30.04.2007

Le puzzle de l’intégration

Le livre de Malika Sorel, « Le puzzle de l’intégration » sort dans toutes les bonnes librairies. Il montre comment la discrimination positive, chère à Nicolas Sarkozy, menace la cohésion de notre pays. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller sur son blog :

http://puzzledelintegration.blogspirit.com/

29.04.2007

Les raisons pour faire barrage à Nicolas Sarkozy

J’avais publié un certain nombre de notes pour expliquer pourquoi je pense qu’il faut faire barrage au candidat de l’UMP, voici les liens avec les principaux articles :

- sur l’économie

- sur son bilan au Ministère de l’Intérieur

- sur la politique internationale

- sur notre modèle républicain

- sur sa méthode

- sur ses promesses de campagne

- sur ses contradictions

- sur ses idées néoconservatrices

- sur sa communication

- sur son égocentrisme

- sur ses motivations

- sur son manque de mesure

- sur son entourage

- sur son comportement peu démocrate

- sur son antigaullisme

- sur son côté antisocial

- sur son ministère de l’immigration

- sur ses déclarations sur l’inné et l’acquis

- sur son programme

J’ai également fait une synthèse sous pdf que je tiens à votre disposition si vous me le demandez (mon mail se trouve dans l’à propos). Le combat continue.

28.04.2007

L’enfant qui rêvait d’être Président

Article passionnant du Monde sur « Les métamorphoses de Nicolas Sarkozy » que je vous recommande vivement. Entre attirance et critique, les deux journalistes se livrent à un long portrait du candidat de l’UMP en cette fin de campagne, un portrait extrêmement révélateur…

Ce que je trouve toujours incroyable quand des journalistes parlent des coulisses de la campagne de Nicolas Sarkozy est l’absence totale de Politique avec un grand P, de mentions de débats sur les enjeux de notre pays (politique économique et sociale, Europe…) Jamais un reportage sur les coulisses de campagne du candidat de l’UMP ne parle de cela. Il n’est question que de tactique politicienne, du candidat lui-même et des guéguerres intestines. Ce n’est plus de la politique, c’est juste une compétition dont la seule finalité est la victoire et le pouvoir.

Ensuite, ce qui ressort fortement est la brutalité du candidat dont François Bayrou nous parle. Bien sûr, il est important qu’un chef sache trancher, parfois dans le vif. Mais là, on verse dans une dureté qui peut être cruelle. Dire que « si mes amis historiques ne me comprennent pas, c’est qu’ils ne sont ni mes amis, ni historiques » est assez parlant. Même François Fillon dit « qu’il explose les uns et les autres ». Ce tempérament instable, dur, voir cruel est inquiétant.

En fait, cet article donne l’impression d’une psychologie très enfantine : ce besoin d’affection, cette brutalité, cette cruauté que rapporte même ses proches et ce côté fanfaron avec les femmes quand il dit en blaguant à une jeune femme qui répond à son téléphone que « s’il rappelle, dites-lui que vous êtes partie avec moi » vont tous dans ce sens. Cela rappelle complètement « Témoignages », long panorama des grands sujets politiques où Nicolas Sarkozy se présente comme le sauveur, celui qui a compris les Français et que de « méchants » conservateurs empêchent de faire ce qu’il faut. Le trait vous paraîtra sans doute un peu lourd, mais même Franz Olivier Giesbert a parlé de complexe de Superman à son égard.

Je ne suis pas psychologue, mais tout ce que je lis, entends, vois du candidat de l’UMP me semble le disqualifier sérieusement pour exercer la Présidence de la République. Malgré plus de 30 ans de vie politique, je le crois encore largement manquer de mesure et de maturité pour exercer une telle fonction. C’est une chose d’avoir une candidate un peu légère qui sera assisté par le système, c’en est une autre d’avoir un caïd de cour de récréation colérique et brutal.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-90222...

