08.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite économique et sociale
Nicolas Sarkozy n’a jamais brillé par ses compétences économiques, même s’il fut ministre du budget en 1993 et brièvement ministre des finances en 2004. A mi-parcours de son mandat présidentiel, son bilan montre à nouveau qu’il ne maîtrise guère ce domaine.
La France résiste mieux à la crise
Le gouvernement a pourtant une ligne de défense assez habile : parmi les pays européens, la France est un de ceux qui s’en sortent le moins mal. Si l’Allemagne maîtrise mieux son déficit budgétaire et son chômage, en revanche, le recul de son PIB, affecté par l’effondrement des exportations est plus important. L’Italie est plongée depuis des années dans une forme de stagnation économique qui ne semble pas prendre fin.
Le déficit de la Grande-Bretagne est beaucoup plus important que le nôtre et son économie semble tarder à sortir de la récession (son PIB a encore reculé au 3ème trimestre, alors que le PIB Français a renoué avec la croissance dès le 2ème trimestre). Enfin, l’Espagne a vu son chômage exploser et l’envolée de ses coûts fait peser une lourde menace sur sa compétitivité.
Comparativement, la France est donc plutôt dans la moyenne haute. Le gouvernement ne manque pas une occasion de porter à son crédit ce résultat qui serait la conséquence des plans de soutien. Mais cette présentation des choses n’est pas juste. En effet, le plan de relance Français était parmi les plus limités des pays occidentaux, ce qui relativise l’impact annoncé par le gouvernement.
… malgré Nicolas Sarkozy
Mais surtout, si la France a plutôt mieux traversé la crise, c’est grâce à son modèle, que Nicolas Sarkozy voulait remettre en cause. En effet, les ménages Français sont près de deux fois moins endettés que les ménages britanniques, ce qui a limité la bulle immobilière chez nous. Ensuite, notre système de protection sociale limite davantage la casse que dans les pays anglo-saxons.
En fait, pendant la campagne, Nicolas Sarkozy voulait justement remettre en question tout ce qui fait que la France a mieux résisté à la crise. Dans son programme, le candidat Nicolas voulait importer en France les crédits hypothécaires qui sont en partie responsables de la crise des subprimes, affirmant même qu’il ne fallait pas uniquement se baser sur la capacité à rembourser !
Une politique injuste et irresponsable
Le bilan économique du gouvernement est une catastrophe. L’explosion du déficit a autant à voir avec les innombrables baisses d’impôt décrétées par le gouvernement qu’avec la crise. Entre le « paquet fiscal », la baisse de la TVA dans la restauration et la suppression de la taxe professionnelle, le gouvernement n’y est pas allé par quatre chemins, malgré les déficits. Du coup, le poids des prélèvements obligatoires a connu une baisse historique depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy.
Malheureusement, cette politique est doublement néfaste. Tout d’abord, les exonérations se concentrent sur les ménages les plus aisés, qui avaient pourtant beaucoup plus profité de la dernière décennie, augmentant des inégalités qui avaient pourtant besoin d’être réduites. Ensuite, l’augmentation de la dette liée à ces mesures sera financée par l’ensemble des Français. Mais Nicolas Sarkozy va bientôt devoir affronter les conséquences de ses actes quand il devra réduire les déficits à partir de 2011…
Le bilan économique de la présidence Sarkozy est très mauvais. Aidé par un modèle Français qui nous protégeait de la crise, il en a profité pour prendre des mesures hasardeuses et injustes qui hypothèquent en partie notre avenir. Demain, la faillite républicaine.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, paquet fiscal
07.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite d’une méthode
Avant d’analyser le fond de la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis deux ans et demi, je souhaite m’arrêter sur sa méthode, étant donné que cette semaine a de nouveau illustré ses limites avec les cafouillages au sein de la majorité, du gouvernement, et de l’Elysée….
La méthode Sarkozy
La méthode Sarkozy peut se résumer à plusieurs points. Tout d’abord, elle consiste à une personnalisation et une concentration inédite des pouvoirs sous la Cinquième République, à l’exception peut-être de Valéry Giscard d’Estaing. Le rôle des ministres est minimisé par la présence permanente du président sur le terrain, qui efface tout son gouvernement. De toutes les façons, Nicolas Sarkozy n’a pas choisi beaucoup de poids lourds, privilégiant des seconds couteaux ou des proches.
