15.05.2008

Le désespoir d’un quinqua du Parti Socialiste

Trop vieux pour faire partie de la nouvelle génération qui se prépare pour 2017, mais manquant d’épaisseur et d’expérience pour pouvoir jouer en première division aujourd’hui, depuis le départ de son patron au FMI, Pierre Moscovici tente le tout pour le tout pour se faire sa place au soleil, jusqu’au ridicule….

Retenez-moi ou je fais un malheur ! Comprenant bien que la bataille du prochain congrès pourrait le laisser sur le bord de la route, Pierre Moscovici cherche à exister. C’est ainsi qu’il s’est proposé pour le poste de premier secrétaire du parti socialiste, pour éviter la confrontation Royal contre Delanoë, allant même jusqu’à promettre qu’il ne serait pas candidat à la candidature s’il était premier secrétaire. Devant l’enthousiasme général suscité par cette offrande, le député du Doubs vient d’ajouter une subtilité révélatrice: s’il n’est pas premier secrétaire, alors il pourrait être candidat à la candidature de 2012. Bertrand Delanoë et Ségolène Royal ne doivent pas en dormir la nuit... Bonjour la crédibilité de la promesse de ne pas être candidat pour les présidentielles s’il était premier secrétaire !

Encore plus fort, dans sa tentative d’exister médiatiquement face à l’émergence des quadras (Valls, Montebourg, Hamon), Moscovici sort la carte people, comme le révèle le site Le Post dans un article enlevé et très amusant. Dans un entretien dans Gala, il dénonce… la dérive « people » de la vie politique encouragée par Nicolas Sarkozy. Mieux, il n’hésite pas à se confier sur sa vie personnelle, parle de sa barbe, dont certains amis – forcément – lui ont dit qu’elle lui donnait un côté « übersexuel »… L’über-socialiste n’hésite pas non plus à parler de sa vie privée et de ses compagnes… On imagine qu’il doit être plus facile de dénoncer la dérive « people » qui consiste à parler de sa vie privée pour faire parler de soi quand on a cédé soi-même à cette tentation. Quel esprit de sacrifice !

Plus sérieusement, Pierre Moscovici illustre bien les carences des deux partis majoritaires que sont le PS et l’UMP : ce ne sont plus que des franchises électorales, des véhicules pour les ambitions de notables ou de jeunes loups. Il ne reste plus grand chose des projets collectifs qui étaient encore la colonne vertébrale des partis il y a trente ans. Les adhérents et les responsables partageaient alors des convictions, pas des ambitions. Résultat, l’absence de projet collectif, remplacé par les ambitions personnelles, sape toute discipline et toute dignité dans cette quête de pouvoir qui est le seul point commun des dirigeants ou apprentis dirigeants.

Dans cette foire des ambitions, Pierre Moscovici n’est qu’un politicien de plus parmi les Valls, Montebourg, Hamon, Copé, Fillon ou Bertrand. Le renouveau de 2012 passera sans doute par une personne qui a su grandir en dehors de ces partis, qui semblent ne générer que de la médiocrité.

Source : http://www.lepost.fr/article/2008/05/12/1191955_pierre-moscovici-est-ubersexuel-dans-gala.html

14.05.2008

OGM, pouvoir d’achat : qui sème le vent récolte la tempête

J’avais prévu de parler d’autre chose que de Sarkozy dans les prochains jours, mais l’actualité d’hier a malheureusement à nouveau illustré les immenses limites de cette présidence qui vire à la farce.

Il y a une semaine, le président recevait à l’Elysée l’ensemble des parlementaires UMP pour les remobiliser. Cette réception, bien peu cohérente avec l’esprit de nos Institutions, pour lesquelles c’est le Premier ministre qui joue le rôle de chef de la majorité, avait été l’occasion de plusieurs dérapages. Nicolas Sarkozy avait notamment attaqué la presse, qui jouerait « le rôle de l’opposition ». Mais surtout, le président s’en est pris à ses prédécesseurs, qui auraient été tous immobiles et n’auraient pas réformé le pays alors que lui, a le courage de réformer. Jacques Chirac, mais aussi le Général de Gaulle, auraient été cités. Heureusement, l’ancien chef de l’Etat, qui a, lui, le sens de l’Etat et des responsabilités, ne s’est pas laissé à aller à de telles attaques hier, en recevant les anciens membres de son cabinet…

