29.06.2007

Merci Dominique de Villepin !

Aujourd’hui, nous avons un premier ministre tellement transparent qu’à peine un mois après sa nomination, les journalistes se demandent déjà à quoi il sert. Hier pourtant, nous avions un vrai chef de gouvernement, dont les résultats facilitent grandement le travail de l’équipe actuelle.

Ainsi, le chômage vient de tomber sous la barre des 2 millions et notre taux de chômage, à 8,1%, est au plus bas depuis… 25 ans ! Bien sûr, il est inutile de se gargariser alors que tant de français restent encore sans emploi. Bien sûr, il y a débat sur la méthode de calcul qui pourrait exclure un peu trop de monde. Néanmoins, le Bureau International du Travail donne le même chiffre et surtout, personne ne conteste la baisse régulière et forte que nous connaissons depuis 2 ans, corroborée par la forte hausse des créations d’emploi. Ces résultats sont les fruits du travail du gouvernement Villepin et de Jean-Louis Borloo. Ils sont d’autant plus méritoires que la croissance de l’économie n’a pas été très forte.

Deuxième point positif du bilan de Dominique de Villepin qui profite au président Sarkozy : le budget. Heureusement que l’équipe gouvernementale précédente a réduit les déficits publics de 10 milliards d’euros. C’est ce qui permet aujourd’hui au président élu de lancer son injuste et inutile « choc fiscal » qui va nous coûter au moins 11 milliards. C’est Dominique de Villepin qui donne aujourd’hui à Nicolas Sarkozy les moyens d’appliquer son programme… Mais il ne faut pas compter sur le premier ministre transparent pour remercier son prédécesseur, car il lui voue une rancœur bien ridicule.

Je ne crois pas qu’il faille en garder une vue cynique de la politique qui consisterait à conclure que le travail de Dominique de Villepin n’a servi à rien. Le service de l'Etat doit toujours prévaloir. Et je persiste à croire que ces résultats étaient les fondations d’un combat qui aurait pu être gagné.

28.06.2007

Ces enfants qui veulent devenir président

J’ai toujours trouvé que Nicolas Sarkozy a un côté enfantin, mais il est loin d’être le seul. Ses deux principaux concurrents montrent également un caractère très enfantin depuis la campagne présidentielle…

Il suffit de voir Nicolas Sarkozy dans les sommets internationaux et son sourire de ravi de la crèche pour saisir son côté enfantin. Jamais un nouveau dirigeant important ne s’est comporté avec autant de familiarité ou ne passe son temps à rire de la sorte avec tout le monde. Son discours, tellement autocentré est aussi assez incroyable. On ne décèle jamais la moindre distance, un véritable souci de l’intérêt général dont il endosserait la responsabilité. J’ai toujours l’impression de voir un petit garçon qui s’amuse (certes doué en communication et volontaire).

Mais que dire de Ségolène Royal ? Même si sa raideur martiale lui donne un côté bien adulte, un grand nombre de ses réactions sont enfantines. Sa conduite de la campagne présidentielle où elle faisait ce qu’elle souhaitait quand elle le voulait avait un côté enfantin. Et que dire de son absence de la réunion du bureau politique du Parti Socialiste ? C’est tout de même paradoxal de la part de quelqu’un qui veut devenir premier secrétaire ! Mais elle a préféré n’en faire qu’à sa tête. Enfin, son absence complète d’autocritique et sa manière de reporter l’intégralité de la responsabilité de sa défaite sur les autres (média, parti, François Hollande) rappelle de manière amusante les « ce n’est pas ma faute » des enfants.

François Bayrou n’est pas mal dans son genre non plus. Voilà quelqu’un qui déclare être prêt à gouverner avec les socialistes s’il est élu mais qui n’est pas prêt à gouverner avec eux si c’est un socialiste qui est élu. Dans ce deuxième cas, comme il a perdu, il préfère peut-être bouder? Je n’ai toujours pas compris qu’il ne prenne pas complètement position pour les seconds tours de la présidentielle et des législatives tout en semblant indiquer une certaine préférence. Il est assez normal d’attendre d’un homme politique qu’il prenne position : après tout, c’est ce qu’il doit faire s’il est élu…

Le cru des cinquantenaires présidentiables français n’était vraiment pas fameux en 2007. C’est uniquement pour cette raison que Nicolas Sarkozy a été élu. Il est temps que notre vie politique retrouve des personnalités plus adultes !

