04.08.2011
La zone euro sur le pont du Titanic
Hier, le CAC 40 a affiché sa 8ème séance de baisse, affichant des niveaux jamais vus depuis longtemps, démontrant l’échec du nouveau plan européen. Et si Jacques Sapir et Emmanuel Todd, qui avaient prévu la fin de l’euro fin 2011, avaient raison ?
75% du chemin vers l’explosion a été fait
Il y a deux chiffres qu’il suffit de suivre pour connaître l’état de la situation : le taux des emprunts d’Etat à dix ans pour l’Espagne et l’Italie. Il y a un an, ces taux étaient inférieurs à 4%. Il y a encore un mois, ils étaient à moins de 5% pour l’Italie et 5.5% pour l’Espagne. La crise de ce début d’été a provoqué une nouvelle hausse d’un point (synonyme, à terme, d’un renchérissement des intérêts de la dette de l’Italie équivalent à 1.2% du PIB, soit environ 20 milliards d’euros).
L’accord européen du 21 juillet a permis une légère accalmie mais les taux ont à peine baissé pendant quelques jours. En fait, on constate depuis un an que cette longue crise de la zone euro est comme une montée progressive de fièvre, sans que jamais le thermomètre ne baisse vraiment. La pression monte, par pallier sans que les différents plans européens ne semblent résoudre quoique ce soit. Mardi, les taux espagnols ont atteint brièvement 6.36% et les taux italiens 6.16%.
Vers l’apocalypse ?
Herman Van Rompuy peut bien se voiler la face, mais le mal est là et c’est sans doute parce que nous sommes en août que les médias ne semblent pas saisir la gravité de la situation. En effet, la plupart des analystes considèrent qu’au-delà de 6,5 à 7% de taux d’intérêt, les dettes souveraines européennes sont difficilement gérables. En fait, cela représente en un an un renchérissement à terme des intérêts de 2% du PIB pour l’Espagne et près de 4% pour l’Italie !
Bien sûr, l’Espagne bénéficie d’une des dettes publiques les plus faibles de la zone euro. Et l’Italie est partiellement protégée par la maturité moyenne très longue de sa dette, qui réduit la vitesse de propagation de taux supérieurs, ainsi que par le fait que sa dette est surtout domestique, mais nous nous approchons à grands pas de la cote d’alerte. Si le cap des 6.5% était rapidement passé, alors la zone euro pourrait rentrer rapidement dans une crise terminale.
Car si les taux dépassent 7% pour l’Italie, la situation sera totalement incontrôlable. La dette de Rome est la plus importante d’Europe (1900 milliards d’euros, 120% du PIB) et un nouveau plan engagerait la France et l’Allemagne à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros, ce qui semble totalement improbable. La seule solution serait alors le défaut et la sortie de l’euro (scénario que j’avais évoqué début 2009 pour une grande crise que j’avais placée en 2016).
Fin juin, il me semblait encore que « le supplice de l’euro pouvait encore durer ». Mais cette nouvelle poussée de fièvre fait que la probabilité d’une explosion rapide augmente fortement, même s’il ne faut pas oublier qu’il existe de puissantes forces de rappel.
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11.12.2010
Merci Angela !
L’Allemagne a une position compliquée aujourd’hui. D’une part, certains évoquent le modèle économique que notre voisin d’outre-Rhin représenterait et qu’il faudrait copier. De l’autre, d’autres dénoncent ses excédents commerciaux et sa réticence à prêter aux pays de la zone euro en difficulté.
Un modèle en partie dicté par l’Europe
Tout d’abord, il faut relativiser le « modèle Allemand ». Leur croissance annuelle n’a été que de 0.8% pendant les années 2000 contre 1.5% en France. Seule l’Italie a fait moins bien. Car si le pays accumule les excédents commerciaux vis-à-vis de ses partenaires de la zone euro, la compression des salaires pèse sur les salaires et le pouvoir d’achat, ce qui limite grandement la croissance globale du pays. En outre, sa désindustrialisation n’est pas moins rapide que celle de la France…
Bien sûr, le modèle Allemand est non coopératif dans la mesure où il s’appuie sur les exportations. Ce n’est donc pas un modèle réplicable à l’échelle du continent dans la mesure où tous les pays ne peuvent pas afficher un excédent. Mais ce modèle ressemble aux modèles asiatiques. Malheureusement, nous laissons également le Japon, la Corée du Sud ou la Chine accumuler les excédents en exportant comme bon leur semble en Europe alors qu’ils ferment souvent leurs marchés.
