23.01.2011

Le cauchemar Etasunien

La peine de mort, des taux d’homicides comparables aux pays Africains, près de dix fois plus de personne en prison qu’en Europe, une tentative d’assassinat sur une députée, un ascenseur social bloqué, un revenu médian en baisse de 7% : les Etats-Unis sont de moins en moins un rêve…

Le rêve étasunien

Les Etats-Unis ont longtemps représenté une forme d’idéal pour certains. Et il est vrai que ce pays a libéré l’Europe du joug nazi lors de la Seconde Guerre Mondiale, puis l’a très intelligemment et fraternellement aidé à se reconstruire avec le Plan Marshall, avant de protéger une partie du Continent de la menace soviétique. Enfin, leur position à la pointe du développement technologique et économique renforcer encore une forme de rêve pour une grande partie du monde.

Bien sûr, ce rêve a toujours eu des limites. Au colonialisme de la vieille Europe a succédé un impérialisme pas plus recommandable dont on voit encore les traces en Irak et en Afghanistan. Au début des années 60, quand le président du Sénat en France était un noir, ces derniers subissaient encore une discrimination institutionnelle dans le pays de la Liberté, qui ne sera abolie que dans les années 60. Et les Etats-Unis étaient déjà en retard de plusieurs conquêtes sociales….

Mais malgré tout, les Etats-Unis étaient le pays qui faisait rêver. C’était le pays qui envoyait le premier un homme sur la Lune, dans une démonstration de savoir-faire technique et de volontarisme assez remarquable. C’était le pays où tout semblait possible, où le petit immigré pouvait espérer se construire un destin hors du commun, un pays où la vivacité entrepreneuriale se mesure encore à des noms comme Apple, Microsoft, Google ou Facebook.

Un rêve devenu un cauchemar

Même si les Etats-Unis ont sans doute conservé un certain dynamisme entrepreneurial, sur beaucoup d’aspects, le rêve n’est plus qu’un rêve justement. Contrairement à ce que suggère l’accession de Barack Obama à la présidence de la République (et qui a contribué à son élection), la société étasunienne est beaucoup plus figée que les sociétés de l’Europe continentale. L’ascenseur social fonctionne mieux en France ou en Allemagne, comme le souligne The Economist.

L’explosion du coût des études supérieures provoque une forte reproduction sociale, comme le montre Paul Krugman dans son livre « L’Amérique que nous voulons », à moins d’être surdoué. Pire, une majorité de la population s’appauvrit puisque le revenu médian a diminué de 7% sur les dix dernières années, cette baisse étant compensée par le recours à l’emprunt, qui a mené à la grande crise de 2008. Et que dire d’un système de santé cher et à la couverture non universelle.

En outre, même si les rues de New York sont plus sûres, la société étasunienne est une société extrêmement violente. Avec la libre-circulation des armes à feu, le taux d’homicide y est comparable aux pays Africains et 3 à 8 fois supérieur aux pays européens. Même sur la route, la proportion de victimes rapproche davantage les Etats-Unis des pays en voie de développement des pays d’Europe occidentale. Bref, les Etats-Unis sont une société violente.

Les Etats-Unis ont longtemps été et pour beaucoup un rêve abusivement appelé Américain. Mais quand on regarde la réalité en face aujourd’hui, cette société semble s’être transformée en cauchemar que les autres sociétés occidentales devraient bien veiller à éviter.

17.02.2010

Remettre de l’ordre à l’école

Depuis quelques jours, un véritable malaise s’est emparé de notre école, suite à une série de faits divers, un lycéen blessé à coups de cutters, une agression au couteau d’un jeune de 14 ans, des incidents jusqu’au primaire... Comment traiter ces accès de violence ?

Un besoin de sécurité primordial

Certains accusent le manque d’encadrement dans les établissements scolaires et demandent au gouvernement de répondre à cette crise par une augmentation du nombre de surveillants, qui serait la meilleure solution pour remettre de l’ordre à l’école. Et il est vrai qu’il s’agit sans doute d’un moyen efficace à court terme pour améliorer la situation, encore qu’il est sans doute impossible d’avoir suffisamment de monde pour assurer la sécurité des établissements scolaires.

Il est essentiel que l’ordre républicain soit assuré à l’école. En effet, les établissements scolaires sont le premier et le plus durable contact des jeunes générations avec la République. C’est dans cet environnement qu’ils deviennent des enfants d’une même République. C’est à l’école qu’ils construisent en partie leur avenir. C’est à l’école encore qu’ils apprennent les droits et devoirs de la vie en société, qu’ils deviennent des citoyens. Laisser la violence s’exprimer, c’est affaiblir toute la République.

Un mal plus profond

La semaine dernière, dans le Grand Journal, des professeurs dont la vocation ne pouvait pas être mise en doute, expliquaient la difficulté de leur métier, les altercations trop fréquentes auxquelles ils sont confrontées.  Un d’entre eux expliquait qu’il cherchait à se mettre en cause en cas d’incident, à réfléchir à ce qu’il aurait pu faire pour éviter le débordement. On sentait de vrais héritiers des Hussards de la Troisième République, soucieux de leurs élèves plus que d’eux-mêmes.

Mais souligner leur propre responsabilité dans les dérapages des élèves pose un vrai problème. Cela relativise la responsabilité des élèves, qui devraient tout de même davantage respecter l’autorité à l’école. Ce respect des professeurs, qui représentent la République, n’est pas négociable et ne doit souffrir aucune contestation. Or, ce que l’on constate depuis quelques années est un affaiblissement de la notion d’autorité à l’école, qui n’est plus quelque chose d’acquis.

Vers la tolérance zéro

Combien d’exemples en effet de professeurs malmenés par leur classe, souvent par la faute d’une administration qui ne sanctionne pas les fauteurs de trouble. Ce sentiment d’impunité est une triple catastrophe pour la société : une catastrophe pour les professeurs, qui travaillent dans des conditions parfois effroyables, une catastrophe pour ces sauvageons que l’on laisse prendre un bien mauvais chemin et une catastrophe pour leurs camarades, qui étudient dans de mauvaises conditions.

Comme le souligne Jean-Paul Brighelli dans Marianne 2, il est temps de remettre de l’ordre à l’école. L’augmentation du nombre de surveillants n’est sans doute pas le plus important. Pour éviter les dérapages, il faut déjà mettre fin à toutes les incivilités, qui sont des précurseurs de violences plus graves. Il faut être prêt à sanctionner plus durement les fauteurs de troubles, jusqu’à des placements dans des établissements scolaires spécialisés, pour mettre fin au sentiment d’impunité des sauvageons.

La violence à l’école commence par de trop nombreuses incivilités. Y mettre fin représenterait un grand pas en avant pour éradiquer des actes plus violents, pour que les professeurs puissent travailler, les élèves étudier et les fauteurs de trouble ne pas tomber dans la délinquance.