27.06.2007

Petit conte de la « concurrence libre et non faussée »

Il était une fois le marché du renseignement téléphonique en France. Il y a 10 ans, pour 50 centimes d’euro, le 12 nous permettait de rentrer en contact avec un opérateur qui pouvait nous donner 3 numéros de téléphone par oral. Il était même possible de poser des questions à l’opérateur en cas d’incompréhension.

Heureusement, la Commission Européenne a mis fin à cette situation catastrophique pour les consommateurs européens. Désormais, il y a une bonne dizaine d’opérateurs avec des numéros à 6 chiffres, tous différents. Ainsi le consommateur a le choix (ou est perdu, au choix). Le coût d’un appel a plus que doublé en 10 ans, soit une hausse plus de quatre fois supérieure à l’indice des prix. Désormais, il n’est pas possible d’obtenir plus d’un numéro de téléphone et ce numéro est donné par un serveur vocal, ce qui contraint à rappeler s’il y a une incompréhension. Résultat, depuis la fin du 12, le nombre d’appel aux renseignements téléphoniques a baissé de 30%.

Voilà ce que la « concurrence libre et non faussée » a apporté : une forte augmentation des prix pour un moins bon service, le tout plus difficilement accessible pour le consommateur. Les seuls bénéficiaires de cette libéralisation des services de renseignement téléphonique sont les média qui ont profité des investissements massifs des nouveaux opérateurs et de l’opérateur historique pour faire connaître les nouveaux numéros. Pour le consommateur, le bilan est complètement négatif.

Alors bien sûr, la concurrence est légitime et créatrice de valeur pour l’économie et les consommateurs dans beaucoup de domaines, mais ce n’est pas toujours le cas. La libéralisation n’est pas toujours la solution.

26.06.2007

Brèves

Sondage BVA pour Paris-Match : 58% des Français se déclarent favorables à l’autonomie des universités pour mieux s’adapter aux besoins des étudiants et des entreprises. Le plus étonnant est qu’avec une telle formulation, il n’y ait pas plus de Français favorables à la réforme du président Nicolas Sarkozy. Le moins étonnant est que cela vienne de Paris-Match, du groupe Hachette.

Pour les municipales, le Parti Socialiste sera mené par son premier secrétaire, François Hollande avec à la tête de son groupe parlementaire, Jean-Marc Ayrault. Non, il ne s’agit pas des municipales de 2001, mais bien de celles de 2008… Et pour la candidature à la candidature, nous aurons toujours droit à Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. La seule nouveauté pourrait être… la candidature à la candidature de Bertrand Delanoë. Le Parti Socialiste, ou comment bloquer tout renouvellement générationnel et ne pas tirer les leçons des élections…

25.06.2007

François Fillon, ou le secrétaire gouvernemental du président Sarkozy

Je vous conseille la lecture du Marianne de cette semaine qui dresse un portrait acide de notre duo exécutif et particulièrement de notre « premier » ministre. Alors que Dominique de Villepin avait montré tout l’intérêt d’un tel duo, l’effacement de François Fillon, théorisé et accepté jusqu’à la transparence, ferait passer Jean-Pierre Raffarin pour un premier ministre épris de liberté.

Si François Fillon a été habile pour quelque chose, cela a bien été pour s’imposer comme le premier ministre du président élu. Dans la grande tradition de la cinquième république, le premier locataire de Matignon s’impose. Mais pour y arriver, François Fillon a théorisé son effacement au profit du locataire de l’Elysée, à tel point qu’il n’est plus vraiment juste de l’appeler chef du gouvernement, tant le président de la république remplit ce rôle. Au moins, il n’y a pas l’hypocrisie que l’on a pu constater dans le passé où le président de la république prenait des décisions que le premier ministre faisait mine d’initier. Mais ici, cette nouvelle interprétation de nos institutions atteint un nouveau sommet. Certes, nous ne devions pas en être loin quand Valéry Giscard d’Estaing fit de Raymond Barre son premier ministre. Mais le fait que sa majorité au parlement dépende de gaullistes dirigés par Jacques Chirac pouvait créer un contre-pouvoir au sein même de cette majorité.

