31.03.2007
14ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : un démocrate très modéré
Les média sont un pilier de nos démocraties modernes. Leur indépendance, notamment vis-à-vis de l’Etat est capitale pour assurer une pluralité de couverture de l’actualité. C’est pourquoi il serait sans doute nécessaire d’envisager d’interdire à des groupes dépendant de commandes publiques d’intervenir dans les média car leur indépendance semble alors difficile à garantir. Et cette indépendance ne semble clairement pas la priorité de Nicolas Sarkozy. Alain Genestar, l’ancien rédacteur en chef de Paris-Match a ainsi affirmé dans Le Monde que celui qui était alors ministre de l’intérieur est intervenu auprès d’Arnaud Lagardère pour le faire licencier. Le même Nicolas Sarkozy a appelé il y a quelques semaines le premier actionnaire de Libération pour accuser le journal d’être « sectaire de gauche » et menacer de mettre en difficulté la recapitalisation du journal, comme je vous l’avez raconté dans cette note. Et la semaine dernière, le Canard Enchaîné a révélé un nouveau dérapage du candidat qui, selon le journal, estimant que la direction de France 3 devait se déplacer pour l’accueillir lors de son passage à « France Europe Express » le 18 mars aurait une nouvelle fois révélé un aspect bien inquiétant de sa personnalité. Le Canard Enchaîné affirme ainsi que le candidat de l’UMP aurait déclaré que « personne n’est là pour m’accueillir. Toute cette direction, il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder ».
Si un seul incident avait été reporté, on pourrait légitimement disqualifier ces attaques, mais là, leur nombre incite à réfléchir un peu plus sur le rapport que Nicolas Sarkozy a aux média et son acceptation de la critique, surtout dans le cas où il deviendrait Président de la République. Dans ce cas, il aurait le contrôle du service public tout en ayant des liens particuliers avec Martin Bouygues, qui possède TF1, Arnaud Lagardère, patron d’Europe 1 et de nombreux journaux et magazines et Le Figaro, propriété de Dassault. Serait-il sain de mettre autant de pouvoir dans les mains de quelqu’un qui semble avoir tant de mal à accepter autre chose qu’une excessive déférence ?
Le problème est que Nicolas Sarkozy ne semble avoir qu’un souci très modéré de faire les choses de manière vraiment démocratique. Il suffit de regarder à l’UMP pour se rendre compte des manières bien peu démocrates de son candidat : vous pouvez lire de nombreuses notes sur la démocratie interne dans ce parti sur le blog de Christophe Carignano. Alors que les statuts de ce parti le prévoyaient, il a refusé la création de courants. Et les primaires ont fini en farce démocratique avec le refus que Nicolas Dupont Aignan s’exprime le 14 janvier, ce qui a provoqué sa démission du parti. Les débats n’ont été qu’un simulacre où Nicolas Sarkozy avait 50% du temps de parole, quand Michèle Alliot-Marie faisait partie d’un groupe de six autres intervenants qui se partageaient les miettes, le tout animé par un Jean-Pierre Raffarin qui ne faisait pas grand-chose à part servir la soupe à son ancien ministre. D’ailleurs, comme lors du temps de la guerre froide, les troupes sarkozystes s’obstinent à gonfler les chiffres comme seul le parti communiste soviétique le faisait. Le meeting du 14 janvier, qui aurait rassemblé 80 000 personnes selon les organisateurs, a sans doute rassemblé plutôt 25 000 personnes. Pour preuve, comme l’a montré le Canard Enchaîné, à peine plus de 20 000 chaises avaient été louées et la très grande majorité des personnes étaient assises. Ce comportement est d’autant plus incompréhensible que 25 000 participants est une belle réussite…
Enfin, alors que ce sont les Français qui ont refusé le Traité Constitutionnel Européen, Nicolas Sarkozy est le seul des grands candidats qui propose pour l’instant que le nouveau traité passe par le Parlement, dont on sait à l’avance qu’il ne serait qu’une caisse enregistreuse. Quel déni de démocratie, tellement contraire à l’esprit de nos Institutions !