Le premier ministre est réduit à un rôle marginal, nettement moins important que les conseillers du prince. D’ailleurs, fait inédit sous la Cinquième République, ces conseillers s’expriment publiquement et fréquemment, quitte à mener des agendas personnels qui ne sont pas forcément ceux du gouvernement (comme le montre la manœuvre d’Henri Guaino pour demander un grand emprunt plus important, malgré l’opinion de la majorité à l’Elysée même, ce qui a contraint à un arbitrage précoce).
Enfin, pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a donné un bien mauvais exemple en ne manquant pas une occasion de se désolidariser d’une majorité présidentielle à laquelle il était d’autant plus censé appartenir qu’il était un de ses ministres. Résultat, il a donné un bien mauvais exemple à ses équipes, ce qui explique sans doute le comportement d’une Rama Yade qui, après tout, ne fait que suivre le (mauvais) exemple que son chef a pu lui donner de 2002 à 2007.
La chienlit au pouvoir
La majorité affirme bien habilement que les turbulences actuelles sont normales et qu’après tout, les majorités n’ont jamais suivi sans rechigner leurs gouvernements. Pas faux, il y a toujours eu des tiraillements entre les majorités et les équipes gouvernementales. Mais cette analyse des choses est beaucoup trop partielle et partiale. En effet, les turbulences actuelles ne ressemblent pas du tout à ce qui a pu se passer dans le passé puisqu’elles dépassent le cadre des parlementaires.
Tout d’abord, la solidarité gouvernementale est de plus en plus oubliée. Rama Yade se permet des tacles ou une désolidarisation de sa ministre de tutelle tout en restant secrétaire d’Etat. Ceci est inédit et affaiblit plus encore l’équipe gouvernementale. Deuxièmement, pour la première fois, des tensions publiques sont provoquées par les conseillers du président, profondément divisée entre Claude Guéant et Henri Guaino. Le manque de solidarité atteint un niveau inédit, au gouvernement comme à l’Elysée.
Et comme le président ramène tout à lui, il n’y a aucune soupape de sécurité, contrairement à ce que la Cinquième République instituait. Les remaniements n’ont plus d’importance puisqu’ils ne concernent que des personnes sans réels pouvoirs. Aucun des changements d’équipe n’a apporté le moindre souffle à Nicolas Sarkozy. Et même ses annonces finissent par perdre de leur impact : on ne peut pas annoncer des mesures révolutionnaires trois fois par semaines sans provoquer une certaine usure.
La faillite de Nicolas Sarkozy, avant même de parler du fond, c’est la faillite d’une méthode qui efface le gouvernement, ne permettant plus au président de se reposer sur une équipe, qui promeut le désordre et dont les effets d’annonce trop répétés finissent inévitablement par s’user…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, mi-mandat
06.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : pire que prévu !
Il y a deux ans et demi, Nicolas Sarkozy était élu président de la République. L’occasion de se pencher sur son bilan à mi-mandat. Quoi de mieux que se plonger dans les arguments avancés lors de la campagne. Un exercice sévère pour le président.
Un passif prévisible
En mars 2007, j’avais publié sur ce blog, une série de « 15 raisons pour faire barrage à Nicolas Sarkozy ». J’y évoquai son incompétence en économie, son mauvais bilan à l’intérieur, sa vision des relations internationales, sa remise en cause de notre modèle républicain, et sa méthode. Ensuite, j’avançais ses promesses non tenues, ses contradictions, ses tendances néoconservatrices, ses postures communicantes, sa personnalisation du pouvoir. Enfin, j’évoquai ses motivations profondes, son absence de mesure, son entourage, ses tendances peu démocratiques et son antigaullisme.
Avec le recul, il est impressionnant de voir à quel point tout était annoncé. La quasi-totalité de ces critiques n’ont pas pris une ride. Que ce soit sur le fond (économie, sécurité, relations internationales, modèle républicain) ou la forme (personnalisation du pouvoir, écrasement du pouvoir, postures communications, manque de mesure, promotion de son entourage), le Nicolas Sarkozy président ressemble beaucoup au Nicolas Sarkozy candidat, et pas pour le meilleur.
Une forme pire que prévu
Malheureusement, Nicolas Sarkozy a réussi à faire pire dans un domaine important pour la fonction présidentielle : la représentation. En effet, pendant la campagne, si l’on pouvait dénoncer le fond ou la méthode du candidat, peu doutaient de sa capacité à endosser le costume de président. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis de gagner l’élection en partie, Ségolène Royal ayant été moins convaincante pendant toute la campagne, notamment lors du débat d’entre deux tours.