Et puis, l’euro a joué un grand rôle dans l’accentuation du modèle Allemand. C’est aussi parce que Berlin est entré dans la monnaie unique avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne que l’Allemagne a mis en place cette politique de compression des coûts salariaux qui est passée par une stagnation des salaires et une réforme fiscale introduisant une part de TVA sociale. Dans les années 80, l’Allemagne se souciait moins de sa compétitivité coût qui fluctuait avec le cours des monnaies.
Vérités d’outre-Rhin
Même si je crois que l’Allemagne est davantage un contre-modèle qu’un exemple et que sa politique n’est pas soutenable si tout le monde l’imite, en revanche, on peut reconnaître qu’en règle générale, Angela Merkel défend bien mieux les intérêts Allemands que nos dirigeants ne le font avec les intérêts de la France et des Français. C’est simple, l’Allemagne se comporte de plus en plus comme la Grande-Bretagne, défendant bec et ongle ses positions.
C’est ainsi qu’Angela Merkel refuse l’émission d’euro-obligations, nouvelle idée farfelue de Jean-Claude Juncker, le président d’un paradis fiscal qu’il faudrait remettre à sa place. Et la chancelière Allemande a bien raison car au final, ce serait son pays qui assumerait la responsabilité de ces emprunts étant donnée sa situation financière meilleure que les autres. Elle a parfaitement raison de refuser de signer un chèque en blanc à une Europe qui place les banques au-dessus des peuples.
Angela Merkel a également raison de dire que les créanciers devraient prendre leur part dans les efforts d’assainissement des finances publiques. Il n’est pas juste que seuls les peuples paient les pots cassés de la crise financière. Les institutions européennes protègent les créanciers sans se soucier des conséquences de plans d’austérité pour les peuples. La chancelière Allemande est la seule dirigeante politique à avoir osé casser ce tabou et il faut l’en remercier.
Si l’Allemagne accentue la crise par son modèle et son refus de faire un chèque en blanc pour sauver les créanciers des autres Etats, elle montre l’exemple d’un Etat qui défend l’intérêt de ses citoyens. Ainsi, elle démontre tous les vices de cette construction monétaire artificielle. Pour cela, merci Angela !
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25.10.2010
La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire
Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.
Un G20 toujours aussi vain
Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…
Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…
Une zone euro totalement passive
D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.
Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.
Que faire ?
La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.
Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.
Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : zone euro, g20, anarchie monétaire, dévaluation, euro cher, dépréciation, yuan, dollar, yen, japon, etats-unis
10.02.2010
La Grèce ne va pas (tout de suite) sortir de l’euro
C’est la panique depuis quelques semaines. La spéculation sur les emprunts d’Etat grecs et la hausse des taux longs met en péril la monnaie unique, au point que de plus en plus de commentateurs évoquent l’explosion de la zone euro, parfois à court terme.
Une situation tenable à court terme
Paradoxalement, la situation n’est pas si dramatique même si Europe 1 affirme à tort que la Grèce n’arrive plus à se financer sur les marchés. Comme l’explique The Economist, en janvier, alors qu’Athènes souhaitait placer 8 milliards d’euros, les marchés en ont souscrit pour 25 milliards. En un seul mois, la Grèce aurait pu couvrir la moitié de son besoin de l’année. Athènes n’a même pas utilisé cette demande pour placer davantage et s’en est tenue aux 8 milliards prévus.
En outre, les taux atteints par la dette grecque ne sont sans doute plus très loin d’un plafond (ils sont au niveau du Brésil). La fièvre des marchés peut sans doute leur faire encore gagner un 1%, mais guère plus. Et surtout, le surcoût est pour l’instant gérable. Les 350 points de base d’écart avec l’Allemagne sur la tranche de janvier représentent un surcoût de 280 millions pour l’année 2009, à peine plus de 0.1% du PIB. Chiffre à mettre en rapport avec une dette de 200 milliards et un déficit de 20…
De plus, la Grèce n’a plus besoin d’emprunter avant le mois de mai. Et Athènes peut sans doute encore envisager un soutien du FMI, des autres pays européens ou d’un autre pays avec des réserves conséquentes (la Chine a été évoquée). Enfin, il ne faut pas oublier que la semaine prochaine, les statistiques du PIB pour le 4ème trimestre vont tomber et il y a fort à parier que les chiffres seront assez bons, ce qui pourrait signifier la fin de la récréation pour des marchés.
