29.02.2008
Popularité de papier
Le couple exécutif connaît un décalage inédit dans les sondages. Alors que leur côte était en général corrélée, hormis sous la cohabitation, le décrochage de Nicolas Sarkozy est concomitant à une remontée de son Premier Ministre. Quel est le sens de ce décalage ?
L’UMP se rassure en soulignant que la côte de popularité largement positive de François Fillon signifie que les Français approuvent la politique du gouvernement, mais désapprouvent seulement le style Sarkozy. Cette explication est un peu facile car le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy est le gouvernement. C’est lui qui effectue quasiment toutes les annonces, et quand ce n’est pas lui, les membres de son cabinet s’en chargent. L’autonomie des ministres et du premier d’entre eux est bien limitée. S’il est chef du gouvernement en titre, François Fillon n’est que le coordinateur des impulsions décrétées à l’Elysée. En cela, il n’est pas possible que le jugement sur Nicolas Sarkozy épargne la politique gouvernementale. À ce titre, la déception à l’égard du pouvoir d’achat affecte l’ensemble de l’exécutif.
Il y a une double raison à l’apparente popularité de François Fillon : son style et son absence. Il est aujourd’hui acquis que le style du président (langage direct, surexposition médiatique de sa vie public et privée…) est une des raisons de son impopularité. Or, il se trouve que le style du premier ministre est quasiment l’exact opposé de celui du président. Autant Nicolas Sarkozy est un leader avec du caractère et qui aime les caméras, autant François Fillon apparaît comme réservé, modéré et fuyant presque toute exposition médiatique. En outre, la stratégie présidentielle de communication journalière a focalisé l’attention sur l’Elysée à tel point que Matignon est extrêmement peu exposé. Finalement, c’est le président qui protège son premier ministre ! François Fillon est à peine présent. Tant son effacement médiatique que son style effacé expliquent ses bons sondages.
Il est clair pour tout le monde que le responsable de l’action gouvernementale n’est pas François Fillon, mais bien Nicolas Sarkozy, qui phagocyte tout. Pourquoi critiquer le lampiste qui ne fait qu’essayer de mettre en musique les « intuitions » désordonnées et peu préparées de son chef ? Pourquoi critiquer celui qui vit dans l’ombre d’un chef qui n’accepte pas de partager la moindre lumière ? Ce n’est pas François Fillon qui est populaire, c’est son rôle sans réelle responsabilité mais difficile qui peut difficilement être impopulaire. Le caractère difficile du chef et l’empiètement permanent de ses responsabilités peuvent même créer une forme de sympathie pour un homme politique dont tout le monde comprend qu’il a une place difficile.
Les bons sondages de François Fillon ne sont que le corollaire des mauvais sondages de Nicolas Sarkozy, tant son style est l’opposé de celui de son chef. Mais je ne crois pas que les Français approuvent quoique ce soit. En fait, ils peuvent difficilement critiquer son rôle de coordinateur quasi muet et sans réelle responsabilité, qui ne fait qu’essuyer les plâtres des tempêtes déclenchées par son patron.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/02/27/01002-20080227ARTFIG00576-seul-un-tiers-des-francais-soutient-nicolas-sarkozy.php
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28.02.2008
Les raisons d’une chute
Tribune intéressante de Jérôme Jaffré dans le Monde sur les raisons de l’impopularité de Nicolas Sarkozy. Cette chute du président dans l’opinion depuis novembre est d’autant plus spectaculaire qu’ell n’est pas intervenue suite à un seul événement comme les grèves de 1995 ou le CPE mais à une conjonction de phénomènes.