Au contraire, Nicolas Sarkozy savait faire plus président. Malheureusement, son élection et l’atteinte de l’objectif de sa vie a provoqué un relâchement auquel personne ne s’attendait. L’année 2007 a été marquée par un florilège de moments plus douteux les uns que les autres : la fête au Fouquet’s, l’épisode du yatch de Bolloré, le « casse-toi pauvre con », l’altercation avec les marins pêcheurs, les SMS au Vatican, les familiarités avec Angela Merkel, le « Carla et moi, c’est du sérieux »…
Le Times disait alors que son comportement avait parfois plus à voir avec celui de Britney Spears ou Paris Hilton que celui d’un chef d’Etat. Certes, depuis 2008, l’Elysée a redressé la barre et désormais, Nicolas Sarkozy a repris un peu de hauteur et tient à peu près son rang de président de la République. Mais nous sommes loin de la dimension d’un Jacques Chirac, ou de celle qu’aurait pu avoir un Dominique de Villepin, et le passé ne peut pas être effacé, laissant une tâche indélébile.
Pire, passé le rideau de fumée des annonces, son bilan est aussi mauvais que ce à quoi l’on pouvait s’attendre. J’y reviendrai dans les trois prochains jours pour étudier sa triple faillite, la faillite économique et sociale, la faillite républicaine et la faillite internationale.
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05.11.2009
Jacques Chirac, le président regretté
Pendant cinq années, Nicolas Sarkozy a prôné une rupture qui valait également vis-à-vis de Jacques Chirac, dont il était pourtant le ministre. Mais cette rupture a provoqué un soudain regain d’affection pour l’ancien Président, qui livre cette semaine le premier tome de ses mémoires.
L’anti-Sarkozy
C’est bien tout le paradoxe de ces trois dernières années. Jacques Chirac avait terminé son mandat impopulaire et diminué, tant physiquement que politiquement, avec le candidat du parti qu’il avait fait construire qui faisait ouvertement campagne contre son action. Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de multiplier les pics contre son ancien mentor, parlant même de « roi fainéant », après l’avoir comparé en 2006 à Louis XVI à la veille de la Révolution Française…
Mais à force de se démarquer de l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy a fini par faire regretter son prédécesseur. Nous sommes passés d’un président qui savait particulièrement bien représenter la France à l’étranger à un président qui écrit des texto lors d’une réception avec le pape ou qui froisse les officiels d’innombrables pays par ses manières.
Et s’il est vrai que Nicolas Sarkozy est très présent, il le fait en écrasant l’ensemble de son gouvernement, quand Jacques Chirac laissait de la lumière à ses équipes. Comment ne pas voir dans l’utilisation sempiternelle du « je » du premier un contraste saisissant avec le « nous » du second ? Les Français ont fini par ne pas être dupes : l’activisme affiché du président actuel est surtout de façade.
Un homme attachant
Finalement, la plus grande différence entre les deux hommes est finalement que Jacques Chirac était un président attachant. L’ancien occupant de l’Elysée est un homme qui aime les citoyens qu’il a dirigé. L’actuel aime être aimé et n’apprécie pas de ne pas être aimé. Jacques Chirac est, chose rare en politique, un homme modeste, quand Nicolas Sarkozy a tendance à se prendre pour un super-héros, seul capable de faire ce que les autres seraient incapables de faire.
Les quelques bonnes feuilles de ces mémoires sont l’occasion pour le président regretté de remettre les pendules à l’heure, notamment vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing et Edouard Balladur, qui ne l’ont pas épargné dans le passé. Au premier, il reproche le manque d’espace qu’il lui a laissé à Matignon et une trop haute idée de lui-même. Ce dernier reproche vaut également pour son ancien ami de 30 ans, même si les quelques lignes qui ont filtré ne sont finalement guère méchantes.
Bien sûr, on pourra objecter que Jacques Chirac manquait de convictions et avait un rapport un peu particulier au financement politique (partagé à l’époque). Mais il a fait partie des derniers véritables serviteurs de l’Etat et a montré des qualités humaines rares dans ce milieu.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-2009110...
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-2009110...
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04.11.2009
Quelques idées pour la ré-internationalisation
Le terme « ré-internationalisation » est particulièrement intéressant, car, par rapport à « globalisation », il signifie à la fois retour aux nations et coopération entre ces nations. En cela, il peut être un moyen plus positif de présenter la construction d’un retour à la nation.
