31.10.2007

L’interview de Nicolas Sarkozy à CBS

L’incident qui a eu lieu lors de l’interview du président de la République par CBS a fait couler beaucoup d’encre. Certains média américains n’ont pas tardé à dénoncer la réaction de Nicolas Sarkozy et le qualifier d’instable. Mais pour une fois, c’est lui qui a eu exactement la bonne réaction.

Rappel des faits : l’interview a eu lieu début octobre, à un moment où la séparation du président d’avec Cécilia n’avait pas été annoncée. Au bout de dix minutes d’interview, la journaliste lui pose une première question sur son épouse à laquelle il répond qu’il n’a pas de commentaires à faire. La journaliste de CBS lui pose alors une seconde question sur le même sujet. C’est à ce moment que Nicolas Sarkozy décide de mettre fin à l’entretien, de manière calme mais ferme, écourtant à 10 minutes un entretien qui devait durer 45 minutes. L’examen des vidéos montre un comportement très courtois à l’égard de la journaliste, bien loin de l’instabilité que certains mettent en avant. On note en revanche quelques qualificatifs peu amènes à l’encontre de David Martinon.

Bien sûr, on pourrait penser qu’il est légitime de poser des questions sur sa femme à un président qui n’a pas hésité à mettre en scène sa vie privée, quand il était ministre de l’intérieur, puis dans ses livres (le chapitre « C » dans Témoignages) ou lors de sa prise de fonction. Néanmoins, il est paradoxal de critiquer l’exploitation par Nicolas Sarkozy de sa vie privée pour après se précipiter tels des vautours sur les soubresauts de sa vie de couple. Jamais un président de la République n’a eu à s’exprimer sur sa vie privée. Il est donc normal que Nicolas Sarkozy ait interrompu son entretien avec une journaliste qui insistait de la sorte sur des questions d’ordre privé. Il est intéressant de noter que certains américains trouvent cette attitude saine comme le rapport Le Monde.

Bien sûr, Nicolas Sarkozy porte de lourdes responsabilités dans le traitement actuel de sa vie privée par certains média. Néanmoins, son coup d’éclat montrera peut-être qu’il existe une limite à ne pas dépasser. La politique ne devrait pas être réduite aux concours de maillot de bain entre présidentiables ou aux gros titres sur les séparations.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-97268...

30.10.2007

De la nécessaire régulation des marchés financiers

Alors qu’un million de foyers américains pourraient perdre leur logement suite à la crise du marché immobilier aux Etats-Unis, les banques sont également lourdement touchées comme le montre le cas de Merrill Lynch rapporté par Le Monde.

L’aspect le plus dramatique de la crise immobilière aux Etats-Unis est clairement l’expropriation de centaines de milliers de ménages de leur foyer. Bien sûr, ils ont vécu au-dessus de leur moyen. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a bien eu des institutions financières qui ont accepté de leur prêter de l’argent avec des montages dont il était malheureusement prévisible qu’ils finissent par étrangler financièrement leurs clients au moindre retournement du marché. Ce sont bien les institutions financières qui devaient être plus prudentes car la complexité des montages financiers (augmentation des mensualités et utilisation de la valeur du bien immobilier pour garantir le prêt) les rendait peu lisibles pour les clients.

Les ménages ne sont pas les seuls touchés puisque la banque Merrill Lynch vient d’annoncer 7.9 milliards de dollars de dépréciation d’actifs sur son portefeuille de crédits à risque pour le seul troisième trimestre de cette année. Ces mauvais résultats viennent de pousser son PDG, Stanley O’Neal à la démission. Il avait fortement amélioré la rentabilité de la banque américaine, qui a engrangé plus de 5 milliards de dollars de bénéfices annuels en moyenne de 2003 à 2006 contre 2 milliards avant son arrivée. Il toucherait 159 millions de dollars pour son départ (30 en indemnités de retraite, le reste en stock-options) selon la presse anglo-saxonne, comme l’affirme le Monde.

Cette crise montre à nouveau les limites d’un système économique néolibéral insuffisamment régulé. Bien sûr, l’Etat n’a pas réponse à tout, mais le marché peut commettre des excès aux conséquences dramatiques. Le problème est que ces excès retombent toujours sur les mêmes personnes et que la plupart du temps, les décideurs s’en sortent indemnes, voire enrichis. Cette démonstration n’a pas pour but de soumettre à la vindicte populaire les grands patrons qui s’enrichissent qu’ils réussissent ou non, mais plutôt de montrer qu’une nouvelle régulation économique devrait être instituée.

