30.11.2007
Sarkozy fait du Sarkozy
Sur le fond, le président a annoncé quelques mesures, plus ou moins bien ficelées sur le pouvoir d’achat, qui vient de détrôner le chômage du rang de première préoccupation nationale. Au final, malgré une rhétorique bien huilée, c’est beaucoup de bruit pour rien. Il a annoncé l’indexation des loyers sur l’indice des prix plutôt que l’indice du coût de construction, pour limiter l’influence de la hausse du prix des matières premières. Mais cela vient un peu tard car le potentiel de hausse des matières premières est aujourd’hui beaucoup plus limité. Résultat, ce choix pourrait devenir contreproductif si les matières premières finissaient par baisser…
Les autres mesures restent également assez hypothétiques. Même si la possibilité de revenir sur les 35 heures contre une hausse des salaires n’est pas une mauvaise idée, elle nécessitera des négociations très incertaines. Le travail le dimanche n’est pas une mauvaise idée non plus, mais le doublement du salaire risque d’en limiter la portée. Le conditionnement des allègements de charges sociales à des hausses de salaires est d’ors et déjà une usine à gaz qui semble impossible à mettre en place. Enfin, la baisse des prix dans la grande distribution ne semble pas ficelée et dire qu’il faut mieux payer les petits industriels tout en baissant les prix semble assez très incantatoire. Bref, ce n’est pas un train de mesures que nous a présenté le président de la république, mais plutôt un ensemble hétéroclite d’initiatives encore en chantier qui ne sont pas prêtes de changer quoique ce soit à courte échéance.
Le président de la république a aussi commencé à défendre son bilan. Il était assez comique de le voir endosser la responsabilité de la baisse du chômage, commencée sous l’action de Dominique de Villepin, alors qu’il disait il y a quelques semaines qu’il ne serait pleinement responsable de la croissance qu’en 2009. Il a attribué les bons chiffres du chômage à son paquet fiscal alors qu’il a lui-même dit que la loi sur les heures supplémentaires n’était en place que depuis octobre… Il a également soutenu que le « paquet fiscal » n’était pas à destination des plus riches en affirmant que la baisse des droits de succession était destinée aux foyers modestes. Pourtant, cet allègement ne porte que sur les 10% des successions les plus importantes puisqu’avant la réforme, 90% des successions échappaient à l’impôt.
Sur l’université, s’il a justement souligné que son gouvernement s’est engagé à un véritable et bienvenu effort financier pour les universités (1 milliard de plus tous les ans), il n’a pu s’empêcher d’annoncer une mesure gadget : la vente de 3% d’EDF pour financer cet effort. Le lien entre les deux laisse pantois. Son discours de fermeté sur les émeutes de début de semaine était justifié. Il a même accordé un satisfecit à Michèle Alliot-Marie, qui, dans les faits, a réglé le problème avant qu’il revienne de Chine en mobilisant des moyens suffisants pour reprendre le contrôle de la situation. Dans son rôle, elle a fait mieux que le ministre de l’intérieur pour gérer la crise des banlieues de 2005, quand c’étaient Dominique de Villepin et Jacques Chirac qui avaient trouvé la solution à la crise.
Sur la forme, le président reste dans la droite ligne du personnage qu’il s’est inventé. Tout à sa glorification permanente, il a souligné qu’il était joignable 24 heures sur 24 heures et que Michèle Alliot-Marie et François Fillon avaient pu le déranger malgré le décalage horaire. Ridicule et enfantin. Nicolas Sarkozy essaie de se construire l’image d’un président hors du commun (le super-héros dont Franz-Olivier Giesbert avait fort justement dit qu’il avait le complexe) alors qu’il ne fait pas différemment des autres, mais seulement davantage sous les projecteurs. A force de sous-entendus sur l’inaction fantasmée de ses prédécesseurs, il croit pouvoir convaincre les Français que son action est extraordinaire. Il ne faut pas confondre communication et politique. A force de bouger devant les caméras, Nicolas Sarkozy passe sans doute moins de temps sur les dossiers que ne le faisait Jacques Chirac.
