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Les entretiens du Mayer

  • Sans humour le monde est INCOMPLET

    Décapant, hilarant, tel est Nigel Barley, anthropologue british pour lequel le monde n'est jamais tel que nous le croyons

    Il n'existe qu'une seule recette pour être le moins ennuyeux, le plus drôle des anthropologues de la planète: être Londonien, conservateur au British Museum, et s'appeler Nigel Barley. La lecture de ses livres est souvent un délice. Un délice d'humour britannique, au travers duquel passent quantité de faits révélateurs et caractéristiques du monde où vous, moi et les Autres vivons.

     

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    Car à quoi peut bien servir encore un anthropologue aujourd'hui, à l'heure où la diversité du monde semble disparaître sous la mondialisation? Peut-être bien à nous faire considérer les choses d'un œil attentif à leurs cocasses vérités, capable de renouveler perpétuellement le monde à travers cette cardinale vertu critique qu'est l'humour. Nigel Barley publie ces jours-ci Le dernier voyage du révérend.

    Nigel Barley, votre dernier livre est une fiction. Allez-vous moins sur le terrain?

    Bah, c'est tout le paradoxe! Quand on est jeune, bourré d'idées, plein d'ambition, on obtient tout... sauf le financement pour aller sur le terrain. Et quand vous arrivez comme moi à un âge plus avancé - je suis né en 1947 - vous savez à merveille comment manipuler le système pour obtenir des fonds... mais vous n'avez plus le temps de partir! Du moins aussi longtemps qu'il le faudrait.

    »Bien sûr, je peux toujours passer trois mois au Sarawak, en Malaisie, comme je l'ai fait récemment, mais pour faire des recherches un peu sérieuses, il faut au moins un an sur place! C'est pour ça que je dis que nous autres ethnologues, en général, nous ne faisons plus que du shopping ethnologique (rires)...

    Dans un monde qui se globalise, qui s'unifie, quelle place reste-t-il d'ailleurs aux ethnologues?

    Ah, c'est vrai, le monde a beaucoup changé, et l'ethnographie avec lui. Maintenant les anthropologues ne sont plus seulement en Afrique, en Asie, aux confins du monde, ils sont même dans nos propres chambres à coucher, à Londres ou Paris. On peut dire que l'ethnographie est rentrée à la maison. Elle est devenue réflexive. Au point qu'on peut se demander si elle n'est pas en train de se dissoudre: dans la sociologie, les sciences de la communcation, etc. Autrefois, ce qui distinguait l'anthropologie, c'était son sujet. Et son sujet, c'était l'Autre. Surtout l'Autre exotique.

    L'Autre existera-t-il encore dans un monde uniformisé, mondialisé, cloné, partout identique à lui-même?

    Hum, bien sûr des cultures différentes de la nôtre se transforment à notre contact. Mais aussi, certaines traditions se renouvellent, de nouvelles formes culturelles surgissent.

    »Je reviens du Ghana où j'ai fait la collecte de quelques cercueils de fantaisie. C'est une toute nouvelle tradition! Qui procède de l'idée qu'un rapport doit exister entre le cercueil d'un individu et la façon dont il a mené sa vie. Si vous étiez roi d'une tribu, on vous enterrera dans un cercueil de lion. Si vous étiez commerçant, dans une Mercedes de bois. Mère de famille? Dans une grosse poule avec beaucoup de petits poussins autour de vos pieds. Et pour les hommes d'affaires, on vient d'inventer un nouveau style de cercueil: le téléphone portable géant en bois! (rires) Vous voyez, il y a parfois une capacité d'invention fantastique.

    Voilà de quoi renverser nos idées toutes faites.

    Oui, mais vous savez, j'estime que la mécompréhension est indispensable, beaucoup plus intéressante que la compréhension! A cet égard, je suis comme Truscot, le protagoniste du Dernier voyage du révérend, mon dernier livre.

    Quoi? Mais, à l'heure de la confrontation des cultures, la compréhension n'est-elle pas plus nécessaire que jamais?

    On n'a pas forcément besoin d'être d'accord sur le sens des choses. Très souvent, on a besoin que subsiste une certaine ambiguïté. Sinon le monde n'y résisterait pas. Tenez, tout récemment, j'ai assisté à une fête japonaise. Une fête très traditionnelle où on se balade dans les rues avec des pénis géants en bois sculpté.