Car la responsabilité ultime de ces excès est bien politique. Car c’est en renonçant à mettre des limites à la spéculation financière et en renonçant à contrôler certains agissements que ces crises arrivent. Par exemple, une taxation sur les mouvements de capitaux comme la taxe Tobin limiterait les mouvements spéculatifs de capitaux. En effet, en réduisant les volumes échangés, elle limiterait les mouvements de hausse et de baisse, réduisant les phénomènes de bulles spéculatives. Certaines pratiques commerciales doivent également être mieux encadrées car quelques entreprises profitent du manque de connaissances des consommateurs pour les abuser.

Il est de la responsabilité des Etats de faire le ménage dans la pagaille des marchés financiers car cette pagaille affecte comme toujours les plus faibles en enrichissant parfois les plus forts.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-970810@...

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-972210@...

29.10.2007

Un traité pas si simplifié

Hier, sur Canal Plus, Jean-Pierre Raffarin en a fait trois tonnes sur Nicolas Sarkozy, présenté comme le sauveur de l’Europe, grâce au traité simplifié qu’il a réussi à faire passer en à peine quatre mois. Pourtant, l’analyse montre qu’il n’a pas négocié grand-chose.

Comme l’avait dit Valéry Giscard d’Estaing vendredi matin sur Europe 1, le traité simplifié est, à quelques détails près, un redécoupage de l’ancien texte. Dans la réalité, l’Europe et Nicolas Sarkozy essaient juste de refaire passer le Traité Constitutionnel Européen que les Français et les Néerlandais avaient refusé au printemps 2005, au mépris du vote des électeurs. Naturellement, l’immense majorité des média, favorables à l’époque au « oui », ne s’émeuvent pas de cette violation manifeste de la démocratie qui consiste à refaire passer par une autre voie un texte qui avait été refusé par les urnes. Je vous laisse imaginer quelle aurait été leur réaction si Jacques Chirac avait décidé en 1995 de se défaire des contraintes de Maastricht malgré le référendum du 20 septembre 1992…

Comme le montre bien Jean-Pierre Chevènement sur son blog, le nouveau texte reprend l’immense majorité des mesures que les Français avaient rejetées. Les statuts de la BCE, que Nicolas Sarkozy déclarait vouloir amender pendant la campagne ne sont pas modifiés et la réunion des ministres des finances est remise à sa place puisqu’il s’agit de réunions « informelles ». Comme d’habitude en ce qui concerne l’Union Européenne, le pouvoir est confié à des techniciens plutôt qu’à des politiques. L’OTAN est « le fondement de la défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». L’autonomie de vote des membres du conseil de sécurité des Nations Unies est remise en cause : on se demande bien en quoi il était nécessaire de statuer sur ce sujet dans le traité… L’Union Européenne se dote d’une politique étrangère. Là encore, on peut se demander en quoi cela va améliorer le sort des citoyens des pays de l’Union…

Bref, l’essentiel du Traité Constitutionnel Européen est bien présent dans le nouveau texte. Nicolas Sarkozy n’a pas débloqué la situation. Il cherche juste à faire avaler une immense couleuvre aux citoyens français pour bien se faire voir par nos partenaires européens.

Source : http://www.chevenement.fr/Le-projet-modificatif-dans-le-t...

28.10.2007

Quand la réforme des institutions fait « pschitt »

La rupture voulue par Nicolas Sarkozy en matière institutionnelle se voulait radicale. Plus le temps passe et plus l’étendue de cette réforme se limite et le doute grandit sur sa réalisation, d’autant plus que les Français se montrent attachés aux équilibres de nos institutions.

La commission Balladur va présenter son rapport demain au président de la république. Nicolas Sarkozy y trouvera tellement ce qu’il souhaitait qu’on peut se demander à quoi a servi une commission qui ne fait que reprendre le programme du candidat gagnant. Il est proposé que le président définisse la politique de la nation et le gouvernement la conduise. Le président pourrait s’exprimer devant l’Assemblée Nationale, mais sans que cela ne conduise à un vote. L’ordre du jour de l’Assemblée serait mieux partagé entre le gouvernement et l’Assemblée elle-même. L’usage du 49-3 serait limité aux questions budgétaires. Enfin, une petite dose de proportionnelle pourrait être introduite.