Le Président de la République est le garant de notre démocratie. Le problème avec Nicolas Sarkozy est que son comportement se rapproche davantage de celui de Silvio Berlusconi ou Vladimir Poutine que de celui d’un vrai démocrate. Une autre raison pour lui faire barrage.
Demain, le candidat anti-gaulliste.
Source : Le Canard Enchaîné, http://www.liberation.fr/actualite/medias/217664.FR.php
14:15 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
30.03.2007
13ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : son entourage
La première chose que l’on constate avec Nicolas Sarkozy est qu’il s’entoure d’affidés fidèles et redevables et qu’il ne semble pas vraiment diriger avec ses ralliés. Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie et Jean-Pierre Raffarin l’ont rejoint et se montrent de temps en temps à ces côtés mais ils ne semblent absolument pas intégrés à la direction de campagne du candidat de l’UMP. Nicolas Sarkozy préfère s’entourer de personnes qui ne risquent pas de lui faire de l’ombre et qui lui doivent tout : Fillon, Hortefeu, Devedjian, Balkany, Morano. Le Président du Conseil Général des Hauts de Seine pioche volontiers dans son département. Le seul à faire exception est François Fillon. Mais que penser d’un séguiniste balladurien en 1995, ancien ministre des affaires sociales qui a rejoint Nicolas Sarkozy parce qu’il a été écarté du gouvernement en juin 2005 (c’est ce qu’il avait déclaré à l’époque). Le favori du candidat de l’UMP avait osé déclarer que la « seule chose qu’on retiendra du mandat de Chirac, c’est ma réforme des retraites » (et l’Iraq, la sécurité routière, la baisse du chômage…)
La richesse, la diversité et l’expertise de l’entourage sont importantes pour avoir un gouvernement solide. Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas privilégier la contribution intellectuelle contradictoire pour construire son équipe. Un Président de la République a besoin d’un entourage qui va l’enrichir, va être capable de lui opposer des idées nouvelles et différentes. Son clan en est-il capable ? Et ce clan se retrouverait au gouvernement et aux commandes de la majorité présidentielle, après avoir été « éduquée » politiquement par le candidat, pour le meilleur et le pire. Souhaitons-nous réellement que les futurs leaders politiques de la France s’appellent François Fillon, Brice Hortefeux, Patrick Devedjian, Patrick Balkany et Nadine Morano ?
D’ailleurs, cette pauvreté politique se retrouve dans ses soutiens « people ». Que penser d’un candidat qui affiche comme soutiens des personnes comme Johnny Hallyday, Steevy, Doc Gyneco ou Pascal Sevran ?
Bref, parce que quand on vote pour un candidat, on vote également pour son entourage, il y a urgence à faire barrage à Nicolas Sarkozy et son clan.
Demain, un candidat modérément démocrate.
09:50 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Pétition contre le vote électronique
http://recul-democratique.org/petition/
Vous pouvez également retrouver des détails très intéressants sur le site Dominique de Villepin, Ministre, Aristocrate et Poète.
09:45 Publié dans Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.03.2007
12ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : un candidat sans mesure ni limite
Verbalement, c’est le candidat de tous les dérapages : on peut débattre à l’infini de la pertinence de l’emploi des mots « racaille » et « karcher » mais il semble évident que ce genre de déclarations, si elle contribue à une bonne couverture médiatique, ne contribue pas une seconde à la résolution des problèmes de délinquance. Si ces dérapages font quelque chose, c’est bien exciter les délinquants, malheureusement. Les attaques du Ministre de l’Intérieur contre le Président de la République lors de sa conférence de presse du 14 juillet 2005 où il comparait devant les journalistes Jacques Chirac à Louis XVI à la veille de la Bastille sont aussi d’une délicatesse peu en rapport avec la fonction présidentielle. Enfin, l’incapacité chronique du candidat à avoir un minimum de recul en période de bons sondages (« je commence à bien la sentir cette campagne ») est surprenante : il est tout de même bien placé pour savoir qu’être au zénith des sondages mi-février, comme Edouard Balladur en 1995 n’est pas forcément un bon présage.