    »Tout le monde participait, mais pas forcément dans le même esprit. J'interroge un prêtre: Ah ça, c'est une fête religieuse shinto. De jeunes écolières: Vachement rigolo, cette fête, d'habitude on ne nous montre jamais de pénis!... Je tombe sur une délégation homosexuelle: Ah, cette fête est une claire manifestion en faveur de notre style de vie!... Vous voyez? C'est parce qu'on se fait des idées différentes d'une même chose qu'on peut participer à un même monde, et que celui-là tient debout.

    Et chez nous? Vous pouvez citer un symbole aussi fédérateur?

    Bien sûr, la reine d'Angleterre! Pour les jeunes, cette institution est un vrai feuilleton télé. Les vieux y voient l'immuable continuité de la tradition - alors qu'en réalité la reine est aussi un parfait reflet de notre modernité: écoutez-la parler à la télé, son anglais n'est plus du tout le même qu'il y a trente ans. Les choses restent et bougent en même temps.

    Mais pour vous, peut-on comprendre les autres?

    Ah non! absolument pas. D'ailleurs, l'anthropologie est une façon systématique et scientifique de mal comprendre l'autre. On ne s'en fait que des idées approximatives, on ne touche jamais à sa réalité. Y compris pour ce qui regarde notre propre société. Elle nous échappe toujours.

    D'où la nécessité de l'humour, qui traduit une juste distance critique?

    Exactement. Je souffre beaucoup de mes collègues qui se prennent trop au sérieux. L'humour après tout fait partie de la culture humaine. Toute description qui l'exclut ne peut être complète. Les moments d'humour sont peut-être les seuls où vous savez que vous avez compris quoi que ce soit à une chose.

    »Supposons que vous assistiez à un rituel compliqué dans une tribu exotique et que le prêtre se casse la figure à la sortie du temple, tout le monde se met à rigoler. Eh bien, c'est le seul moment où vous avez la certitude de partager une expérience avec les gens de cette tribu. Le seul moment de partage authentique. Vous êtes sûr d'avoir saisi la même réalité qu'eux.

    L'humour n'est donc pas un simple ingrédient, un adjuvant pour épicer la vie? Il en est une dimension essentielle?

    Tout à fait. L'humour est une chose très sérieuse.

    Face au reste du monde, l'Occident ne se prend-il justement pas très au sérieux?

    Ah oui. Je le constate à l'occasion d'une exposition que je prépare actuellement sur les ethnomédecines, les médecines d'ailleurs. Eh bien, figurez-vous qu'il m'est extrêmement difficile de ne pas présenter notre médecine occidentale comme la seule détentrice de la vérité vraie... Et les autres comme des fantaisies farfelues... L'Occidental a beaucoup de mal à se relativiser lui-même.

    Supposons que vous soyez un anthropologue venu d'une autre planète, qu'est-ce qui vous surprendrait le plus sur Terre?

    Ah, ça, ça dépendrait de la planète d'où j'arriverais. (rires) Un Suédois du XVIIe siècle que j'aime beaucoup mais dont le nom m'échappe, après vingt ans de recherches sur l'origine des peuples, a conclu qu'ils prenaient tous leur source en Suède, plus exactement à Uppsala, la ville où il vivait, et plus précisément encore dans le centre de son cabinet...

    »Le jour où un anthropologue extraterrestre débarquera sur terre, pour plus d'objectivité, je pense donc qu'il vaudrait mieux que ce soit un autre anthropologue qui soit là pour l'accueillir et le saluer.

    N'est-ce pas encore une façon de tomber dans le travers de votre savant suédois?

    Sans doute, mais cela vaut mieux comme comité d'accueil qu'un escadron de zoologues ou de généraux, non?

    Des rapports d'amitié, en avez-vous conservé avec les peuples que vous avez rencontrés sur le terrain?

    Bien sûr. Je suis resté en contact étroit avec mes amis les Torajas de l'île de Sulawesi en Indonésie. Il existe une station de communication en pleine jungle, et ils m'appellent parfois au milieu de la nuit. Ils me demandent des nouvelles. Comme je suis divorcé, sans enfants, pour eux je suis un pauvre type, bien à plaindre.