Le plus grand des petits pois

La vie politique est faite de déception. Je le sais depuis longtemps, ce qui permet de contempler avec plus de détachement les évènements récents. Après avoir fait le minimum syndical pendant la campagne du premier tour, Dominique de Villepin a choisi d’afficher de manière beaucoup plus évidente son soutien à Nicolas Sarkozy pour ce second tour.

Même s’il m’avait été douloureux d’entendre le soutien du Premier Ministre au « candidat de sa famille » après la déclaration de non-candidature de Jacques Chirac, la suite de la campagne avait été plus acceptable pour un gaulliste opposé à Nicolas Sarkozy comme moi. Pas un meeting, pas une tribune, pas une intervention, une petite pique même à propos du « ministère d’immigration et de l’identité nationale ». Tout juste Dominique de Villepin lui avait donné quelques encouragements lors de la passation au Ministère de l’Intérieur. Ce service minimum pouvait être interprété comme une prise de distance bienvenue à l’égard du candidat de l’UMP.

Et puis patatras ! Nicolas Sarkozy fait un bon score au premier tour et se retrouve face à Ségolène Royal. Et là, sans vraiment bien comprendre pourquoi il change d’attitude du jour au lendemain, le Premier Ministre devient un soutien très présent de son ancien ministre : déclaration dimanche soir, déjeuner mardi, interview sur France Info jeudi matin, participation prévue au meeting de Bercy dimanche. Ce nouvel activisme se retrouve jusque dans ses déclarations. Il affirme même « se retrouver » dans le concept de rupture. Il vante le « temps d’avance » du candidat de sa famille sur Ségolène Royal, loue « la vision » et la « volonté d’une action équilibrée » de son ancien ministre…

Il m’avait pourtant semblé qu’en creux, pendant deux ans, le Premier Ministre avait développé une vraie vision bien différente, sur l’international, le modèle français, la façon de réformer… Que s’est-il passé ? En étant taquin, je pourrais dire que Dominique de Villepin a rejoint les petits pois de l’UMP. Car s’il était bien évident qu’il n’allait pas soutenir Ségolène Royal, il aurait pu en rester au service minimum. La seule explication qui me vient serait que Dominique de Villepin se considère comme un homme de droite et que la configuration classique du second tour le pousse dans les bras de « sa famille politique »…

Malgré tout, je persiste à croire que Dominique de Villepin a une carrure et une vision de la France sans comparaison avec les candidats de cette élection et je regrette sa non-candidature. J’espère encore qu’il ne quittera pas la politique et je suis prêt à le suivre, même si mon enthousiasme s’est un peu tempéré. En revanche, je ne le suivrai pas quand il devient un petit pois parmi les autres, fût-il le plus grand.

Source : http://fr.news.yahoo.com/26042007/290/la-mue-sarkozyste-d...

27.04.2007

Eau dans le vin ou coca-cola ?

Tel est le choix auquel nous somme confrontés aujourd’hui. Cette élection est une succession de compromis pour les gaullistes afin d’échapper à la compromission. Après avoir renoncé à l’espoir qu’un véritable gaulliste se présente (Dominique de Villepin, puis Nicolas Dupont Aignan), beaucoup d’entre nous se sont résignés à soutenir François Bayrou. Et voilà que nous devons choisir entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au second tour…

Vu de loin, Nicolas Sarkozy est un descendant du gaullisme et devrait être le choix naturel. Mais les évolutions des lointains descendants du gaullisme en ont complètement dénaturé les idées. Car c’est bien sur les idées en premier lieu que je ne peux pas voter pour lui. Comment soutenir un candidat qui a rejeté tout ce qui faisait la politique étrangère de la France en s’opposant aux positions de Jacques Chirac et Dominique de Villepin sur l’Irak ? Comme soutenir un ministre, qui, en exercice, rompt les rangs de son gouvernement aux Etats-Unis en déclarant la position de son pays « arrogante » ? Comme soutenir un candidat qui dénie par avance aux Français le droit de se prononcer sur le prochain traité européen ? Comment soutenir un candidat qui a avancé des idées aussi contraires à l’esprit républicain et laïc de notre pays que la réforme de la loi de 1905, le financement des lieux de culte et la discrimination positive ? Comment élire comme chef de l’Etat un candidat qui dénie à la société la capacité de surmonter les déterminismes, comme le suggèrent ses déclarations sur l’inné et l’acquis ?