L’absence de limites du candidat se retrouve également dans le grave mélange des genres avec la fonction de ministre de l’intérieur organisateur des élections présidentielles. Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à intervenir sur le choix des candidats qu’il va affronter en décrétant que Jean-Marie Le Pen et Olivier Besancenot (sic) pouvaient participer, mais pas Nicolas Dupont-Aignan. En effet, un vrai candidat gaulliste pouvait le gêner : vous pouvez lire ici le mot de NDA suite à son forfait. Ce mélange des genres est proprement une honte et montre un rapport bien léger et inquiétant à la démocratie.
De même, le candidat de l’UMP semble absolument prêt à tout pour le pouvoir. Quand le gouvernement a sorti de ses cartons le CPE, les sarkozystes revendiquaient la paternité du projet. Après deux manifestations peu réussies, ils ont identifié l’opportunité d’abattre un sérieux concurrent pour la présidentielle. Ils n’ont pas hésité alors à faire un volte-face complètement incohérent par rapport au discours de la rupture tenu à l’époque. Et comment ne pas évoquer cette affaire Clearstream, tombée juste après le CPE dans un timing si parfait pour achever Dominique de Villepin… N’oublions pas que Nicolas Sarkozy est le seul ministre de l’histoire à avoir porté plainte en exercice et qu’il était au poste stratégique de ministre de l’intérieur...
Le mélange des genres ne semble également pas davantage l’effrayer quand, maire de Neuilly, il attribue des marchés publics à la même entreprise à laquelle il achète trois mois plus tard un appartement, dans les deux cas dans des conditions a priori pas désavantageuses. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller sur cet article.
Notre Constitution donne beaucoup de pouvoir au Président de la République. Pensons-nous vraiment qu’il faille les donner à une personne qui a montré si peu de mesure dans l’utilisation des pouvoirs qu’il a déjà exercés, surtout quand on prend en compte son caractère autocentré et le fait que sa principale motivation est le pouvoir, toujours plus de pouvoir. A vous de voir si cela n’est pas un peu inquiétant.
Demain, ses équipes et soutiens.
09:30 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Pourquoi François Bayrou ?
Dans cette interview, outre une parole mesurée et responsable que n’ont pas vraiment les autres candidats, les positions et propositions du candidat me semblent justes et raisonnées, sur l’identité nationale, l’immigration, la laïcité, les OGM ou son Small Business Act, qui est une voie nouvelle et intéressante pour lutter contre le chômage. François Bayrou est de loin le plus responsable et le meilleur des candidats qui se présentent.
Source : Le Figaro
09:15 Publié dans Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.03.2007
11ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : ses motivations
Candidat de postures et non de solutions
Et là encore, je vous recommanderai tout simplement de l’écouter, de lire simplement (entre les lignes de) ce que le candidat de l’UMP dit. De manière symptomatique, le candidat disait lundi « qu’il pressentait que le thème de rupture était patiemment attendu ». Ce n’est pas parce qu’il pense qu’il faut une rupture qu’il la préconise mais parce qu’elle est attendue qu’il en parle (et que cela lui évite d’être un sortant). Au premier degré, on pourrait également croire que le candidat veut le pouvoir pour se mettre au service des Français quand il s’indigne devant les caméras de l’insécurité en banlieue ou d’un acte atroce. Il a l’air concerné. Mais, l’est-il réellement ou exploite-t-il le malheur d’autrui pour en tirer un bénéfice personnel sans réellement se soucier des gens qu’il a ainsi utilisés ? Après tout, les vastes interventions de police en banlieue ont été davantage médiatisées qu’efficaces. Il y avait un choix à faire, le ministre d’alors l’a fait.
