24.05.2009

Europe : la gauche victime de la crise

C’est l’un des paradoxes de cette crise. Puisque c’est la déréglementation, financière, commerciale et monétaire qui a provoqué la grave crise économique que nous traversons, la droite devrait être en difficulté. Mais dans toute l’Europe, c’est l’inverse qui se passe.

Le naufrage européen de la gauche

En tout début de la campagne, le Parti Socialiste essayait de convaincre les électeurs Français de voter pour lui en affirmant que le Parti Socialiste Européen (PSE) pouvait prendre la majorité au Parlement européen et ainsi tirer les leçons de la crise. Cette affirmation était doublement abusive. Tout d’abord, le PSE co-gère le Parlement depuis 1979 avec le PPE, partageant même sa présidence. Mais surtout, le paysage électoral des grands pays européens indique plutôt une défaite historique de la gauche.

En Grande-Bretagne, le Labour de Gordon Brown, usé par douze années de pouvoir et le scandale des notes de frais, s’apprête à subir une défaite historique. En Italie, Silvio Berlusconi a traversé la crise sans que la gauche ne parvienne à devenir une alternative crédible, malgré ses dérapages… En Espagne, le gouvernement de José Luis Zapatero est plombé par la crise économique et l’envolée du chômage (qui dépasse 17% aujourd’hui). Bref, le PSE devrait largement reculer le 7 juin.

Pourquoi la gauche est mal-en-point

Pourtant, le contexte devrait lui être favorable puisque cette crise a consacré le retour de l’Etat, qui a sauvé l’économie et nationalisé des banques. En fait, si les électeurs ne font pas davantage confiance à la gauche en Europe, c’est sans doute que les électeurs de toute l’Europe ont bien compris que les partis de gauche traditionnels ne proposent plus une alternative économique aux politiques de la droite. Le SPD, le Labour, le PS ou le Parti Démocrate Italien avaient eux aussi cédé aux sirènes de la déréglementation.

Résultat, les électeurs n’ont aucune motivation pour voter pour des partis qui ne représentent pas une véritable alternative et qui ont été incapables de présenter une autre vision de l’économie. La gauche européenne, déboussolée par la crise, est incapable de formuler la moindre alternative un peu consistante à la déréglementation monétaire, commerciale et financière à part quelques mesures en partie cosmétiques comme la hausse de l’imposition des plus riches. Elle ne produit aucune réflexion sur le système.

Finalement, même si ces élections européennes passent un peu inaperçues, elles auront au moins un grand mérite : démontrer que les électeurs ne croient plus que ce que l’on appelle la gauche ait un véritable projet alternatif. Reste à espérer que des forces alternatives commencent à émerger.

21.08.2008

Leçons Américaines et Espagnoles

Tout ça pour ça ! François Fillon  avait convoqué une demi-douzaine de membres de son gouvernement au sujet des mauvais résultats de la croissance. Au final, il ne voit qu’un simple « ralentissement de l’économie » et juge un plan de relance « ni possible, ni souhaitable ». Nos voisins sont mieux inspirés…

Le ralentissement économique ne laisse pas tous les dirigeants occidentaux aussi indifférents que notre Premier Ministre. José Luis Zapatero a ainsi interrompu ses vacances pour reconnaître la gravité de la situation économique et annoncer un plan de soutien de 20 milliards d’euros. Cette annonce tranche d’autant plus avec l’indifférence du gouvernement Français que le PIB Espagnol a cru de 0,1% au second trimestre alors qu’il a baissé de 0,3% en France. Le plan de soutien espagnol est d’un keynésianisme des plus classiques puisqu’il comprend « des aides au financement pour les PME, la construction de logements sociaux, le renforcement de la concurrence et la facilitation des projets de grands travaux ». Mais si ce plan de soutien est possible, c’est aussi parce que le budget espagnol a été excédentaire de 2004 à 2007.

Aux Etats-Unis également, la réponse au ralentissement de l’économie a été forte. Tout d’abord, la banque centrale a baissé drastiquement les taux, de 5,25% l’été dernier à 2% aujourd’hui, accentuant plus encore la dépréciation du dollar. Cette politique a un double effet positif pour les Etats-Unis. Tout d’abord, elle favorise les exportations (en progression de 10% au second trimestre) et freine les importations (en recul de 6%, malgré la hausse du prix des matières premières). Ensuite, elle diminue le coût des emprunts à court terme aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas tout, le gouvernement et le Congrès se sont accordés pour voter un plan de relance de plusieurs dizaines de milliards de dollars sous la forme de chèques envoyés il y a trois mois aux ménages américains. Résultat : 1,9% de croissance au second trimestre en rythme annuel.

La rentrée gouvernementale de cette semaine a été bien peu convaincante. Convoquer en urgence un séminaire gouvernemental pour conclure qu’il y a urgence à ne rien faire de différent malgré les très mauvais chiffres de la croissance est assez ridicule… Le résultat de la France est d’autant plus mauvais que nous ne faisons pas mieux que la moyenne malgré les milliards du « paquet fiscal ». Et c’est à cause de cela que la France se retrouve aujourd’hui avec peu de marge de manœuvre fiscale pour un plan de relance, encore que l’exemple Américain montre qu’on peut prendre des libertés avec l’orthodoxie budgétaire quand on le souhaite.

La France est au bord de la récession et un plan de relance est parfaitement possible et souhaitable, comme le montrent les exemples Américains et Espagnols. Le gouvernement fait à nouveau fausse route, confirmant que l’économie est bien son point faible.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/345769....

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/346045.FR.php