La situation actuelle est complètement différente dans le sens où le gouvernement et la majorité sont complètement sous la coupe du président élu et que ce président a mis un soin particulier à éviter la moindre contestation. Ainsi, il a même refusé que le peu contestataire Jean-Pierre Raffarin s’installe à la tête de l’UMP, lui préférant le fidèle Patrick Devedjian. Au gouvernement, dès que cela coince, c’est le président qui rentre dans l’arène, comme sur la réforme des universités aujourd’hui. Le seul cas où Nicolas Sarkozy a laissé François Fillon gérer la patate chaude, et ce fut le succès que l’on sait. Il ne risque pas y avoir gagné de l’autonomie !

Nicolas Sarkozy vient d’inventer un nouveau type de premier ministre : la variété transparente, sans la moindre initiative personnelle. Il sera sans doute amusant de voir ce que l’on retiendra de François Fillon dans quelques années, si on retient quelque chose…

24.06.2007

Europe : un bon point pour Nicolas Sarkozy

Parce que la critique trop systématique finit par ne plus être crédible, je crois qu’il est essentiel de reconnaître les points d’accord avec ses adversaires. J’étais et je reste convaincu de la pertinence de la TVA sociale. J’apprécie également la pression que le président de la république met pour retirer « la concurrence libre et non faussée » des objectifs de l’Union Européenne.

A dire vrai, parmi les points qui avaient le plus choqué les partisans du « non » à la Constitution Européenne, il y avait clairement la mention répétitive jusqu’à l’absurde de la nécessité d’assurer une « concurrence libre et non faussée ». Elle était même devenue un des objectifs de l’Union Européenne. Il est parfaitement légitime que le plein emploi et la lutte contre l’exclusion sociale fassent partie des objectifs de l’Union Européenne. En revanche, il n’est pas légitime que « la concurrence libre et non faussée » en soit un. Ce précepte du libéralisme économique ne saurait être un objectif. Il est au mieux un moyen de promouvoir la croissance.

Et encore, son application dogmatique et rigide en Europe est sans doute une des raisons du retard économique de l’Europe accumulé depuis 15 ans. Car il faut être clair, les Etats-Unis ou la Chine prennent beaucoup plus de liberté que nous avec la « concurrence libre et non faussée » et il ne semble pas que cela pénalise leur croissance, bien au contraire. C’est que, contrairement aux fonctionnaires européens, aristocrates pseudo-éclairés coupés des réalités, nos concurrents économiques ont bien compris que pour consommer, il faut d’abord produire. C’est pourquoi ces deux grandes puissances économiques savent parfois prendre des mesures pour préserver leurs industries, quitte à prendre des libertés avec cette « concurrence libre et non faussée ». C’est à ce titre que toutes les importations de voitures sont taxées à plus de 40% en Chine et que les entreprises étrangères sont contraintes d’accepter un partenaire local qu’elles doivent former, quitte à ce qu’ils se retournent contre elles, comme dans le cas de Danone…

Non seulement la « concurrence libre et non faussée » n’est pas une fin en soi. Mais ce n’est pas toujours le bon moyen. Merci donc à Nicolas Sarkozy d’avoir tenu sur ce point essentiel des opposants au traité. Sans doute une pause avant de nouveaux désaccords…

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-926859@...

23.06.2007

PS : le pari de DSK

Information intéressante lue sur le site de Libération : les jeunes des équipes de DSK et Fabius se sont réunies pour parler avenir… Parallèlement, DSK, largement préféré par les Français pour prendre la tête du PS, se rapproche de plus en plus de Ségolène Royal au sein même des militants socialistes.