Au final, le point positif est que la grande réforme promise, qui aurait pu bouleverser les équilibres de nos institutions se limite finalement surtout à des ajustements. Le grand soir institutionnel n’aura heureusement pas lieu. Le partage de l’ordre du jour de l’Assemblée est une avancée démocratique intéressante. En revanche, la réforme visant à inscrire dans la Constitution que le président « détermine » la politique de la nation n’est d’aucun intérêt. Dans les faits, il est vrai que le président détermine les grandes lignes de notre politique, mais une telle modification deviendrait extrêmement problématique en cas de cohabitation, ne permettant plus la souplesse que l’écriture actuelle permet. La dose de proportionnelle envisagée est devenue tellement ridicule (20 à 30 sièges) qu’il est difficile de percevoir son intérêt.

La montagne accouche d’une souris un peu difforme. Certaines réformes sont des améliorations, d’autres n’apportent pas grand-chose. Au final, l’attachement des Français à la Cinquième sera sans doute respecté. D’autant plus que devant le peu d’enthousiasme des parlementaires à valider cette réforme, son vote a été repoussé à l’après-municipales, ce qui pourrait finir par être un enterrement… Même Nicolas Sarkozy reconnaît aujourd’hui que s’il n’y a pas consensus, il en tirera les conséquences.

Dominique de Villepin avait bien raison de dire que la France avait d’autres priorités qu’une réforme des institutions, d’autant plus que les Français en sont satisfaits et que la réforme envisagée est finalement plus limitée que prévue. Encore une promesse de campagne qui fait « pschitt » !

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-97135...

http://www.lefigaro.fr/politique/20071026.FIG000000238_le...

26.10.2007

Europe : le déni de démocratie de VGE

Le traité simplifié semble malheureusement devoir être adopté rapidement en France. Pourtant, invité ce matin par Jean-Michel Apathie, Valéry Giscard d’Estaing a eu le mérite de reconnaître la réalité : le nouveau traité qu’on nous propose n’a de « simplifié » que le nom.

Bien sûr, il y a eu quelques progrès (« la concurrence libre et non faussée » n’est plus un objectif de l’Union), mais ce point positif ne saurait cacher la réalité. L’ancien président de la République a reconnu sans hésiter que le nouveau traité, dit simplifié, n’était en réalité que l’ancien traité redécoupé pour pouvoir être inclus dans les anciens textes européens. Et même s’il regrette cette complication inutile, Valéry Giscard d’Estaing affirme que toutes les dispositions institutionnelles sont les mêmes (seul le titre du ministre des affaires étrangères change pour donner l’impression d’avoir pris en compte l’opinion des Français et des Néerlandais). L’essentiel du Traité Constitutionnel Européen que nous avions rejeté est présent dans le nouveau traité.

L’ancien président justifie l’absence de modification par le fait que les Français n’auraient pas répondu à la bonne question le 29 mai 2005. Ils auraient voté contre Jacques Chirac, contre les délocalisations, contre l’élargissement… Bref, les Français (qui ont voté « non ») seraient de sinistres imbéciles qui n’auraient pas compris la question qu’on leur avait posée. Cette mauvaise foi incroyable ne résiste pas à la moindre analyse. Au début de la campagne, plus de 60% des Français étaient favorables au traité. Pendant toute la durée de la campagne, 95% des média ont soutenu assez ouvertement le « oui » et les hommes politiques qui ont soutenu le « non » n’étaient pas de grands leaders nationaux populaires. Pourtant, pendant deux mois, les Français se sont informés : tous les livres sur le traité étaient des best-sellers, les sites internet sur le sujet étaient pris d’assaut. C’est donc pleinement informés que les Français ont fait leur choix.

Mais VGE ne semble pas ému que le refus des Français soit piétiné par le Parlement qui devrait logiquement adopter un traité que les Français avaient refusé. Imagine-t-on un instant que le Parlement revienne sur l’élection du président de la République au suffrage universel après le référendum de 1962 ? C’est ce qui est en train de se passer. Pourtant, la base de la démocratie est le respect du suffrage universel.

La construction européenne n’est plus en train de se construire sans le peuple, elle se construit désormais contre le peuple. Il ne faudra pas s’étonner des conséquences probables de ce viol du vote des citoyens français et néerlandais.

25.10.2007

Une République irréprochable ?

Nicolas Sarkozy nous promettait une « République irréprochable » pendant la campagne présidentielle. Plus le temps passe, et plus on constate qu’il s’agit au contraire de la république des copains. Nouvel exemple avec la proposition de réforme de la loi de financement des partis politiques présentée par les députés du tristement célèbre Nouveau Centre.

