31.01.2008

Et si les républicains gardaient la Maison Blanche ?

Si le duel Clinton-Obama reste toujours aussi ouvert avant le « Super Tuesday » de la semaine prochaine, les résultats de la Floride ont permis de singulièrement clarifier les primaires côté républicains.

Car ces résultats ont définitivement scellé le duel entre John McCain et Mitt Romney pour la candidature républicaine et écarter les autres prétendants. Rudy Giuliani, qui avait choisi de faire l’impasse sur les premiers Etats pour se concentrer sur le « Sunshine State », n’avait pas choisi la bonne tactique. Il a été balayé malgré un lourd investissement personnel et financier. Il a du coup abandonné la course à l’investiture. Mick Huckabee, lui, n’a pas réussi à confirmer son bon résultat de l’Iowa et semble désormais hors course. En fait, la victoire stratégique de John McCain en Floride pourrait bien le propulser vers l’investiture de son parti. Sa position est d’autant plus forte qu’il a obtenu le soutien de Rudy Giuliani, ce qui pourrait être crucial dans l’Etat de New York, puis celui d’Arnold Schwartzenegger, le très populaire gouverneur de Californie.

L’autre grande force de John McCain auprès de l’électorat républicain est qu’il apparaît comme le meilleur pour battre les démocrates en novembre. Autant Mitt Romney s’est replié sur la droite conservatrice et religieuse pour chercher à s’imposer dans les primaires, limitant ses chances de victoire finale, autant John McCain plaît aux électeurs indépendants, qui font et défont les élections. John McCain a de nombreux atouts dans sa manche. Ce héros du Vietnam, prisonnier et torturé, est connu pour sa franchise, sa droiture et sa capacité à faire avancer les dossiers, y compris avec les démocrates. Et s’il soutient la guerre en Irak, il a pris position publiquement contre la pratique de la torture dans les prisons américaines et fait passer une loi dénonçant les excès de l’administration Bush à Guantanamo Bay. Il a été l’un des premiers élus républicains à se prononcer pour un contrôle des émissions de CO² et œuvré pour une réforme du mode de financement de la vie politique. Il a également cherché à réformer les lois sur l’immigration en soutenant une proposition de loi avec le sénateur démocrate Ted Kennedy.

Mais outre ce parcours législatif très riche, John McCain est connu pour son caractère franc et entier. Contrairement à Hillary Clinton, dont les prises de position semblent parfaitement polies en fonction de l’opinion des Américains, le sénateur de l’Arizona dit ce qu’il pense, même quand cela prend l’opinion à rebrousse-poil. Cette franchise a créé un capital de sympathie d’autant plus important qu’il n’a jamais été très proche de l’aile religieuse de son parti. Résultat, pour les démocrates, John McCain serait un compétiteur redoutable. Face à lui, Hillary Clinton ne peut plus jouer la carte de la compétence et ses prises de position tellement étudiées apparaîtront comme un calcul. En outre, le phénomène de rejet qu’elle provoque au sein de la droite américaine assurera à McCain la mobilisation de son camp tout en attirant toujours les indépendants. Barack Obama, lui, risque clairement d’apparaître comme un peu léger.

Alors que tout le monde se focalise sur le duel Clinton-Obama, si les républicains choisissent John McCain mardi prochain, le résultat le plus important de ces primaires pourrait passer sous silence : que les républicains ont pris une option sérieuse pour rester à la Maison Blanche.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

29.01.2008

La fracture sociale allemande

La société allemande est une société de consensus. A tel point que par loi, les syndicats de salariés sont représentés dans les conseils d’administration des entreprises. Après dix années d’effort pour assurer la compétitivité de l’économie allemande, le climat social allemand devient plus lourd.

