02.03.2010

Régionales : une campagne de caniveau

Cela avait mal commencé avec la photo prise par Anne Hidalgo de Valérie Pécresse au conseil régional, endormie ou écrivant un SMS. Quelques boules puantes plus tard, cette campagne pour les élections régionales s’est révélée être une des pires campagnes électorales depuis longtemps.

Concours de boules puantes

Les socialistes avaient commencé assez fort avec la photo prise par la première adjointe au maire de Paris de la ministre de l’enseignement supérieur et postée sur Internet fin décembre. Cette polémique ridicule présageait malheureusement bien de la suite. En effet, nous avons eu droit au feuilleton Frêche en Languedoc-Roussillon, où, parce qu’il s’est attaqué à Laurent Fabius, la direction du PS a décidé que la ligne rouge était franchie et de présenter une liste contre lui.

Puis, cela a été la polémique sur les propos de la ministre de l’outre-mer, Marie-Luce Penchard il y a quinze jours. Et la semaine dernière, le summum a sans doute été atteint avec les accusations portées par des candidats UMP contre le candidat socialiste Ali Soumaré. Le parti de la majorité est descendu bien bas en exhumant un peu rapidement le casier judiciaire d’un de leur concurrent, en y incluant des faits commis par un homonyme, déclenchant une véritable tempête médiatique.

PS – UMP : zéro partout

L’UMP mérite sans doute la médaille d’or de la campagne de caniveau étant donné qu’on peut se poser des questions sur les voies qui ont permis d’obtenir ces informations. Mais le Parti Socialiste n’a pas manqué d’en rajouter avec le nouveau champion de la polémique médiatique, Vincent Peillon, qui a exhumé une condamnation vieille de 45 ans à l’encontre de Patrick Devedjian et Alain Madelin pour relativiser le casier du candidat socialiste.

Je n’avais pas spécialement l’intention de parler de cette écume de la campagne, mais la répétition des faits a au moins le mérite de montrer à nouveau la proximité de fonctionnement du PS et de l’UMP et d’illustrer à quel point les deux partis dominants de la vie politique Française se ressemblent, souvent uniquement pour le pire. Incapables de proposer des programmes véritablement différents, ces partis de notables souhaitent uniquement acquérir des postes pour leurs affidés.

Si vous êtes écœurés par leur pratique, il n’y a pas 36 solutions : aller voter dimanche 14 mars pour des listes qui font des propositions concrètes pour leur région, comme la liste Debout la République en Ile de France, au sein de laquelle je suis candidat.

07.02.2010

Inégalités scolaires : les abus du Monde

« Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre » : c’est par ce titre que Le Monde a illustré un chat avec le Vice-président de l’université Paris-6. Le quotidien de référence laisse dire, sans le moindre commentaire, comme s’il s’agissait d’une vérité établie.

Des outrances incroyables

Gilbert Béréziat nous décrit un système apocalyptique. Il affirme que « la nation s’endette pour payer les études des riches » et qu’en France, la sélection « se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre ». Et dans un raccourci saisissant, il soutient que comme la TVA représente la principale source de revenu de l’Etat, du coup « les moins favorisés financent les études des plus favorisés », comme l’avait soutenu Vincent Peillon.

Le plus incroyable reste qu’un tel journal publie de telles opinions sans la moindre contradiction qui viendrait donner un peu de recul à de tels propos. En effet, soutenir que ce sont les foyers modestes qui financent les études des enfants des classes aisées est totalement abusif. Il faut quand même rappeler qu’il existe un impôt sur le revenu en France, et que le taux marginal, à 40% fait tout de même contribuer davantage les ménages riches à la collectivité que les ménages modestes. Une étude d’Alternatives Economiques avait démontré l’importance de la redistribution en France.

Un délire étasunien

Mais le plus ridicule est sans doute l’appréciation portée sur le système universitaire outre-Atlantique. Il est proprement incroyable d’arriver à soutenir sérieusement qu’il est plus égalitaire que le nôtre, alors que même les défenseurs de ce modèle en reconnaissent le caractère profondément inégalitaire. The Economist rappelle ainsi fréquemment que l’ascenseur social est en panne aux Etats-Unis et que la reproduction sociale des élites est plus marquée qu’ailleurs, et notamment que la France.

D’ailleurs, il suffit pour cela de savoir que les frais de scolarité des grandes universités peuvent dépasser les trente mille dollars par an pour comprendre qu’il y a un mur de l’argent aux Etats-Unis. Paul Krugman cite une étude qui montre que les élèves de 4ème qui sont dans le dernier quart de leur classe mais dans le premier pour les revenus de leurs parents ont autant de chance d’aller à l’université que ceux qui sont dans le premier quart de la classe mais dans le dernier pour les revenus…

Bref, il est malheureux que Le Monde publie sans la moindre mise en perspective de tels propos. Même si le système scolaire Français est loin d’être parfait, il est beaucoup plus égalitaire que le système étasunien, à tous les niveaux.