Il faut dire que même si elle a parfois de bonnes intuitions (la valeur travail, l’ordre juste, son intervention à 8h01 le soir du second tour), Ségolène Royal multiplie les faux pas depuis quelques jours. Sa récente déclaration sur le fait qu’elle ne pensait pas que le SMIC à 1500 euros et la généralisation des 35 Heures étaient de bonnes idées mais qu’elle avait dû les intégrer pour respecter le programme du Parti Socialiste n’était pas très habile. Elle sous-entend qu’elle a menti pendant la campagne, certes pour coller au programme de son parti, mais on aurait pu penser que son indépendance revendiquée et maintes fois exprimée lui aurait permis de ne pas en passer par là. Et puis, se présenter en permanence en pauvre victime (des média, du parti socialiste, de l’infidélité de François Hollande) n’est pas forcément la meilleure stratégie pour prendre la tête d’un parti. Parler projet serait sans doute plus approprié.

Dominique Strauss-Kahn, après sa déclaration assez intempestive au soir du second tour, lui, commet un sans faute. Il a fini par comprendre qu’il devait s’effacer derrière la nécessaire rénovation pour servir au mieux son ambition. Il parle donc avec des mots justes sur l’état de la gauche. Il reconnaît que la défaite plus limitée que prévue n’en reste pas moins une défaite. Il souligne les trois défaites de rang aux présidentielles. Il reconnaît que le logiciel socialiste doit être rénové et que le renouvellement générationnel devient chaque jour plus impératif, au point de démissionner du bureau national du parti socialiste. Et devant l’incapacité chronique et sans doute définitive de Laurent Fabius à prendre le parti, il pourrait bien récupérer les troupes de son ancien rival, dont la rhétorique gauchiste temporaire ne fait que camoufler une véritable convergence idéologique.

En revanche, il semble incroyable que la direction actuelle du PS reste en place après cette double défaite. Comment la même direction défaite en 2007 pourrait rester en place pour les municipales ? Cette question est proprement sidérante et montre l’irresponsabilité crasse de l’équipe en place et de son premier secrétaire. Même s’il a un mandat, il ne semble pas anti-démocratique que François Hollande renonce enfin à son pouvoir, quitte à le confier à une direction collégiale provisoire en attendant un congrès. Idéalement, ce congrès devrait avoir lieu avant les municipales pour que le parti socialiste tire les leçons d’un scrutin avant de se présenter à un autre scrutin.

Mais le conseil national vient de décider de ne rien décider avant les municipales, comme si rien ne s’était passé depuis 2 mois. Quel spectacle désolant ! Le parti socialiste n’est pas plus crédible que ne l’était sa candidate lors du débat du second tour. DSK fait le pari du pourrissement. N’aurait-il pas eu intérêt à s’allier avec Ségolène Royal pour renverser la direction actuelle puis l’affronter ?

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/legislative...

22.06.2007

L’amertume de Jean-Pierre Raffarin

Il y a quelques mois, l’ancien premier ministre était le premier fan du candidat de son parti. Aujourd’hui, il se permet de torpiller l’idée de TVA sociale en dénonçant les risques que ferait peser cette réforme sur le pouvoir d’achat des Français. Petit retour sur le parcours sarkozyste de Jean-Pierre Raffarin.

Il y a quelques mois encore, Jean-Pierre Raffarin servait de faire-valoir, de gentil organisateur des pseudos débats de l’UMP, qui ressemblaient plus à des concours de brosse à reluire pour le candidat. Et l’ancien premier ministre n’était pas le moins bon à ce jeu. Il avait tout de même écrit une lettre ouverte au candidat où il déclamait son admiration, y compris sur ses capacités sportives et ses mollets, tout à fait ce que l’on attend d’un ancien premier ministre ! Il est vrai qu’il attendait deux choses : la présidence de l’UMP et celle du Sénat.

Mais la première de ses attentes n’a pas été comblée. Nicolas Sarkozy n’a pas souhaité être le Jacques Chirac d’un nouveau Nicolas Sarkozy... Pourtant, Jean-Pierre Raffarin ne risquait pas d’être un rival pour le nouveau président et tout son comportement montrait qu’il aurait sans doute été un président de l’UMP relativement docile et peu enclin à ne pas suivre les oukases de l’ancien président… Malgré tout, Nicolas Sarkozy a tranché et a refusé de lui donner le poste. Résultat, l’ancien premier ministre est amer et le fait savoir en attaquant de manière assez mesquine le projet de TVA sociale.