Ce que la ré-internationalisation n’est pas
Les promoteurs de la globalisation néolibérale chercheront sans doute à présenter toute alternative comme une aventure albanaise, une voie vers l’autarcie rétrograde et passéiste. Pourtant, entre l’autarcie et la libéralisation absolue, il y a d’innombrables nuances. Et la récente crise montre justement que les nations sont le dernier recours quand il s’agit de sauver le monde financier de son autodestruction. Ce ne sont ni la Commission, ni la BCE qui ont trouvé la solution, mais bien les Etats.
La ré-internationalisation, ce ne sont donc pas des Etats-nations repliés dans leur prêt carré. Ce sont des Etats-nations qui pensent à leur intérêt, sont responsables devant leurs citoyens, mais qui sont parfaitement capables de coopérer ensemble pour résoudre des crises qui ne peuvent être résolues que par une action commune, comme l’ont fait les Etats européens lors de la crise des subprimes.
En économie, un dirigisme national
L’alternative à la globalisation néolibérale peut donc être un dirigisme national. Un dirigisme dans le sens où les politiques reprendraient le contrôle des évènements, qu’ils abandonnent trop volontiers à des instances européennes (BCE, Commission) ou au marché (cours des monnaies, cours des matières premières agricoles, mouvements de capitaux, réglementation financière…). Ce dirigisme doit marquer un retour du politique au détriment du technique, renouvelant le contrat démocratique.
Mais pour pouvoir être effectif, le dirigisme politique devra se faire dans un cadre national, seul cadre permettant l’expression d’une volonté populaire démocratique. Nous aurons besoin de frontières pour que chaque pays puisse de nouveau exprimer sa volonté sans être trop contraint par des traités européens et internationaux qui agissent trop souvent comme des corsets trop serrés pour la démocratie. Les frontières commerciales, monétaires et financières sont le moyen de redonner une liberté au politique.
A l’international, le retour des nations
Le retour des nations, doit s’opposer au rôle grandissant des organisations technocratiques et au non démocratiques. Les hommes politiques doivent cesser de confier des pans entiers de leur responsabilité politique à des organisations non élues dont le jugement est de plus en plus contesté. Il n’est pas normal qu’après cette crise, ce soit toujours le comité Bâle 2 qui soit en charge de réfléchir aux nouvelles normes prudentielles. Les politiques doivent prendre cette responsabilité.
La ré-internationalisation des relations internationales, parce qu’elle s’oppose à une globalisation uniformisante, sera également une transformation des rapports entre les nations, qui s’opposera à l’occidentalisme obtus de Georges W Bush. Elle doit ouvrir la voie à un monde plus ouvert sur les autres, et respectueux de l’indépendance de chaque nation, qui ne seront pas sommées de choisir un camp, comme le Général de Gaulle le disait déjà il y a quelques décennies.
Au niveau européen, cela signifie une construction européenne souple, à la carte, où les coopérations ponctuelles entre Etats sont encouragées, quelques soient les configurations, au lieu de devoir passer sous les fourches caudines uniformisatrices de Bruxelles. Cette plus grande liberté donnée aux nations permettra sans doute de multiplier les projets, même s’il est vrai que le paysage européen en sera sans doute plus différencié. Une Europe diverse au lieu de l’absurde taille unique qui ne va à personne.
Parce que les nations sont le cadre naturel de l’expression du bien commun, c’est un retour des nations qui permettra de remettre le monde dans une direction plus favorable à l’intérêt général. Il sera donc essentiel que chaque nation sache renouveler le contrat national, souvent malmené par cette globalisation.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ré-internationalisation, globalisation, bâle 2, bce, commission
03.11.2009
Ré-internationalisation contre globalisation
Les dix dernières années ont démontré la faillite de la globalisation néolibérale. Pourtant, certains parient que le salut viendra du cadre global. Et si, tout simplement, ce cadre n’était pas adapté à une quelconque expression de l’intérêt général et que seul le cadre national le permettait ?
Quels intérêts sert la globalisation néolibérale ?
Un examen froid de l’évolution des dernières décennies montre qu’il y a deux grands gagnants à la globalisation. Les premiers sont le 1 % des ménages les plus riches, dont les revenus représentent près de 20% des revenus totaux aux Etats-Unis. Plus fort, une étude montre que les revenus des 0.1% des ménages les plus riches y ont progressé quatre fois plus vite que la moyenne (8% du total). Les autres gagnants sont les actionnaires qui extraient une part croissante des richesses.