Bref, les marchés prêtent à un coût élevé à la Grèce, mais ils continuent de prêter. Il est vrai que sur l’ensemble de l’année, le surcoût représentera plus de 1 milliard d’euros par rapport à l’Allemagne, mais il est évident que la Grèce n’avait pas construit son budget avec des taux longs à 3%... En fait, il s’agit sans doute d’un nouveau cas d’exubérance irrationnelle des marchés et d’une opportunité de soutirer davantage d’argent aux Etats, comme le rapporte assez bien le Monde.
Une situation intenable à long terme
Du coup, mon pronostic est qu’à court terme, la Grèce ne risque pas de sortir de l’euro et comme il s’agit du pays dont la situation est sans doute la plus critique, il n’y a pas de risque d’explosion de la monnaie unique européenne tout de suite. Mais pour être réaliste, je ne peux pas nier qu’un doute subsiste quand on considère la spéculation actuelle. Je crois néanmoins que les marchés vont rapidement se retourner et finir par parier sur une baisse des taux tant ils semblent aujourd’hui exagérés.
Mais ce pari ne signifie pas que la zone euro soit définitivement tirée d’affaire pour autant. En effet, ses déséquilibres internes, loin de se réduire, ont tendance à se renforcer du fait de la diversité des situations nationales. En effet, la même monnaie ne peut pas convenir à des pays aussi différents, comme nous le montre aussi le cas de l’Irlande aujourd’hui. Une politique monétaire inadaptée a conduit à une bulle dont l’éclatement est très violent (triplement du taux de chômage, PIB -10% en deux ans).
La Grèce se retrouve aujourd’hui dans une voie sans issue. La rigueur risque de prolonger la dépression économique sans espoir de reprise puisque le pays ne peut pas dévaluer. Seule une déflation volontaire pourrait permettre au pays de s’en tirer théoriquement, mais l’expérience montre que cette voie porte surtout le risque d’une longue dépression économique. Bref, l’Irlande comme la Grèce, sont prises au piège d’une monnaie unique qui pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Certains appellent à une réaction de l’Europe et trace une voie faite d’intégration fédéraliste. Cela fait sourire le « noniste » de 1992 que je suis : quelques fédéralistes osaient dire tout haut que la monnaie unique était un moyen de contraindre l’Europe à se construire sur un modèle fédéral. Mais il est totalement improbable (et pas injuste) que les pays « vertueux » acceptent de prendre en charge d’une quelconque manière les engagements des pays qui ont moins bien géré leurs finances publiques…
A moyen terme, on peut donc pronostiquer que l’euro éclatera. Faudra-t-il un an, trois ans, dix ans ? Il est impossible de le savoir, mais cette construction monétaire est trop baroque et rigide pour pouvoir durer en l’état actuel. Cette crise n’est donc que la première du genre.
Actualité oblige, la 2ème partie du résumé du livre de Paul Krugman sera publiée demain.
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12.10.2009
Le mythe du dynamisme économique anglo-saxon
C’est une des tartes à la crème économique les plus répandues : l’Europe souffrirait d’un déficit de dynamisme économique par rapport aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne qui ne pourrait être comblé qu’en libéralisant davantage leur économie.
Un autre regard sur la croissance étasunienne et britannique
En fait, cette analyse repose sur un seul élément : la croissance supérieure des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne depuis une dizaine d’années. Les zélateurs du néolibéralisme concluent un peu rapidement que ce sont les réformes libérales qui ont permis à ces pays de voir leur croissance dépasser celle de l’Europe continentale, contrairement aux années 80. Pourtant, cette présentation des faits ne résiste pas longtemps à l’analyse, comme le montre la crise économique.
En effet, la crise financière s’explique en partie par l’endettement excessif des ménages anglo-saxons. Jean-Luc Gréau rapport en effet dans son livre « La trahison des économistes », que la dette des ménages américains et britanniques est passée d’environ 65% du PIB en 1998 à environ 100% dix ans plus tard. Parallèlement, le niveau d’endettement des ménages Allemands est resté stable et celui des ménages Français n’a progressé que marginalement.
Etant donné que la consommation est la première composante du PIB, comment ne pas comprendre que la croissance du PIB étasunien et britannique doit beaucoup plus à l’explosion du crédit qu’au dynamisme interne de leurs économies. Mieux, l’économie britannique a bénéficié de l’envolée des dépenses publiques, passées de 36% du PIB en 1999 à 41% en 2004, (plus fort qu’en France de 1981 à 1986…). Bref, la croissance outre-manche ne reposait que sur la dette et la dépense publique…
Cette zone euro qui se tire dans le pied
Car si on enlève les puissants stimuli qu’ont été la dette et la dépense publique, il y a fort à parier que les économies britanniques et étasuniennes n’auraient pas été plus dynamiques que le Japon. Après tout, l’accroissement de la dette des ménages, 35% du PIB, représente plus que la croissance nette de l’économie sur la même période. Bref, il n’y a pas de dynamisme supérieur des économies anglo-saxonnes par rapport aux économies d’Europe continentale.
