31.07.2007
Ni rupture, ni grand dessein
Alors que le candidat moquait constamment la politique africaine de Jacques Chirac et promettait une rupture radicale, le président-élu commence par des visites en Lybie et au Gabon pour visiter deux des plus anciens dictateurs du continent. Le plus fort reste la justification du président « le Gabon est un partenaire privilégié depuis 1967, quelle que soit la majorité en place en France », bien peu cohérente avec les discours sur la rupture… Et en Lybie, Nicolas Sarkozy est venu signer des contrats importants pour nos industriels, dans la grande tradition chiraquienne.
Mais le pire reste sans doute le discours de Dakar, un discours finalement extrêmement néo-colonialiste, donneur de leçons, figé sur le passé et très vague sur l’avenir. Un discours de campagne plus qu’un discours de président élu. Bien sûr, la repentance permanente sur la colonisation n’est pas forcément utile pour l’avenir, mais ce discours s’oppose à un tiers-mondisme en voie d’extinction. Etait-il utile également de dire que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ».
Quelle drôle d’idée de venir en Afrique pour tenir un discours dont la critique des africains manque autant de nuances. Bien sûr, l’Afrique a une part importante de responsabilités dans ses problèmes. Mais ce discours pose trois problèmes. Tout d’abord, il tombe à un moment où la croissance du continent africain n’a jamais été aussi forte, ce qui montre que justement, l’Afrique est en train d’inventer son propre modèle de croissance. Ensuite, il est quand même assez injuste de rejeter exclusivement la responsabilité des problèmes du continent sur ses habitants en occultant la part de responsabilité de l’Occident. Et enfin, il serait temps d’aller au-delà des discours sur l’union entre l’Europe et l’Afrique et proposer du concret.
La première tournée en Afrique de Nicolas Sarkozy a en partie seulement rempli ses objectifs médiatiques du fait de l’accueil assez tiède des populations. Le président se limite à des postures critiques en oubliant la rupture et sans proposer de vision digne de la mission de la France.
Source : Le Monde, 29 juillet
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30.07.2007
Y-a-t-il un économiste sérieux pour soutenir la politique économique du président ?
Le magazine Capital n’est pas à proprement parlé un magazine hostile au nouveau pouvoir. Après les mises en garde répétées de nombreux économistes plutôt classés à gauche dans Alternatives Economiques, Libération et Le Monde, c’est le tour d’économistes libéraux de souligner les risques de l’exonération des heures supplémentaires. Dans un dossier de 4 pages assez complet, le magazine revient sur les nombreux effets pervers du dispositif imaginé pour mettre en musique la promesse du candidat de « travailler plus pour gagner plus ».
Le premier point évoqué est clairement le coût du dispositif : si on se base uniquement sur le volume d’heures supplémentaires actuellement réalisé, cette promesse coûterait 5 milliards d’euro, soit l’équivalent du budget du ministère de la justice ! Et encore, ce coût ne peut être considéré que comme une hypothèse basse car il devrait inciter le développement des heures supplémentaires. D’où le deuxième effet pervers : ces exonérations fiscales risquent de pousser à des transferts de primes ou d’augmentation en heures supplémentaires pour gagner de l’argent. En outre, cela va fortement inciter les entreprises à favoriser l’accroissement de la durée du travail au détriment des embauches, bien plus coûteuses. Enfin, dernier effet pervers : ce système va encore complexifier notre système fiscal, qui n’en a pas besoin…
Au final, la quasi-totalité des économistes, de tous bords, se retrouvent pour dénoncer les effets pervers des mesures économiques prises par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. On pourra objecter que les économistes n’ont pas toujours raison mais d’habitude, on trouve des partisans et des opposants aux mesures gouvernementales. Le quasi unanimisme d’aujourd’hui est d’autant plus inquiétant que personne au gouvernement ou à l’Elysée n’a démontré de compétences particulières en économie. La réalité risque de rattraper la France, comme elle l’avait fait pour les socialistes au début des années 80.
Nicolas Sarkozy a une vision très volontariste et pragmatique de l’économie. De manière positive, cela l’avait poussé à soutenir une solution publique pour Alstom, qui s’est révélée un succès. En négatif, cela lui fait ignorer des réalités économiques qu’il devra affronter tôt ou tard.
Source : Capital, août 2007
11:35 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.07.2007
Coupable à tout prix ?