Jérôme Jaffré a complètement raison de souligner qu’il y a un décalage majeur entre la représentation traditionnelle du Chef de l’Etat et la pratique de l’élu du 6 mai. Oui, selon la tradition française, le Chef de l’Etat est un arbitre rassembleur qui se consacre à l’essentiel. Et il est clair que sur ces trois dimensions, Nicolas Sarkozy est en décalage. Ce n’est pas un arbitre puisqu’il est en permanence dans l’annonce, au point que ce sont les ministres ou les commissions qui font le tri dans ses propositions (comme pour la mémoire de la Shoah). Ce n’est clairement pas un rassembleur puisqu’il continue à diriger de facto l’UMP et que sa pratique du pouvoir consiste à diviser pour mieux régner. Enfin, son obsession de la communication journalière ne lui permet pas de se consacrer à l’essentiel puisqu’il lui faut trouver une annonce par jour, d’où des digressions parfaitement inutiles, comme le débat sur la place de la religion, comme le souligne justement Dominique de Villepin.
Néanmoins, cette tribune oublie des éléments importants, y compris sur le style. Après tout, Nicolas Sarkozy avait promis de donner un style différent à la présidence. Mais la « rupture » de style a dépassé ce que les Français pouvaient accepter. Nicolas Sarkozy a perdu la hauteur de la fonction présidentielle. De tout temps, les présidents ont eu à affronter des audiences hostiles qui les insultaient. Mais jamais ils ne se permettaient de répondre. Les dérapages de Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture et face aux marins pêcheurs montrent un président assez vulgaire, bien éloigné de la réserve de la fonction. Et cette réserve s’appliquait également à la vie privée, que ces prédécesseurs ne mettaient pas en avant. Nicolas Sarkozy avait pourtant annoncé dans Témoignages qu’il avait retenu la leçon. Pourtant, que ce soit lors de son investiture ou depuis le début de sa relation avec Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s’affiche devant les caméras. Ce comportement de starlette n’est pas apprécié par des Français qui souhaiteraient quand même que leur président se comporte différemment des stars de la télé-réalité…
D’autres éléments expliquent sa chute dans l’opinion. Le 6 mai, les Français avaient également élu le candidat qui leur semblait le plus compétent, le plus solide. Il est clair que les approximations et autres erreurs de Ségolène Royal avaient pesé lourd dans la balance. Le débat du second tour donnait de sérieux doutes sur les capacités de la candidate socialiste à exercer la fonction suprême. Et si Nicolas Sarkozy n’avait pas brillé, il n’avait pas fait d’erreur fondamentale. Or les Français découvrent depuis quelques mois que la communication et la forme l’emportent sur le fond. Le président se permet de faire des annonces sans la moindre préparation (les « intuitions », selon Xavier Darcos). Le devoir de mémoire ou la suppression de la publicité dans le service public ont ainsi été annoncés sans la moindre concertation. Du coup, la première idée a fini par être enterrée hier et la seconde est toujours en réflexion. Sur le pouvoir d’achat, les discours se succèdent sans la moindre cohérence (du « président du pouvoir d’achat » à la reconnaissance qu’il ne peut pas distribuer un argent qu’il n’a pas en passant par le « coup de poing » de cette semaine).
Cette confusion et ce manque de professionnalisme s’ajoutent à une déception de fond sur les promesses de campagne. Bien sûr, comme Nicolas Sarkozy a beaucoup promis, il peut continuer à mettre en avant les promesses qu’il a tenues (baisse de l’impôt sur les successions, bouclier fiscal, exonération des intérêts d’emprunt, exonération des charges sur les heures supplémentaires), mais certaines ne le sont pas. Nicolas Sarkozy avait promis un « choc de confiance » qui augmenterait la croissance et une défense du pouvoir d’achat. Sur ces dossiers, c’est plutôt le contraire qui s’est passé, avec une baisse de la croissance et une perte accélérée de pouvoir d’achat. Résultat, il donne l’impression de ne pas traiter l’essentiel, qui ne semble pas avoir plus d’importance à ses yeux que des sujets comme la réforme de la laïcité, qui sont parfaitement accessoires.
La chute de Nicolas Sarkozy dans l’opinion est brutale. Pourtant, l’opposition n’est pas vraiment au mieux et on ne peut pas dire que Ségolène Royal ou François Bayrou représentent des alternatives incontestables. Quelle aurait été sa chute s’il avait eu une opposition plus solide en face ?