Et quand on détaille ce qu’il dit, on se rend compte que Nicolas Sarkozy est surtout un candidat de postures (calculées et avantageuses dans l’opinion) qu’un candidat de solutions. Ainsi sur l’Europe, il dénonce la politique de la BCE car 55% des Français ont voté « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen mais dans la pratique, il a voté « oui » et ne propose absolument rien de concret pour réformer l’Europe à part dire qu’il va renégocier (sachant qu’il ne pourra pas aller très loin). C’est pareil sur l’insécurité : l’ancien ministre de l’intérieur n’a pas cessé de prendre la posture du premier flic de France (multiples réformes législatives, opérations coup de poings soigneusement médiatisées…) alors que dans les faits, jamais il n’y a eu autant de violence aux personnes. C’est bien parce qu’il est le candidat de la posture et non celui des solutions qu’il ne se soucie guère de présenter un programme dont le financement est impossible. Il pense sans doute que la posture est le plus court chemin qui mène au pouvoir.
Candidat au pouvoir personnel
Car ce que cela révèle sur le candidat de l’UMP, c’est que le pouvoir le motive davantage que le service des Français. Nicolas Sarkozy est rentré en politique pour être Président de la République, pour être le premier, avoir le pouvoir, et ce dès son plus jeune âge. C’est une grande différence avec Jacques Chirac qui est d’abord rentré en politique pour servir son pays, sans ambition particulière, ce dont témoignent toutes les personnes qui le connaissaient dans les années 60. Bien sûr, ensuite, il n’a pas été le moins ambitieux de nos hommes politiques, mais à l’origine de sa vocation était le service de la France, avant le pouvoir. Seule la volonté de pouvoir transparaît chez Nicolas Sarkozy. De manière symptomatique, il évoque rarement le service de la France. La réalité, c’est qu’il est candidat au pouvoir personnel.
Pour aller plus loin, les motivations politiques jouent également sur le rapport aux gens. C’est complètement le sens du « compagnonnage » gaulliste. La notion de « compagnons » politiques est la conséquence d’une vision de la Politique où les convictions et les principes priment sur tout. En découle que les personnes qui se retrouvent sur ces convictions et principes restent fidèles et soudées entre elles quelques que soient les épreuves, du moment qu’elles ne portent pas sur des points idéologiques forts. Cela peut amener à des prises de position différente (cas du RPF à sa dissolution dans les années 50), mais cela exclut toute trahison personnelle pour un poste. C’est pourtant ce que fit Nicolas Sarkozy en 1993 quand il choisit de soutenir Edouard Balladur face à Jacques Chirac. Il a préféré choisir celui qui semblait lui offrir les meilleures opportunités de carrière.
Pour qui et pour quoi Nicolas Sarkozy serait Président de la République ? A vous de choisir si vous pensez qu’il serait un Président soucieux du bien des Français et d’améliorer notre vie ou s’il serait un Président davantage préoccupé par l’extension et le prolongement de son pouvoir personnel et la défense des intérêts de ses amis. Posez-vous la question. Pas besoin de vous dire quelle est ma réponse…
Demain, un candidat sans mesure ni limites.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-88836...
09:35 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
27.03.2007
Pétition contre le vote électronique
http://recul-democratique.org/petition/
A l’occasion de l’élection présidentielle, nous allons tester le vote électronique, sans le moindre bulletin, sur des machines. A titre personnel, je pense également qu’il s’agit d’un gros recul démocratique pour deux raisons : il ne peut pas y avoir de recomptage et il subsistera toujours un doute sur les résultats de votes enregistrés sur des machines quand on connaît les problèmes de sécurité informatique.
Vous pouvez également retrouver les détails sur le site Ile de France avec Villepin en cliquant sur ce lien.
09:30 Publié dans Blog, Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
10ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : le candidat « moi-même maître du monde »
Pas un seul de nos Présidents ou même un candidat n’a autant personnalisé sa quête du pouvoir. Bien sûr, l’élection présidentielle est la rencontre entre un homme et le peuple français mais ce rapport atteint un niveau assez inédit. Et cette emphase du « je » se retrouve à tous les niveaux. Elle apparaît dans le titre de ses livres « Libre », « Témoignages ». Nicolas Sarkozy parle de lui plus que de la France. A titre de comparaison, Jacques Chirac avait publié « La nouvelle France » et « La France pour tous » en 1994 et 1995 : le candidat s’effaçait au service de la France. François Bayrou et Ségolène Royal n’ont pas procédé différemment en intitulant leurs livres respectivement « Projet d’espoir » et « Maintenant ». Cela se retrouve même sur la couverture du dernier livre du candidat de l’UMP avec sa photo tellement cadrée sur son visage qu’on ne voit rien d’autre.