Je ne reviendrai pas sur le mélange des genres suspect que représente la première plainte portée en exercice par un ministre devenu président, alors que les fuites se multiplient et que cette affaire éloigne un des rares rivaux crédibles du président… Mais le côté complètement ubuesque de cette affaire reste le fait que Dominique de Villepin est systématiquement présenté comme un coupable et que quelque soit son comportement, il semble le seul coupable.
Car quel pouvait être le comportement de Dominique de Villepin après avoir reçu le listing impliquant Nicolas Sarkozy ? Il avait trois solutions possibles : camoufler le document, lancer une procédure d’enquête officielle ou sonder un juge de manière officieuse pour vérifier la véracité des documents incriminés, ce qui fut son choix. Ne rien faire d’un tel document aurait pu revenir à de la dissimulation. Il était normal qu’un ministre de l’intérieur cherche à connaître les dessous d’une telle affaire.
Fallait-il donc lancer une enquête officielle ou officieuse ? Choisir la voie officielle aurait revenu à créer un immense scandale et une guerre de tranchées entre les deux ministres. Il n’est pas difficile d’imaginer les réactions quand il aurait été découvert que les documents n’avaient aucune valeur. Dans ce cas, il aurait pu être attaqué pour les deux premiers chefs d’accusation. Mais je n’arrive pas à comprendre comment il peut être attaqué pour avoir transmis des documents à un juge pour vérifier leur véracité étant donné que c’est ce qui a permis d’innocenter Nicolas Sarkozy au final.
Il faudra nous souvenir du comportement des uns et des autres pendant cette période. J’espère qu’un jour nous connaîtrons le fin mot de cette histoire. Je reste persuadé que la manipulation n’est pas forcément là où les juges la suggèrent aujourd’hui.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-939685@...
22:35 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.07.2007
Le parti socialiste n’a rien appris
Déjà, le fait de maintenir le congrès après les municipales est incompréhensible. Le parti socialiste ne juge pas nécessaire d’achever sa rénovation avant d’affronter à nouveau les électeurs. Mais ce n’est pas tout, François Hollande estime que les socialistes ont perdu la bataille présidentielle, mais pas le combat sur les valeurs ! Pour justifier une telle déclaration, il cite le travail, la propriété et la cohésion nationale. Et là, on se demande s’il n’était pas sur une autre planète pendant la campagne électorale. Sur le travail, c’est le candidat qui promettait de « travailler plus pour gagner plus » qui a gagné. Sur la propriété, c’est celui qui voulait une France de propriétaires et qui promettait une déduction des intérêts d’emprunt. Quand à la cohésion nationale, en quoi le parti socialiste aurait gagné une quelconque bataille ?
Il n’y a pas que Ségolène Royal qui se voile la face… Sur la diversité, François Hollande décrète de manière ridicule que « la vraie diversité doit être au Parlement » pour camoufler le manque de réalisation de son parti, au gouvernement comme à l’assemblée d’ailleurs ! En fait, le premier secrétaire du parti socialiste n’est bon que pour inventer des formules chocs : « état de disgrâce », « coups d’éclat permanents » ou « machines à rancune ». Mais la politique, ce ne sont pas que des petites phrases. Il aurait sans doute pu passer plus de temps sur la rénovation du parti pour l’accélérer ou mieux structurer la critique de l’action gouvernementale.
La nouvelle génération du parti socialiste peut-elle porter la rénovation du parti socialiste ? Leurs premières réponses permettent d’en douter. Leur seul et unique souci semble être de prendre la place des dirigeants actuels. Cela est en partie légitime tant les éléphants n’ont pas su faire la moindre place aux jeunes pousses, notamment entre 1997 et 2002. Mais, ce qui est terrifiant est l’absence totale de propositions ou d’idées. Tout n’est qu’ambition personnelle ou tactique électorale pour accéder au pouvoir, on ne trouve pas la moindre trace de convictions qu’ils souhaitent défendre devant les Français. Le parti socialiste ne représente sans doute pas l’alternative dont la France a besoin. Le Modem non plus car sur beaucoup de points (Europe), il est d’accord avec le PS ou l’UMP. Il est grand temps que les tenants républicains de l’autre politique se rassemblent pour construire une nouvelle opposition.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-938245@...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-938247@...
22:50 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.07.2007
Une République irréprochable ?