Hier, la gauche a donc profité d’un manque de députés UMP pour faire passer une motion de procédure afin de rejeter le texte du gouvernement sur les OGM. Ce vote rappelle l’épisode du PACS d’il y a dix ans, quand la majorité de Lionel Jospin, pas toujours motivée pour soutenir le texte, avait été mise en minorité par la droite à l’Assemblée. Mais ici, cette mise en minorité est la deuxième après le passage de l’amendement Chassaigne et elle intervient à peine une semaine après la réunion de l’Elysée. Bref, la majorité est dans un état second… Et cela n’est pas complètement étonnant. Nicolas Sarkozy s’est construit contre la discipline gouvernementale de 2002 à 2007. Fort logiquement, il a montré le mauvais exemple à des députés qui se sentent sans doute moins enclins à la traditionnelle solidarité majoritaire.

Du coup, cette nouvelle a éclipsé le déplacement du président sur le pouvoir d’achat où il a défendu la loi de modernisation économique. Le « président du pouvoir d’achat » y a fait une déclaration très solennelle : « le pouvoir d’achat, ce n’est pas foutu » et il s’est déclaré déterminé à chercher le point de croissance qu’il promettait jadis de « chercher avec les dents ». J’ai eu l’occasion hier de revenir sur le détail de ce projet. Mais la bataille législative risque d’être au moins aussi difficile que sur les OGM car la majorité est au moins aussi divisée sur ce sujet… Bref, Jean-François Copé n’est pas prêt d’être tranquille.

Tous les jours, cette présidence semble tomber plus bas que la veille. Entre des déclarations bien peu en phase avec ce que l’on peut attendre d’un président et une majorité qui se montre aussi peu solidaire que le ministre qu’il était, on se demande comment Nicolas Sarkozy pourra redresser la barre.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/14/01002-20080514ARTFIG00330-couac-a-l-ump-la-loi-ogm-repoussee-par-l-assemblee.php

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/13/01002-20080513ARTFIG00449-sarkozy-le-pouvoir-d-achat-ce-n-est-pas-foutu.php

13.05.2008

Légiférer pour communiquer

Le dossier de la réglementation des prix dans la distribution est extrêmement symptomatique de la façon de traiter les dossiers de Nicolas Sarkozy, entre déclarations abusives et déluge législatif consécutif à un traitement superficiel des problèmes.

Petit retour en arrière : en 1996, le gouvernement Juppé passe la loi Galland. À l’époque, c’est plutôt la guerre des prix qui règne dans la distribution : les supermarchés vendent volontiers en dessous du prix de revient, au détriment du commerce de proximité qui ne peut naturellement pas suivre. Résultat : le gouvernement interdit la vente sous le prix d’achat du produit. Cette loi provoquera un gonflement des « marges arrières », les sommes rétrocédées par les industriels à la distribution en contrepartie des prospectus et têtes de gondole. De 1996 à 2004, ces « marges arrières » vont croître fortement pour représenter plus de 30% du prix de vente en dessous duquel les distributeurs ne peuvent pas vendre. Résultat, conjugué au passage à l’euro qui brouille les repères prix des consommateurs, les prix des grandes marques ont tendance à progresser plus vite que l’inflation.

Les premières polémiques sur le pouvoir d’achat en 2004 poussent alors le ministre de l’économie à agir. Il réunit la distribution et les industriels pour obtenir une baisse de 2% du prix des grandes marques, partagée à parts égales. Il annonce alors sa volonté de réformer la loi Galland. Ce processus législatif aboutira en 2005 avec la loi Dutreil. La grande distribution demandait la possibilité de réintégrer la totalité des marges arrières dans les prix pour « faire bénéficier aux consommateurs de leurs négociations ». Mais l’adoption d’un tel dispositif aux Pays Bas avait abouti à une guerre des prix telle que les distributeurs avaient licencié à tour de bras. Résultat, le texte adopté ne permet que la réintégration partielle des « marges arrières » dans les prix, en deux étapes (Dutreil 1 et Dutreil 2). Mais, finalement, l’an dernier, sous la pression du lobby de la grande distribution, est passée la loi Chatel qui permet depuis avril d’intégrer la totalité des marges arrières dans les prix.