Certains crient volontiers à une conspiration mondiale qui viserait à asservir 99% de la planète. Je n’y crois pas. Joseph Stiglitz lui-même, pourtant très dur vis-à-vis du FMI, affirme qu’ils agissent en pensant sincèrement servir l’intérêt général. Pour lui, la racine du problème vient du fait de confier des pouvoirs politiques à des non politiques (FMI, banques centrales…). Coupés de la réalité et sans système de pensée alternatif, ils croient réellement que la libéralisation est porteuse de progrès.
La nation, cadre indépassable de l’intérêt général
Frédéric Lordon souligne bien qu’ « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre : pas de gouvernement du tout » et que « la mondialisation a précisément eu pour effet de redéployer les marchés à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dans un environnement de faible densité institutionnelle ». En clair, le processus de globalisation est intrinsèquement lié à des politiques d’inspiration néolibérale puisqu’elle organise l’absence de prise du politique.
En fait, de plus en plus d’intellectuels, y compris de gauche, reconnaissent aujourd’hui que seul le cadre national permet une expression de l’intérêt général. Les nations sont elles-mêmes structurellement l’expression d’un bien commun, où une minorité accepte le choix démocratique d’une majorité lors des élections, et où la solidarité entre membres de la communauté nationale s’exprime de multiples manières, notamment à travers le système de sécurité sociale ou les services publics.
Vers une ré-internationalisation
Je me permets d’emprunter ce terme à Frédéric Lordon, qui l’utilise dans son dernier livre car il me semble parfaitement résumer ce que nous devons faire pour combattre l’anarchie néolibérale. Le progrès humain doit redevenir le but de nos sociétés au lieu de cette volonté de liberté tellement absolue qu’elle vire à l’anarchie, à la loi du plus fort et donc à un nivellement par le bas salarial, social, environnemental, démocratique et républicain. Au 21ème siècle, plus que jamais, l’homme aura besoin des nations.
Bien sûr, les défenseurs de la globalisation diront que les nations sont responsables des guerres et ferons un parallèle avec l’Albanie. Mais ne sont-ils pas les promoteurs d’une guerre économique de plus en plus violente (délocalisations, crises, suicides) ? Le cadre plus national des politiques des Trente Glorieuses était plus pacifique... Enfin, cela ne signifie pas fermeture à l’autre, bien au contraire. C’est parce que nous serons bien dans notre pays que nous serons d’autant plus ouverts aux autres.
La globalisation néolibérale produit un asservissement des hommes à des dogmes abstraits qui ne profitent qu’à une petite minorité. Le retour aux nations, et aux frontières, est un préalable indispensable pour refaire du progrès humain pour tous l’objectif de nos sociétés. Voilà un vrai débat sur l’idée nationale !
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : globalisation, anarchie néolibérale, ré-internationalisation, frédéric lordon
02.11.2009
La globalisation néolibérale contre l’intérêt général
Depuis 30 ans, la globalisation néolibérale a transformé la planète. Ses promoteurs affirment que la liberté, promue objectif absolu de l’humanité, est le meilleur moyen de faire avancer le bien commun. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de ne pas constater qu’elle œuvre contre l’intérêt général.
Un idéal de liberté travesti
A la base, le libéralisme est porteur d’un bel idéal, celui d’une émancipation des hommes de sociétés féodales, où le destin des individus était trop souvent dans les mains d’un autre. Cet idéal a dirigé certains des plus grands progrès de l’humanité, notamment la fin de l’esclavage dans toutes ses formes. En cela, le mot « liberté » prend une place particulière dans le triptyque de notre République. Malheureusement, cet idéal a été travesti par sa transformation en néolibéralisme.
Un intellectuel affirme que cette mutation du libéralisme, qui se serait opérée vers la fin du 19ème siècle, s’explique par deux évènements : la théorie de Darwin et la mathématisation des sciences économiques. La première aurait poussé certains économistes à adopter la théorie de l’évolution aux sociétés humaines et à vouloir laisser faire la nature dans tous les aspects de l’économie. La seconde a favorisé des constructions purement abstraites, déconnectées de la réalité.
Une société injuste et instable
Cette volonté de liberté absolue trouve sa première expression sur le terrain économique et social. La liberté ne devient plus un moyen à destination d’une fin, le progrès humain, elle devient un objectif en soi. Le meilleur exemple reste le Traité Constitutionnel Européen qui avait fait de « la concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne. Le « laissez faire » et le « laissez passer », pour reprendre les mots du Général de Gaulle, ont été érigés en horizons indépassables de la modernité.