Après la courte euphorie qui a suivi la réunification, l’économie allemande s’est réveillé avec la gueule de bois. Le pays, longtemps le modèle de la rigueur économique, a sombré dans les déficits. Même l’inflation a dérapé ! Pire, l’arrivée de l’euro se profilait comme une véritable menace pour l’économie allemande puisque les coûts salariaux étaient alors plus de 20% supérieurs à ceux des autres pays européens. Résultat, un véritable consensus social s’est crée pour améliorer la compétitivité de l’économie nationale : le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder a assoupli le droit du travail et les syndicats de salariés ont fait preuve d’une grande modération qui a permis au coût du travail de rester stable depuis presque 10 ans et de réduire l’écart de coût entre l’Allemagne et les autres pays européens.

Résultat : presque dix ans après, l’Allemagne a retrouvé sa compétitivité économique et engrange des excédents commerciaux records. Beaucoup de commentateurs glosent sur ce « miracle allemand » pour vanter la libéralisation du marché du travail. Cette vision est superficielle. Cette modération salariale a permis d’améliorer la compétitivité des exportateurs allemands mais l’énormité de l’excédent commercial allemand vient également du décalage de croissance entre l’Allemagne et ses partenaires commerciaux des dernières années. La demande a simplement moins progressé en Allemagne qu’ailleurs puisque le pouvoir d’achat des allemands n’a pas progressé.

Mais surtout, ces réformes ont abîmé le climat social. Comme le montre bien l’article du Monde, la société allemande était très égalitaire. Les réformes libérales ont conduit à une forte augmentation des inégalités puisque les bas salaires ont perdu du pouvoir d’achat alors que les plus aisés ont vu leurs revenus fortement augmenter. Ce vaste mouvement inégalitaire est comparable à ce qu’ont vécu les sociétés anglaises et américaines. Mais ce mouvement ne se passe pas sans tension chez nos voisins d’outre-Rhin. Les cheminots allemands, après une grève, ont obtenu une hausse de 11% de leur traitement. Et les réactions de la classe politique allemande illustrent les nouveaux soucis des Allemands puisque Angela Merkel, pourtant de droite, se permet de tenir des propos qui ne choqueraient pas dans la bouche d’Olivier Besancenot en évoquant un plafonnement de la rémunération des patrons.

Le problème est que dans la bouche de certains, la modernisation de l’économie passe par un appauvrissement, ou au mieux une stagnation du pouvoir d’achat des classes populaires. Cette vision de l’esprit, où l’homme ne serait qu’une variable d’ajustement au service d’une économie abstraite est le contraire du progrès économique. La solution ne sera pas non plus dans l’augmentation de l’imposition pour augmenter la redistribution, car cela risquerait de décourager l’initiative. La solution passe sans doute davantage dans une réforme en profondeur de la fiscalité et des échanges commerciaux pour que la modernité économique ne rime pas avec un appauvrissement des classes populaires.

La situation allemande est-elle une petite crise passagère ou le prélude à des mouvements plus durs ? L’évolution actuelle du capitalisme, qui augmente toujours plus les inégalités, laisse malheureusement présager de nouveaux soubresauts.

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/01/24/allemagne...

28.01.2008

Le couple infernal de la vie politique française

Sarkozy-Bruni ? Non, c’est plutôt de Sarkozy-Royal que je veux parler. La semaine dernière a été malheureusement un nouvel exemple de la « pipolisation » détestable que ce duo infernal fait prendre à notre vie politique.

Et le vainqueur de la semaine est bien Ségolène Royal. Alors que les critiques fusent sur l’exposition par Nicolas Sarkozy de sa vie privée, l’ancienne candidate socialiste persiste dans cette voie, tellement plus confortable que le travail des dossiers et le développement de propositions. La présidente de la région Poitou-Charentes s’est ainsi épanchée dans l’émission de Michel Drucker sur sa relation avec François Hollande : « c’est vrai qu’être trompée, et quand ça dure pendant une période comme celle-là, c’est extrêmement difficile ». Mais la candidate affirme qu’elle s’est remise de cette séparation : « j’ai assumé, je suis libérée de ça, je n’ai aucune rancœur, aucune rancune. Mes enfants sont debout, je suis debout, François est debout ».