15.01.2010

Docteur Vincent et Mister Peillon

Mais qu’arrive-t-il à Vincent Peillon depuis quelques mois ? Cet homme politique de convictions était clairement une des personnalités les plus appréciables de la gauche. Mais le comportement de cet intellectuel fait de moins en moins honneur à la politique.

Deux nouveaux dérapages

On se souvient de sa passe d’armes avec Ségolène Royal au sujet de la venue de cette dernière à une réunion qu’il organisait et où il avait décrété que les présidentiables devaient être absents. Si la candidate du PS en 2007 n’était pas à l’abri de tout reproche, il était consternant que son ancien lieutenant se laisse aller à des propos publics aussi durs sur celle qu’il soutenait hier. Les désaccords au sein d’une famille sont une chose qu’il est plus respectable de régler discrètement.

Hier soir, le député européen s’est décommandé en dernière minute du débat sur l’identité nationale organisée sur France 2 par Arlette Chabot. Non seulement, il a annulé vers 21 heures, alors que l’émission était déjà commencé et que la présentatrice avait annoncé sa participation en début d’émission mais il a dénoncé la « dérive indigne » que représenterait cette émission tout en demandant la démission d’Arlette Chabot et des dirigeants du service public ! Pitoyable.

Enfin, il y a quelques jours, Vincent Peillon a déclaré sur France Inter que la France est « le seul pays parmi les grandes démocraties occidentales, où ce sont les enfants des classes défavorisées qui financent les études des enfants des classes favorisées ». Parce que les élèves de classes préparatoires (où les classes supérieures sont surreprésentées) coûtent plus cher qu’un étudiant en université, cela représenterait un transfert d’argent des classes populaires vers les plus nanties…

Démagogie anti-riches

Ce raisonnement est aussi malhonnête que démagogique, comme le montre cet article d’un blog du Monde. La position de Vincent Peillon est complètement ridicule car les ménages aux revenus plus élevés paient davantage d’impôt en proportion de leur revenu. Il y a une redistribution fiscale en France ! Ensuite, on peut considérer que l’Etat réalise un investissement avec les élèves de classes préparatoires puisqu’ils rapportent plus d’argent pour la collectivité en impôts et taxes dans le futur.

Bien sûr, il y a des disfonctionnements dans notre fiscalité. On peut également s’inquiéter, à terme, d’une dérive à l’anglo-saxonne où les revenus des parents compteraient davantage que le travail des enfants pour déterminer l’accès aux études supérieures. Mais rien ne justifie ces propos d’un Vincent Peillon que l’on a connu mieux inspiré. Il est ridicule de vouloir faire croire que les classes populaires financent les classes préparatoires des enfants de la bourgeoisie.

Il y a quelques mois, Vincent Peillon était considéré comme un atout majeur du Parti Socialiste, quelqu’un qui comptait pour l’avenir. Mais depuis deux mois, ses déclarations à l’emporte-pièce, inutilement agressives et démagogiques jettent un voile très négatif sur le personnage.

18.11.2009

Du collectif en politique

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où les ministres fermaient leur gueule ou démissionnaient. Un temps où les membres d’un même parti, même s’ils pouvaient se critiquer fortement en privé, se refusaient presque tout le temps à le faire en public.

A gauche, le bateau ivre

La polémique sur la venue de Ségolène Royal à Dijon n’est que le énième épisode de la psychothérapie public d’un parti socialiste soumis à des ambitions personnelles qui ne laissent plus la moindre place au désir d’un avenir commun. Désormais, au PS, quand on a un état d’âme vis-à-vis d’un camarade, on le fait en présence des micros pour s’assurer une existence médiatique. Depuis une semaine, nous subissons une nouvelle scène de ménage, entre Ségolène Royal et son ancien lieutenant, Vincent Peillon.

Il n’y a pas besoin d’être socialiste pour avoir simplement envie que les deux se voient, parlent entre quatre yeux et règlent leurs histoires en privé, sans ressentir le besoin d’exprimer leurs états d’âme par micro interposé. En effet, cela fait maintenant trois ans que le Parti Socialiste est rentré dans un bal des egos où le destin commun ne semble plus importer du tout, ce qui permet à chacun de se répandre en critiques sur l’autre de manière publique, le meilleur moyen de faire parler de soi.

A droite, entre caporalisme et chienlit

A droite, la situation n’est guère meilleure. La majorité sous Nicolas Sarkozy hésite entre un caporalisme qui ferait passer les godillots gaullistes pour des sauvageons ou une posture rebelle inspirée du comportement de l’actuel président de 2002 à 2007. D’une part, seize (!!!) ministres de la République sont capables de se lever comme un seul homme pour défendre l’indéfendable, la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, avant de voir leur ligne de défense décrédibilisée par le retrait de cette candidature.

