30.06.2008
Philippe Séguin corrige à nouveau le gouvernement
Après avoir dénoncé les manipulations du gouvernement qui ont permis d’afficher un déficit public stable en 2007 alors qu’il a augmenté de 10 milliards, le président de la Cour des Comptes revient à la charge et dénonce les hypothèses budgétaires gouvernementales.
J’avais déjà évoqué dans une note sa critique des comptes de la nation pour 2007. La vénérable institution de la rue Cambon tire à nouveau la sonnette d’alarme sur les comptes publics, cette fois-ci pour les prochaines années. Philippe Séguin donne un sérieux avertissement à Nicolas Sarkozy et conteste ouvertement les hypothèses sur lesquelles a été bâti le budget. Il note que le déficit a progressé de 2,4 à 2,7% du PIB en 2007, soit plus que les chiffres initialement communiqués par le gouvernement. Il conteste aussi les chiffres prévus pour 2008 en notant que la moitié de l’amélioration prévue par le budget provient des collectivités locales… Il souligne également que les hypothèses pour atteindre l’équilibre en 2012 (croissance de 2,5 à 3%) sont extrêmement optimistes et que les efforts de l’Etat ne doivent pas être compensés par le relâchement des collectivités locales.
Ce nouvel et sévère avertissement de la Cour des Comptes présente un double intérêt. Tout d’abord, il montre à quel point l’écart est grand entre ce que gouvernement communique et ce qu’il réalise réellement. Aujourd’hui, Eric Woerth passe sur tous les plateaux pour vanter la rigueur de la nouvelle équipe, le gouvernement attaque les prévisions jugées trop sévères de l’INSEE et Nicolas Sarkozy annonce que la France atteindra l’équilibre budgétaire en 2012. Dans la réalité, ce rapport de la Cour des Comptes montre que la gestion budgétaire actuelle est beaucoup moins rigoureuse que sous le gouvernement Villepin et que les hypothèses prises ne sont absolument pas réalistes.
Ce rapport montre également que le « paquet fiscal » de l’été 2007 a bel et bien mangé toutes les marges de manœuvre d’un gouvernement décidemment bien peu prévoyant. Ce qui est malheureux, c’est qu’alors que l’économie risque de s’enfoncer dans la stagnation, aucun volet de la politique économique ne semble en mesure de soutenir l’activité. La BCE a annoncé que le prochain mouvement de ses taux sera à la hausse et il n’y a plus grand chose à faire niveau budget. En revanche, on pourra regretter le caractère un peu trop catastrophiste du rapport sur le niveau de la dette, qui, s’il n’est guère satisfaisant, reste sous contrôle en France par rapport à d’autres pays comme le Japon ou l’Italie et ne prend pas en compte les actifs de l’Etat, comme l’avait montré un article d’Alternatives Economiques.
Comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il y a un monde entre les discours et les faits. Telle la cigale, il a utilisé les réserves faites par l’équipe précédente et cherche à donner le change. Les prochains mois vont être mouvementés.
Source : http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080625/tts-top-finances-publiques-cour-ca02f96.html
10:24 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, séguin, woerth, budget, cour des comptes