L’ancienne ministre qui avait posé avec ses dossiers à la maternité poursuit dans l’utilisation de sa vie privée à des fins politiques. Elle persiste même à utiliser ses enfants. Les raisons de cette intervention sont simples : il s’agit d’une parabole de son parcours politique. Elle se présente comme une victime de la méchanceté des hommes (son compagnon, les journalistes, les leaders du parti socialiste…) pour leur rejeter la responsabilité de ses échecs. Mais dans le même temps, elle montre son caractère en montrant qu’elle s’en est remise et qu’elle avance. En saupoudrant le tout d’un peu de guimauve bon marché (« l’épaule » sur laquelle elle devra pouvoir s’appuyer pour son prochain combat électoral de son dernier livre), la probable candidate du parti socialiste en 2012 pense avoir trouvé la formule gagnante.

Pourtant, elle ne fait que céder aux mêmes travers que Nicolas Sarkozy. Et le prix à payer n’est pas négligeable. Beaucoup de commentaires sur la visite d’Etat du président français en Inde ont porté sur les rumeurs de visite de sa compagne, Carla Bruni. Pour la première fois, un journaliste de Points de Vue a été accrédité pour un voyage officiel du Chef de l’Etat. L’utilisation de sa vie privée peut être tentante pour essayer de faire rêver les Français ou occuper l’espace médiatique. Mais cette dérive finit par se payer cash, que ce soit par les libertés que cela donne aux journalistes pour traiter des aspects auparavant préservés de la vie privée des politiques, ou, phénomène nouveau, par des mouvements de rejet dans l’opinion.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont réduit la politique à une sorte de Star Academy politique où tout est bon pour essayer d’attirer l’attention des téléspectateurs politiques. Ils devraient pourtant savoir que ce sont bien des citoyens qui votent le jour J et que les citoyens veulent un Chef d’Etat et pas une énième star de pacotille.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/01/28/01002-2008012...

25.01.2008

Les pas de deux du président

« Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis ». Voilà une phrase que le président de la République répète souvent. Pourtant, comme il vient de le faire sur les 35 heures ou sur la « nationalisation » des municipales, Nicolas Sarkozy fait souvent le contraire de ce qu’il dit. Retour sur quelques promesses oubliées.

Et depuis le début de l’année, c’est à un véritable festival de reniements que nous assistons. Celui qui voulait être le « président du pouvoir d’achat » a fini par dire pendant sa conférence de presse de rentrée que la question du pouvoir d’achat était absurde parce que les caisses sont vides. Toujours lors de cette conférence, il a affirmé vouloir la suppression des 35 heures avant de revenir dessus le lendemain. Et cette semaine, après avoir clamé partout que les municipales avaient une dimension nationale et qu’il voulait les politiser, il a également changé de position. Alors qu’il disait le 8 janvier qu’il s’engagerait « parce que le concept même d’élection dépolitisée est absurde », il a affirmé deux semaines après qu’il « n’avait pas à (se) mêler des élections municipales ».

Mais ces trois exemples ne sont que la face émergée de l’iceberg. Très récemment encore, le groupe de travail qui planchait sur le contrat de travail unique a abouti à la création… d’un nouveau contrat. Là encore, le président fait le contraire du candidat en complexifiant encore notre droit du travail au lieu de le simplifier, de manière à ménager syndicats patronaux et de salariés. Le président a préféré avaler le chapeau du candidat plutôt que de fâcher ses interlocuteurs, quitte à ne faire qu’une réformette. On peut verser au dossier la parité homme-femme au gouvernement, qui n’est pas conforme à l’engagement du candidat qui avait promis un 50/50. Enfin, comment ne pas penser aux déclarations tonitruantes du candidat qui dénonçait la politique internationale trop accommodante avec les régimes autoritaires de son prédécesseur pour finalement aller encore plus loin avec le pitoyable voyage de Kadhafi à Paris.

