparable à celui que François Mitterrand avait tendu à Michel Rocard en 1994. Mieux, et les commentateurs ne semblent pas le voir, cette stratégie permet à Dominique de Villepin de rester un égal de Nicolas Sarkozy alors que se présenter comme tête de liste UMP en 2009 le rétrécirait au niveau d’un affidé quelconque du président, d’un nouveau trophée.

Ce n’est que dans trois ans et demi qu’il sera possible de juger la pertinence de la stratégie de l’ancien Premier Ministre. Le virage actuel, qui aurait dû me déplaire a priori, me semble au contraire la meilleure des voies pour construire une candidature solide en 2012.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/08/25/01002-2008082...

23.08.2008

Sarkozy 15 mois après : le meilleur avocat d’une nouvelle rupture en 2012 ?

Pour clôturer ce bilan des 15 mois de Nicolas Sarkozy, je vais essayer de me projet un peu sur les conséquences de cette présidence sur la vie politique française. Alors, réélection en 2012 ? Victoire du Parti Socialiste ? Ou alors, création d’un besoin d’alternance plus radicale ?

La dialectique habile du candidat Sarkozy (dans la majorité, mais réclamant la rupture, libéral et de droite mais républicain sous la plume d’Henri Guaino) lui a permis d’accéder à la présidence de la République, parce qu’également il dégageait une compétence largement supérieure à ses rivaux. Une fois arrivé à l’Elysée, il continue d’utiliser les recettes qu’il utilisait comme candidat : saturation de l’espace médiatique, grande réactivité, rejet des erreurs ou problèmes sur les autres, discours mêlant des inspirations volontiers contradictoires. Malheureusement pour lui, le fait d’avoir beaucoup promis tout en ayant tous les pouvoirs ne lui permet pas de s’exonérer des difficultés du pays, que ce soit sur la croissance ou le pouvoir d’achat. La rupture entre la réalité et le discours volontariste de celui qui est au pouvoir devient chaque jour plus forte, hypothéquant son avenir.

Pourtant, un récent sondage de Marianne montre que si une nouvelle élection avait lieu, Nicolas Sarkozy gagnerait deux points au premier tour alors que Ségolène Royal en perdrait quatre, signe que si les Français sont déçus par le président, ils le sont encore plus par son opposante de 2007. Pire, les autres candidats potentiels du Parti Socialiste (Delanoë, Strauss-Kahn ou Aubry) feraient encore moins qu’elle au premier tour (ce que les médias ont « oublié » de signaler), signe que le discrédit du Parti Socialiste est extrêmement profond. Et ce ne sont certainement pas les prochains mois qui vont permettre au premier parti d’opposition de corriger cet état de fait. Le PS a deux options aussi létales l’une que l’autre : un consensus mou pour éviter la guerre des chefs, ou le combat sanglant. Aucune véritable rénovation intellectuelle ne semble devoir se produire dans un parti qui semble avoir renoncé à réfléchir à une véritable alternative.

Et c’est ce que les Français semblent avoir compris, ce qui peut ouvrir la voie à une alternance qui sortira de l’affrontement PS/UMP. En cela, bien qu’on le raille volontiers aujourd’hui, François Bayrou dispose de grandes chances pour 2012, malgré ses grandes limites. Après tout, son opiniâtreté, qui rappelle  celle de François Mitterrand ou Jacques Chirac, pourrait bien l’amener à l’Elysée car il sera un homme neuf : n’oublions pas qu’il est déjà passé de 6 à 18% en cinq ans. Dominique de Villepin peut également être un redoutable candidat s’il propose à la France une véritable alternative… Plus globalement, l’échec malheureusement probable de Nicolas Sarkozy poussera sans doute nos compatriotes à rechercher une alternative qui pourrait être « l’autre politique » promise depuis 1992 et que Nicolas Dupont-Aignan pourrait porter s’il franchit les élections européennes avec succès.

L’alliance du volontarisme affiché, des promesses à tout va et de réalisations limitées augure d’une nouvelle (et heureuse cette fois-ci) rupture en 2012. Les errements du PS ouvriront sans doute la voie à des candidats qui bouleverseront un  échiquier politique qui en a bien besoin.

