14.09.2011

Quand Barack Obama se fait plus radical

Le président des Etats-Unis est très paradoxal : s’il a réussi à passer une réforme de la santé, son sens du compromis l’a poussé très loin, sur la réforme de la finance, ou l’accord budgétaire de cet été. Mais la semaine dernière, il vient de proposer une mesure plus radicale pour soutenir l’emploi.

Le paradoxe étasunien

Le monde économique ne tourne décidemment pas rond. De notre côté de l’Atlantique, alors que le déficit moyen de la zone euro tourne autour de 6% du PIB, nous ne nous préoccupons que du niveau des déficits et de la réduction de la dette. Même la gauche promet d’inscrire dans la Constitution une camisole budgétaire une fois élue. Evoquer des dépenses supplémentaires provoque une tempête, comme l’ont expérimenté les candidats socialistes récemment.

Mais de l’autre côté des Etats-Unis, avec un déficit 50% plus important, une dette encore plus vertigineuse, voilà que le président de la République, si populaire dans toute l’Europe, loin de proposer un plan d’austérité à ses concitoyens, décide de proposer un plan de relance ! C’est qu’aux Etats-Unis, on ne regarde pas les indicateurs économiques de la même manière. Là-bas, c’est le chômage qui doit être l’objectif politique prioritaire aujourd’hui, du fait de sa persistance.

Alors que la BCE combat un fantôme d’inflation, Washington juge insupportable que le taux de chômage demeure au-delà de 9% pendant plus de 3 ans. Quelle ironie de l’histoire… Il a pour la première fois atteint ce cap il y a 25 ans en France et n’est pas descendu sous les 8% depuis (et encore, si on en prend une définition très restrictive). Ce « Munich social », cette apathie vis-à-vis du chômage de masse, le cancer de notre société, est aussi incompréhensible que révoltant.

Un plan en demi-teinte

Comme l’a très bien rapporté Yann, ce plan est loin d’être parfait. Il comporte quatre volets: le maintien des allocations chômage pour les allocataires de longue durée, des aides pour les Etats qui sont également en déficit pour éviter les coupes sombres, une baisse des charges et des mécanismes pour favoriser les embauches et enfin un programme d’investissements dans les infrastructures et les autoroutes. Mais surtout, le plan atteint la bagatelle de plus de 400 milliards de dollars !

En effet, alors que notre petit président qualifiait son emprunt de grand, il est largement toisé par le seul plan emploi de Barack Obama qui n’est pourtant qu’un mécanisme de plus dans le soutien à l’activité. Alors bien sûr, on pourra souligner que ce plan est en partie un pis aller. En effet, il ignore en grande partie les raisons structurelles de l’affaiblissement économique des Etats-Unis, son affaiblissement productif, qui a été camouflé par une bulle de crédit qui a soutenu la croissance.

Malgré tout, même s’il est imparfait, il vaut mieux que rien, même si les néolibéraux vont le combattre avec la plus grande détermination. Hervé Nathan souligne justement que « l’Amérique soutient l’emploi, l’Europe ses débiteurs », un moyen de souligner à quel point le débat public en France est bizarre avec la victoire médiatique des défenseurs d’une austérité stricte et le refus d’évoquer des voies alternatives comme pourtant les Etats-Unis l’expérimentent aujourd’hui.

Cette fois-ci, ne boudons pas trop notre plaisir. Malgré ses imperfections, ce plan est sans doute une assez bonne réponse à la situation économique actuelle. Alors souhaitons du courage à Barack Obama qui va sans doute affronter une opposition musclée des républicains.

19.04.2011

La crise des dettes souveraines passe l’Atlantique

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre hier soir : l’agence de notation Standard & Poors a abaissé à négative la perspective de la note des Etats-Unis. Les bourses mondiales ont immédiatement réagi à ce nouveau développement de la crise des dettes souveraines.

D’Athènes et Dublin à Washington

Cette crise a commencé l’an dernier avec l’explosion des taux auxquels empruntent les Etats de la périphérie de la zone euro, Grèce, l’Irlande le Portugal. Pour éviter qu’ils ne se trouvent dans l’incapacité de financer leurs échéances, l’Union Européenne a créé un fonds leur permettant de se financer à un taux inférieur aux marchés. Mais cette « aide » est assortie de plans d’austérité sauvages qui accentuent la crise et ne résolvent finalement rien au problème de dettes.

Un an après, on constate que ces plans de « soutien » sont un échec : il suffit de regarder à Athènes pour le comprendre. La situation est intenable. L’austérité casse la croissance, qui limite les recettes de l’Etat, fait augmenter les dépenses et donc plombe les efforts de redressement des finances publiques faisant d’autant plus exploser la dette que le PIB recule. La situation de la Grèce est aujourd’hui désespérée et la question n’est pas de savoir si Athènes restructurera mais quand.

Alors qu’on s’attendait à ce que la crise touche l’Espagne, c’est au tour des Etats-Unis d’être touchés. Il faut dire que la victoire des républicains aux élections de cet automne a produit un accord budgétaire où les baisses d’impôt décidées par Georges Bush ont été prolongées contre un maintien de certaines dépenses : résultat, le déficit budgétaire devrait atteindre 10% du PIB en 2011. Alors que les déficits baissent partout, ils restent abyssaux à Washington.

C’est grave docteur ?

C’est dans ce contexte que la révision de la note des Etats-Unis est particulièrement inquiétante. En effet, la crise de 2008 a montré la capacité auto-réalisatrice du système financier actuel. L’éventuel abaissement de la note pourrait provoquer une hausse des taux, déséquilibrant plus encore les finances publiques du pays, provoquant une baisse de la note. Le cercle vicieux qui avait conduit à l’explosion de la bulle des subprimes pourrait également avoir lieu sur les dettes publiques.

S’agit-il d’un simple avertissement ou d’un prélude à une grave crise, le véritable effondrement du système financier comme le pronostique depuis longtemps le GEAB ? La crise pourrait-elle avoir lieu dès 2011 ou faudra-t-il attendre plusieurs années ? Il y a un peu plus de deux ans, j’avais pronostiqué comme point de départ d’une nouvelle crise financière un défaut de l’Italie suite à une augmentation des taux consécutive à une hausse de l’inflation, mais c’était en 2016…

Pour l’instant, il faut encore garder la tête froide car la note des Etats-Unis n’a pas été baissée et la Fed semble résolue à tout faire pour éviter une crise. En outre, une crise sur la dette étasunienne serait terminale pour le système financier. Les marchés ont-ils vraiment envie de jouer sur leur propre perte ? Le risque le plus probable reste en Europe, avec cet euro qui impose des politiques intenables à l’ensemble des pays du Sud de l’Europe ou  l’Irlande.

Il est probable aujourd’hui que la prochaine crise (terminale ?) du capitalisme viendra d’un défaut d’un Etat. L’Europe semblait en pôle-position avec la Grèce, l’Irlande ou le Portugal. A force de laxisme budgétaire, les Etats-Unis les ont rejoints. Nous n’attendrons sans doute pas 2016…