Sur la forme, la rhétorique si particulière de Nicolas Sarkozy ne change pas. Sa mécanique implacable qui consiste à prendre des postures pseudo-provocantes mais qu’en réalité l’immense majorité des Français approuvent, peut attirer. Néanmoins, le caractère très mécanique de son discours montre qu’il s’agit d’un artifice de forme, ce qui peut éveiller les soupçons sur le fond. Le doute est renforcé par son habitude de se poser des questions caricaturant ses critiques et d’y répondre dans la foulée. Enfin, son français fait regretter le couple exécutif précédent.
Bref, nous sommes dans la parfaite continuité du candidat Sarkozy : une forme bien huilée qui camoufle un fond bien léger. Le temps passe cependant et les résultats tardent autant qu’ils avaient tardé et tardent toujours sur la sécurité. Les Français ne seront pas dupes.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-98422...
08:45 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.11.2007
Rassemblement pour un référendum
Source : http://www.chevenement.fr/Rassemblement-national-pour-un-...
09:05 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le gouvernement communique
Quelle ne fut pas ma surprise lundi matin quand j’ai entendu à la radio un spot de publicité où un patron d’entreprise expliquait à quel point le dispositif gouvernemental sur les heures supplémentaires étaient bien. Il lui avait permis de faire face à une augmentation de la demande tout en bénéficiant d’exonérations de charges sociales. Hier matin, j’ai eu la chance d’entendre la version où le salarié explique à quel point il est heureux de pouvoir travailler davantage et profiter des exonérations d’impôts. Pour un peu, il dirait presque à quel point il est content de « travailler plus pour gagner plus ». En parallèle, le ministère de la santé nous apprend à la télévision qu’il faut mettre la main devant la bouche quand on éternue et qu’il ne faut pas laisser les enfants ramasser les mouchoirs des autres…
Il est compréhensible que le gouvernement communique sur la sécurité routière pour expliquer aux conducteurs des risques dont ils n’ont pas conscience. Ce genre d’initiative, entre autres, a permis une nette amélioration de la sécurité routière (dix mille vies épargnées sous le mandat de Jacques Chirac). En revanche, on peut légitimement se poser la question de l’intérêt des campagnes actuelles. La campagne télévisée sur les bons gestes pour éviter les rhumes et grippes n’auraient-elles pas pu être faite de manière plus économique. Quand à la campagne sur les heures supplémentaires, elle franchit allégrement les frontières de la propagande politique sans réellement répondre à un quelconque souci de l’intérêt général. Elle devrait être refacturée à l’UMP et aux comptes de campagne du candidat Sarkozy pour 2012 !
Car ce genre de campagne coûte très cher. Une campagne d’un mois en radio ou télévision coûte facilement un million d’euros. Le problème est que plus le temps passe, plus le gouvernement communique de la sorte. Je ne suis pas sûr que ce genre de communication réponde réellement à l’intérêt supérieur de la nation. Ne vaudrait-il pas mieux dépenser cet argent à autre chose ? Il serait bon que la Cour des Comptes se saisisse de ce dossier et informe les Français sur l’augmentation du budget communication du gouvernement et sur ce que cela nous apporte.
Or, ceux qui en profitent réellement sont TF1 (Martin Bouygues), Europe 1 (Arnaud Lagardère)… Le mauvais mélange des genres entre média et politique continue de plus belle sous Nicolas Sarkozy. Est-ce vraiment une surprise ?