Cette personnalisation à outrance de la campagne se retrouve également dans les slogans de campagne. Pour François Bayrou, c’est « la France de toutes nos forces » où le candidat s’efface derrière la France et un « nous » collectif. Ségolène Royal parle de « désirs d’avenir » et affirme que « plus juste, la France sera plus forte ». Là encore, la candidate s’efface derrière la France et la collectivité. Le slogan de Nicolas Sarkozy a évolué de manière intéressante. A l’origine, il affirmait que « avec Nicolas Sarkozy, tout devient possible », slogan que l’on retrouve sur les tee-shirts des jeunes sarkozystes, avant de passer à un moins personnel « Ensemble, tout devient possible ». Le candidat ponctue également sa campagne de déclarations sur sa seule personne : le « j’ai changé » du 14 janvier ou le « je suis libre » d’hier, après avoir quitté le ministère de l’intérieur.
Cette personnalisation extrême de la parole du candidat se retrouve également dans tous ses discours ou livres. « Témoignages » est à ce titre particulièrement intéressant et je recommande vivement sa lecture à toute personne qui hésite à lui apporter son vote. Passés les constats que finalement 80% de la population partage, il est intéressant de chercher le lien de cette revue des grands sujets politiques. J’hésitais à employer le mot, mais finalement, Franz Olivier Giesbert a parlé ce matin même de « complexe de Superman » dans sa chronique sur RTL et je trouve que c’est exactement ce qui caractérise le ton de ce livre. Du début jusqu’à la fin, Nicolas Sarkozy se présente comme la personne qui a compris les Français que de (méchants) conservateurs empêchent de faire ce que les Français attendent et que lui seul a compris. Cela peut paraître très caricatural, mais après tout, si un sarkozyste reconnu comme FOG parle de « complexe de Superman », on peut lui faire confiance.
De manière intéressante, dans « Libre », Nicolas Sarkozy lui-même reconnaissait avoir « pris la grosse tête » en 1983, quand il avait été élu maire de Neuilly, et en 1993, quand il était devenu ministre. On peut lire cet aveu de différentes manières. Il est en effet plutôt positif d’arriver à reconnaître soi-même quand on a pris la grosse tête. Cela peut être une forme de maturité, à moins que ce soient les défaites électorale et la traversée du désert consécutive qui lui en aient fait prendre conscience (ce livre est sorti en 2001 après la double défaite des présidentielles de 1995 et des européennes de 1999). Pire, cela peut attiser des craintes sur ce que serait la réaction du candidat s’il était élu…
Jamais on avait vu en France un candidat à la Présidence de la République aussi autocentré, se mettant tellement en scène personnellement comme l’homme providentiel en suggèrant que seul, il peut résoudre tous les problèmes, que, seul, lui aurait compris. Un pays peut avoir besoin d’un homme providentiel, ce n’est pas un gaulliste qui risque de dire le contraire. Mais, dans le cas du Général de Gaulle, cet homme providentiel s’effaçait au service d’une certaine idée de la France. Aujourd’hui, on peut se demander au service de quoi roule le candidat de l’UMP…
Demain, les motivations du candidat.
09:25 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25.03.2007
9ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : le candidat de la communication
De manière très symptomatique, la presse a révélé que la décision de créer un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » avait été testée par des études qualitatives et quantitatives avant d’être proposée par le candidat de l’UMP. Devant le tollé que cette proposition a fait, jusque dans son propre camp avec Simone Veil, le ministre a changé brièvement l’intitulé de ce ministère avant de revenir sur le nom qu’il avait proposé au début quand une étude a montré que plus de la moitié de la population approuvait un tel intitulé. Un tel comportement est-il vraiment ce que nous souhaitons pour un Président de la République ? Pensons-nous qu’il sera possible de réformer notre pays avec quelqu’un qui prend des décisions de telle manière ? Comment pourrait-il gérer l’opposition du pays à une réforme sachant que dès qu’il entrerait à l’Elysée, sa réélection deviendrait presque instantanément sa première préoccupation ?