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/27/pourquoi-sarkozy-n-est-plus-populaire-par-jerome-jaffre_1016179_3232.html
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27.02.2008
De mauvaises réponses à une bonne question
Il est évident que voir des récidivistes libérés de prison effectuer des actes horribles est choquant. Mais même s’il faut faire passer le sort des victimes avant celui des coupables, la loi Dati n’apporte pas forcément les bonnes solutions.
Sur le fond, plusieurs aspects sont choquants. Tout d’abord, la possibilité d’allonger indéfiniment une peine sans procès est en elle-même choquante. La justice dans une démocratie suppose un procès juste et équitable. Même les coupables de crimes contre l’humanité ont eu droit dans le passé à de vrais procès. Bien sûr, certains violeurs récidivent, plusieurs fois parfois, mais ne faut-il pas se poser plutôt la question de la durée des peines fixées par notre code pénal plutôt que de créer un dispositif parallèle, qui fleure bon Guantanamo Bay, pour ne pas dire plus ? Ensuite, la volonté d’imposer une loi rétroactive est choquante, d’autant plus que le président a essayé de faire passer par la cour de cassation ce que le conseil constitutionnel a refusé. Une société a besoin de lois pour fonctionner. On ne peut pas ignorer à ce point les principes fondamentaux de notre droit quand on est en charge de l’Etat.
Même si on ne peut pas rejeter le souci légitime de traiter ces questions, et surtout éviter de nouveaux drames, il est malheureusement difficile de ne pas voir un souci de communication dans l’élaboration de la loi Dati. En effet, comme pour la déduction des intérêts d’emprunts immobiliers, tout le monde savait que la rétroactivité des mesures ne serait pas acceptée par le Conseil Constitutionnel puisqu’il s’agit d’une disposition légale. On peut donc soupçonner une gesticulation électoraliste destinée à remobiliser une opinion de plus en plus hostile au président. En effet, la posture présidentielle est bien sûr populaire puisqu’il s’agit d’être plus dur contre les coupables de crimes horribles et que ces mesures visent à protéger d’innocentes victimes.
Mais le souci de justice ne peut pas tout permettre dans une démocratie et un Etat de droit. Cela ne signifie pas qu’il faille protéger la barbarie plus que les victimes. Cela signifie qu’il faut inscrire les mesures dans le cadre existant. Et des mesures pourraient être prises. La récidive des délinquants sexuels pourrait être découragée et empêchée par une disposition légale qui statuerait que toute récidive d’un crime sexuel serait condamnée à perpétuité réelle, protégeant définitivement la société des criminels récidivistes. Beaucoup de peines de prison ne sont souvent effectuées qu’en partie : tout doute sur la volonté de non récidive devrait être sanctionné par une impossibilité d’écourter la peine encourue. Enfin, Pascal Clément rappelle que des propositions avaient été effectuées et qui pourraient être mises en place.
S’il est juste de vouloir épargner à la société des récidives criminelles forcément choquantes, les réponses à apporter n’imposent pas forcément de passer outre le cadre législatif actuel. Malheureusement, l’équipe Sarkozy préfère les polémiques faciles pour s’attirer les faveurs de l’opinion…
Source : http://www.liberation.fr/actualite/societe/312233.FR.php
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/26/la-loi-sur-la-retention-de-surete-a-ete-promulguee_1015673_823448.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/26/pour-l-ancien-garde-des-sceaux-pascal-clement-ump-la-retention-de-surete-est-limite-sur-le-plan-philosophique_1016062_823448.html#ens_id=996649
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24.02.2008
Quand Edouard Balladur se rapproche de l’appel de Marianne
L’appel de l’hebdomadaire Marianne a déclenché une véritable tempête médiatique, bien surprenante à l’égard d’un texte suffisamment modéré pour être signé par Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique de Villepin. Curieusement, Edouard Balladur, loin de le dénoncer, le reprend en partie dans une tribune au Monde.