Que Bouygues souhaite investir dans le nucléaire civil n’est pas surprenant car « le secteur (est) en pleine expansion dans le monde, où de nombreux pays vont lancer ou relancer des programmes de construction de centrales ». Il s’agirait d’un investissement à fort potentiel dans une industrie aux fortes perspectives de croissance et où l’expertise d’Areva et de la France est reconnue dans le monde. Mais dans le cas de Bouygues, les synergies entre les deux groupes seraient assez limitées. Il s’agit surtout d’un investissement dans une entreprise aux perspectives intéressantes.
Le problème est qu’Areva est une entreprise publique et que le patron de l’entreprise qui souhaite y prendre une participation est Martin Bouygues, un proche du président de la république. Il est difficile de ne pas y voir un potentiel conflit d’intérêt. Comment s’assurer que l’ami de Martin Bouygues fixera le prix maximum dans l’intérêt de l’Etat que dirige le président ? Etant donnée l’absence de synergies et d’intérêt pour la France, on peut se demander si les liens entre le président et le patron de Bouygues ne devraient pas disqualifier a priori toute transaction, ou au moins, faire passer l’évaluation d’un tel rapprochement et de son éventuelle valorisation par une commission indépendante.
Et ce qui est assez incroyable est l’absence totale de critique ou même de suggestion de ce conflit d’intérêts potentiel dans les média. Il n’y a pas une seule allusion dans ce papier qui ne vient pourtant pas du Figaro… Ce mélange des genres rappelle plutôt Berlusconi ou Poutine qu’une démocratie irréprochable comme celle du Général de Gaulle. A cette époque, le président payait de sa poche les repas donnés à titre privé à l’Elysée…
Comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il y a un écart entre le fond et la forme. Les beaux discours laissent la place à un comportement de monarque qui favorise sa cour.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-938295,...
23:05 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23.07.2007
Eloge de la grandeur
L’artiste, qui fut ministre de la culture du Général, après s’être engagé dans les Brigades Internationales pendant la guerre d’Espagne, avait un lien particulier avec Charles de Gaulle. Il publia ce livre à peine trois mois après la mort du grand homme. Ce recueil retranscrit des conversations qu’il eut à Colombey après le référendum perdu de 1969. Un livre écrit dans l’urgence donc, spontané, et qui complète bien les autres livres qui ont été écrit sur le Général. Alain Peyrefitte confie dans l’introduction de C’était de Gaulle qu’il s’agit là d’un livre qui reflète particulièrement bien qui était le Général.
On ne trouve aucune volonté de retracer avec une précision d’historien le parcours du plus grand homme de notre histoire, mais plutôt un témoignage brut de fonderie sur qui était Charles de Gaulle fin 1969, début 1970, après son départ des affaires. André Malraux livre l’intégralité de ses conversations, agrémentées de nombreux commentaires. Cela donne un livre absolument inclassable et indispensable pour mieux saisir le Général. Bien sûr, nous sommes quelques mois après son premier échec au suffrage universel, au crépuscule de sa vie, ce qui donne une tonalité parfois un peu amère aux échanges, mais on retrouve ce qui fait Charles de Gaulle, son volontarisme, son exigence, son humanisme, son sens de l’histoire. Un véritable héros politique romantique, comme l’a si bien saisi Max Gallo. Parfaitement indispensable après la séquence politique si médiocre des derniers mois.
Car c’est bien cela qui marque quand on lit ce livre. Tout ce qui semble faire la politique avec un petit p aujourd’hui en est complètement absent : l’ambition est uniquement au service de convictions et d’une certaine idée de la France. On ne trouve pas le moindre commentaire sur les tactiques électorales, ou sur telle ou telle personnalité politique. Les deux hommes n’ont qu’un seul souci : celui de la France. Il est toujours si réconfortant de constater que la Politique, cela peut être cela. Nous sommes à une période médiocre de notre vie politique, comme nous l’avons déjà été, mais nous reviendrons à plus de grandeur. Nous l’avons touchée du doigt avec Dominique de Villepin. Cela reviendra.
Un livre indispensable pour se souvenir de ce que la Politique devrait être, dans des temps où le superficiel règne partout...
Source : Les chênes qu’on abat…, André Malraux, Gallimard
11:45 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
22.07.2007
Une présidence antisociale sans opposition
Même si certaines mesures peuvent être justes dans le principe, elles se heurtent à la situation financière actuelle. Il est profondément injuste socialement de prendre des mesures qui vont profiter à quelques dizaines de milliers de foyers aisés alors que les inégalités ont déjà tendance à se creuser naturellement et que le budget est encore loin de l’équilibre. Ce dernier point est crucial dans la mesure où si la conjoncture se retourne et que l’Etat n’a plus les moyens d’amortir la crise, ce sont les moins aisés qui seront les premiers frappés. Il est difficilement compréhensible que les critiques ne soient pas plus fortes sur un gouvernement dont les cadeaux fiscaux aux plus aisés risquent de se retourner contre les foyers les plus modestes à la moindre baisse de la croissance.