Sa conception de la politique du candidat de l’UMP est aussi l’exact contraire de tout ce que représente le gaullisme. A la défense des convictions, à la rigueur intellectuelle, Nicolas Sarkozy préfère les postures médiatiques changeantes au grès des circonstances (un coup Jaurès, un coup libéral, un coup communautariste, un coup républicain). Certes, c’est un bon acteur, mais c’est justement le contraire de ce qui fait la Politique. On ne décèle nulle envie de servir la France chez lui, mais juste une soif de pouvoir. C’était flagrant dimanche soir dans son sourire qui était plus celui d’un enfant qui va bientôt avoir le cadeau qu’il convoitait depuis longtemps que celui d’un Homme d’Etat qui envisage avec gravité ses futures responsabilités.

En outre, malgré une bonne image, Nicolas Sarkozy n’a jamais démontré une grande compétence à régler les problèmes des Français, que ce soit au budget, où il a laissé un bilan « désastreux » selon Alain Juppé, ou à l’intérieur (les violences aux personnes ont augmenté de 14% et les délits liés aux stupéfiants de 58% en 5 ans). Son programme économique n’est pas sérieux : son coût est supérieur à celui de Ségolène Royal et il est illusoire de croire que « travailler plus pour gagner plus » pourra résoudre tous nos problèmes.

Enfin, sa personnalité pose problème. Nicolas Sarkozy est brutal, menaçant à l’égard de toute personne qui n’est pas d’accord avec lui et il accepte mal la contradiction. Quels seraient les contre-pouvoirs d’un Président Sarkozy dont les connections pourraient limiter l’expression de la contradiction ? De nombreuses anecdotes le montrent : Nicolas Dupont-Aignan a été totalement absent de certaines antennes et sa récolte des signatures a souffert des pressions sur les élus. Même François Bayrou ce matin sur RTL a porté des accusations graves sur le candidat de l’UMP.

Bien sûr, Ségolène Royal n’est pas un choix d’adhésion. Néanmoins, elle représente une gauche républicaine pour laquelle j’ai de la sympathie. Car Ségolène Royal, c’est une gauche qui parle de la Nation car la Nation est le cadre de la solidarité nationale, une gauche qui parle d’ordre car ce sont les plus faibles qui souffrent du désordre, une gauche qui parle de la famille car la famille est un cadre essentiel au développement des citoyens, une gauche qui parle de travail et d’effort car les droits doivent être équilibrés de devoirs pour être justes. J’aime bien cette gauche républicaine qui me rappelle Jean-Pierre Chevènement, qui n’a besoin d’aller à Colombey pour être gaulliste.

Evidemment, la candidate du Parti Socialiste a des limites, mais elles ne sont pas plus grandes que celles de Nicolas Sarkozy. Elle s’inscrit dans la lignée de notre politique étrangère et ne risque pas de suivre les Etats-Unis dans une aventure inconsidérée. Elle a reconnu au peuple français le droit de s’exprimer sur le prochain texte européen. Et elle ne risque pas de remettre en cause notre contrat républicain qui fait de la France le pays le plus uni des grands pays européens.

C’est pourquoi je vais voter socialiste pour la première fois, non pas par adhésion, mais par rejet de Nicolas Sarkozy, que je considère plus éloigné de moi que Ségolène Royal. Au coca-cola, je préfère encore le vin, même s’il est coupé d’eau.