Le problème avec Nicolas Sarkozy est que cet abus de communication se retrouve dans son approche globale de la politique. L’ancien maire de Neuilly a ainsi réussi à trouver un ton très différent des autres hommes politiques. Malgré ses nombreuses déclarations contradictoires, le ministre de l’intérieur est en effet perçu comme quelqu’un qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, même si cela dérange ou va contre les idées reçues. Ce formidable paradoxe qui lui permet de sembler dire ce qu’il pense alors que son discours est complètement calibré par les études tient à son grand talent d’orateur. Nicolas Sarkozy est bien le meilleur avocat de sa propre personne.
La deuxième facette de son talent tient dans sa capacité à paraître dire des choses dérangeantes ou à se présenter comme un rebelle, un outsider. Dans la réalité, il arrive seulement à dire de manière assez provocante des choses avec lesquelles la grande majorité est d’accord. Il entretient constamment cet écran de fumée en rappelant à tout moment que ce qu’il dit va à l’encontre des idées reçues, alors que ce n’est pas vrai. Mais, à force de le répéter, et en ajoutant quelques déclarations qui mettent en émoi (« racaille », « karcher »…), le ministre de l’intérieur s’est créé une image qui n’a rien à voir avec la réalité, celle d’un homme qui parle vrai alors qu’il est celui qui calibre le plus son discours.
Nicolas Sarkozy est bien le meilleur avocat de sa propre personne
Car, après tout, « travailler plus pour travailler plus » n’est pas une déclaration que beaucoup risquent de récuser… De même, le thème de la « rupture » n’est pas bien dangereux dans un pays où les partis traditionnels ont trop déçu pour que cette rhétorique ne soit pas acceptée. D’ailleurs, ce terme avait été adopté pour éviter d’être sorti comme le sont tous les sortants depuis 25 ans. Pourtant, Nicolas Sarkozy est bien un représentant de cette classe politique qui a déçu les Français. En 14 ans, il a été dans la majorité pendant 9 ans et a été au gouvernement près de 7 ans !!! Il a longtemps été maire, président de conseil général. Il est président d’un parti majeur de notre vie politique. Bref, il n’est qu’un faux rebelle qu’une rhétorique habile peut faire paraître pour un outsider. Et comme Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy cultive son image d’outsider en se plaignant souvent du mauvais traitement que lui auraient infligé les média (bonne blague !) ou les hommes politiques (notamment Jacques Chirac auquel il aurait tout arraché…). Dans la réalité, c’est quand même Jacques Chirac qui en a fait le responsable des jeunes RPR pendant 10 ans lui confiant même la présidence de son comité de soutien « jeune » en 1981 et 1988, qui lui a permis de devenir ministre en 1993 ou qui l’a de nouveau fait ministre en 2002. Les conflits ne sont apparus qu’après que Jacques Chirac lui ait confié une responsabilité et que Nicolas Sarkozy se soit retourné contre lui…
Bref, le candidat de l’UMP est passé maître dans la manipulation des média. Ce brillant homme de communication arrive à faire passer les vessies pour des lanternes. N’oublions pas que toutes ses provocations, ses indignations, ses déclarations sont toujours finement calculées, parfaitement travaillées pour atteindre un but de communication précis. C’est ainsi qu’il a recruté Henri Guaino pour sortir de son image sécuritaire et droitière. Son talent d’avocat fait le reste. Il peut ainsi dire ce qu’il faut dire devant les patrons ou ce qu’il faut dire devant des ouvriers avec autant de convictions, quitte à se contredire.
Parce que je crois encore en la Politique, en des hommes qui défendent des projets auxquels ils croient, qui ne travestissent pas leur discours en fonction d’études ou des personnes auxquelles ils s’adressent, il est essentiel de lui faire barrage.