08:50 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.11.2007
De la diplomatie sarkozyste
Le candidat Nicolas Sarkozy évitait comme la peste les sujets internationaux et soutenait publiquement (mais pas en privé) son soutien à la position de la France pendant la guerre d’Irak. Mais depuis son élection, il a fait prendre à notre diplomatie son plus important virage depuis cinquante ans. Bien sûr, ses discours aux Etats-Unis comportent les précautions d’usage, mais on peut légitimement s’interroger s’il ne s’agit pas uniquement de gages purement factices. Dans la réalité, Nicolas Sarkozy est le dirigeant occidental qui s’est le plus rapproché d’une administration Bush finissante et décrédibilisée. En outre, il avance de manière masquée sur une éventuelle réintégration de l’OTAN, dont le Général nous avait fait quitter le commandement armé en 1966.
Quand au souci de passer du statut de VRP à celui de pourfendeur des régimes autoritaires, Nicolas Sarkozy n’a pas seulement mis de l’eau dans son vin, il est tout simplement passé à l’eau plate. Dans la réalité, il suit l’exemple de Jacques Chirac en donnant une tonalité commerciale à ses déplacements. Ce choix est parfaitement légitime car les autres pays ne se privent pas de le faire et on ne peut pas dire que la France souffre d’un trop-plein d’activité… Quand au traitement des régimes autoritaires, le président a complètement changé son fusil d’épaule...
A dire vrai, est-il réellement productif de glisser des critiques dans les conférences de presse des voyages dans des pays dirigés par un régime autoritaire ? Cela ne permet-il pas uniquement de se donner bonne conscience à bon compte, sans rien changer ? De bonnes discussions à l’abri des caméras peuvent sans doute faire davantage avancer les choses et en évitant de braquer les dirigeants par des déclarations publiques. Mais de là à oublier le ministre des affaires étrangères et la secrétaire d’état aux droits de l’homme alors qu’il emmène la ministre de la justice en pleine réforme de la carte judiciaire, Nicolas Sarkozy va peut-être un peu loin…
Le seul point positif de la diplomatie sarkozyste est sa capacité à reprendre le costume de VRP taillé par Jacques Chirac. Pour le reste, les premiers mois ne laissent pas augurer de grandes réalisations…
09:00 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.11.2007
Gaullisme et romantisme
Gaullisme et romantisme, l’association ne coule pas de source a priori. Il est clair que le Général ne correspond pas forcément aux canons du héros romantique. Déjà, c’est un général : premier point négatif. Ensuite, son caractère était plutôt perçu comme traditionnel et strict. L’exaltation du romantisme littéraire et sa déconnection avec la réalité semblent également bien éloignés du chef de guerre et du Chef de l’Etat qu’il fut. Et pourtant, on retrouve chez lui une exaltation à propos de la mère-patrie, une capacité à se déconnecter en partie de la réalité quand il incarne la France pendant la seconde guerre mondiale et se montre aussi inflexible qu’il le peut pour défendre les intérêts Français, alors qu’il n’est pas forcément dans une position confortable. La France libre était une aventure extrêmement romantique, mais où le Général a également su ajouter des qualités de meneur d’hommes, de gestionnaire et de visionnaire pour que l’ensemble fonctionne. Mais ces qualités de Chef étaient au service d’un idéal, d’une certaine idée de la France. Il y a du héros romantique chez l’homme qui dirigea la France libre.
Mais c’est également sa vision de la politique que je trouve romantique, surtout par rapport à celle de ses successeurs. Comment ne pas être frappé à la lecture des livres sur le Général par son souci constant de l’intérêt général. Les mesquineries traditionnelles de la vie politique actuelle disparaissent. Car le Général était au service de la France et des Français. Le pouvoir n’était pas une fin en soi. C’est parce que les autres refusaient de l’exercer d’une manière convenable qu’il s’offrait à son pays pour le tirer d’une mauvaise passe. On est bien loin des jeunes loups actuels (les Copé ou Valls) que seule une ambition personnelle dévorante semble animer. Une certaine ambition n’est pas critiquable, du moment qu’elle vise à la réalisation d’un idéal personnel. Le problème est que tous ces jeunes loups semblent plutôt là pour se réaliser que pour réaliser quelque chose.