26.04.2007

Bayrou : un « non » et un « peut-être »

Entre des électeurs qui semblent légèrement pencher vers Ségolène Royal et des élus qui résistent de moins en moins aux menaces de l’UMP de Nicolas Sarkozy à l’approche des législatives, la définition de la ligne de l’UDF devient de plus en plus difficile pour François Bayrou. Hier, il s’est pourtant finalement un peu plus avancé que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Bien sûr le candidat de l’UDF ne donnera pas de consignes de vote, laisse toute liberté aux élus de son parti et dit n’avoir toujours pas choisi ce qu’il fera au second tour. Néanmoins, il a dit « qu’à l’heure qu’il est, je ne sais pas ce que je ferai, mais j’imagine déjà ce que je ne ferai pas » et l’ensemble des critiques qu’il a adressé aux deux finalistes de l’élection sous-entend assez clairement que ce qu’il ne fera pas, c’est voter Nicolas Sarkozy.

Certes, François Bayrou n’a pas épargné le programme économique de Ségolène Royal. Il l’a attaqué sur le rôle de l’Etat et son coût. Néanmoins, il a également critiqué le programme économique de Nicolas Sarkozy dont il dénoncé la « hausse délirante des dépenses ». Match nul donc. Mais le 3ème homme de cette élection a porté en outre des attaques très dures sur le candidat de l’UMP en soulignant qu’il concentrerait les pouvoirs comme jamais s’il était élu du fait de ses connections avec certains milieux médiatiques et économiques. Il a dénoncé le « goût de l’intimidation et de la menace ». Et il a fini par comparer le favori de cette élection avec Silvio Berlusconi. La force de cette charge ne laisse donc pas vraiment de doutes sur ce qu’il ne fera pas…

Si François Bayrou n’a pas encore franchi le Rubicon de l’entente avec Ségolène Royal, nous en saurons sans doute un peu plus vendredi. En tout cas, le candidat de l’UDF réussit l’exploit de ne pas se trahir, de laisser la liberté à ses troupes tout en gardant un certain franc-parler. Ira-t-il jusqu’à apporter sa voix à la candidate du PS ? Cela semble malgré tout difficile, notamment par rapport à ses troupes. Mais les discussions qu’ils doivent avoir pourraient peut-être faire évoluer les choses. Et il montre du courage en affrontant un Nicolas Sarkozy et une UMP tout puissants qui n’acceptent qu’une UDF satellite et refusent même la neutralité à ses élus en les menaçant.

En tout cas, il est intéressant de voir rappeler par François Bayrou des aspects bien inquiétants de la candidature Sarkozy (autoritarisme, menaces sur le pluralisme démocratique, brutalité) que finalement peu de média osent aborder, à part Marianne. Ils représentent pourtant une vraie raison pour faire son choix le 6 mai.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections20...

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-90185...

25.04.2007

Illusions centristes

Si François Bayrou pense traverser l’épreuve des législatives de juin avec facilité grâce au score du 22 avril, il se trompe. Le second tour qui se profile va à nouveau renforcer la bipolarisation de la vie politique française et s’il ne prend pas position, il pourrait bien être laminé par le système.

Car que va-t-il se passer s’il ne prend pas position, outre la victoire de Nicolas Sarkozy ? Premier cas de figure, pas le plus probable : la ligne du ni droite ni gauche tient malgré les menaces de l’UMP : l’UDF présente des candidats dans toutes les circonscriptions mais l’UMP présente également des candidats contre l’UDF. La vague bleue risque de ne pas laisser grand-chose à l’UDF, surtout dans des triangulaires, où, coincé entre le PS qui aura des réserves à gauche et l’UMP qui aura aussi des réserves avec les voix FN, la victoire sera quasiment toujours impossible. La guerre contre le PS et l’UMP a d’autant plus de chances de se révéler sanglante pour l’UDF que certains électeurs qui s’étaient portés sur François Bayrou l’avaient fait par opposition à Ségolène Royal à gauche et par opposition à Nicolas Sarkozy à droite. Ces électeurs risquent de revenir au bercail lors de l’élection de leur député qui ne provoquera pas les réactions épidermiques que provoquent les finalistes de la présidentielle dans leur propre camp...