Mais sentant que les polémiques actuelles sur le pouvoir d’achat leur sont favorables, les distributeurs cherchent à pousser leur avantage plus avant en demandant la négociabilité des prix d’achat, qui ne seraient plus fixé par les industriels. C’est la loi qui est aujourd’hui en discussion, alors que la précédente est appliquée depuis à peine un mois et demi et qu’aucun bilan n’a pu être fait par la force des choses. Nicolas Sarkozy confond encore action et agitation en voulant réformer pour la troisième fois en trois ans la loi Galland. Pourtant, la loi Chatel constitue déjà en elle même une révolution pour la distribution en permettant la réintégration totale des marges arrières dans les prix, soit un potentiel de baisse non négligeable. En revanche, les annonces de l’Elysée sont complètement irréalistes dans la mesure où la baisse des prix de 3% représente la totalité des marges de la distribution…

La grande distribution a bien compris le fonctionnement de Nicolas Sarkozy. Elle profite du débat sur le pouvoir d’achat pour pousser ses idées via une énième loi sur les prix à laquelle le président se raccroche pour sa communication, alors que la loi précédente n’est appliquée que depuis quelques semaines…

Source : http://www.lefigaro.fr/conso/2008/05/12/05007-20080512ARTFIG00204-grande-distribution-une-reforme-sous-tension-.php

12.05.2008

Sarkozy un an après : les postures comme substituts au sens

Je finis aujourd’hui cette série d’articles sur le bilan de la première année de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. En synthèse se pose la question du sens de cette présidence trophée d’un président qui communique plus qu’il ne dirige notre pays.

Tel est sans doute le destin des ambitieux davantage intéressés par leur épanouissement personnel que le service de la collectivité selon des principes et convictions auxquels ils tiennent. Bien sûr, on pourra dire qu’il y a quelques principes forts dans l’action de Nicolas Sarkozy, comme la valorisation du travail (et la dénonciation des 35 heures). Mais, cela est un peu court comme projet de société et surtout, comment ne pas comprendre que ses déclarations sur le sujet sont surtout des postures commodes destinées à flatter l’opinion. Au final, Nicolas Sarkozy enchaîne les postures communicantes sans parvenir à donner le moindre sens à son action. À chaque jour sa posture, parfois outrancière, et il n’hésite pas à se contredire à quelques jours d’intervalle.

C’est ainsi que le 8 mai, il dénonçait la repentance de la France par rapport à Vichy, s’éloignant des positions de Jacques Chirac. Quelques jours après, il parle de « crime contre l’humanité » à propos de l’esclavage et propose d’intégrer l’esclavage à l’enseignement des élèves du primaire. Le fait qu’ils reçoivent déjà un enseignement sur le sujet, comme l’a souligné le journal Sud-Ouest, montre bien que cette déclaration n’est qu’un coup de communication. De même, le 24 avril, le président a fait un numéro de feinte modestie en admettant des « erreurs de communication ». Puis, deux semaines après, il a rejeté la responsabilité de ses difficultés sur les journalistes, qui joueraient le « rôle de l’opposition » et attaqué Jacques Chirac comme s’il était le chef de l’opposition et ce dernier était encore président. Il faut dire qu’au bout d’un an, il ne semble toujours pas rentrer dans le costume présidentiel.

La présidence de Nicolas Sarkozy se résume à une succession tourbillonnante de postures souvent abusives et bien peu présidentielles. Bien sûr, quelques réformes vont dans le bon sens, mais il manque toujours cruellement de sens global. On ne sait pas vraiment quelle direction il souhaite faire prendre à notre pays, trop soucieux qu’il est de coups (déclarations sur la Shoah, l’esclavage, Guy Moquet…). Le temps qu’il accorde aux faits divers (enterrements de victimes, Ingrid Bettancourt) donne l’impression qu’il cherche plus à être un « super héros » qu’un président. En fait, ces postures communicantes révèlent au mieux un problème de gestion des priorités, mais plus probablement sa priorité pour la forme au détriment du fond.