C’est cette approche purement désintéressée et au service de sa patrie que je trouve tellement romantique par rapport à la majorité des hommes politiques actuels. Ce respect de l’idéal, ce refus de transiger avec des principes auxquels on croit, même s’ils ne sont pas exprimés de la manière exaltée des écrivains romantiques, sont pour moi une forme d’exaltation politique. Tel un chevalier, le Général s'est mis au service de la France en oubliant sa propre personne et les contraintes que pouvaient faire peser sur lui un tel choix. Je suis d'accord pour dire qu’il serait abusif de dire que le romantisme résume à lui seul sa personnalité. En revanche, il en demeure à mes yeux une facette très importante.
Les hommes politiques actuels ont du mal à donner un sens global à ce qu’ils font car le sens de leur action est souvent autocentré. Avoir un idéal est essentiel en politique car cet idéal permet de donner un sens à l’action et donc de transcender les intérêts particuliers et de rassembler autour d’une véritable quête de l’intérêt général. Puisse cette facette essentielle du gaullisme retrouver une réalité.
08:50 Publié dans Gaullisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.11.2007
L’euro contre la croissance et l’emploi
Thomas Enders a le mérite d’être franc et de tordre le cou à l’idée véhiculée par beaucoup de commentateurs que seuls les hommes politiques français se plaignent du niveau de l’euro (ce que fait un peu l’éditorial du Monde en parlant d’Air France). Ici, c’est le patron allemand d’un fleuron industriel européen qui explique que le niveau actuel de l’euro le pousse à des décisions malheureuses. Bien sûr, on pourra toujours souligner qu’Airbus est un fleuron convalescent, une entreprise en difficulté qui doit mettre en place le plan Power 8. Néanmoins, il faut noter que ce plan était jugé suffisant il y a quelques mois et que l’avionneur enregistre un niveau record de commandes cette année, puisque non seulement il bat son record historique, mais il repasse devant Boeing.
Le patron d’Airbus explique clairement dans cet article du Monde que l’appréciation de l’euro va encore avoir des conséquences douloureuses en Europe. Il évoque ainsi une réduction des dépenses de recherche et développement, une revue de tous les coûts et soutient qu’il n’y aura « pas de tabous » pour prendre des mesures drastiques ! La surévaluation de l’euro dépassant aujourd’hui les 30% par rapport au dollar, il n’est pas étonnant que des mesures radicales soient envisagées pour restaurer la compétitivité d’Airbus. Comme toujours, des emplois seront perdus. Si ce n’est chez Airbus, ce sera chez les sous-traitants… Ce suicide assisté de l’industrie européenne a un responsable : la BCE, qui, en refusant d’envisager de baisser les taux alors que la Fed préparerait sa troisième baisse en quelques semaines, propulse l’euro à des niveaux toujours plus délirants par rapport à sa valeur réelle.
Et le patron d’Airbus n’est pas le seul à exprimer ses craintes à l’égard de la valorisation excessive de la monnaie unique. Fait spectaculaire, l’Allemagne, par la double voix d’Angela Merkel et de son ministre des finances ont exprimé également les soucis engendrés par la montée de l’euro. Alors que la classe politique allemande exprimait son dédain à l’égard des positions françaises jusqu’à récemment, l’intervention d’industriels et d’économistes lui ont fait prendre conscience des risques d’une telle surévaluation. Avec un peu de retard, ils ne font que reprendre les arguments des partisans d’une autre Europe qui dénoncent les excès de la politique monétaire conduite par la BCE.
Après 15 ans de croissance molle et de destruction massive d’emplois industriels (tournant de l’an 2000 à part), certains finissent par comprendre les ravages que provoque la politique de la BCE. Il était temps ! Mais comment changer une politique dont les principes ont été gravés dans le marbre du traité de Lisbonne ?
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-981579@...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-981761@...09:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.11.2007
Appel au rassemblement pour un référendum sur le traité dit simplifié !