    »Ils m'ont donné une rizière. Et vous ne pouvez pas savoir comme c'est affreux d'avoir une rizière en Indonésie! tous les ans, je reçois une lettre: ah, nous avons sué sang et eau pour votre rizière, c'est un calvaire! et la récolte ne donne presque rien, nous devons verser dessus des impôts... Pouvez-vous nous aider? Un peu d'argent serait bienvenu, etc.

    Monsieur l'anthropologue est devenu une ressource...

    Oui, mais c'est demandé tellement gentiment. D'ailleurs, ils agissent exactement de la même façon avec les Torajas qui ont émigré en ville. En fait, c'est une façon de rester des leurs. Et puis, n'ai-je pas une dette envers eux?

    Ils vous ont même rendu fameux.

    Oui, n'ai-je pas écrit à leur sujet? Ne leur ai-je pas, dans une certaine mesure, volé leur identité?...

    Quelle autre dette aujourd'hui?

    Envers les cerfs-volants japonais! Je suis en train de monter une exposition sur ces engins qui, là-bas, ne sont pas du tout des jouets. Au contraire! Les cerfs-volants de combat, en anglais fighter kites - tapez ça sur Internet - c'est un sport de durs! de caïds! avec d'incroyables connotations de brutalité masculine comme le rugby chez nous. On met tout en œuvre pour couper le fil de l'adversaire afin de faire s'écraser son cerf-volant au sol.

    Il y a des concours, des tournois?

    Oui, qui rassemblent Japonais, Coréens, Chinois, Balinais... J'ai participé à l'un d'eux avec une équipe japonaise commandée par un ancien pilote de kamikaze!...

    Vous faites maintenant partie d'une équipe?

    Oui, balinaise. Les Balinais, qui consacrent des temples à leurs cerfs-volants, m'ont appris comment cet art est une façon de continûment dresser le bilan de l'univers. Vous voyez, tout n'est pas mauvais dans la mondialisation. Surtout quand l'on ne joue pas à l'expert: j'ai un grand faible pour ces pays où j'observe tout et où je ne comprends rien.

  • Dimitri, clown de A - Z

    La Scuola et la Compagnia Teatro Dimitri présentent pendant tout le mois de juillet, à Verscio, leurs spectacles d'été. Jean-Jacques Wahli a rencontré le clown qui s'est plu à lui entrouvrir les grilles de ses jardins secrets en lui déclinant son abécédaire

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    Verscio, un jour de juillet. Une véritable fête d'images et de sons. Au Théâtre: Variete-Varietà, la revue annuelle de la Scuola Teatro Dimitri. Aucun doute, ces apprentis arlequins, ces amoureux de la sciure et du rond de lumière, du rire, de la balle et des confettis édifient sous nos yeux un monde invisible et claquemurent les névroses de notre temps.

    Maître d'œuvre de la parade: Dimitri. Ce clown qui rêve d'un cirque à la mesure du monde et pour qui l'humour n'a jamais été un exercice d'école, mais une réalité vécue, l'antidote à la résignation et aux plates contraintes de la raison triomphante.

    Une maison isolée en haut du village. La Casa Cadanza. Hors des lueurs de la piste, Dimitri m'accueille dans la lumière intime de sa vie. Aux murs, des étagères à secrets, des dessins, les alluvions de mémoire d'une existence. Mon compagnon d'imaginaire se plaît à entrouvrir les grilles de ses jardins secrets. Ainsi, nos entretiens se feront mieux, là, en lisière de forêt, où la vibration des couleurs éclaire une sculpture géante: un pachyderme en papier mâché. «Sa bonté est infinie et sa mémoire sans faille. On ne trompe pas facilement un éléphant.»

    Dimitri ponctue ses phrases de gestes souples et précis. Il parle beaucoup, il parle bien, il jongle avec les mots comme avec des clés: des heures à l'écouter, à le suivre sur le chemin de l'alphabet. Pas la moindre poussière d'ambition ou de nostalgie sous les semelles de sa fantaisie. Seule la respiration du vent. Pèlerin de l'imaginaire, il n'a de compte à rendre à personne sinon à l'espoir qu'il suscite.