Pourtant, faute est de constater que cette anarchie néolibérale (monétaire, commerciale et financière) n’a fait que provoquer une course au moins-disant social, salarial et environnemental. Le bilan de cette anarchie économique globale est désastreux dans tous les pays développés puisque nous assistons à une montée inédite des inégalités (90% de la population ne profite pas de la croissance), à des crises à répétition et de plus en plus violentes, et une montée de l’endettement.
Un affaiblissement de nos Républiques
Mais cette globalisation néolibérale pose également de graves problèmes dans le fonctionnement de nos sociétés et de nos démocraties, comme l’illustre bien le cas des Etats-Unis, pays le plus « avancé » dans cette évolution. Elle porte en elle une remise en cause partielle de l’idée même de démocratie, puisqu’elle aboutit à sanctuariser une partie croissante du pouvoir politique (la monnaie notamment) dans des instances « protégées » des choix démocratiques et structurellement favorables à cette évolution.
La société que construit la globalisation néolibérale tend également à profondément remettre en cause l’égalité des chances, comme le montre bien Paul Krugman. Le « rêve américain » est battu en brèche par l’argent : un mauvais élève riche a autant de chances d’arriver à l’université qu’un bon élève pauvre. L’ascenseur social se grippe, une nouvelle aristocratie de l’argent se forme. De plus en plus, les citoyens constatent qu’il y a deux poids, deux mesures, et pas pour les bonnes raisons.
Enfin, en mettant autant l’accent sur l’individu, elle tend à distendre le lien entre les citoyens et des Etats-nations, dont la perte de marge de manœuvre ne permet pas de renouveler le lien national. Comme le montre Jacques Généreux, elle pousse l’individu à l’individualisme au détriment du collectif ou tend à promouvoir des communautarismes de toutes sortes.
Un monde où règne le chacun pour soi
Et comment ne pas voir la patte de la globalisation néolibérale dans l’évolution des rapports internationaux ? A force de promouvoir le pur intérêt égoïste, dont la somme serait censée produire un intérêt commun, les pays ne sont plus capables de dépasser leur propre intérêt pour envisager le bien commun de la planète. C’est ce que montrent les discussions plus mesquines les unes que les autres sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que ce soit au niveau européen ou mondial.
Cette évolution consacre également la très darwinienne loi du plus fort, qui a présidé aux interventions des Etats-Unis en Irak ou celle d’Israël au Liban, malgré l’opposition de la majorité du concert des nations, et sans la moindre conséquence pour ceux qui ont pourtant violé les règles de la communauté internationale. L’expression d’un bien commun planétaire semble désormais un doux rêve.
Les trente dernières années montrent que la globalisation néolibérale est incapable de produire du bien commun. Elle ne tend qu’à produire un monde égoïste, injuste et instable, sans doute le signe que le cadre mondial n’est pas capable de produire de l’intérêt général.
Ce papier et les deux suivants sont l’aboutissement de nombreuses lectures, les livres de Frédéric Lordon et Dominique de Villepin, les débats du blog Horizons, ainsi que d’une soirée de discussion avec Stéphane, Charles et Emmanuel, qui m’a servie de catalyseur. Je les en remercie.
Demain, « Re-internationalisation contre globalisation »
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01.11.2009
Villepin : la clarification de NDA
Mardi, Nicolas Dupont-Aignan, qui avait déjà été interviewé par Villepin.com, a participé au premier meeting du Club Villepin à Paris. Une présence remarquée dont le sens a été clarifiée par le président de Debout la République sur son blog.
Le point de vue de Nicolas Dupont-Aignan
Forcément, cette présence pouvait être interprétée comme un ralliement du Président de Debout la République à l’ancien Premier Ministre, d’autant plus que ce dernier n’a pas fait grand mystère de sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. Mais Nicolas Dupont-Aignan a bien précisé sur son blog ce qu’il en était de sa participation à cette réunion. Pour lui, il s’agit « de réfléchir et d’échanger ensemble, bref de débattre » avec la « volonté d’une rupture gaulliste avec le pouvoir actuel ».
Le député-maire d’Yerres soutient que « s’il peut être fructueux d’y travailler à plusieurs », cela doit se faire « dans la limite de la fidélité à son intime conviction ». Il reconnaît d’ailleurs des « divergences sur l’Europe » et appelle à « rompre avec une construction européenne qui asphyxie notre pays ». Il écrit que « l’avenir dira si elles (les divergences), peuvent, ou non, être dépassées » et explique que c’est le dialogue qui permettra de le savoir, justifiant ainsi sa participation.