Quelle est sa vision de la globalisation ? A-t-elle des limites ? Comment les corriger ? Que faire pour limiter les effets négatifs de la spéculation financière qu’il critique fréquemment ? Comment inscrire la diplomatie française dans un monde où les équilibres évoluent très rapidement ? Quelle peut être notre participation à la résolution du conflit israélo-palestinien ? Quelle direction doit-on donner à la construction européenne ? Que faire pour résoudre le problème de l’euro cher, qu’il dénonce pourtant depuis un an ? Comment faire en sorte que les structures sociales de nos sociétés occidentales cessent de se rigidifier et soutenir l’ascenseur social ? C’est le rôle du Président de la République de guider le pays à travers les réponses données à ces questions. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n’est que le résidant d’un Elysée trophée.

L’effondrement de Nicolas Sarkozy dans les sondages, malgré la faiblesse abyssale de l’opposition me rassure sur le jugement des Français. Mais la nouvelle génération du PS et de l’UMP (Copé, Bertrand, Valls, Montebourg) n’est guère plus réjouissante… J’espère que Villepin ou NDA sera au rendez-vous de 2012.

Source : Sud-Ouest 11 mai

11.05.2008

Sarkozy un an après : le président contre la République

Près de un an avant l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait considérablement changé son discours sur des questions où ses opinions étaient minoritaires (politique étrangère, laïcité, discrimination positive…). Malheureusement, une fois à l’Elysée, il est revenu dessus.

Il y a trois raisons principales à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 : la faiblesse de ses adversaires, le sérieux et la compétence qu’il pouvait dégager par rapport à Ségolène Royal, et le virage républicain qu’Henri Guaino lui avait fait prendre dès 2006. En effet, il y a un peu moins d’un an, le candidat Nicolas mettait de l’eau républicaine dans son vin conservateur (« dissimulait » serait sans doute le meilleur terme). Oubliés la discrimination positive, l’éloge des religions (auquel il avait pourtant consacré un livre proprement incroyable), ou la critique publique de la politique de la France sur l’Irak. À l’exception du voyage aux Etats-Unis de septembre 2006, nous avons eu droit à un candidat qui s’était éloigné d’une partie des éléments les moins populaires de ses idées.

Mais chassez le naturel, il revient au galop une fois l’épreuve du suffrage universel passé. « Le néo-conservateur au passeport français » comme le décrivait si bien Eric Besson avant qu’il change de camp, a taillé en pièce les beaux habits républicains que son parolier Henri Guaino avait confectionnés. Alors que le candidat Nicolas avait évité les déclarations polémiques sur les religions pendant la campagne, le président Sarkozy est revenu à ses thèses antérieures. C’est ainsi que cet hiver, il a multiplié les déclarations plus incroyables les unes que les autres, vantant la supériorité du curé sur l’instituteur ou l’apport de la religion pour un Etat… en Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy déchire la tradition laïque pour proposer un rapprochement entre l’Etat et les religions dont on voit partout dans le monde qu’il est porteur de comportements extrêmes et dangereux.

En un an, Nicolas Sarkozy a aussi complètement remis en cause cinquante années de diplomatie française. La politique d’amitié indépendante par rapport aux Etats-Unis, initiée par le Général de Gaulle, et qui faisait consensus dans la quasi totalité de la classe politique, est une des premières victimes de la rupture, malgré les déclarations rassurantes du candidat. C’est ainsi que la France renforce sa présence en Afghanistan et se rapproche de l’OTAN, une organisation dont on se demande bien en quoi elle est adaptée aux temps actuels… Mais ce n’est pas tout, l’arrivée de Nicolas Sarkozy a marqué une perte d’influence historique de notre pays dans le monde. En Afrique, les traces du discours de Dakar, terriblement insultant, ont été encore aggravées par la réception de Kadhafi. Enfin, l’influence de notre pays en Europe est aussi basse que le niveau de l’amitié franco-allemande malgré l’agitation de notre président.