Et il est vraiment incroyable que des personnalités dites de gauche qui critiquaient la présidence Chirac et la campagne de Nicolas Sarkozy ne trouvent rien à redire à la politique fiscale et salariale du gouvernement. Alors que le gouvernement Villepin augmentait le SMIC de 4% (le salaire minimum a davantage progressé de 2002 à 2007 que de 1997 à 2002…) et multipliait les logements sociaux, le gouvernement Sarkozy augmente le SMIC au minimum (2%) et consacre des milliards pour des cadeaux fiscaux aux plus aisés. La France a le gouvernement le plus à droite fiscalement depuis 20 ans mais quelques opportunistes qui se disent de gauche se laissent débaucher en silence.
Quand au parti socialiste, il reste empêtré dans ses déchirements et continue à réserver ses petites phrases à leurs guerres internes plutôt qu’à la critique organisée et structurée de la politique fiscale du gouvernement. Le parti socialiste devrait enfin songer à penser aux français et à son rôle d’opposant plutôt que rester centré sur lui-même et les ambitions des uns et des autres.
Nicolas Sarkozy a eu raison de passer ces mesures au début de son mandat, quand l’opposition est la moins forte. Mais malgré les débauchages et une opposition qui ne joue pas son rôle, les Français finiront par se rendre compte du côté antisocial de sa politique.
22:10 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.07.2007
Retour sur une campagne bien médiocre
Le grand intérêt de ce livre est sa grande liberté de ton qui lui permet de garder un regard critique sur tous les candidats. Nicolas Sarkozy n’est pas épargné, ce qui est rafraîchissant aujourd’hui, où même Le Nouvel Obs fait un portrait bien flatteur de la première dame de France. Le journaliste souligne le goût douteux de l’entourage du candidat pour le gonflage de chiffres (les 30 000 militants de la porte de Versailles qui deviennent 100 000) et son obsession de la communication qui lui permet toutes les déclarations. Ségolène Royal et François Bayrou sont également épinglés pour leur capacité à faire tout ce qui leur passe par la tête et à perdre contact avec la réalité. Mais finalement, ce sont surtout ses collègues journalistes qui subissent les critiques les plus féroces pour leur incapacité à aller plus loin que la retranscription des scripts des candidats ou des sondages.
L’auteur tombe néanmoins dans quelques travers. Il a du mal à trouver la moindre qualité aux différents protagonistes de cette campagne politique. Pas un politique ne semble trouver grâce à ses yeux, ce qui est un peu caricatural. Jacques Chirac est sa bête noire mais le systématisme des critiques peut faire perdre de la crédibilité à ses reproches. Même s’il n’a sans doute pas eu un comportement irréprochable, pourquoi Jacques Chirac est-il constamment la cible des critiques sur le financement du RPR alors Lionel Jospin ne subit aucune attaque alors qu’il a été premier secrétaire du parti socialiste à une période bien sombre du financement des partis politiques (de 1981 à 1988) ? L’auteur a également une interprétation assez partiale du référendum sur le traité constitutionnel européen.
Reste un livre qui résume bien le faible niveau de cette campagne en soulignant les faiblesses de tous les candidats dans un style enlevé et savoureux. Un parfait livre d’été pour qui a trouvé les candidats médiocres, et peut supporter un certain nombre de piques contre l’ancien président.
Source : Une campagne off, Daniel Carton, Albin Michel
22:05 Publié dans Actualités, Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.07.2007
Institutions : vers des ajustements plutôt qu’une réforme en profondeur
Bien sûr, je pense toujours qu’il n’y a nul besoin de réformer des Institutions qui ont apporté une stabilité bienvenue à notre système politique depuis près de 50 ans tout en gardant une grande flexibilité qui permet des interprétations assez personnelles (de l’hyper-présidentialisation de Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy au style plus gaullien de Jacques Chirac). La manie de réformer les institutions ne serait-elle pas un moyen commode pour les hommes politiques de rejeter sur le système la responsabilité de leurs échecs et faiblesses ?