Jean-Pierre Raffarin est un étrange personnage. Après que Nicolas Sarkozy se soit essuyé les pieds sur son autorité pendant trois ans, il l’a soutenu sans retenue pendant la campagne. Mais, à part quelques fidèles de la première heure, le président élu préfère promouvoir les jeunes ou les ralliés de la dernière heure.

Source : http://www.lefigaro.fr/elections-legislatives-2007/200706...

L’enfant roi président

Quand est-ce que Nicolas Sarkozy arrivera à réellement rentrer dans la peau du président de la République ? Bien sûr, il est toujours aussi habile dans sa communication et sa rhétorique, mais on a soit l’impression d’avoir encore affaire au candidat d’il y a deux mois, soit, comme le disait Patrick Poivre d’Arvor, de voir un petit garçon heureux qui n’en revient toujours pas d’être là où il est.

Car, même si le fait de présenter le journal depuis l’Elysée était un symbole assez maladroit, Patrick Poivre d’Arvor et Claire Chazal ont osé des questions et des remarques bien peu révérencieuses (« le petit garçon », la mention de l’épisode du G8, la TVA sociale…), ce qui était rafraîchissant pour TF1. Mine de rien, la remarque du présentateur vedette du journal du soir de TF1 avait du sens. Les images hier soir du sommet européen montrait à nouveau un Nicolas Sarkozy hilare. La gravité et les responsabilités de la fonction présidentielle ne semblent pas l’effleurer le moins du monde. Il donne en effet l’image d’un petit garçon qui vient de recevoir le cadeau qu’il espérait depuis longtemps et qui n’en revient toujours pas.

Et cela se retrouvait également dans sa remarque sur le fait que l’élection présidentielle française serait la plus difficile du monde : il y a quatre tours à gagner alors que dans les autres pays, il y en a un seul ! Cette emphase sur le fait que, lui, avait réussi l’élection la plus difficile à gagner du monde avait un côté tellement enfantin. Enfantine encore sa manie de ramener tout à lui, de tout assumer, de dire tout décider, de dire avec un sourire gourmand que c’est lui qui avait décidé l’ouverture, même si cela pouvait refroidir certains de ses amis.

Le moins que l’on puisse dire est que l’esprit de nos institutions en est bouleversé. Jamais un Président de la République n’avait autant imprimé sa marque sur le gouvernement et sa majorité. François Fillon est ramené au simple rôle de coordinateur du gouvernement. Le président réunit sa majorité, choisit l’organisation de son ancien parti. Nicolas Sarkozy agit dans l’instant, comme toujours, en oubliant que l’intérêt de nos institutions réside justement dans la distinction entre le rôle de président de la république et celui de premier ministre. C’est cette distinction qui a permis à Jacques Chirac de relancer son quinquennat en nommant Dominique de Villepin premier ministre. Demain, ce sera plus difficile pour le président actuel…

Mais ce qui compte pour Nicolas Sarkozy, c’est son bon plaisir, sa gloire. Il est donc tout à la joie de son élection. Un jour peut-être il arrivera à dépasser sa satisfaction enfantine et enfiler le costume de président avec le sentiment de responsabilités qui lui échoit. Il faudra qu’il arrive à passer le stade d’enfant roi.

20.06.2007

Plaidoyer pour la TVA sociale

Une des victimes de la campagne des législatives risque d’être l’idée de TVA sociale, qui était pourtant une des rares bonnes idées du programme de Nicolas Sarkozy. Le cafouillage gouvernemental n’a pas permis d’expliquer sereinement l’intérêt d’une telle mesure et semble avoir fait perdre beaucoup de sièges à l’UMP, ce qui ne risque pas de créer un grand enthousiasme pour soutenir un futur projet…

Alors, bien sûr, le parti socialiste a fait une campagne démagogique pour dénoncer cette idée. Mais il faut dire qu’il était bien maladroit d’évoquer une possible hausse de la TVA juste après avoir baissé un certain nombre d’impôts. Il n’est quand même pas difficile de comprendre que les Français pouvaient craindre que le gouvernement en profite pour reprendre d’une main ce qu’il avait donné de l’autre. Et quand dans le cas précis, un gouvernement envisage de monter l’impôt sur la consommation qui touche tout les Français, après avoir pris des mesures qui vont essentiellement favoriser les plus favorisés, il n’est pas étonnant que nos concitoyens ne s’y montrent guère favorables. Il est étonnant de constater à quel point cette séquence a été mal gérée.