    Et désormais, je sais que sa voix fait partie de mon paysage intérieur, qu'elle évoque, invisible mais présente, l'image d'un homme grave et rêveur qui a su préserver, au travers du temps, le prénom de son enfance. Un clown ne peut pas laisser mourir les mondes qu'il a dans la tête.
    Jean-Jacques Wahli


    Androgyne. «Qu'est-ce qu'un clown? Dans La Strada, ce beau film de Fellini, le visage androgyne de Gelsomina nous dit bien que ce n'est ni une femme ni un homme, mais un enfant. Un enfant dont l'innocence donne à croire en l'amour universel.»

    Berceau. «Il était une fois un petit garçon qui dormait à poing fermés dans son berceau. Au petit matin, un colis lui est tombé sur le nez... Aïe! Avec l'aide de sa mère, il a ouvert le paquet. Et à votre avis, qu'a-t-il trouvé emballé dans un chiffon multicolore? Une portion de comique. Voilà l'histoire de mon rire, de mon nez tordu. Merci les fées!»

    Chemise. «Je suis né un dimanche, à Ascona. La sage-femme, venue assister ma mère à la maison, s'est exclamée: «E nato colla camicia.» Il est né avec la chemise. Un vieil adage assure que cette fine couche de peau - visible à l'œil nu chez certains bébés - est un porte-bonheur. Je suis un chanceux, non?»

    Démaquillage. «A la fin d'un spectacle, je rejoins dans la loge mon fidèle compagnon, le miroir. Un miroir dans lequel je me dévisage. Solitude. Je retire alors le visage du clown, heureux de voir que le mien ne s'est pas égaré parmi les rires et les applaudissements.»

    Ecole. «C'est à l'âge de 40 ans que j'ai réalisé l'un de mes rêves les plus fous: fonder une école de théâtre, la Scuola Teatro Dimitri. Et c'est Gunda, ma femme, qui en assure la direction. La formation dure trois ans. Les cours débutent à la mi-septembre et se terminent à la mi-juin. Les principales branches enseignées sont la pantomime, l'acrobatie, la danse, l'improvisation et le jonglage.»

    Force. «Quelle est la plus grande force du clown? Quand il aime, il a conscience d'aimer, et il sait comment le dire.»

    Générosité. «Grock - mon plus grand maître, sans doute - avait sur scène une générosité prodigieuse. La générosité, c'est la joie de s'offrir au public. La joie de se projeter, de se donner, de mouiller sa chemise.»

    Hasard. «Les fées qui veillent sur notre destin voyagent toujours incognito. C'est pourquoi, autant que des fées, on se fout des coïncidences en ces temps matérialistes!»

    Indécence. «Imaginez un cirque à trois pistes où le clown, le dompteur et le trapéziste se produisent simultanément. C'est la mise à mort de l'artiste. C'est indécent et vulgaire, mais tellement américain. Ces gens-là ne croient jamais en faire assez. Alors, ils multiplient tout par trois.»

    Jonglage. «La balle, je la connais par cœur. Elle m'habite et je l'habille de mes dix doigts.»

    Knie (Frédy). «Dans les années 70, Frédy Knie fut le premier à engager un clown de théâtre. Il prenait un grand risque, car son public était habitué à des gags très visuels… Quelle satisfaction pour lui comme pour moi de découvrir ce public réceptif à l'humour fin du silence. Dès lors, presque tous les cirques firent confiance aux clowns de théâtre.»

    Lumière. «Ah! Cette lumière naïve qui éclaircit le rire du clown, du fou et de l'enfant. Le rire bête de certains adultes tombe mal comme une claque.»

    Maison. «La maison de mon enfance, située dans la périphérie d'Ascona, est l'œuvre de Van Rees, un architecte hollandais du Bauhaus. Cet ami de mon père s'est donné beaucoup de peine pour restituer par son travail la couleur rose traditionnelle des demeures tessinoises. Autour de la nôtre, il y avait un jardin de rêve où se dressait un double de la maison rose: l'atelier de mon père.»Il y dormait souvent parmi ses sculptures. Chez nous, mes parents accueillaient sans cesse des sculpteurs, des peintres, des astrologues et aussi les enfants du village. »Alors, quand j'éprouvais le besoin d'être seul, j'empruntais l'échelle qui me donnait accès au grenier, ce petit paradis d'étoffes multicolores. Avec tous ces chiffons brodés par ma mère, je me mettais en scène. J'impressionnais beaucoup les amies de ma mère.»