En un an, Nicolas Sarkozy a remis en cause des options politiques pourtant largement partagées en France, et qu’il avait évité de remettre en cause pendant la campagne. En agissant de la sorte, il se montre à la fois malhonnête et dangereux.

10.05.2008

Sarkozy un an après : entre promesses tenues et reniements

Si aujourd’hui le « candidat du pouvoir d’achat » est volontiers critiqué sur cette promesse malheureuse, le président Sarkozy n’a pas oublié toutes les promesses du candidat Nicolas. Néanmoins, la pertinence du choix entre promesses tenues et celles reniées peut être questionné…

Il serait un peu facile de s’arrêter aux promesses oubliées. Pour être honnête, Nicolas Sarkozy tient une partie de ses engagements. Le paquet fiscal a été voté quasiment à l’identique de ce que le candidat avait annoncé, hormis la rétroactivité de l’exonération des intérêts d’emprunts immobiliers. Le candidat Sarkozy avait également annoncé un Grenelle de l’environnement que ses ministres ont globalement mené à bien. Il faut noter qu’il a confié le ministère du développement durable à des poids lourds politiques, Alain Juppé puis Jean-Louis Borloo. La réforme des universités avait également été annoncée et a été conduite à bout dans une large mesure même s’il reste encore à faire. Enfin, il avait également annoncé que le nouveau traité européen ne serait pas ratifié par référendum (même s’il faut noter qu’il parlait alors d’un mini-traité plus restreint). Bref, le président a tenu un nombre conséquent de promesses du candidat.

En revanche, parmi les très nombreuses promesses du candidat, certaines ont été complètement oubliées. Celui qui s’annonçait comme le « président du pouvoir d’achat » a finalement enterré cette promesse centrale de sa campagne en expliquant que « les caisses étaient vides ». Cette explication est assez culottée dans la mesure où c’est son paquet fiscal qui a vidé les caisses... Sur le contrat de travail, le candidat annonçait qu’il trouverait la pierre philosophale, un « contrat unique plus sûr pour le salarié et plus souple pour l’employeur ». Au final, cette réforme a fait « pschitt » et il ne reste plus qu’un énième nouveau contrat. Le candidat avait également largement critiqué la politique étrangère de Jacques Chirac qui n’aurait pas suffisamment défendu les droits de l’homme. Mais le président Sarkozy a accordé des honneurs rares et assez humiliants à Kadhafi. Sur l’Afghanistan, alors qu’il avait soutenu qu’il n’y avait plus besoin de participer à l’opération américaine, il a finalement envoyé des troupes supplémentaires…

Au final, le bilan est compliqué car Nicolas Sarkozy s’est autant renié qu’il a tenu ses promesses. En tout cas, on ne peut pas soutenir qu’il a été honnête car l’écart entre le candidat et le président reste important. Au-delà, la pseudo « ouverture » à des personnalités de gauche n’avait pas été promise par le candidat, bien au contraire, puisqu’il critiquait cette vue de l’esprit du candidat Bayrou qui consistait à mettre des personnes de gauche et de droite dans un même gouvernement. Le président Sarkozy poursuit la dénonciation de la politique de la BCE que faisait déjà le candidat mais sans agir pour changer quoique ce soit. Et son souci des postures populaires le pousse à des déclarations contradictoires. Il vient par exemple de dénoncer jeudi la repentance concernant Vichy en affirmant que la France était à Londres, alors qu’il y a quelques mois, il souhaitait que les enfants du primaire parrainent une victime de la Shoah.

Au final, comme toujours, la présidence de Nicolas Sarkozy donne le tournis. Du flot d’annonces et de décisions sortent autant de reniements que de promesses tenues. Ceci est sans doute la conséquence du manque de sens général de son action, qui implique une godille perpétuelle.

09.05.2008

Sarkozy un an après : réformes et réformettes

Lors de son interview, Nicolas Sarkozy a annoncé avoir lancé une cinquantaine de réformes depuis un an. Il est vrai que de nombreux chantiers ont été lancés, pour le meilleur, comme pour le pire.