Nicolas Sarkozy avait promis un mini-traité pendant la campagne, un traité qui prendrait réellement en compte le point de vue exprimé par les Français en mai 2005. Le traité dit simplifié n’a de simplifié que le nom. En fait, il faudrait plutôt parler de traité redécoupé, comme le dit VGE. Ce n’est pas un plan B que le président cherche à faire passer par une voie parlementaire. C’est le plan A mis dans un ordre différent pour essayer de le faire passer pour un plan B. Choisir la voie parlementaire, même pour un mini-traité, était déjà choquant étant donné que le précédent traité avait été refusé par le peuple. Choisir la voie parlementaire pour faire passer quasiment le même traité et défaire ce que les Français avaient fait est un véritable déni de démocratie qui ne peut être acceptable par personne, quel que soit son vote en 2005.
Pourtant, les « non » français et hollandais étaient l’occasion rêvée pour orienter l’Europe dans une direction différente. La construction européenne aujourd’hui, c’est une concentration des pouvoirs toujours plus forte au profit de la technostructure et au dépend des politiques et donc du peuple, c’est une Europe qui ne se soucie que de régulations et d’ouverture de marchés en oubliant que le consommateur doit être employé quelque part pour consommer. C’est une Europe qui créé une coûteuse diplomatie parallèle qui n’a aucun intérêt. En agissant aujourd’hui, nous pouvons réorienter la construction européenne dans une nouvelle direction, construire une Europe où les politiques auraient le pouvoir et en répondraient devant les peuples de leurs pays, une Europe qui investirait pour construire l’industrie du futur, une Europe souple qui permettrait des coopérations étatiques.
Cette réunion publique animée par Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Dupont-Aignan représente un véritable espoir de rassemblement des républicains des deux dérives. Parce que ces deux figures de la vie politique française sont de vrais républicains, de vrais gaullistes, des hommes animés par une vision de la France et armés de principes qui les ont amenés à des ruptures pour respecter leurs idées, parce qu’ils viennent de deux rives différentes de la vie politique française, leur réunion peut tout changer. L’Union des chefs de l’autre politique et de l’autre Europe est le signe que les républicains et gaullistes de toutes les rives doivent surmonter les différences du passé. Elles ne doivent pas cacher le fait que nous partageons l’essentiel : une certaine idée de la politique, de l’homme, de la République et de la France.
Aussi, je renouvelle mon appel à tous pour participer et faire parler de cette réunion du 2 décembre, qui peut être la première étape du rassemblement de la majorité des gaullistes et des républicains. N’hésitez pas à aller sur le site de site de DLR pour signer la pétition pour un référendum.
Source : http://www.gaullisme.fr/reunion_publique_pour_referendum_...
Lien vers la pétition pour un référendum de DLR : http://www.debout-la-republique.fr/
09:50 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.11.2007
Quelle issue pour le conflit ?
Sur le fond, il ne me semble pas anormal que l’on demande aux régimes spéciaux le même effort que les salariés du privé doivent faire depuis 1993 et le reste des salariés du public depuis 2003. Après tout, si la quasi-totalité des Français doit cotiser deux ans et demi de plus, il n’est pas très juste qu’une petite minorité n’ait pas à faire cet effort. Non pas que cette petite minorité soit des privilégiés, loin de là, mais les avantages corporatistes ne me semblent pas compatibles avec l’esprit de notre République. Bien sûr, le niveau des retraites des cheminots n’est pas spécialement élevé mais il ne pourra être maintenu dans un contexte d’allongement de la durée de la vie que s’ils cotisent plus longtemps. Le système de décote leur permet de partir en retraite plus tôt s’ils le souhaitent, mais avec une moindre pension.