La conclusion est tout aussi claire : « ma présence mardi soir ne change rien à ma volonté de développer DLR qui doit être présent aux échéances électorales, car on ne construit jamais l’avenir en déviant de son idéal et de ses convictions. C’est parce que nous sommes libres et intransigeants sur l’essentiel que nous serons en mesure, le cas échéant, de prendre notre part, toute notre part, au débat pour la reconstruction d’une France libre ». En clair, il s’agit d’un appel au dialogue, pas d’une allégeance.
Ce que j’en pense
Non que cela ait beaucoup d’importance, mais étant donné que mon blog a été ouvert en janvier 2007 en soutien à Dominique de Villepin, puis que j’ai rejoint Debout la République et en suis devenu un des porte-paroles, je pense qu’il est nécessaire d’expliquer ma position sur ce sujet, position qui n’est pas celle du porte-parole, mais seulement la mienne. Certains lecteurs imaginent peut-être qu’il s’agit d’un rêve devenu réalité puisque les deux présidentiables que je respecte le plus se rapprochent.
Mais cela est plus compliqué. Pour moi, Dominique de Villepin est peut-être le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy en 2012, comme je pensais qu’il l’était en 2007. Outre une prestance naturelle, je partage son sens de l’Etat, sa vision de la République et des relations internationales et j’ai noté un rapprochement de son constat avec celui des penseurs alternatifs. Cependant, il reste des divergences significatives sur les solutions à apporter à la crise ainsi que sur l’Europe.
Pour moi, ces différences sont fondamentales car elles sont au cœur de mon engagement politique, qui remonte au débat sur l’autre politique et Maastricht (mon premier vote). Cela fait bientôt 20 ans que je crois à une politique économique et européenne alternative. C’est pourquoi, si Dominique de Villepin ne dépasse pas son évolution sur le constat, j’espère que Nicolas Dupont-Aignan sera candidat en 2012, pour être le représentant de mes idées et de celles de beaucoup de Français.
Bien sûr, une double candidature peut sembler improductive. Cependant, je ne veux pas mettre un mouchoir sur mes idées en 2012, surtout après une telle crise. La France a besoin d’une véritable alternative. Si Dominique de Villepin ne la porte pas réellement, NDA en sera le digne représentant.
11:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Villepin | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas dupont-aignan, debout la république, présidentielles 2012
31.10.2009
Une sortie de récession aussi réelle qu’illusoire
3,5% : c’est le niveau de la croissance en rythme annuel des Etats-Unis au 3ème trimestre. Si ce rebond s’explique en partie par la prime à la casse locale, il n’en demeure pas moins que cela représente une véritable sortie de crise pour la première économie de la planète.
Comment les Etats-Unis sont sortis de la crise
La première explication, classique, retiendra l’impact du plan de soutien de l’administration Obama. 800 milliards de dollars, et un déficit de plus de 10% du PIB, cela représente un sacré coup de pouce pour l’économie. En outre, les taux d’intérêt sont quasiment à 0% depuis plusieurs mois, ce qui procure une bouffée d’oxygène supplémentaire à l’économie. Enfin, le faible niveau du dollar favorise les exportations, même s’il est vrai que les importations ont davantage progressé ce trimestre.
A moyen terme, le rattrapage technologique des pays émergents va donner une impulsion de plus en plus forte à la croissance mondiale, étant donné leur poids grandissant dans le PIB. Mécaniquement, la Chine, l’Inde ou le Brésil vont bénéficier de la modernisation de leur économie, ce qui aura quelques retombées pour les pays développés, sur certaines importations (machines outils, aéronautique…) ou le tourisme. On peut donc croire à une reprise mondiale durable à court terme.
Mais il y a aussi une interprétation différente du rebond de l’économie étasunienne. Une autre explication est tout simplement la brutalité de la récession. L’automne dernier, les ventes de voitures baissaient de presque 50%. L’effondrement de l’économie, quand il est brutal, créé un comparatif duquel il est beaucoup plus facile de croître. D’ailleurs, malgré la croissance du 3ème trimestre, l’économie étasunienne reste plus petite qu’il y a un an… Mais, une autre explication vient aussi de l’absence de changement.