04.04.2008

Dominique de Villepin, essence présidentielle

Hier soir, l’ancien Premier Ministre était l’invité des Mardis de l’ESSEC, qui se tenaient un jeudi pour l’occasion. Une occasion de constater à nouveau que tout le monde n’a pas forcément besoin d’efforts pour faire président…

C’est devant un amphithéâtre archi-comble que Dominique de Villepin a répondu pendant plus de deux heures aux questions des étudiants. International, Sarkozy, institutions, laïcité, il a abordé de nombreux sujets tout en définissant une véritable philosophie du pouvoir et de la vie. L’international demeure le sujet de prédilection de l’ancien ministre des affaires étrangères dont le discours à l’ONU du 14 février 2003 demeurera un moment fort de notre Histoire. À une question sur ce qu’il avait ressenti personnellement ce jour-là, Dominique de Villepin est rentré dans un registre plus personnel en disant qu’on peut se préparer toute une vie pour un moment comme cela, que défendre un tel principe, qui le dépassait, donnait du sens à une vie par-delà toutes les difficultés de la politique.

L’ancien diplomate a fait un tour de l’actualité internationale en exposant les grands principes qui le guident. S’inscrivant dans la droite ligne du Général de Gaulle et de Jacques Chirac, il a plaidé pour un respect de toutes les cultures et une meilleure écoute de l’occident à l’égard des autres pays. Il a souligné à quel point la position de la France en 2003 avait été essentielle pour l’équilibre de la planète dans la mesure où notre opposition (avec l’Allemagne et la Russie) à l’attaque américaine a permis d’éviter de transformer cette invasion en guerre de civilisation de l’Occident contre l’Orient ou en une nouvelle croisade contre l’Islam qui aurait pu enflammer de manière très dangereuse le globe. Dominique de Villepin a souligné à quel point la France peut être le trait d’union entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud, parce que nous cherchons à comprendre les autres sans chercher à imposer notre modèle.

En cela, il a souligné l’échec de la politique américaine au Moyen-Orient, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, en montrant bien que ces invasions n’avaient absolument rien réglé et qu’elles avaient plutôt contribué à envenimer une situation qui n’en avait pas besoin. Il a dénoncé l’enlisement de la situation en plaidant pour l’instauration de mandat à durée limitée en posant la question du nécessaire renouvellement du mandat d’intervention en Afghanistan, qui date d’octobre 2001. Il a tenu à souligner que ses propos étaient les propos d’un ami qui parle franchement à un autre ami et qu’il n’était animé d’aucun antiaméricanisme. Enfin, il a souligné à quel point la situation au Moyen-Orient devait être la priorité de la communauté internationale, dont il a souligné qu’elle manque de structures pour trouver des solutions aux crises.

Dominique de Villepin a également affirmé que trouver une solution à la crise israélo-palestinienne était beaucoup plus important pour les droits de l’homme que les questions du boycott de la Chine, même s’il a souligné qu’il donnait la priorité à la défense des valeurs sur les intérêts matériels. Il a plaidé pour maintenir une pression diplomatique réelle mais discrète et s’est demandé si certains ne se donnaient pas bonne conscience en prenant des postures déconnectées de tout souci d’efficacité, critiquant implicitement la position d’Alain Juppé, prise « dans la solitude du petit matin devant son écran ». Il a souligné qu’il fallait faire cheminer les droits de l’homme au fond et que, de toutes les façons, la Chine avait besoin d’une solution au problème tibétain d’ici les Jeux pour éviter tout débordement.

L’international a évidemment été un moyen de prendre ses distances avec Nicolas Sarkozy en réaffirmant le principe cardinal d’indépendance de la France et de l’Europe, que l’OTAN dans sa forme actuelle ne respecte pas. Il a également souligné ses divergences avec les prises de position du président sur la religion en affirmant qu’il ne fallait pas opposer curé et instituteur et qu’il convenait de conserver la stricte séparation entre Etat et religion quand on voit les ravages du fondamentalisme religieux. Il a également affirmé que la Constitution n’avait pas besoin de toilettage dans la mesure où elle est suffisamment souple pour s’adapter au style de chacun et qu’il pense que la réforme des institutions n’est vraiment pas une priorité par rapport à ce qui reste à faire d’un point de vue économique et social.

Le plus frappant a clairement été la tonalité toute présidentielle de Dominique de Villepin, qui, outre une très grande maîtrise des dossiers, a développé des convictions profondes et une philosophie de vie (effort, ouverture aux autres, curiosité au-delà de la politique). Tout ce qu’on pourrait attendre d’un président…

01.04.2008

Objet Politique Non Identifié

Hôtel de l’insomnie ne ressemble à aucun autre livre politique. On pourrait en retenir l’érudition et la passion des poètes et des écrivains de Dominique de Villepin, mais il y a beaucoup plus dans ce livre, plus politique qu’il n’y paraît, une véritable philosophie politique qui donne une dimension supplémentaire à son auteur.