    New York. «Les gens ont souvent une idée réductrice de cette ville: violente et inhumaine. Pourtant, la première fois que j'y ai mis les pieds, j'ai eu un coup de cœur. En me promenant au milieu de ce monde complètement fou, de ce chaos majestueux, je me suis dit: «J'y vivrais bien au moins neuf mois, tant ce lieu féconde la naissance de mon imaginaire.»

    Origine. «Lorsqu'une maman aime son bébé, elle n'a qu'une seule envie: le faire rire. Alors, elle grimace et l'enfant sourit, parce qu'au travers de cette grimace, il ressent tout l'amour que sa maman désire lui donner. Voilà l'origine de la clownerie.»

    Potier. «C'est peut-être grâce à ce métier, mon premier métier, que je suis resté un être très terre à terre.»

    Quotidien. «Jour après jour, je dois muscler mes lèvres et mes doigts pour être capable de sortir un son de ma trompette et empêcher ma guitare de jouer toute seule.»

    Réincarnation. «Je crois aux vies antérieures ou futures, aux énergies positives ou négatives qui nous habitent. Et je sais, de source sûre, que mon âme s'est déjà incarnée dans des corps différents et qu'elle s'incarnera encore jusqu'au moment où elle n'aura plus le besoin d'être en devenir. »Cependant, je me méfie de ceux qui veulent me raconter le cours de mes vies antérieures. Je ne crois pas à ces charlataneries. Seuls de vrais initiés possèdent ce don, mais ils savent qu'on ne fait pas de commerce avec les âmes.»

    Smank. «Enfant, je rendais régulièrement visite au smank. Mi-animal mi-gnome, il ne sortait jamais de sa grotte. Je lui confiais mes joies, mes peines surtout et il m'aidait toujours à les surmonter, puisqu'il avait un grand pouvoir, celui de l'écoute. Le smank restera toujours mon ami d'enfance, le compagnon de mes rêves, le fruit de mon imagination.»

    Tabou. «Comme dans tous les milieux, nous avons des sujets tabous. Je suis allergique aux blagues méchantes. Je peux même parler d'une répulsion physique. Je ne me permettrais pas de monter une scène de torture ou de parodier un handicapé. Je ne peux pas concevoir l'humour sans amour.»

    Usurper. «J'aime faire partager aux autres mes convictions politiques ou religieuses, mais sans jamais me prendre pour un missionnaire ou un leader politique.»

    Vouloir. «C'est à l'âge de 7 ans que j'ai voulu devenir clown. J'aimais tant déclencher, puis accueillir le rire d'autrui: déjà, je pensais que le vrai rire est la réponse réflexe de l'amitié.»

    Wallenda. «Un soir, alors que les Wallenda, cette troupe de funambules, faisaient la pyramide sur un fil tendu à trente mètres du sol, l'un des douze s'est écrasé au sol… Quelques heures après, ses partenaires étaient à nouveau sur le fil du drame. Si un funambule meurt, un autre lui succède tout de suite. La vie n'attend pas, l'Arlequin est tout cousu de vie.»

    Xénophobe. «J'aime cette histoire de Raymond Devos: «Ecoutez: j'ai un ami qui est xénophobe. C'est à dire qu'il ne peut pas supporter les étrangers! Il les déteste à tel point que lorsqu'il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter.»

    Y Le matin de ma naissance, lorsque mon père est allé me déclarer, l'officier de l'état civil a commis une erreur de moindre conséquence: à la fin de mon prénom, il a mis un y à la place du i. Ainsi, la pénultième lettre de l'alphabet m'a poursuivie jusque dans mon passeport pendant plus de quarante ans.»

    Zygomatiques. «Muscles qui s'étendent de la pommette à la commissure des lèvres, ossature du rire. Alors, ne pas se prendre trop au sérieux et tout faire pour prévenir cet os de la décalcification.»