Bizarrement, ces reniements ne se retournent pas trop encore contre le président. Il faut dire que la communication du gouvernement le prémunit d’une analyse en profondeur en enchaînant les annonces et les séquences avec un rythme si effréné qu’on ne peut s’arrêter sur rien. Le principe d’une annonce au moins par jour ne permet pas de se poser comme il était possible de le faire auparavant. Et puis, pour être honnête, certaines promesses ont été tenues (notamment le « paquet fiscal » et la « rupture », sur le style en tout cas). Malgré tout, le show permanent de la présidence ne lui a pas permis de prolonger très longtemps son état de grâce. L’écran de fumée n’a pas permis de camoufler l’écart entre les difficultés des Français auxquelles le président a fini par s’affirmer sans réponse et son style de vie.

Plus que dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit, Nicolas Sarkozy fait ce qu’il a envie de faire, quitte à se contredire, tout en soutenant qu’il n’a pas changé d’opinion. Malheureusement pour lui, cela commence à se voir…

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-10024...

24.01.2008

Europe : le psychopathe et l’empêcheur de tourner en rond

D’un côté, Jean-Claude Trichet, le Don Quichotte de la politique monétaire, qui refuse de baisser les taux contrairement à son homologue de la Fed, au risque de plonger l’économie mondiale dans une crise financière encore plus profonde. De l’autre, Nicolas Dupont-Aignan qui publie aujourd’hui un livre contre le traité de Lisbonne. Deux visions de la construction européenne.

Alors que mardi, le président de la Fed a évité de justesse un krach des bourses mondiales en baissant de trois quarts de point les taux de la banque centrale américaine, limitant grandement les pertes du marché, hier, Jean-Claude Trichet a laissé entendre qu’il ne baisserait pas les taux pour « ancrer solidement les anticipations d’inflation afin d’éviter davantage de volatilité sur les marchés ». La BCE fait encore une erreur de jugement, comme le montre la baisse massive des bourses européennes qui a suivie.

La banque centrale européenne ne semble pas comprendre que le léger sursaut d’inflation (3% en Europe pour un objectif de 2%) n’est que conjoncturel. Les prix de l’énergie ne pourront pas doubler tous les ans, comme le prix des céréales. C’est bien ce qu’a compris Ben Bernanke, président de la Fed. Certes, l’inflation aux Etats-Unis atteint 4,1% en 2007 mais en excluant les éléments les plus volatiles (énergie, alimentaire), l’inflation a baissé de 2.6 à 2.4% aux Etats-Unis, signe qu’il n’y a pas d’augmentation structurelle de l’inflation, mais seulement une hausse conjoncturelle. Les acteurs économiques n’ont pas changé leur comportement. Et de toutes les façons, la récession à venir aura un effet dépressif sur les prix. Nous voilà donc dans la situation absurde où l’Europe, avec un point d’inflation de moins que les Etats-Unis, a pourtant des taux d’intérêt supérieurs (4% au lieu de 3,5%). Il ne faudra pas s’étonner si l’Europe met du temps à sortir de la récession, comme d’habitude depuis 15 ans.

Il y a heureusement une alternative à cette politique désastreuse. Nicolas Dupont-Aignan sort aujourd’hui un livre, « Le coup d’état simplifié » dont vous trouverez des extraits publiés par Marianne 2 sur le lien ci-dessous. La négociation d’un nouveau traité était pourtant l’occasion rêvée d’améliorer les choses et de remettre les peuples d’Europe au cœur du projet européen. Il faut construire l’Europe pour les hommes au lieu de forcer les hommes à s’adapter à un projet européen aujourd’hui abstrait et uniquement tourné vers une efficience économique qui ne peut pas être une fin en soi, surtout quand elle prend l’homme pour une variable d’ajustement.

Au docteur Trichet dont la seule médecine est la saignée (des emplois, de l’industrie européenne…), il existe pourtant une alternative. Nicolas Dupont-Aignan prend vaillamment la suite de Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin dans un combat, non pas contre l’Europe, mais pour une autre Europe, une Europe tournée vers l’homme.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-1002531...