Pour être honnête, certaines réformes importantes ont été mises en œuvre, notamment la réforme des universités. Non seulement le gouvernement augmente largement les moyens de l’enseignement supérieur (qui n’était pas très bien loti par rapport aux autres pays), mais en plus, il a réformé en profondeur les modes de fonctionnement. L’autonomie de gestion des universités valorisera mieux les initiatives. Combinée à l’augmentation des moyens et la meilleure association avec le monde de l’entreprise, cela devrait permettre de renforcer nos universités dans la compétition internationale. Le Grenelle de l’environnement a également permis de faire avancer un certain nombre de causes écologiques et représente une nouvelle façon intéressante de traiter les dossiers. Enfin, la réforme des régimes spéciaux de retraites est une réforme bienvenue dans la mesure où elle unifie la durée de cotisation entre les Français.

Reste que beaucoup de réformes ne se révèlent pas aussi radicales que le gouvernement et le président veulent bien le laisser paraître. La réforme des régimes spéciaux de retraites s’est faite en lâchant beaucoup de leste et en accroissant encore leurs avantages par rapport à la situation d’avant 1993. En outre, elle ne sera pas suffisante pour rétablir les comptes de la Sécurité Sociale. La révolution annoncée du droit de travail que devait être l’instauration d’un contrat de travail unique promise par le candidat Sarkozy s’est transformée en réformette avec la création d’un nouveau contrat qui complexifie notre droit et quelques ajustements. La réforme des Institutions se fait également a minima. Même la réforme des universités s’est arrêtée à la détermination du nombre de places par filière et les bonnes intentions du Grenelle de l’environnement sont largement tempérées par l’Assemblée.

Plus gênant, certaines réformes ne vont pas vraiment dans le bon sens. Le paquet fiscal représente un formidable gâchis qui prive aujourd’hui l’Etat de toutes marges de manœuvre budgétaire. L’exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires coûte très cher et instaure une concurrence déloyale entre les nouvelles embauches et l’augmentation du temps de travail. La coûteuse défiscalisation des intérêts d’emprunts immobiliers va malheureusement surtout soutenir les prix de l’immobilier. Enfin, le bouclier fiscal et la baisse des droits de succession vont surtout profiter aux catégories sociales qui ont le plus profité de la croissance de l’économie. La réorganisation des services publics est sans doute la bienvenue, mais le manque de dialogue entre ministères fait que les mêmes villes risquent de perdre en même temps tribunal, régiment, voire hôpital. Il aurait été plus heureux de coordonner de telles décisions pour repartir de manière plus équilibrée les efforts à faire.

Nicolas Sarkozy réforme, mais ce tourbillon pas toujours bien organisé ne va pas toujours dans le bon sens. Et le pays n’est pas aussi transformé que le président veut nous le faire croire. La vague réformatrice de nombreux autres gouvernements (1981, 1986, 1997, voire sous Chirac) n’était pas si faible…

08.05.2008

Sarkozy un an après : l’égocentrisme au pouvoir

Le style du président, fait de communication de tous les instants, de mise en avant de son rôle et de lancement d’une multitude de réformes en même temps, n’est pas forcément mauvais. En fait, tout dépend de ses motivations profondes : service de son pays ou accomplissement personnel.

Comme il le souligne volontiers, toute ambition n’est pas forcément mauvaise en politique. Après tout, quand on a des idées, on peut considérer qu’on est le mieux placé pour les appliquer et se consacrer au service de la France et des Français. Mais si on ne peut pas dénier à Nicolas Sarkozy le fait d’avoir certaines idées, on peut s’interroger sur ses motivations profondes. Quel était le ressort le plus profond de son ambition ? La volonté de se réaliser à titre purement personnel ou la volonté de servir les Français ? Selon la réponse que l’on apporte à cette question, cette première année prend un relief bien différent.