De l’autre, certains s’inspirent ouvertement de la stratégie d’opposition permanente utilisée par Nicolas Sarkozy pendant le second mandat de Jacques Chirac pour exister médiatiquement et préparer leur avenir, sans être sanctionné par le président. C’est ainsi que Rama Yade continue de manquer à son devoir de réserve et de solidarité gouvernementale alors qu’elle aurait dû être démissionnée depuis longtemps. Jean-François Copé, quand à lui, fait déjà écouter sa petite musique en vue de 2017.

L’oubli du collectif

Ce qui est terrifiant dans ce constat, c’est de constater à quel point les ambitions sont devenues purement personnelles. Il ne semble plus y avoir d’idéologues et de serviteurs de l’Etat dans les grands partis. Il n’y a plus que des ambitieux en quête d’une carrière, quelques soient les moyens. Il y quinze ans, les Chevènement ou Séguin montraient qu’un individu pouvait se battre pour des idées, quitte parfois à y risquer sa carrière. On parlait encore de serviteurs de l’Etat avec Hubert Védrine.

La politique, c’est se mettre au service d’un collectif, d’une collectivité de personne, savoir la diriger, la représenter, l’écouter. Le sens du service doit donc naturellement s’accompagner d’une retenue, d’un esprit d’équipe qui s’acquiert d’autant plus facilement quand il est au service d’un idéal partagé. Dès lors, le collectif finit par primer avant tout. Les explications ont lieu en privé, loin des lumières des médias, parce que c’est l’intérêt du groupe. Aujourd’hui, c’est le règne des egos et des intérêts individuels.

Le spectacle des deux prochaines années risque d’être désolant entre un Parti Socialiste qui arrive toujours à creuser quand on croit qu’il atteint le fond et une UMP partagée entre fascination servile et rébellion calculée à l’égard de Nicolas Sarkozy. Nous avons bien besoin d’un troisième homme ?

16.11.2009

Règlements de compte à PS Corral

Hier, dans Dimanche Plus, Vincent Peillon était l’invité d’Anne-Sophie Lapix. L’occasion d’un nouveau et violent règlement de compte avec Ségolène Royal.

Un Peillon en colère

Impressionnant. Vincent Peillon n’a pas contenu sa colère suite à la venue de Ségolène Royal à la réunion qu’il organisait à Dijon avec le Modem, les Verts et Robert Hue. Il était pourtant un possible premier secrétaire du Parti Socialiste si le courant de Ségolène Royal avait gagné le congrès… Il y a un an, il était encore un de ses principaux soutiens de la candidate du PS à l’élection présidentielle. Mais il semble qu’aujourd’hui, la rupture soit consommée, pour ne pas dire plus…

C’est ainsi qu’il l’a violemment attaquée affirmant même qu’elle s’était disqualifiée pour être la candidate du PS en 2012. Il a multiplié les attaques personnelles, soulignant qu’elle n’était pas invitée, comme tous les autres présidentiables, disant qu’elle doit se recadrer et qu’elle se préoccupe davantage de son ambition personnelle que du débat d’idées. Il a souligné que la plupart de ses soutiens l’ont abandonnée. La candidate a répliqué que « faire de la politique, c’est rassembler et pas exclure ».

Un PS à la dérive

Sur le fond, difficile de juger. D’une part, on peut trouver surprenant que Ségolène Royal se rende à un rassemblement où elle n’était pas invitée. Après tout, elle savait que sa venue provoquerait une énième polémique dont le PS n’a pas besoin. Mais de l’autre, on peut se demander pourquoi Vincent Peillon avait décrété que les présidentiables n’étaient pas invités. Ne doivent-il pas eux aussi réfléchir à l’avenir ? En outre, il doit en bonne partie sa position à celle qu’il critique aujourd’hui.

En tout cas, ce nouveau spectacle public des divisions du Parti Socialiste ne risque pas de mobiliser des Français et des militants socialistes de plus en plus lassés par ces éternelles divisions étalées au grand jour. Ségolène Royal aurait sans doute pu éviter de lancer des piques pendant la réunion et Vincent Peillon aurait sans doute mieux fait de s’abstenir plutôt que de balancer à ce point sur celle dont il était un lieutenant il y a pourtant un an. L’esprit collectif semble totalement absent du PS aujourd’hui.

Cet énième épisode des guerres internes du PS indique que les socialistes n’apprennent rien. Pire, comment ne pas imaginer que l’approche des primaires ne ravivent les esprits animaux du parti. Rien de tel pour bien montrer aux Français que l’alternance doit être cherchée ailleurs.