Nicolas Dupont-Aignan, « Le coup d’état simplifié », Editions du Rocher http://www.gaullisme.fr/nda_170108.htm

23.01.2008

Des primaires bien peu recommandables

Alors que les électeurs voteront en Caroline du Sud samedi puis en Floride lundi, le ton monte entre les deux principaux candidats démocrates. Côté républicain, la campagne est plus que jamais ouverte entre les deux vainqueurs du week-end, McCain et Romney, alors que Rudy Giuliani prépare son entrée en scène.

Malgré sa seconde place lors de la première primaire, John Edwards semble aujourd’hui complètement marginalisé. Hillary Clinton a ainsi obtenu 51% des voix au Nevada et Barack Obama 45%. Cette nouvelle victoire de la sénatrice de New York la replace dans la position de favorite pour l’investiture démocrate. En revanche, il est difficile de ne pas être désolé par le niveau actuel de la campagne, qui vire aux procès d’intention et aux mises en cause personnelles, ce qui ne laisse plus vraiment de place au véritable débat d’idées, dont les Etats-Unis auraient pourtant bien besoin.

La vidéo mise sur le site du Figaro est à ce titre particulièrement édifiante. Elle fait suite à de nombreuses polémiques provenant des entourages des deux candidats. Hillary Clinton a souligné que c’est un président blanc, Johnson, qui avait fait le plus avancer concrètement la cause des noirs aux Etats-Unis, plus que Martin Luther-King. Cette déclaration, sans doute volontairement polémique, a provoqué de vives réactions du camp Obama. Ce dernier a également attaqué la candidate auprès de la communauté hispanique de manière assez agressive. Certains journalistes affirment que la déclaration de la sénatrice de New York était parfaitement maîtrisée et qu’elle avait pour objectif de recréer des frontières raciales dans les électorats, quitte à sacrifier l’électorat noir au profit de l’électorat hispanique… Bref, de la grande politique…

Les échanges du débat Clinton-Obama sont du même niveau avec des insinuations assez ridicules d’Hillary Clinton sur la proximité entre son adversaire et Ronald Reagan. Mais Barack Obama ne répond pas de manière plus intelligente en soulignant qu’Hillary Clinton, quand elle était avocate d’affaires, avait siégé au conseil d’administration de Wal-Mart (entreprise peu populaire aux Etats-Unis car synonyme d’importations de Chine et d’absence de couverture sociale) dans les années 80. Ce concours de boules puantes est assez désolant mais malheureusement commun dans les campagnes américaines.

Côté républicain, la course reste très ouverte. Le gagnant de la première primaire, Mick Huckabee n’a pas réussi à transformer l’essai marqué en Iowa et ce sont Mitt Romney et John McCain, avec leurs nouvelles victoires, qui s’imposent comme les favoris de la course à l’investiture républicaine. Rudy Giuliani va entrer dans le combat en Floride le 29 janvier et jouera gros sur cet état. Soit il gagne, ce qui le replace dans la course à l’investiture et valide sa stratégie d’oublier les premiers Etats, soit il perd, et là, son avenir sera très compromis si Romney ou McCain gagne car les primaires républicaines risquent alors d’apparaître comme un duel entre les deux.

Bien sûr, la campagne présidentielle française n’a pas été plus satisfaisante mais le niveau atteint par les débats américains semble encore plus bas que chez nous. La politique mérite mieux que le cirque de ces campagnes ou de certaines présidences.

Source : http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/01...

22.01.2008

Krach, récession et… conséquences ?

Pour la majorité de l’élite politico-économico-médiatique, le mal est dans la régulation, l’Etat, la solidarité. Il faudrait enlever toutes les barrières au développement économique. Il faut s’adapter. D’ailleurs, il faudrait baisser le niveau du SMIC qui est trop élevé… En revanche, tous ces libéraux sont moins bavards sur les disfonctionnements actuels du marché et les solutions pour y remédier.