20:30 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
24.03.2007
8ème raison pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : le candidat néo-conservateur
Car fondamentalement, Nicolas Sarkozy est un libéral. Il a longtemps assumé cette étiquette (comme lors du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen où il affirmait que le traité était un moyen d’assurer une Europe plus libérale) avant de l’oublier mi-2006 après avoir compris ce n’était pas vraiment un adjectif gagnant en France. Nombre de ses promesses de campagne sont clairement libérales : réduction du poids des impôts de 4 points du PIB avec dans le détail : bouclier fiscal, réforme de l’impôt sur la fortune, réduction des droits de succession. Cette liberté économique se retrouve également dans son slogan très américain de « travailler plus pour gagner plus ». Il avait même affirmé devant les patrons vouloir assouplir le droit du travail à la française. Et pour pousser la comparaison avec Georges Bush plus loin, il ne se soucie guère du coût de son programme et des déficits.
Mais Nicolas Sarkozy ne rejoint pas seulement son modèle américain sur l’économie, il le rejoint également sur les questions de société. On retrouve un discours musclé, viril pour tous ceux qui enfreignent la loi (délinquants, immigrants illégaux) mais pas beaucoup de mesures concrètes. Comme son modèle, Nicolas Sarkozy se veut aussi l’allié objectif des religions, qu’il propose de financer au mépris de notre tradition et dont il a estimé qu’elles étaient une solution au problème des banlieues alors même que moins de 20% des Français pratiquent… Cette alliance rappelle celle des républicains avec les milieux religieux aux Etats-Unis.
Le candidat de l’UMP partage également tous les excès de son modèle. Naturellement, il y avait le soutien à une intervention militaire en Iraq, pourtant non justifiée. Elle revient pourtant à accepter que les Etats-Unis jouent le rôle de gendarme du monde et interviennent où, quand et pour les raisons qu’ils souhaitent, très loin du multilatéralisme que nous défendons. Comme le Président des Etats-Unis, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à présenter la réalité de manière simpliste et exagérée. Les Américains ont « l’axe du mal », nous avons la « racaille » et le « karcher ». La France serait aussi partagée entre « ceux qui se lèvent tôt » et les profiteurs. Quand on écoute la rhétorique sarkozyste, tout est simple : il suffit de travailler pour y arriver. Il ne semble pas y avoir de place pour les accidents de la vie. Il y aurait les délinquants et les bons citoyens. La délinquance ne saurait être traitée que par la répression sans jamais envisager la moindre prévention.
Alors, bien sûr, les partisans du ministre de l’intérieur pourront prendre comme argument le fort dynamisme économique des Etats-Unis et du taux de chômage à 5%. C’est vrai, mais la croissance des Etats-Unis se fait à crédit depuis des années (leurs comptes sont déficitaires de plus de 800 milliards de dollar sur la seule année 2006) et ils bénéficient également de la très faible valorisation du dollar… Mais surtout, le modèle américain a de nombreuses limites, à savoir un ascenseur social en panne, contrairement aux déclarations hâtives de Nicolas Sarkozy en septembre 2006 (le coût exorbitant des études supérieurs permet difficilement aux classes populaires de faire accéder leurs enfants à l’université alors que ceux des classes supérieures peuvent y accéder, parfois quelques soient leurs résultats, contrairement à l’Europe). Le modèle américain, ce sont aussi des dizaines de millions de personnes qui ne sont pas couvertes socialement et qui vivent sous le seuil de pauvreté. C’est une société où depuis 15 ans, les bénéfices de la croissance vont aux 10% de la population la plus riche et rien aux autres. Enfin, c’est aussi une société beaucoup plus violente sur tous les critères (peine de mort, nombre de crimes, armes à feu…).Le paradoxe de cette élection est qu’alors que même les Américains viennent de rejeter un tel modèle chez eux, le favori de l’élection française s’inscrit dans la droite ligne de Georges Bush. Il est vrai que vu de Neuilly ou du CAC40, le modèle américain peut donner envie. En revanche, il reste un modèle injuste et violent pour le reste de la population et c’est pour cela qu’il faut lui faire barrage.
17:35 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



