23.10.2008

Quand un villepiniste fait un pas vers l’autre politique

À dire vrai, le livre de Bruno Le Maire, Des Hommes d’Etat, était bien écrit, mais ne révélait pas vraiment sa pensée politique. Dans une tribune au Monde signalée par Malakine, il fait un pas décisif vers l’autre politique à travers son analyse de la crise actuelle.

L’explosion de la bulle financière a le mérite de faire bouger les lignes. Et ce mouvement, perceptible dans les discours de l’Elysée, vient de rattraper un parlementaire important de l’UMP, Bruno Le Maire, l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Dans une longue tribune au Monde, il livre son analyse de la crise et rend un coup de chapeau à Jean-Luc Gréau, l’auteur de « L’avenir du capitalisme », l’ancien économiste du Medef, qui était l’invité des universités de rentrée de Debout la République et qui est une figure importante des partisans de l’autre politique. Cet hommage est d’autant plus marquant que le député de l’Eure reprend en bonne partie les arguments de l’économiste sur le problème de la rémunération du travail, même s’il ne va pas jusqu’au bout de la logique de Gréau sur les conséquences.

Son analyse des raisons de la crise est très intéressante. Bruno Le Maire y voit trois raisons principales : la stagnation du revenu médian dans les pays occidentaux, la déréglementation de la finance via la titrisation et l’abandon par les politiques de toute volonté d’encadrer les pratiques financières. Le premier point semble directement tiré du livre de Jean-Luc Gréau tant l’argument est présenté de la même manière et notamment le fait que les gains de productivité ne se retrouvent pas dans les salaires. Le second point est traité un peu rapidement et fait l’impasse sur d’autres aspects de la crise financière (effet de levier, CDS, subprimes…). Le troisième est particulièrement intéressant : « les hommes politiques se sont peu à peu abstenus de la contrôler (la finance) ou de lui fixer des règles ».

Il dresse trois pistes pour résoudre la crise. La première est une réflexion pour permettre une hausse des salaires de manière à ce qu’elle suive les grains de productivité. Il pose la question du financement de la protection sociale, ce qui semble, en filigrane, indiquer un intérêt pour la TVA sociale qui permettrait de radicalement réduire le coût du travail. La deuxième piste est une meilleure régulation de la finance internationale, même s’il n’évoque pas de taxe sur les mouvements de capitaux. Enfin, il évoque le rôle de l’Etat en assurant qu’une meilleure coopération économique doit se mettre en place au niveau européen et plaide pour une politique économique commune et la création d’un Trésor Européen.

Cette tribune n’est pas complètement sans limites. Curieusement, Bruno Le Maire reprend telle quelle la première partie du raisonnement de Jean-Luc Gréau, qui dénonce la « déflation salariale » que créé la libéralisation des échanges. En revanche, il ne va pas jusqu’à envisager un meilleur encadrement du commerce international, qui est une cause importante de cette stagnation des salaires, balayant la voie protectionniste d’un revers de main, même si l’évocation d’une nouvelle fiscalité sociale pourrait agir de la sorte par la taxation qu’elle introduirait sur les produits importés. Enfin, il n’y a pas la moindre remise en question de l’agenda ultralibéral de l’Europe qui est une cause importante de la crise.

Son ampleur fait bouger les lignes idéologiques. Les graines de l’autre politique trouvent de nouveaux terrains. Mais, plus encore que les politiques, ce sont les Français qui seront sans doute les plus ouverts à une remise en cause du système qui nous a amenés dans le mur.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/20/l-europ...