Car la crise actuelle est bien la conséquence d’un manque de régulation et d’excès du marché des prêts immobiliers aux Etats-Unis. La violence de la crise financière actuelle (et des excès passés, comme pour la « bulle internet ») montre les limites du tout libéral. L’Etat ne peut pas tout, n’a pas toujours raison, peut peser sur l’économie bien sûr. Mais les disfonctionnements du marché ne sont-ils pas encore plus grands ? Il y a à peine sept ans, les investisseurs finissaient pas découvrir que des entreprises qui faisaient quelques millions de chiffre d’affaires et des pertes ne valaient pas les milliards de leur cours de bourse et plongeaient l’économie mondiale dans la récession. Aujourd’hui, les excès du marché immobilier américain plongent l’économie américaine dans la récession et risque d’y entraîner l’économie mondiale.

Non, l’intérêt général ne peut être confié à des mains, qui si elles sont invisibles, n’en sont pas moins extrêmement malhabiles. La « main invisible » du marché a besoin d’être guidée, d’avoir un tuteur pour ne pas faire n’importe quoi. Le plus triste dans cette affaire est que les excès du petit monde de la finance peuvent plonger l’économie réelle dans la récession, poussant au chômage des personnes qui n’avaient absolument aucune responsabilité dans la crise actuelle. Comme le souligne le papier du Monde, les responsables de la crise actuelle traverseront cette crise sans douleur, tant le niveau des bonus les met à l’abri de tout. En revanche, les employés et ouvriers qui seront licenciés pour améliorer les résultats des entreprises subiront la crise de plein fouet.

Les disfonctionnements actuels du marché protègent les responsables et créent des victimes collatérales. Cet état de fait n’est pas acceptable. S’il n’est pas question de refuser le système capitaliste, ses excès caractérisés des dix dernières années appellent une meilleure régulation. La première conséquence doit être un meilleur encadrement des organismes de crédit. Est-il normal qu’ils puissent faire de la publicité ? Est-il normal qu’ils puissent proposer des taux proches de l’usure ? Est-il normal qu’ils puissent proposer des emprunts qui absorbent 80% des ressources d’un ménage ? Et puisque le marché ne sait pas être raisonnable, c’est à l’Etat de lui mettre un corset plus contraignant. On peut également se poser la question d’une taxation (limitée) de toutes les transactions financières. Une telle taxe pénaliserait la spéculation (investissement à court terme) par rapport à l’investissement (investissement long terme). Cela produirait un ralentissement des flux financiers qui limiterait sans doute les excès.

L’une des leçons de cette crise est sans doute l’absence de leçons tirées par les adorateurs du marché qui semblent incapables de voir les limites du système actuel. La crise actuelle, qui en est peut-être uniquement à ses débuts, doit sonner le réveil.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/305389....

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-1001808...

21.01.2008

La rupture religieuse

Ayant déclaré la question du pouvoir d’achat « absurde » puisque les caisses sont vides, Nicolas Sarkozy cherche à faire oublier la première préoccupation des Français en lançant des rideaux de fumée. D’où les polémiques récentes sur ces propos sur les religions. Une victime au passage : notre idée de la République.

Les propos du président de la République marquent une rupture avec plus d’un siècle de tradition laïque. Il a ainsi déclaré que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie ». Il est parfaitement normal qu’un président de la république ait des convictions religieuses ou qu’il participe à des cérémonies religieuses, comme le faisaient le Général de Gaulle ou Jacques Chirac. Mais il est complètement inédit qu’un président indique de la sorte qu’il juge supérieur l’enseignement religieux à l’enseignement laïc. La laïcité à la Française, c’est le respect de toutes les convictions religieuses, y compris l’athéisme.

Comment ne pas être choqué devant les excès de langage du président quand il déclare à Latran que « comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, religieux, spirituel de son histoire commet un crime ». Le terme « crime » implique un jugement moral trop fort pour ne pas représenter en partie une remise en cause de notre héritage républicain laïc. En outre, il est tout de même particulièrement choquant de valoriser le rôle de la religion dans la structuration d’une société en Arabie Saoudite, une des sociétés les plus rétrogrades du monde. Il faut rappeler que les femmes violées peuvent se faire fouetter si elles dénoncent leurs agresseurs, que les voleurs se font couper la main… Dans son souci de valoriser les religions, le chef de l’Etat accorde un blanc seing aux extrémistes.