Je persiste à croire que tout chez Nicolas Sarkozy montre que cette élection présidentielle était essentiellement le moyen de se réaliser. Tout dans sa campagne l’indiquait. Le titre de ses livres est à lui-seul un bon indice des priorités du président : « Libre », « Témoignages ». Nicolas Sarkozy ne parle pas de la France et de son projet pour les Français, mais il parle de lui, son sujet préféré, occupant « un des métiers les plus difficiles au monde ». La présidence de la République n’est pas le moyen de servir les Français mais beaucoup plus le moyen de se réaliser. Tout dans ce qu’il dit, surtout quand il ne lit pas un discours, montre un égocentrisme qui ravale l’Elysée au rang de simple trophée.

Et on peut se demander si son comportement depuis l’élection ne s’explique pas par cette raison. En effet, l’attitude sans gêne de Nicolas Sarkozy tranche fortement avec son comportement d’avant élection. Avant le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy, s’il était parfois agressif dans son comportement, était plutôt un candidat sérieux, bien éloigné du président « bling bling » qui s’est révélé en quelques heures. Pour un candidat dont la priorité absolue est le service de la France et des Français selon des convictions profondes, l’accession à la présidence de la République ne pourrait que provoquer une forme de retenue, une distance que la lourdeur de la charge apporte.

Mais, dans le cas où l’Elysée ne serait que le trophée que le candidat a voulu toute sa vie, le poids des responsabilités n’est que secondaire. D’où un certain relâchement après avoir obtenu ce qu’il souhaitait. Si le but était de servir les Français, Nicolas Sarkozy se serait fait plus grave. Comme il souhaitait surtout son accomplissement personnel, aucune gravité n’est venue. Au contraire, c’est un relâchement un peu vulgaire que les Français ont découvert. Le candidat qui tenait sa langue devant les caméras n’a plus retenu ses vulgarités autrefois proférées en privé. Le candidat, qui avait travaillé trente ans à sa réussite, a aspiré à être heureux et profiter de la vie, comme il l’a dit lors de la conférence de presse du 8 janvier.

La présidence de la République n’est qu’un trophée pour Nicolas Sarkozy. D’où une incapacité chronique pour donner du sens et une direction à son action. Jacques Chirac, lui-aussi n’avait pas forcément de grand dessein, mais lui avait le sens de l’Etat et l’amour des Français pour le guider.

Source : Marianne

07.05.2008

Sarkozy un an après : l’hyperactivité peu efficace

Alors qu’il assistait à l’enterrement d’une victime d’un fait divers, Nicolas Sarkozy avait soutenu gravement qu’il devait venir au secours de chaque Français. Cette volonté affichée de traiter tous les dossiers est symptomatique du manque de priorité de son action.

Le postulat consistant à dire qu’il vaut mieux commencer toutes les réformes de front plutôt que de manière séquentielle n’est pas dépourvu de sens. Après tout, il est vrai que les réformes sont plus faciles à faire en début de mandat et cela permet de faire passer certaines choses qui seraient plus difficiles à faire passer plus tard. C’est ainsi qu’une cinquantaine de réformes ont été lancées depuis un an. Mais cette « réformite aigüe » a quelques limites : on peut se demander si le nombre ne l’emporte pas sur la qualité. Après tout, la réforme du contrat de travail est beaucoup plus limitée que prévue. De même, la réforme des retraites ne pourra pas non plus s’arrêter à celle des régimes spéciaux. En outre, on peut se demander en quoi il était nécessaire de lancer aujourd’hui le toilettage de la Constitution, qui pouvait bien attendre un peu pour alléger l’agenda chargé du gouvernement. De même, les multiples débats lancés par le président sur la place de la religion ou la Shoah apparaissent comme autant de distractions inutiles.

Mais il faut dire que Nicolas Sarkozy a besoin de nombreux sujets pour tenir son riche agenda médiatique qui suppose une annonce minimum par jour. C’est aussi pourquoi il vaut mieux avoir de nombreuses réformes en cours pour pouvoir distiller tous les jours le quota de déclarations ou annonces médiatiques. De même, le traitement partiel des problèmes permet de constamment remettre l’ouvrage législatif sur la table. Le ministre devenu président n’en finit plus de légiférer sur les délinquants sexuels ou l’immigration depuis 2002. On se demande bien ce qu’apporte cette inflation législative tant les nouvelles lois succèdent aux anciennes et cela permet de douter de leur pertinence respective. Mais la plupart de ces lois ont été passées en réaction à un fait divers, le plus rapidement possible...