On peut regretter en revanche le saucissonnage de cette réforme. Pourquoi n’avoir réformé que le système des salariés du privé en 1993 puis seulement le service public hors régimes spéciaux en 2003 ? Pour être mieux comprise et mieux acceptée, il aurait sans doute mieux valu que cette réforme des retraites concerne l’ensemble des Français. Ainsi, tout le monde aurait pu comprendre que l’allongement de l’espérance de vie rend nécessaire l’augmentation de la durée de cotisation pour maintenir le niveau des pensions. Malheureusement, ce n’est pas la voie choisi par le gouvernement qui a préféré s’attaquer uniquement aux régimes spéciaux alors qu’une réforme plus globale sera amorcée l’an prochain. En les montrant du doigt, il a favorisé leur mobilisation, cherché le conflit. Et plusieurs mesures (paquet fiscal, salaire du président) ont contribué à tendre le climat social.
Pourtant, a priori, l’issue devrait être facile. Si le gouvernement reste ferme sur les 40 années de cotisations, il est beaucoup plus souple sur de nombreux autres aspects de la réforme. Le calcul des pensions reste indexé sur les 6 meilleurs mois, contre les 25 meilleures années dans le privé. Cela permet aux salariés de négocier avec les entreprises des augmentations supplémentaires pour les 6 derniers mois de travail… Le gouvernement négocie également sur les décotes pour départ à la retraite anticipé. Résultat, au lieu de les remettre en cause, Nicolas Sarkozy va plutôt pérenniser les régimes spéciaux (en rabotant une partie de leurs avantages). Les régimes spéciaux resteront aussi spéciaux qu’avant 1993… D’ailleurs, les syndicats semblent assez partants pour négocier avec un gouvernement dont ils savent qu’ils pourront obtenir beaucoup sur le fond. Seule la base semble résister.
Au final, ce conflit devrait accoucher d’une souris : une réformette des régimes spéciaux qui maintient leur spécificité par rapport au régime général. Nul doute que les corporatismes auront bien noté la flexibilité du gouvernement sur le fond, ce qui devrait engendrer de nouvelles revendications…
10:10 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21.11.2007
Les dérives du système financier, suite mais pas fin…
L’évaluation de Goldman Sachs multiplie par cinq la précédente évaluation de la Deutsche Bank. Cette somme faramineuse (plus que le PIB de l’Italie toute entière) s’explique par la méthode de calcul : la banque américaine estime que 200 milliards seraient perdus par les banques et que chaque perte d’un dollar sur un crédit entraîne une réduction de dix dollars de la production de crédit. Par conséquent, la perte réelle ne serait « que » de 200 milliards mais l’économie mondiale pourrait assister à une forte restriction du crédit qui pourrait pénaliser fortement la croissance en limitant à la fois les investissements des entreprises et la consommation des ménages.
La première conclusion de cette affaire est de constater que les disfonctionnements que les libéraux sont si prompts à affubler à l’Etat n’épargnent pas vraiment le marché. Bien au contraire, les disfonctionnements majeurs du marché semblent s’accélérer. Après l’explosion de la bulle internet qui avait vu les marchés si parfaits accorder des valeurs délirantes à des entreprises qui n’en avaient pas ou peu, c’est au tour de la bulle immobilière d’éclater. Les responsables sont les entreprises de crédit qui avaient mis au point des systèmes gagés sur la valeur des maisons achetées pour baisser les mensualités en pariant sur la poursuite d’une hausse dont il était prévisible qu’elle prenne fin un jour. Le problème est que l’éclatement des bulles spéculatives réduit la croissance et peut faire du mal à l’économie réelle.
La nécessité d’ajustement est aujourd’hui au moins aussi grande pour le marché tel qu’il fonctionne que pour les Etats ou les citoyens. Les économistes libéraux nous serinent sur la nécessaire adaptation des politiques publiques et sur la flexibilité que devraient accepter l’ensemble des salariés. Ils devraient également un peu se pencher sur les disfonctionnements d’un système financier actuel qui ne fonctionne pas toujours mieux que la moins efficace des administrations. Mais à une meilleure régulation, ils préfèrent toujours demander plus de liberté. Cette liberté peut créer de la valeur, mais non seulement elle en créé pour une petite minorité mais elle provoque des excès qui peuvent avoir de fâcheuses conséquences sur l’économie réelle.