En fait, nous étions prévenus. Dans son livre publié en 2004, « la République, les religions, l’espérance », Nicolas Sarkozy avait écrit que « la vie spirituelle constitue généralement le support d’engagements humains et philosophiques que la République ne peut pas offrir, elle qui ignore le bien ou le mal ». Il y a bien une hiérarchie entre la République et les religions pour le président, mais ce n’est pas la hiérarchie à laquelle notre République est habituée. En cela, Nicolas Sarkozy s’inspire clairement des pratiques américaines de la droite la plus conservatrice. Mais le développement de ce discours est assez malhonnête dans la mesure où le candidat avait complètement oublié ces discours pendant la campagne pour prendre un ton très républicain sous l’impulsion d’Henri Guaino.

Le discours de Nicolas Sarkozy n’est pas simplement choquant sur le fond, par la hiérarchie qu’il dresse entre les religions et la République qui ignorerait « le bien et le mal ». Il est également profondément choquant par le lieu où il l’a tenu, l’Arabie Saoudite, qui montre justement tous les excès que l’accointance entre la religion et l’Etat peut créer. Voilà une bien triste rupture avec notre tradition républicaine.

Source : Marianne, http://www.liberation.fr/actualite/societe/304213.FR.php

17.01.2008

Euro surévalué et emplois : le cas Airbus

Alors que son concurrent Boeing annonce pour la troisième fois un retard pour la commercialisation de son nouvel avion, comme pour l’A380, le président d’Airbus vient d’annoncer la possible ouverture d’une usine américaine. Merci l’euro !

Bien sûr, on peut souligner comme Bernard Valette, secrétaire général du syndicat des cadres CFE-CGC Aéronautique – Espace – Défense, que cette possible implantation s’impose pour gagner de nouveaux marchés. Après tout, Airbus ouvrira également une usine en Chine l’an prochain, sans doute un atout important dans la guerre planétaire que se livrent les deux géants de l’aviation sur ce marché stratégique. Mais ce raisonnement est un peu simple. Après tout, pourquoi Boeing ne construit pas d’usine en dehors des Etats-Unis ? Pourquoi ont-ils pu et peuvent-ils toujours vendre en Europe sans produire d’avions sur place ? La réalité est qu’il n’est pas forcément nécessaire de produire sur place pour vendre à un pays.

La réalité est que les Etats-Unis se soucient du niveau de leur monnaie et souhaitent préserver la compétitivité de leurs industriels alors que la BCE n’en a rien à faire et ne prend pas en compte ses questions dans sa politique monétaire. Dès lors, les entreprises concernées peuvent anticiper que structurellement, l’euro sera surévalué par rapport au dollar ou aux monnaies asiatiques (le terme « fort » est employé ici pour flatter l’ego des Européens et camoufler la réalité). Ainsi, il devient structurellement dangereux de produire en Europe puisque la surévaluation de l’euro réduit les marges à l’exportation et favorise les importations, dont les coûts sont minorés. C’est bien pour cela qu’Airbus, et pas Boeing, est contraint de fabriquer en dehors de son pays alors que son concurrent yankee continue confortablement à produire à domicile. C’est autant de perte d’emplois pour le vieux continent et la France en particulier.

Nicolas Sarkozy a souvent eu l’occasion de critiquer cet état de fait. En arrivant au pouvoir le 6 mai, il avait toutes les cartes en main : le bon constat et un pouvoir de négociation du fait du « non » de la France au Traité Constitutionnel Européen en 2005. La négociation d’un nouveau traité pouvait être conditionnée à une remise à plat de la gestion de l’euro, que ce soit par un changement des statuts de la BCE pour y inclure d’autres objectifs (comme pour la Fed) ou un changement plus profond de la gouvernance monétaire. Pourtant, il n’a absolument rien fait, tout en poursuivant paradoxalement ses critiques sur la politique de la BCE, qu’il peut ainsi désigner comme bouc-émissaire, alors que sa responsabilité est doublement engagée (par son « oui » à Maastricht et par sa négociation du traité dit simplifié).