Mais le cas de figure le plus probable si François Bayrou ne prend pas position est qu’une partie de ses troupes se désolidarisera de lui et s’alliera de manière classique avec l’UMP, ce qui ne manquera pas d’affaiblir l’UDF dont seuls ceux qui seront allés à la soupe risquent d’être élus. Ces alliances de terrain risquent de réduire l’attrait du discours du Président de l’UDF qui ne sera pas suivi par les siens, amplifiant encore le phénomène de retour des électeurs de gauche au PS et de ceux de droite à l’UMP. Notre mode de scrutin poussera à nouveau à une bipolarisation, d’autant plus que l’UMP sera dans une dynamique positive et que la gauche restera mobilisée contre Nicolas Sarkozy. Je ne crois pas dans ce cas que l’UDF puisse dépasser 15% et je crois même que son score sera plus proche des 10%, ce qui représenterait une bérézina qui annihilerait presque instantanément le beau capital électoral acquis par François Bayou.

Dès lors, la seule solution est une alliance d’un nouveau type entre le Parti Socialiste et l’UDF, un véritable contrat de majorité présidentielle conclu directement entre Ségolène Royal et François Bayrou. C’est lui-même qui a rendu une telle alliance crédible en annonçant qu’il prendrait un Premier Ministre de gauche. Seul un tel bouleversement pourrait remettre en cause la victoire de Nicolas Sarkozy. Mais pour qu’un tel scénario se réalise, il faudrait que les deux protagonistes de cette alliance aient la modestie de reconnaître qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Et je crains que François Bayou pense ne pas en avoir besoin pour gagner en 2012 alors qu’au contraire, il risque de revenir à la situation de 2002, voire pire.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-90092...

24.04.2007

Le vrai Sarkozy

On a retrouvé tout Nicolas Sarkozy dans sa déclaration de dimanche soir. Toujours aussi à l’aise, mais ne parvenant pas complètement à se retenir. Décryptage d’une intervention importante.

Au début de son intervention, avec le couplet sur le respect qu’il avait pour Ségolène Royal, j’ai eu une double réaction. Tout d’abord, j’ai pensé que c’était assez malin car cela donne une tonalité plus douce et moins agressive à sa campagne de second tour. Néanmoins, la ficelle est assez grosse après avoir dit bien abusivement que son adversaire était du côté des fraudeurs lors des incidents de la gare du Nord et répété en meeting hier soir qu’elle était du côté de mai 68. Le candidat de l’UMP a ensuite entonné un discours très social. Son discours était bon dans l’absolu et il le disait plutôt bien également. Le problème est qu’il s’agit davantage d’une performance d’acteur que d’un homme politique au sens noble du terme.

Et puis, il était assez incroyable de l’observer parler des souffrances des Français avec un sourire d’autosatisfaction aussi flagrant. Nicolas Sarkozy a toujours autant de mal à se retenir et se maîtriser. Cette incohérence entre le fond de son discours et son sourire était vraiment bizarre. Elle a même choqué des sarkozystes. Par comparaison, Ségolène Royal était beaucoup plus grave et présidentielle (en passant outre sa diction si particulière). La traversée de Paris fenêtres ouvertes avec les motards était aussi très surprenante car elle faisait écho à la victoire de Jacques Chirac en 1995. Mais lui avait eu la décence d’attendre le second tour.

Cette soirée électorale a eu le mérite de montrer à nouveau qui est le vrai Nicolas Sarkozy : un candidat à l’aise pour les discours, un bon acteur capable de passer d’un texte à un autre avec la même conviction. En aucun cas cela ne correspond à ma conception de la politique. Mais cette soirée a rappelé également à quel point le candidat de l’UMP a du mal à se mesurer, à quel point cette course électorale n’est pour lui qu’un prix qu’il recherche, sans la moindre conscience de la gravité des responsabilités qu’il pourrait bien malheureusement endosser. Souvenons-nous en le 6 mai !