A dire vrai, ce n’est pas sans une certaine appréhension que j’ai attaqué la lecture du dernier livre de Dominique de Villepin. Car les critiques l’ont présenté comme un journal de bord de Matignon complètement déconnecté de l’action politique, une évocation des poètes et des écrivains chers à notre ancien Premier Ministre, qui aurait été l’antidote à la dureté de la fonction. Mais, même s’il ne s’agit pas à proprement parlé d’un livre politique au sens classique du terme, la politique perce entre les évocations de poètes et écrivains. Et par touche subtile, comme dans un tableau impressionniste, Dominique de Villepin peint les contours de la philosophie qui a guidé son action politique.

Il y a beaucoup de gaullisme dans sa vision de la politique. Dominique de Villepin est lui aussi un « rêveur réaliste » épris de grandeur, pour reprendre l’expression de Romain Gary : « Je me refuse à abandonner l’utopie à un pays de nulle part où se perdrait le rêve ». Le politique pour lui, c’est bien le service chevaleresque d’une noble cause : « comme il paraît désuet ce temps de la chevalerie médiévale attachée autant à un homme qu’à un idéal ». On retrouve également chez l’ancien Premier Ministre, un humanisme profond quand il dénonce le mépris grandissant des puissants pour le peuple ou qu’il dénonce les excès d’un « libéralisme alors réduit à la seule logique économique, idéologie de boutiquiers, l’humanisme trahi ». Il soutient qu’ « il y a encore une idée de l’homme à défendre » et que « chaque homme recèle la possibilité d’être de nouveau un autre homme ».

L’ancien Ministre des Affaires Etrangères revient sur les sujets qui lui sont chers. Il constate l’échec de la guerre d’Irak et l’immense écart entre ce que les Etats-Unis avaient annoncé faire et ce qui se passe encore aujourd’hui. Il dénonce l’attitude d’Israël qui ne facilite pas la résolution de la paix au Moyen Orient avec ses murs tout en soulignant les excès d’un « islam dévoyé ». Dominique de Villepin critique également le manque de réactivité de la communauté internationale dans la crise du Darfour. Enfin, il défend le destin commun des pays bordant notre mare nostrum, la Méditerranée, et souligne que sous l’Empire Romain, « certes, il y eut l’unité du pouvoir, l’esprit des lois, mais il y eut également l’attention et le respect des cultures locales, de leurs élites, de leurs langues. L’unité se nourrissait d’une diversité assumée ».

Même s’il n’attaque pas directement Nicolas Sarkozy, certaines phrases montrent l’abîme qui sépare l’approche de la politique des deux hommes. Dominique de Villepin soutient que « le prince est le contraire d’un nanti. Ses qualités sont la simplicité, la sobriété, le silence car c’est bien une faiblesse qu’une parole inconsidérée ». Avant même la polémique sur la commémoration de la Shoah, il soutient que « face à la nécessité d’une égale reconnaissance de toutes les souffrances germent la compétition des mémoires, la surenchère entre les victimes ». Enfin, il poursuit sa dénonciation de la Cour, « antre reptilien fascinant, la Cour est là qui travaille inlassablement les esprits ».

Dominique de Villepin révèle une conception de la politique chevaleresque et toute gaullienne, faite du refus de l’ordinaire. Il dénonce les « hommes de pouvoir si prompts aux compromis à l’heure de la délivrance », « l’esprit de pouvoir (qui) occulte trop souvent l’esprit de mission » pour conclure en se demandant si « l’Histoire se répète-t-elle inexorablement dans un combat secret entre la passion d’agir et l’impératif de survie ». Son parcours le montre, Dominique de Villepin ne fait pas de la politique pour faire carrière, mais pour servir ses idées, un idéal. Il veut servir les autres et pas se servir lui. D’où le décalage permanent avec un personnel politique plus tourné vers la satisfaction d’une ambition personnelle alors que lui est porteur d’une véritable philosophie politique qui ne souffre aucune compromission…

La trajectoire politique de Dominique de Villepin reste une exception qui prend tout son sens à la lecture de son livre. Il était bien cent coudées au-dessus de nos aspirants président de 2007. Espérons que sa trajectoire croisera le destin de notre pays en 2012. Ses récentes déclarations modèrent heureusement sa conclusion « il y a d’autres vies à vivre », qui n’incitait guère à la optimisme sur la poursuite de son action.