Sur le fond, les réformes indiquées par le président devraient être relativement limitées puisque le droit de dissolution et les pleins pouvoirs, dispositifs clés de notre Constitution, ne devraient finalement pas être remis en question. Les principaux chantiers devraient être une réforme du mode de scrutin pour les législatives (qui mériterait d’être inscrit dans la Constitution pour ne pas pouvoir être modifié en dernière minute comme l’avaient fait les socialistes en 1985, à un an des élections), et une plus grande présidentialisation qui permettrait, entre autres, au président de s’exprimer devant l’Assemblée tout en accordant plus de pouvoirs au Parlement.
La constitution du comité de réflexion est plutôt une bonne surprise, malgré la présence d’Edouard Balladur et Jack Lang. Dans le cas présent, la présence de personnalités de gauche et du centre est plus légitime puisqu’il s’agit de réfléchir à l’adaptation de nos Institutions. Mais surtout, l’analyse de la constitution de cette équipe montre que beaucoup de ses membres sont attachés à la 5ème République, au premier rang desquels Pierre Mazeaud, mais aussi Jean-Louis Bourlanges, Guy Carcassonne ou Dominique Chagnollaud. Certains sont même opposés à la présidentialisation du régime comme Olivier Duhamel et Olivier Schrameck. Cela devrait garantir une réforme qui ne travestira pas trop l’esprit de nos Institutions.
Même si la pratique actuelle ne me semble pas la bonne, il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy n’a pas choisi une équipe qui va forcément dans son sens. Cela devrait aboutir plus à des ajustements qu’à une véritable refonte. La lettre ne devrait pas être bouleversée. Rendez-vous en novembre pour juger du résultat.
Source : Le Monde du 18 juillet
19:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18.07.2007
EADS : un premier pas dans la bonne direction
La création d’EADS en 1999 avait abouti à une organisation complexe où le groupe avait deux présidents du conseil et deux directeurs généraux (un Français et un Allemand à chaque étage). Cette solution n’a sans doute pas été étrangère aux malheurs du groupe (retard de l’A380 et de l’A350) en alourdissant le processus de décision. Cette structure était d’autant moins adaptée dans un contexte où Boeing a réussi sa révolution et a repris le leadership du marché grâce au lancement extrêmement réussi de son 787, qui a 4 ans d’avance sur l’A350. Cette nouvelle génération d’avion possède un fuselage en matériaux composites qui réduisent le poids et donc la consommation de carburant et améliorent le confort des passagers en permettant une atmosphère plus agréable (davantage d’humidité et une pression plus basse).
Louis Gallois sera le nouveau directeur général d’EADS, et un allemand, Rudiger Grube sera président du conseil de surveillance. Un autre allemand, Thomas Enders, sera président exécutif d’Airbus. Dans 4 ans, ce dernier devrait être promu président d’EADS et Arnaud Lagardère président du conseil de surveillance. Dans les faits, cela veut dire que Louis Gallois aura les coudées franches pour diriger le groupe car même si Thomas Enders dirigera Airbus, il sera placé sous l’autorité du français. En outre, le nouveau patron d’EADS connaît particulièrement bien Airbus puisqu’il en était le codirigeant et que le directeur général d’Airbus sera un de ses collaborateurs. EADS a donc enfin une structure de commandement normale qui devrait lui permettre de mieux affronter la concurrence avec Boeing.
Il restera encore des questions à régler, notamment sur l’actionnariat du groupe. Daimler Benz et Lagardère ne semblent pas forcément partants pour conserver leurs parts. Daimler a déjà cédé un tiers de ses actions à un consortium d’investisseurs allemands privés et publics et Lagardère passera à 7,5% du capital en 2009. Des rumeurs évoquent l’arrivée de Dassault à la place de Lagardère, ce qui ferait plus de sens d’un point de vue industriel. Il est vrai qu’Arnaud Lagardère ne semble pas vraiment être le mieux placé pour devenir le président du conseil de surveillance, lui qui avait affirmé préférer « passer pour incompétent plutôt que malhonnête » lors de la polémique qui avait suivie la vente d’action EADS au plus haut par Lagardère quelques semaines avant le plongeon du cours de bourse consécutif à l’annonce du retard de l’A380.
Avec sa gouvernance simplifiée, EADS est donc mieux armé pour affronter la concurrence de Boeing. Il reste dommage que personne n’évoque les conséquences malheureuses de la surévaluation de l’euro qui pousse Airbus à acheter de plus en plus de composants hors d’Europe, exportant de nombreux emplois…
Source : Le Monde du 17 juillet
17:40 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