François Bayrou au milieu du gué

Malgré les sourires de dimanche soir, la position du candidat de l’UDF n’est pas si confortable. Sa révolution orange est au milieu du gué. Et malgré son très bon score, il n’a pas malheureusement pas réussi à renverser le système des deux grands partis qui sort finalement renforcé du scrutin de dimanche puisqu’ils ont fait un bon score.

A première vue, la position la plus évidente serait de ne pas prendre position. En effet, François Bayrou a fait toute sa campagne en dénonçant l’UMP et le PS et toute prise de position pourrait lui faire perdre une partie importante de ses soutiens. Mais il est confronté aux institutions de la Vème République qui ne seront pas tendres avec le troisième parti aux législatives. Car si l’UDF poursuit sa stratégie indépendante, les élections de juin seront très difficiles. Tous ses candidats affronteraient alors un adversaire UMP et un adversaire PS et la bipolarisation issue du second tour risque de les marginaliser car il ne sera plus vraiment l’alternative qu’il était avant le second tour. En outre, comment imaginer qu’une partie de ses troupes ne soit pas attirée par l’UMP ? Ne pas prendre de position, c’est prendre le risque de revenir à la situation de 2002, entre satellite de l’UMP ou groupe marginal.

Dès lors, le candidat de l’UDF doit envisager une alliance avec un des deux finalistes de la présidentielle. L’alliance avec Nicolas Sarkozy semble difficile étant donné que François Bayrou a dit qu’ils avaient des projets de société très différents. En outre, elle représenterait un retour à l’alliance traditionnelle de l’UDF qui ne répondrait pas du tout au souffle nouveau qu’il a voulu donner à la vie politique française. Il ne reste donc qu’une seule alternative : une alliance avec le PS. Et cette alliance est légitime puisque François Bayrou a dit pendant la campagne qu’il prendrait un Premier Ministre de gauche. Pourquoi ne serait-il pas le Premier Ministre d’une Présidente de gauche ? Un ticket Royal-Bayrou aurait du poids et serait la seule solution pour éviter que Nicolas Sarkozy accède à la Présidence de la République. Une telle alliance permettrait également à l’UDF de négocier pour les législatives et assurer son existence à l’Assemblée.

Et c’est sans doute la seule solution pour que Ségolène Royal batte Nicolas Sarkozy. De toutes les façons, les voix de la gauche de la gauche et des écologistes se porteront sur elle dans ce second tour face au candidat de l’UMP. Mais elle ne pourra gagner que si elle arrive à attirer une large majorité des électeurs qui se sont portés sur François Bayrou, ce que seule une véritable alliance avec l’UDF peut lui permettre. Sa liberté à l’égard du parti socialiste peut lui faire franchir le Rubicon. Mais, il faudra que François Bayrou y soit prêt lui aussi et qu’il n’opte pas pour un non choix.

J’étais prêt à un gouvernement UDF-PS sous la Présidence de François Bayrou, je pense qu’aujourd’hui, pour la France, c’est une alliance PS-UDF sous la Présidence de Ségolène Royal qui est la meilleure solution pour faire barrage à Nicolas Sarkozy.

23.04.2007

Pour qui voter le 6 mai ?

Je n’ai jamais voté socialiste de ma vie, non pas par rigidité intellectuelle mais parce que je ne me suis jamais trouvé en position de penser que le candidat socialiste était la meilleure solution pour mon pays, ma ville ou ma région. En revanche, j’ai déjà voté pour Jean-Pierre Chevènement, qui est pour moi un véritable gaulliste. Pour être honnête, je suis fixé depuis quelques semaines sur mon vote de second tour, je l’avais annoncé il y a quelques semaines dans une de mes notes. Mais je préfère commencer par expliquer les raisons avant de le donner.