Source : Hôtel de l’insomnie, Dominique de Villepin, Plon

26.03.2008

Dominique de Villepin passe à l’offensive

Hier, sur RMC, l’ancien Premier Ministre s’est fait plus pressant à l’égard de Nicolas Sarkozy et du gouvernement en réitérant ses conseils et surtout en annonçant la création d’un cercle de réflexion.

Dominique de Villepin se livre à un exercice orignal depuis sa rentrée politique d’août dernier, où il avait été bombardé « premier opposant de France » étant donnée la léthargie politique du PS. Il avait osé des critiques sur le chef de l’Etat, son style, sa pratique institutionnelle, la cour qui l’entourait, les inutiles interventions sur la laïcité ou les dérives de notre politique étrangère. Ces premières interventions avaient fait grand bruit car peu, même au PS, osaient s’opposer au président, qui était alors au plus haut dans les sondages. A posteriori, on constate à quel point ces critiques étaient justifiées puisque les Français sont passés en quelques mois de l’espoir à la désillusion. Il a souligné que s’il avait été écouté, la majorité n’en serait sans doute pas là aujourd’hui.

Lors de cette nouvelle interview, Dominique de Villepin a réitéré certaines des critiques qu’il avait portées sur Nicolas Sarkozy. Il s’en est pris à l’obsession communicante de l’équipe au pouvoir qui fait qu’on ne sait pas bien si les réformes avancent, sous-entendant qu’il s’agit parfois plus de forme que de fond. Il a souligné que le gouvernement ne fixe pas suffisamment les priorités. Il s’est également fait l’avocat de vraies réforme qui vont au-delà des annonces. Il a refusé catégoriquement toute réforme de la loi de 1905 sur la laïcité, estimant que la situation actuelle française était le fruit d’épisodes difficiles et qu’il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore, comme ce qui a été fait en Irak. L’ancien Premier Ministre a soutenu que la loi française arrive à respecter les identités tout en maintenant une séparation saine entre l’Etat et les religions et qu’il n’y avait nul besoin de réformer cette loi, d’autant plus qu’il y a bien d’autres priorités.

Mais surtout Dominique de Villepin a annoncé qu’il allait créer un cercle de réflexion sur la réforme dont il n’a pas développé les détails. L’ancien Premier Ministre a souligné deux enjeux majeurs pour les mois à venir : l’urgence des réformes, qu’il faut mener aujourd’hui étant donné le calendrier politique, et s’assurer que les réformes engagées portent bien leur fruit, ce que l’on peut interpréter comme une critique du fameux et coûteux paquet fiscal. Avec ce cercle de réflexion, Dominique de Villepin trouvera sans doute un moyen d’action plus puissant dans la vie politique française. Il pourra alors faire des propositions, contrairement au PS, qui peine à articuler des projets et qui, comme il l’a souligné, n’a fait que bénéficier d’un mouvement de balancier lors des municipales.

Non seulement Dominique de Villepin est résolu à s’exprimer avec liberté comme il le fait depuis plus de six mois, mais la meilleure nouvelle est sans doute l’annonce de la création de son cercle de réflexion, qui lui donnera un levier politique qu’il n’avait pas en 2007, malheureusement.

Source : http://www.dailymotion.com/ensemble-avec-villepin

08.03.2008

Des hommes d’Etat ?

Bruno Le Maire, directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, a livré son témoignage sur les deux années passées au service de l’ancien Premier Ministre. Par-delà le délai très court donné à la publication d’un tel témoignage, ce livre donne un éclairage très intéressant sur cette période.

Alain Peyrefitte avait attendu trente années pour révéler les dessous de sa collaboration avec le Général de Gaulle, délai communément admis comme conforme à la tradition républicaine du service de l’Etat. Bruno Le Maire aura attendu à peine plus de six mois. Autres temps, autres mœurs… Pour tempérer ce jugement, il faut dire que l’actuel député de l’Eure ne trempe pas sa belle plume dans l’acide, loin de là. Le titre de son livre, « Des hommes d’Etats » donne le ton d’un récit qui n’égratigne guère les trois acteurs principaux de ce journal : Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy.

Les quelques extraits sortis dans la presse donnent une vision partielle du livre. Sa lecture complète corrige notamment le jugement que porte le néo-député sur l’ancien Président de la République. Quelques bonnes feuilles semblaient indiquer que Jacques Chirac, victime de la langueur du pouvoir et de la maladie, tenait à peine sa fonction entre indécision et fatigue physique. Le portrait global est plus flatteur. Bien sûr, le président temporise de temps en temps ou avertit de manière prémonitoire son Premier Ministre des risques du CPE, mais on ne peut pas résumer son portrait à cela. La fatigue physique évoquée dans quelques extraits ne concerne que la période qui a suivi son accident de santé.