Et c’est vraiment dommage car cette idée a non seulement été expérimentée avec succès en Allemagne, mais elle est également soutenu par de nombreux économistes, y compris de gauche. La revue « Alternatives Economiques », très clairement positionnée à gauche, a récemment fait un dossier très positif sur cette idée. Le principe est assez simple : transférer tout ou partie des cotisations sociales sur la TVA. L’idée vient du fait que seules les productions nationales financent notre système de protection sociale alors que tout produit importé en est exonéré et profite donc d’un avantage coût non négligeable. Il ne semble pas déraisonnable que le consommateur français qui achète une voiture fabriquée en Corée participe au financement de notre système de protection sociale, comme celui qui achète une voiture fabriquée en France. Une telle idée a permis à l’Allemagne de réduire l’écart de prix entre ses productions nationales et les productions importées.

Tout le problème vient du fait que, visuellement, cela revient à transférer des cotisations patronales sur la TVA, payée par tous les Français, y compris les plus modestes. Il est donc facile de diaboliser une mesure qui reviendrait à prendre de l’argent dans la poche des Français pour moins prendre aux patrons, ce à quoi les socialistes ont abusivement réduit le projet. Cette vue réductrice et caricaturale est complètement fausse. Notre système de protection sociale est déjà financé par les consommateurs puisque les cotisations sociales ne sont qu’un élément de coût comme un autre dans la structure de coût d’un produit ou d’un service. Si ce sont les entreprises qui les paient directement, ce sont bien les consommateurs qui ont acheté les produits ou services de ces entreprises qui les financent intégralement. Mieux, les entreprises font actuellement une marge sur ces cotisations, comme sur tous les autres coûts. Les consommateurs financent déjà notre sécurité sociale.

Le problème est que ce financement ne repose que sur les produits et services produits en France, et pas sur les produits importés. Cela créé une double concurrence déloyale qui pénalise nos produits. La plupart des pays ayant un système de protection sociale moins coûteux que le nôtre, nos produits incluent des cotisations sociales qui les rendent plus chers et moins compétitifs. Qui plus est, d’autres pays (comme l’Allemagne maintenant) font reposer une partie du financement de leur protection sociale sur la TVA. Résultat : en Allemagne, les produits fabriqués en France financent non seulement la sécurité sociale française mais une partie de la sécurité sociale allemande. Pas étonnant que nous perdions des parts de marché ! In fine, cette perte de compétitivité de nos exportateurs pèsent sur leurs ventes puis sur l’emploi. Pas étonnant que l’industrie française perde des emplois quand on sait qu’elle est pénalisée par des coûts structurellement plus importants que ses concurrents.

L’instauration de la TVA permettrait de faire également financer notre système de protection sociale par les produits importés au lieu de les faire profiter d’un avantage de coût difficilement rattrapable. Bien sûr, une telle réforme provoquerait une légère hausse des prix des produits importés (encore qu’une partie serait sans doute prise sur la marge d’entreprises soucieuses de ne pas perdre des parts de marché) mais le prix des produits en France devrait légèrement baisser. A ceux qui disent que ce scénario idyllique n’a aucune chance de se réaliser, il suffit de constater à quel point la hausse de la TVA en Allemagne n’a absolument pas provoqué de hausse de l’inflation (qui est à 1.9%...). La pression concurrentielle est généralement trop forte pour permettre une augmentation indue des marges des entreprises. En outre, il reviendrait aux partenaires sociaux s’assurer une mise en place équitable de cette réforme.

L’idée d’instaurer une TVA sociale était pour moi le meilleur point du programme du président Sarkozy. Dommage qu’un cafouillage gouvernemental aggravé risque de la tuer dans l’œuf. Ce sera un bon test pour mesurer le caractère du président.

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