Nicolas Sarkozy privilégie la plupart du temps l’affichage médiatique. Tout fait-divers peut être prétexte à un nouveau texte législatif. En cela, il ne contribue pas à simplifier l’arsenal législatif français. Mais on peut également se poser des questions sur les priorités de ce président qui se soucie tant des faits divers. Même s’il est normal de chercher à sauver Ingrid Bettancourt de son triste sort, n’est-il pas étonnant que le président y consacre autant d’énergie alors qu’on ne l’a que trop rarement entendu sur le sort de la Palestine, autrement capital pour l’équilibre de la planète ? Sa présence fréquente aux enterrements de toutes sortes est-elle vraiment nécessaire de la part d’un président ou n’est-elle pas un moyen commode de capitaliser sur les émotions collectives à son profit ?

La mise en chantier de nombreuses réformes est une bonne initiative qui part d’un bon postulat. Cependant, la priorité donnée à la forme sur le fond, la hiérarchisation hasardeuse de l’agenda du président et du gouvernement et la difficulté à donner du sens, compliquent la réforme.

06.05.2008

Sarkozy un an après : la prime à la forme

L’an dernier, il y a exactement un an, Nicolas Sarkozy gagnait le second tour des élections présidentielles. Il était enfin élu président de la République, son rêve depuis 30 ans. Première partie du bilan : sa priorité de tous les instants, la communication.

Si Nicolas Sarkozy a réussi à accéder à la présidence de la République, c’est grâce à son habileté communicatrice. En effet, plutôt que de risquer être emporté par une volonté de changement après douze années de présidence de Jacques Chirac, il s’est présenté comme le candidat de la « rupture ». Un bel exploit pour celui qui fut un membre éminent du gouvernement pendant plus de quatre ans et chef du parti majoritaire ! Il a su également donner une impression de compétence et de capacité à régler les problèmes des Français malgré des résultats plus que limités au ministère de l’intérieur. Mais son activisme législatif et son incroyable capacité à faire des déclarations l’air grave et concerné donnaient volontiers le change.

Il faut dire que le début du mandat présidentiel a montré le succès de la tactique de communication de l’Elysée. Alors que, candidat, il condamnait la proposition du candidat Bayrou de rassembler droite et gauche dans un même gouvernement, une fois élu, il a débauché quelques mercenaires et fait passer ça pour une « ouverture ». Rompant avec la rareté de la parole présidentielle, il remplit l’agenda médiatique tous les jours par une annonce, un discours, un déplacement ou une visite. Résultat, il donne l’impression d’un activisme forcené au service des Français. En outre, en créant l’événement chaque jour, il étouffe l’opposition qui n’a pas le temps de répondre qu’un nouveau sujet est déjà à l’ordre du jour. Mais au bout de quelques mois, cette pratique tourne volontiers à l’agitation et pose la question du sens.

Cette prime à la forme a même dicté une partie du programme présidentiel. C’est parce que le candidat souhaitait trouver une mesure illustrant le « travailler plus pour gagner plus » qu’a été décidée l’exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires, une mesure à cinq milliards d’euros. Pourtant, les heures supplémentaires permettaient déjà de « travailler plus pour gagner plus ». Cette énième et coûteuse exonération de charges sociales ne fait qu’accentuer une mesure existante et créé surtout des effets d’aubaine puisque la plupart de ces exonérations vont porter sur des heures supplémentaires qui existaient déjà, et pas forcément des nouvelles. De même pour le traité simplifié, le président s’est fait passer pour le sauveur de l’Europe alors qu’il n’a fait qu’abdiquer la position des Français…

La présidence de Nicolas Sarkozy consacre la communication comme l’alpha et l’omega de la politique gouvernementale. Mais ce qui pouvait passer à la tête d’un ministère est plus difficile à la tête de l’Etat, ou la réalité a fini par rattraper le pouvoir.