En outre, il ressort, loin de l’imagerie populaire, un Président toujours sur la brèche, travaillant sans cesse pour servir son pays. Il suffit de constater le nombre de réunions tenues le soir ou le week-end par exemple. Si Jacques Chirac était avare de présence médiatique, il travaillait durement pour le service de la France et des Français. La présence médiatique n’est pas proportionnelle au travail. C’est sans doute le contraire, tant chaque apparition ou discours prend du temps, temps forcément pris à la résolution des problèmes. Jacques Chirac apparaît également comme une Président attachant, modeste, d’humeur égale, respectueux des autres et ouvert à l’opinion et aux conseils de ses collaborateurs. En résumé, un Homme d’Etat humain.

Mais c’est Dominique de Villepin qui a, assez logiquement, les principales faveurs du rédacteur, qui mentionne fréquemment à quel point son engagement est lié à l’ancien Premier Ministre. Les erreurs de Dominique de Villepin sont attribuées à une volonté de bien faire et de servir son pays qui tranche avec les soucis politiciens de Nicolas Sarkozy. Sur le CPE, le Premier Ministre insiste car il pense que plus de vingt années passées avec un taux de chômage des jeunes de plus de 20% imposent d’essayer des choses nouvelles. Quelle que soit l’opinion que l’on a sur ce contrat, il est difficile de ne pas s’accorder sur ce point. Dominique de Villepin pensait bien faire. Et il ressort de ce livre qu’il a toujours mis le souci de servir son pays avant son intérêt personnel (d’où le CPE ou la réduction des déficits). En résumé, un Homme d’Etat idéaliste et romantique.

Ce livre n’éclaire guère le lecteur sur la volonté de Dominique de Villepin de se présenter (ou pas) à l’élection présidentielle. À dire vrai, il donne l’impression que Bruno Le Maire n’a pas été mis dans la confidence par son patron, qui semble seulement ne jamais avoir rien préparer. Dominique de Villepin dit toujours qu’il n’a pas d’ambition et qu’il se consacre à sa mission de Premier Ministre. Néanmoins, il ne dit jamais (avant fin février 2007) qu’il ne sera pas candidat. Cela donne l’impression qu’il se laisse la porte ouverte et qu’il a donc au moins envisagé pouvoir se présenter. Saura-t-on un jour ce que Dominique de Villepin a vraiment envisagé ?

Le portrait de Nicolas Sarkozy est également instructif et confirme tout ce qu’on peut lire sur l’actuel locataire de l’Elysée. Une seule chose transparaît : une ambition personnelle de tous les instants. Nicolas Sarkozy ne s’intéresse qu’à une seule chose, son accession à la présidence. Il souligne plusieurs fois qu’il y pense depuis trente ans. Tout est conditionné à cette quête. Jamais ne transparaît une volonté de servir des convictions ou des idées. Nicolas Sarkozy est un bloc d’ambition pure, tellement pur et clair dans son approche qu’il semble fasciner un Bruno Le Maire qui n’est pas animé par les mêmes ressorts et pour lequel le service de l’Etat veut dire quelque chose. Nicolas Sarkozy ne ressort pas du tout comme un homme d’Etat mais comme un ambitieux sans foi ni loi.

Dans ce livre, Bruno Le Maire se livre beaucoup également, beaucoup plus qu’on peut l’attendre d’un homme politique. Il raconte souvent le déchirement que représente le service de l’Etat, qui ne lui permet pas de s’occuper suffisamment de sa famille. On sent à travers toutes ces pages le remord, la peur de ne pas être un bon père et mari, illustré par des anecdotes de la vie quotidienne. Bruno Le Maire écrit sa douleur avec un manque de pudeur très surprenant. Du coup, si les trois quarts de l’ouvrage concernent la politique, le reste est le témoignage de la difficulté à concilier vie de famille et vie professionnelle. On peut se demander si de tels épanchements ne devraient pas être réservés aux émissions de Jean-Luc Delarue ou Mireille Dumas, mais l’écriture a sans doute été une forme de thérapie pour l’auteur.

En résumé, ce livre, même s’il évite toute polémique, donne des clés pour mieux comprendre Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. On peut en conclure qu’il avait des hommes d’Etats. Mais, ils n’étaient que deux, face à un ambitieux.

Source : Des Hommes d’Etat, Bruno Le Maire, Grasset