Pour commencer, j’attends de notre Président qu’il soit compétent. Il est vrai que sur la compétence en communication dans une campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy semble avoir un avantage (si on prend comme avantage le fait de pouvoir dire tout et son contraire avec la même conviction…). Il est vrai que Ségolène Royal, avec son ton bien particulier et ses ratés, n’a pas su gérer sa campagne aussi bien que le candidat de l’UMP. Et il est important de garder cela en tête quand on évalue la compétence des deux candidats, car si l’on gratte sous la surface, Nicolas Sarkozy n’a jamais démontré une plus grande compétence sur le fond, tant à l’économie, au budget ou à l’intérieur où ses bilans comme ministre n’ont pas été bons. De même, pendant la campagne, il a sorti des bourdes au moins équivalentes à celle de la candidate socialiste en avançant que 50% des Français touchaient le SMIC ou qu’Al-Qaïda était sunnite et chiite… Son programme économique est plus cher que celui de la candidate du PS (74 milliards contre 61…). Non, Nicolas Sarkozy n’est pas plus compétent que Ségolène Royal.

Viennent ensuite les idées. Non que je sois en accord avec tout ce que dit la candidate du PS, loin de là, mais sur certaines questions précises et importantes, je suis en accord avec elle et pas Nicolas Sarkozy. Sur l’international, elle s’inscrit dans la lignée de la politique d’indépendance de la France alors que nous serions en Irak si Nicolas Sarkozy avait été Président en 2003. Sur l’Europe, elle propose un référendum sur le prochain traité européen, quand le candidat de l’UMP propose de passer par la voie parlementaire. Et puis, sur tous les aspects qui font notre République, laïque, une et indivisible, je ne peux pas être du côté d’un Nicolas Sarkozy qui a écrit qu’il voulait réformer la loi de 1905, qui souhaite voir l’Etat financer les lieux de culte ou instaurer la discrimination positive. Et si bien sûr, il y a une part importante d’inné dans nos comportements, je crois fortement au rôle de la société pour bonifier ce qu’il y a en chacun de nous. Et tout ce que dit Nicolas Sarkozy survalorise trop le rôle de l’inné pour quelqu’un qui souhaite guider notre société. Je pense que le Président de notre République devrait davantage croire à ce que la société peut apporter. Et même sur l’économie, le candidat de l’UMP ne trouve pas grâce à mes yeux. Le coût de son programme est ridicule et le candidat n’a pas avancé grand-chose à part le « travailler plus pour gagner plus »…

Vient ensuite la personne. Et là, je souhaite que notre Président soit libre de toute fraction et intérêt. Je souhaite que notre Président ait de la mesure pour exercer les larges pouvoirs qui sont les siens tout en ayant du caractère. Je souhaite qu’il puisse faire avancer les Français ensemble. Et là encore, Ségolène Royal est beaucoup plus proche de cette définition que Nicolas Sarkozy. Le candidat de l’UMP est l’homme d’un parti. Il est trop lié à des intérêts privés pour pouvoir exercer la fonction présidentielle, malgré tous les beaux discours sociaux et les citations de Jaurès qu’il ne manquera pas de faire dans les prochains jours. Nicolas Sarkozy manque également extraordinairement de mesure : il suffisait de le voir hier soir pavanant dans sa voiture comme s’il avait gagné ou tout sourire en parlant du malheur des Français… Nicolas Sarkozy ne sait également agir qu’en fracturant et en divisant, ce qui ne lui permettrait pas de réformer (s’il savait réellement les réformes dont le pays a besoin). Son fonctionnement clanique ne lui permet pas également de s’entourer de personnes de qualité. Et puis, son rapport aux média n’est pas normal. Il n’est pas sain qu’un dirigeant politique perde aussi souvent ses nerfs quand un journaliste ne traite pas l’actualité comme il le souhaite et qu’il se laisse aller à des menaces. Il serait extrêmement dangereux pour notre pluralisme médiatique de le voir s’installer à l’Elysée.

Pour toutes ces raisons, je vais voter pour la première fois pour un candidat socialiste. Je me sens aujourd’hui plus éloigné de Nicolas Sarkozy que de Ségolène Royal.

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