D’autant plus que l’Europe continentale doit se battre avec un bras dans le dos, pour ne pas dire plus. En effet, le taux de change de l’euro est depuis des années un puissant facteur dépressif pour la zone euro. La surévaluation de la monnaie unique de 20 à 40% selon les années pousse en effet les industriels à délocaliser massivement en dehors de la zone euro pour abaisser leurs coûts de production, réduisant à la fois la richesse nationale et le nombre d’emplois, notamment dans l’industrie.
C’est ainsi qu’à production constante, les constructeurs automobiles Français ont délocalisé la production d’un million de véhicules de 2004 à 2008, principalement dans des pays d’Europe de l’Est et en Asie pour bénéficier à la fois de coûts de main d’œuvre plus bas et d’une parité monétaire plus favorable à l’exportation. La politique monétaire de la BCE et le dogmatisme libre-échangiste européenne sont bien plus responsables de notre faible croissance que les rigidités de nos marchés du travail.
Bref, entre une croissance anglo-saxonne complètement idéalisée et ne reposant que sur du sable et une croissance européenne au contraire pénalisée par des politiques d’inspiration trop libérale, il y a faute sur le diagnostic comme sur les solutions.
Source : The Economist 28 septembre, « La trahison des économistes », Jean-Luc Gréau
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23.09.2009
Le sadomasochisme monétaire européen
C’est un sujet qui devrait être en haut de la liste des préoccupations du G20 cette semaine. Pourtant, les désordres monétaires ne seront pas traités lors de cette réunion, pour le plus grand malheur d’une zone euro qui semble atteinte d’un véritable sadomasochisme monétaire.
Des taux de change ahurissants
Pourtant, de plus en plus de voix s’expriment pour dénoncer la politique monétaire aberrante de la zone euro. Même des partisans de l’intégration européenne et de la mondialisation comme Patrick Artus, Christian Saint Etienne ou Dominique de Villepin soulignent aujourd’hui que l’euro n’a pas été un facteur de croissance pour l’Europe, bien au contraire. Et deux prix Nobel d’économie, Paul Krugman et Joseph Stiglitz critiquent ouvertement la politique de la BCE.
Il faut dire que toutes les études montrent que l’euro est considérablement surévalué. Il cote 1,48 dollars aujourd’hui, soit près de 40% de plus que le niveau des parités de pouvoir d’achat, estimé à 1,07 dollar par Michel Aglietta, comme The Economist. De même, pour sortir de la crise, la Grande-Bretagne n’a pas hésité à laisser la livre se déprécier de 30% contre la monnaie unique pour aider son économie. Il n’y a que l’Union Européenne pour faire ce choix d’une monnaie chère.
La politique de l’euro cher
Car ce qu’on appelle la politique de « l’euro fort » est en réalité une politique d’euro cher. Cher pour les touristes américains et anglais qui ont en partie abandonné la France cet été par sa faute. Cher pour les exportateurs qui sont incapables de lutter avec des coûts surévalués de 40% par rapport aux usines outre-Atlantique et outre-manche. Certes, cela nous permet de payer nos écrans plats moins chers, mais que vaut-il mieux avoir, un emploi ou un écran plat vingt centimètres plus large ?
Car les effets de cette politique d’euro cher sont clairs : l’industrie automobile Français a délocalisé la production d’un million de véhicules entre 2004 et 2008, principalement en Europe de l’Est. Même Airbus préfère sous-traiter une partie croissante de son A350 à des fournisseurs étasuniens… Cela fait bientôt vingt ans que Jean-Claude Trichet persiste dans une erreur qui a coûté des millions d’emplois à l’Europe. Pourtant, malgré quelques critiques de Nicolas Sarkozy, rien ne change.
On nous a longtemps dit que ce qui handicapait la croissance de la zone euro par rapport aux Etats-Unis était un manque de flexibilité. En fait, l’écart de croissance s’expliquait essentiellement par l’endettement massif des ménages et la politique monétaire trop restrictive suivie par l’Europe. D’ailleurs, la seule période où l’Europe a pu rivaliser avec la croissance des Etats-Unis ont été les quelques années d’avant 2001, quand le cours de l’euro était raisonnable par rapport au dollar.
Nul doute que les années qui passent aboutiront à un jugement très sévère sur la politique monétaire suivie par la zone euro dans les années 90 et 2000. Pourquoi diable suivre une politique qui a envoyé et envoie encore des millions de personnes au chômage ?
Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2009/09/22/04004-200...
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01.09.2009
Le bien-pensant qui critique l’euro
Christian Saint Etienne est un économiste reconnu, partisan d’une Europe fédérale et de la mondialisation. Pourtant, dans son dernier ouvrage, il attaque l’euro d’une manière radicale.
Un bilan désastreux
Pour lui, l’euro accentue les divergences entre ses pays membres. Pire, l’Europe « est devenue une zone de non-croissance relative dans le monde au sein de laquelle l’Allemagne conduit une politique de désinflation salariale compétitive ». Elle fait de « ses prétendus citoyens (…) des gladiateurs dans le cirque de la concurrence fiscale et sociale alors que les bêtes fauves surgissent de toutes parts ».
Plus mordant, pour lui, « la tortue européenne nage sans carapace dans la mer en prétendant que les requins sont des poissons rouges. Les poissons rouges n’hésiteront pas à porter l’euro à deux dollars pour sortir plus vite de la crise, même si cela doit dévaster des pans entiers de l’économie européenne, et à déverser leur surplus de production en Europe, dont le marché est ouvert à tout vent ».
La zone euro n’est pas une Zone Monétaire Optimale
Il démontre une à une toutes les carences de l’euro. Tout d’abord, il souligne que « la monnaie est l’une des trois manifestations de la souveraineté d’une nation libre » et que « les trois millénaires d’histoire économique montrent qu’il ne peut pas y avoir de divorce durable entre souveraineté monétaire et souveraineté politique ». L’euro sans fédéralisme n’est donc pas tenable.
Deuxièmement, il souligne que la zone euro n’est pas une Zone Monétaire Optimale. Il s’appuie sur la théorie du prix Nobel d’économie Robert Mundell, soulignant le manque de mobilité des travailleurs au sein de la zone et de fédéralisme fiscal. Il note également que les politiques économiques suivies sont divergentes et que les préférences nationales restent également très différentes. Seul point en faveur de l’intégration monétaire : le niveau élevé des échanges commerciaux au sein de la zone.
Les conséquences désastreuses de l’euro
Mais il y a pire : l’euro introduit des mécanismes pervers. Pour lui, « l’introduction de l’euro a accentué les divergences entre les performances de quelques nations qui ont su en tirer le meilleur parti, et celles des nombreux pays qui n’ont pas été capables de s’adapter à la nouvelle donne ». L’euro pousse à une concurrence non solidaire entre les pays, renforcée par le biais ultralibéral des institutions européennes.
L’Allemagne a ainsi construit son nouveau modèle sur une plus grande compétitivité salariale que ses partenaires en bloquant les hausses de salaires (+2% de 1999 à 2007, contre +17% en France, +23% en Italie et +26% en Espagne), quitte à déprimer sa demande intérieure et sa croissance (la plus faible d’Europe depuis 1999). L’Irlande a construit le sien sur une plus grande compétitivité fiscale. Et la Grande-Bretagne, en dehors de l’euro, peut recourir à la dévaluation pour se relancer.
Bref, l’unification monétaire pousse à des comportements qui ont fait de la zone euro « une zone de faible croissance et d’iniquité croissante ». Pire, l’envolée de l’excédent allemand s’est fait principalement au sein de la zone euro et contre ses partenaires. Du coup, le commerce extérieur a eu une contribution négative annuelle de 0,45 point à la croissance de la France de 2002 à 2008 et de 0,9 point en Espagne.
Une politique inadaptée
Encore pire, il attaque la politique de la BCE en soulignant qu’elle a « la fâcheuse habitude de conduire sa politique de taux d’intérêt avec un retard systématique par rapport à l’évolution du cycle de l’activité réelle ». Il dénonce également « son absence de réaction à la forte appréciation de l’euro, notamment de 2005 au printemps 2008 », soulignant que « la croissance se casse dans la zone euro à partir du printemps 2007 et plonge au début de 2008, sans que cela ne (les) préoccupe en rien ».
L’auteur propose également son analyse de la crise : excès de liquidités, déséquilibres monétaires, normes comptables « mark to market », normes prudentielles insuffisantes et marchés dérivés. Il faut noter également qu’il soutient que cette crise a également démontré les limites du marché, incapable de juger correctement la valeur de nombreux actifs, avant ou pendant la crise.
Si le constat de Christian Saint Etienne rejoint en partie l’analyse des économistes alternatifs (au libre-échange près), les solutions divergent, ce que j’étudierai demain.
Source : Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro », Bourin éditeur
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