Parce que rien ne change…
En fait, la raison pour laquelle on peut croire à une véritable sortie de crises est la similitude avec le précédent de 2001. Les Etats savent éviter les dépressions de type 1929 par un cocktail de dépenses publiques et de relâchement drastique de la politique monétaire. Et cette fois-ci, ils ont même su s’adapter à la violence inédite de la crise en utilisant ces leviers de manière plus radicale. En outre, ils bénéficient également de tous les travers qui ont mené à la crise.
En effet, aucune des causes de la crise n’a véritablement été résolue. Cette fois-ci, ce sont les Etats qui apportent la plus grande contribution à la pyramide de la dette et il y a fort à parier que la hausse de la consommation des ménages étasuniens ce trimestre s’est faite à crédit. Pire, les mécanismes qui dépriment le niveau des salaires des pays développés (libre-échange, liberté de circulation des capitaux, capitalisme actionnarial) sont également toujours en marche.
Bien sûr, la croissance des revenus de la nouvelle bulle financière et d’une petite élite permettra de camoufler la stagnation des revenus de 90% de la population, comme aux Etats-Unis depuis trente ans ou dans la Grande-Bretagne de Tony Blair. Mais tout cela ne fera que camoufler des déséquilibres qui mèneront à une nouvelle crise d’une violence proportionnelle à la non modification du système. Si nous ne changeons rien, la prochaine crise sera redoutable.
Bonne nouvelle : nous sortons véritablement de la crise et beaucoup de choses laissent penser que cette sortie sera réelle. Malheureusement, tous les mécanismes qui ont présidé à la précédente crise restent en marche. Rendez-vous dans 5 à 10 ans…
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/10/29/04016-20091...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, récession, reprise, sortie de crise, pib, etats-unis
30.10.2009
Sus aux acquis fiscaux des sportifs de haut niveau
Hier, l’Assemblée Nationale s’est accordée pour remettre en cause les avantages fiscaux des sportifs de haut niveau. Une véritable avancée républicaine, occasion d’une nouvelle cacophonie entre Roselyne Bachelot et sa secrétaire d’Etat, Rama Yade.
Une juste remise en cause
Il y a quelques années, avait été adoptée une mesure destinée à limiter la fuite des sportifs Français de haut niveau dans les autres pays. Des exonérations fiscales liées à un « Droit à l’Image Collectif » permettaient aux sportifs de payer moins d’impôts. Cela devait à la fois limiter l’évasion dans les pays à fiscalité agressive et favoriser les clubs Français, de football notamment, qui expliquaient que cela était le seul moyen pour eux de conserver des joueurs tentés par les revenus faramineux d’autres championnats.
Cette niche fiscale était particulièrement scandaleuse. Comment peut-on accepter des exonérations partielles d’impôt pour des sportifs qui peuvent gagner des sommes gigantesques ? Cela est d’autant plus choquant que leurs revenus ont explosé depuis 25 ans et que la fiscalité sur les hauts revenus a beaucoup baissé depuis 25 ans également. Il était particulièrement injuste que les sportifs profitent de telles exonérations alors que la grande majorité voit ses revenus stagner.
Roselyne Bachelot a raison, Rama Yade tort
Du coup, comment ne pas être d’accord avec la ministre des sports ainsi que les députés UMP qui ont décidé de supprimer cette exonération fiscale ? En revanche, Rama Yade a de nouveau décidé de faire bande à part en défendant les privilèges des sportifs, qualifiant la mesure de « dangereuse » et assurant qu’elle « nuirait à la compétitivité du sport Français ». Elle a soutenu que cela avait permis le retour de Yoann Gourcuff ou Sébastien Chabal.
La secrétaire d’Etat a principalement été soutenue par des anciens sportifs (David Douillet, Jean-François Lamour) qui semblent se comporter davantage comme des représentants de leur lobby que comme des élus de la République. L’UMP et le gouvernement, par la voix de la ministre, ont heureusement eu raison de remettre en cause cet acquis fiscal injuste. Rama Yade a de nouveau perdu une bonne occasion de se taire en se faisant la déléguée syndicale de cette profession dorée.
Pour une fois, merci donc au gouvernement de rendre l’impôt plus républicain en supprimant cette exonération. On pourrait leur suggérer également de se poser des questions sur le traitement des exilés fiscaux en Suisse ou à Monaco.
Source : http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Politique/Fis...
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : acquis fiscaux, sportifs, rama yade, roselyne bachelot, david douillet, jean-françois lamour