Bien sûr, les disfonctionnements des administrations doivent être corrigés. Néanmoins, il serait intéressant d’entendre de temps en temps quelqu’un parler des ajustements qui devraient être apportés au système actuel pour éviter des dérapages comme la crise immobilière actuelle. Des volontaires ?
Source : http://www.lefigaro.fr/societes-etrangeres/2007/11/19/040...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-980255@...
09:40 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.11.2007
L’Europe contre les citoyens
Que reste-t-il du projet européen ? A l’origine, c’était un magnifique projet qui visait à assurer la paix entre des peuples qui s’étaient trop souvent combattus, un projet qui a permis aux pays européens de développer des activités (sidérurgie, agriculture) que des pays seuls pouvaient plus difficilement moderniser. L’Europe a également permis aux pays de la Méditerranée et à l’Irlande de se développer et de rattraper le retard économique qu’ils avaient il y a trente ans. Paix, progrès économique, solidarité : l’Europe a beaucoup apporté aux citoyens des pays qui la composent en assurant l’autosuffisance alimentaire et le développement de l’industrie sidérurgique.
Pourtant, peu à peu le malaise grandit. L’Europe se désintéresse des réalisations concrètes à tel point qu’Airbus et Ariane ont été le fruit de coopérations intergouvernementales sans la moindre intervention de Bruxelles. Alors que tant de grands enjeux industriels émergent (énergie propre, futur de l’automobile et de l’aviation…) et pourraient créer des emplois dont le continent a besoin, les instances européennes refusent toute politique industrielle pour ne pas « fausser la concurrence ». Bruxelles est plus dogmatiquement ultralibéral que les Etats-Unis ou les pays d’Asie, qui n’hésitent pas à intervenir largement pour soutenir leur industrie. L’Europe préfère légiférer pour permettre l’utilisation de n’importe quelle graisse dans le chocolat, permettre l’utilisation d’OGM dans les produits bio…
Pire, la construction européenne se rapproche de plus en plus d’une forme d’autocratie « éclairée » d’élites « qui savent » (par opposition à des citoyens qui n’auraient pas eu l’intelligence de comprendre l’intérêt de la Constitution). L’Europe s’éloigne de plus en plus des principes démocratiques. Le « parlement » européen a ainsi la même majorité (sociaux-démocrates et démocrates chrétiens) depuis sa naissance, quelque soit le résultat des élections. La construction européenne a également permis une concentration inégalée de pouvoir dans la main d’une technostructure indépendante des politiques et donc du peuple (BCE, Commission). Cette post-démocratie demande même aux pays de revenir sur des votes démocratiques (Danemark pour Maastricht, France et Hollande pour le TCE).
Il y a pourtant tellement de choses utiles que l’Europe pourrait nous permettre de mieux faire. Une véritable politique industrielle européenne pourrait renforcer la présence de notre continent sur les nouvelles technologies et assurer une meilleure place (et donc davantage d’emplois) à nos industriels dans les énergies renouvelables, les biotechnologies… L’Europe est aussi le cadre naturel pour permettre une meilleure régulation des dérives du néo-libéralisme (taxe Tobin…) ou pour répondre aux enjeux du développement durable.
Il est tant de remettre l’Europe dans la bonne direction. L’adoption du traité dit simplifié ne ferait qu’amplifier des dérives existantes. S’opposer à ce traité, ce n’est pas s’opposer à l’Europe, c’est s’opposer à un déni de démocratie et chercher à remettre l’Europe dans la bonne direction, celle qu’elle n’aurait jamais du quitter : le service des citoyens.
Lien vers la pétition pour un référendum de DLR : http://www.debout-la-republique.fr/
09:05 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