Ainsi, alors que tous les pays cherchent à défendre leur industrie nationale, l’Europe offre son marché à toutes les entreprises en donnant un handicap à celles qui produisent chez elle ! Pas étonnant que le chômage soit un mal européen et que l’économie européenne soit anémiée.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-999830@...

16.01.2008

Du poids de la France dans le monde et en Europe

L’air est connu : la France est en déclin. Depuis des siècles, les déclinologues dénoncent les mille maux de notre pays. Sans en sous-estimer certaines faiblesses, quelques chiffres contredisent le portrait dramatique que peignent les Nicolas Baverez ou Eric Le Boucher.

Première nouvelle : la France a repassé le Royaume Uni comme 5ème puissance économique mondiale, derrière les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne et la Chine. Ce changement n’est malheureusement pas la conséquence d’une croissance accélérée de notre économie mais s’explique par la force de l’euro… Néanmoins, il ne faut pas oublier que si nos voisins d’outre-manche nous avaient dépassé en 1999, cela était également la conséquence de mouvements monétaires. Nous reprenons donc la seconde place en termes de poids économique sur le vieux continent.

Même si notre croissance reste faiblarde et que notre économie souffre de certains disfonctionnements, cela reste extrêmement appréciable. Après tout, les pays qui nous devancent souffrent également de forts déséquilibres. Les Etats-Unis ont des déficits extérieurs proportionnellement largement supérieurs aux nôtres et un endettement abyssal. La Chine reste pauvre une fois sa richesse ramenée au nombre d’habitants. Le Japon est proportionnellement deux fois plus endetté que nous et ce pays, comme l’Allemagne, va vivre un krach démographique qui pourra remettre en cause sa puissance économique.

Car la deuxième nouvelle positive est la croissance démographique de notre pays, qui compte désormais 63,8 millions d’habitants. Notre pays reste un cas démographique unique sur le continent puisque les générations continuent de se remplacer, au contraire de nos voisins européens. Il y a eu plus de huit cent mille naissances en 2007 et notre pays gagne plus de trois cent mille habitants par an grâce à sa natalité, quand les soldes naturels de l’Allemagne et de l’Italie ont depuis longtemps basculé dans le rouge. Le taux de fécondité était certes passé sous les 2 enfants par femme, mais cela était dû au fait que les femmes font des enfants plus tard. Une fois ce décalage stabilisé, le taux de fécondité remonte et dans les faits, même la génération née en 1960 a déjà eu plus de 2 enfants.

Et ce mouvement n’est pas prêt de s’arrêter pour deux raisons. La première tient au modèle familial dominant de ces pays. La famille « modèle » en France compte deux enfants (40% des cas). 20% des familles comptent 3 enfants, 20% 1 seul, 10% 4 et plus et 10% sont sans enfant. Le modèle familial de nos amis transalpins et d’outre-Rhin est plutôt la famille avec un seul enfant. Le krach démographique du reste de l’Europe continental devrait en plus s’amplifier dans les années à venir puisque ce sont les générations beaucoup moins nombreuses nées depuis la crise qui sont en âge aujourd’hui d’avoir des enfants.

Résultat, alors que les projections récentes indiquent que la France devrait compter 75 millions d’habitants en 2050, les prévisions pour nos voisins sont très différentes. L’Allemagne devrait passer de 82 à 64 millions, l’Italie d’un peu moins de 60 à 40 et le Royaume Uni devrait conserver une population légèrement supérieure à 60 millions d’habitants. En outre, la pyramide des âges de ces pays sera complètement déséquilibrée, contrairement à la France. Résultat, l’économie française pourra compter sur le dynamisme de notre démographie pour les années à venir, une démographie qui nous placera à terme à la place de premier pays d’Europe pour la population.

Bien sûr, ce n’est pas tout d’avoir une population plus importante. Il faut également que l’économie soit dynamique. Mais, au global, le dynamisme économique est souvent lié au dynamisme démographique. La France a tous les atouts pour devenir la première puissance du vieux continent dans les prochaines décennies.

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-855861@...

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