Jusqu’à présent, les partis politiques reçoivent un financement s’ils ont présenté un nombre minimum de candidats et qu’une partie d’entre eux a obtenu au moins 1% des voix. Le problème de cette loi est qu’elle exclut le parti fantôme qu’est le Nouveau Centre des bénéficiaires des subsides publiques. Le Nouveau Centre regroupe les anciens UDF qui s’étaient ralliés à Nicolas Sarkozy entre les deux tours des présidentielles et n’avaient pas suivi François Bayrou dans son splendide isolement. Ce parti, monté de toute pièce pour ménager les susceptibilités de ces ralliés, avait eu beaucoup de mal pour trouver les 50 candidats nécessaires à sa reconnaissance, à tel point que plusieurs proches d’Hervé Morin, son président, s’étaient retrouvés candidats aux législatives.

Décidemment coutumier des polémiques de bas étages, le Nouveau Centre a déposé une proposition de loi visant à modifier les règles régissant le financement des partis politiques. Ce financement serait élargi à tous les formations politiques disposant d’au moins 15 élus à l’Assemblée. Pratique, le groupe du Nouveau Centre compte 21 députés : cela laisse même de la marge au cas où ceux qui ont trahi trahissent à nouveau… Il est révoltant qu’un pseudo-parti politique cherche à modifier les règles de financement des partis politiques a posteriori pour en bénéficier alors que la législation actuelle ne le permet pas. Cela démontre une absence totale de déontologie. Mais est-ce vraiment surprenant de la part de sarkozystes de la 21ème heure ?

François Bayrou a eu raison de dénoncer cette proposition d’autant plus choquante qu’elle aurait un effet rétroactif, bien peu compatible avec l’esprit de la loi Française. J’espère que cette proposition indécente sera refusée par l’Assemblée ou censurée par le Conseil Constitutionnel.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/286977.FR.php

24.10.2007

Brèves du jour

Aux Etats-Unis une mère de deux enfants gagnant 36 000 dollars par an a été récemment condamnée par un jury à une amende de plus de 200 000 dollars pour avoir mis en ligne des chansons sur des sites de téléchargement illégaux. Bien sûr, ce n’est pas légal, mais le montant de l’amende est proprement scandaleux dans la mesure où cela va ruiner cette pauvre femme et est sans commune mesure avec l’impact financier de son effraction. L’énormité de ce montant a sans doute plus à voir avec les excès du système judiciaire américain et d’une société où l’argent passe avant tout, même la vie d’une mère de famille.

Une étude de l’OCDE sur le niveau de protection des législations du travail sur les licenciements collectifs donne des résultats extrêmement surprenants. Alors que l’on s’attend à ce que la France soit un des pays où la législation du travail sur les licenciements serait une des (voir la) plus restrictive, c’est tout le contraire. Selon l’OCDE, en 2006, seuls le Japon et la Corée du Sud sont jugés moins restrictifs que nous. Et non seulement, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Grande Bretagne sont jugés plus restrictifs que la France pour les licenciements collectifs, mais également la Chine ! La France n’est pas toujours le pays si protégé qu’on le dit.

D’ailleurs, même si nous souffrons aujourd’hui de grèves dans les transports, il est bon de rappeler qu’il n’y a pas tant de grèves que cela en France. Contrairement à la croyance populaire, il y a nettement plus de jours de grèves par employé aux Etats-Unis qu’en France. Cela ne donne pas raison, loin de là, à des grévistes qui défendent des régimes spéciaux qui n’ont pas de raison d’être pour des emplois à la pénibilité comparable à celle des autres emplois. Il est naturel que l’allongement de la vie nécessite un allongement de la durée des cotisations retraite pour maintenir un niveau acceptable de pensions. Vouloir absolument conserver le niveau de 37 ans et demi est bien peu réaliste alors que tous les ans, nous gagnons quasiment trois mois d’espérance de vie. Il est juste regrettable que les gouvernements Balladur et Raffarin (avec le ministre Fillon) n’aient pas eu le courage d’intégrer les régimes spéciaux dans leurs réformes des retraites et se soient contentés des salariés du privé puis du public hors régimes spéciaux.

Source : The Economist, 13 Octobre

23.10.2007

De la nécessaire régulation de la pagaille néolibérale

La théorie classique soutient sans rire et après plusieurs hypothèses plus irréalistes les unes que les autres, que le marché est seul capable d’optimiser les flux économiques. Pourtant, le passé comme le présent nous montrent les limites d’un système insuffisamment régulé.

Le premier exemple évident aujourd’hui est le mouvement des prix du pétrole et des cours de l’euro par rapport au dollar. Le pétrole approche aujourd’hui les 90 dollars le baril, une multiplication par 6 par rapport au cours d’il y a une demi-douzaine d’années. Bien sûr, la demande mondiale augmente, portée par la croissance de la Chine, mais même les marchés admettent qu’une part de cette hausse vient de la spéculation à la hausse. L’euro, qui cotait moins de un dollar à sa naissance, dépasse aujourd’hui 1,43 dollar, une appréciation de plus de 50% en à peine plus de 5 ans, complètement incompréhensible par rapport aux fondamentaux économiques des deux côtés de l’Atlantique. On pourra toujours soutenir que les déficits américains sont importants, mais cela fait depuis 20 ans que l’Amérique vit à crédit. Les marchés exagèrent les mouvements, avec de graves conséquences pour l’emploi en Europe.

La main invisible du marché a également souvent montré son incapacité à évaluer de manière cohérente les entreprises. Sans revenir sur les krachs de 1929 ou 1987, on peut encore citer l’éclatement de la bulle internet dont l’origine était uniquement une appréciation désastreuse de la valeur d’entreprises liées à Internet. Il en va de même pour les entreprises de télécommunication dont la valeur s’est effondrée après avoir atteint des sommets complètement déconnectés de la réalité. Aujourd’hui, c’est la bourse chinoise qui semble malheureusement dramatiquement surévaluée après avoir quadruplé en valeur en à peine deux ans. La folie du marché, c’est aussi le développement non régulé d’outils de financement d’achat immobilier aux Etats-Unis où les mensualités étaient abaissées au début pour faciliter l’accès au crédit, sans réellement prendre en compte le pouvoir d’achat des ménages ainsi piégés, qui ne pouvaient compter que sur la montée des cours de l’immobilier pour refinancer leur achat.

Dans la série des excès, le Figaro nous conte l’histoire des fonds souverains, des fonds qui devraient devenir de plus en plus présents dans nos pays dans les années à venir. Les immenses excédents financiers des pays qui exportent des matières premières rares (Moyen Orient, Russie…) ou des pays qui exportent beaucoup plus qu’ils n’importent (Chine…) se dirigeaient auparavant sur les bons du trésor, souvent américains. Mais aujourd’hui, leur explosion a conduit les Etats titulaires de ces fonds à investir dans des entreprises (comme la Chine avec Blackstone). Et la surface financière  de ces fonds fait qu’ils peuvent se payer quasiment n’importe quelle entreprise au monde. Quelle serait notre réaction si l’Iran venait à racheter Total ou Exxon par exemple, ou si la Chine voulait racheter Ford ou Renault ? Cette question devra rapidement être étudiée pour pouvoir réagir le cas échéant.

Les théoriciens néolibéraux nous affirment que seul le marché est bon et que la présence de l’Etat doit toujours être réduite. Pourtant un examen simplement superficiel de la réalité montre la folie de la pagaille néolibérale. C’est pourquoi la politique des Etats ne devrait jamais se faire à la corbeille.

Source : The Economist 6 octobre, http://www.lefigaro.fr/economie/20071019.FIG000000239_le_g_preoccupe_par_les_fonds_souverains.html

22.10.2007

Les abus de la présidence

Après une semaine mouvementée pour la présidence, sur laquelle les nuages s’amoncelent, le début de la semaine ne semble pas mieux commencer.

Le décidément très bavard Henri Guaino, parolier du président, s’est fâché tout rouge contre les professeurs qui ont annoncé qu’ils ne liraient pas la lettre de Guy Moquet aujourd’hui dans les lycées. « Attitude purement politicienne et une prise en otage corporatiste et idéologique d’un moment d’émotion collective » a dénoncé le conseiller de l’Elysée. Pourtant, on pourrait bien renvoyer exactement le même argument contre Nicolas Sarkozy. Il est tout de même inédit qu’un président de la République décide ainsi, tel le roi soleil, de la lecture d’un texte à ses bons sujets. Une telle lecture aurait pu être davantage justifiée si elle venait d’une initiative du ministère au sens large. En outre, on peut s’interroger sur les éventuels dangers de la lecture d’un texte sur la mort à des adolescents dont l’une des principales causes de mortalité est le suicide. Mais cette récupération par le président d’un morceau de la résistance à des fins de communication montre à nouveau les limites du sensationnalisme communiquant d’une présidence qui préfère décidemment la forme au fond.

Et hier, pour la première fois de la Cinquième République, le président a décidé de passer directement au siège de l’UMP où tout le monde souligne qu’il est encore le chef. Bien sûr, contrairement à l’esprit de nos institutions, certains présidents ont pu s’impliquer dans la vie de leur ancien parti. Mais, personne n’est allé aussi loin que Nicolas Sarkozy. Et il ne faut pas oublier que même Jacques Chirac n’avait pas gardé le contrôle du RPR, qui avait investi deux présidents qu’il ne souhaitait pas : Philippe Séguin et Michèle Alliot-Marie. En outre, le président tient déjà toutes les semaines une réunion avec les dirigeants de l’UMP : qu’a-t-il besoin de les voir aussi souvent ? Le président de la République est sensé être le président de tous les Français. Nicolas Sarkozy montre ici à nouveau que malgré les débauchages, il n’est le président que d’une fraction.

Par-delà les grands discours rassembleurs, en général bien ciselés par Henri Guaino, la réalité de la présidence Sarkozy, c’est bien une présidence centrée sur elle-même et son camp. Les mercenaires débauchés ne sont que quelques arbres qui ne cacheront pas la forêt très longtemps.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/20071019.WWW000000500_le...

20.10.2007

Traité simplifié : l’Europe contre la démocratie

Hier, un nouveau traité simplifié a été signé. Malgré certaines avancées, il reprend pour beaucoup le Traité Constitutionnel Européen que les électeurs français et néerlandais avaient rejeté en 2005. Les électeurs français devraient pouvoir s’exprimer sur le sujet à nouveau.

Alors, bien sûr, Nicolas Sarkozy avait annoncé la couleur pendant la campagne. Il avait dit qu’il ne ferait pas de référendum sur le nouveau traité. Malgré tout, ce qui a été fait par les Français ne peut être défait que par les Français. Imagine-t-on adopter une nouvelle Constitution par une procédure parlementaire sans recueillir l’avis du peuple Français ? Non, bien sûr. Pourtant, ce nouveau traité est l’équivalent d’un changement de Constitution. Du coup, il est légitime et naturel que les Français puissent s’exprimer sur le sujet, d’autant plus qu’ils avaient rejeté la précédente mouture.

Pour être parfaitement honnête, le nouveau texte présente quelques avancées. La « concurrence libre et non faussée » n’est plus un objectif de l’Union, ce qui est bien la moindre des choses. Le ministre des affaires européennes a vu son titre modifié pour devenir un haut commissaire. Mais comme le souligne fort justement Nicolas Dupont-Aignan, citant Valéry Giscard d’Estaing dans la Revue républicaine : « en termes de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont juste présentées de façon différente. La raison de ceci est que le nouveau texte ne devait pas trop ressembler au traité constitutionnel. Les gouvernements européens se sont ainsi mis d’accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu’elle soit plus facile à avaler ».

Cette position est particulièrement choquante car elle représente un grave déni de démocratie, malheureusement bien coutumier de l’Europe, qui semble vouloir faire du bien aux citoyens des Etats membres contre leur grès. En fait, on peut questionner l’esprit démocratique de la plupart des institutions européennes. La BCE n’admet pas la moindre critique de sa politique monétaire. Le Parlement Européen a la même majorité depuis sa création en 1979 à cause de l’association entre sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens, ce qui en fait un lieu à peine plus ouvert que la Douma russe. Et voilà qu’aujourd’hui, certains politiques veulent passer outre des votes démocratiques par des procédures jugées plus « sûres ».

L’idée européenne est une belle idée et il y a beaucoup de choses que nous pouvons mieux faire entre pays européens que seul (politique agricole, politique industrielle, régulation financière…). Mais cette belle idée est en train d’être travestie par des comportements bien peu démocrates et respectueux des citoyens des pays de l’Union. A trop tirer sur la corde, les dirigeants de l’Union risquent de pousser les peuples européens à rejeter toute idée européenne alors que ce n’est que la construction actuelle qu’on nous propose qu’il faut rejeter.

Et c’est pour cela que je vous invite donc à signer la pétition qui figure sur le site DLR ou à contacter le MRC de Jean-Pierre Chevènement dont vous trouverez un tract paru sur le site gaullisme.fr.

Source : http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article1526

http://www.gaullisme.fr/tract_mrc.htm

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