Si l’appel de Marianne est clairement un carton jaune à l’égard de Nicolas Sarkozy, il ne s’agit pas d’un carton rouge. Jamais l’hebdomadaire ne parle de République en danger, contrairement à ce qui disent les défenseurs du président. Oubliant la moindre outrance, il ne parle que de « vigilance républicaine ». Même la critique du pouvoir personnel se fait en des termes tempérés en parlant du « refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective ». Il faut noter l’emploi de « dérive vers » et de « confinant », qui montrent que ce jugement n’est pas systématique. Pourtant, Roger Karouchi n’a pas hésité à assimiler cet appel au traitement des juifs par la presse d’extrême-droite. Beaucoup ont également dénoncé un « déni de démocratie » et Yves Jego y voit même un « procès stalinien » !
L’hystérie coordonnée de ces réponses montre deux choses. Tout d’abord, que l’entourage du président essaie d’instrumentaliser cet appel pour se faire passer pour une victime de la presse. Deuxièmement, ce refus absolu du débat d’idées montre bien que Marianne a tapé juste, sur les bons sujets, qui préoccupent même la droite. Car seule la caricature extrême à laquelle se livre François Fillon et l’UMP permet d’éviter tout débat sur les quatre dossiers sur lesquels l’appel prend position. Pourtant, chaque jour arrivent de nouveaux évènements qui justifient plus encore cette vigilance républicaine. Les propos d’Emmanuelle Mignon montre à nouveau une dérive dans l’exercice du pouvoir par l’Elysée et une acceptation à demi-mot révoltante de certaines sectes. La remise en cause d’une décision du Conseil Constitutionnel par le président est également un événement grave, malheureusement banalisé par le déluge médiatique orchestré par Nicolas Sarkozy.
La tribune au Monde d’Edouard Balladur est particulièrement instructive à un tel moment dans la mesure où l’ancien premier ministre et ancien mentor du président actuel, loin de dénoncer cet appel, apporte de l’eau à son moulin. Car si le candidat à l’élection présidentielle de 1995 soutient clairement le locataire de l’Elysée, il laisse poindre beaucoup de critiques que ne renierait pas Dominique de Villepin. Il soutient qu’il faut « adapter la méthode et le rythme » en demandant une meilleure solidarité gouvernementale, la fin des interventions des conseillers de l’Elysée qui ne sont pas élus et questionne la nécessité de créer un événement par jour. Il demande plus de concertation, plus de sobriété et des choix clairs. Il est difficile de ne pas en déduire qu’il pense que Nicolas Sarkozy n’est pas suffisamment sobre, décide sans réelle concertation (comme le montrent les annonces sur la Shoah ou la fin de la publicité sur le service public) et un manque de lisibilité de l’action gouvernementale.
Alors que certains essaient de tailler en pièce l’appel de Marianne, Edouard Balladur apporte de l’eau au moulin de Jean-François Kahn. Un événement suffisamment surprenant pour le souligner.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/22/2008-annee-decisive-par-edouard-balladur_1014533_3232.html
16:56 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.02.2008
L’improvisation et la communication au pouvoir
Hier, l’annonce du jour de Nicolas Sarkozy était la création d’un « fonds national de la réindustrialisation » sur l’ancien site Metaleurop. Même s’il est heureux que l’Etat se soucie des menaces sur l’emploi industriel, il est difficile de ne pas y voir autre chose qu’un nouveau coup de communication.
Ce qui tient de politique à Nicolas Sarkozy est un enchaînement de séquences de communication. Tous les jours , le président fait une annonce ou un discours. Hier, c’était la séquence défense de l’industrie, aujourd’hui, ce sera le gaullisme et demain, l’agriculture. Cette communication de tous les jours a deux objectifs. Le premier est de donner l’impression d’un président énergique qui travaille pour les Français puisque omniprésent. Le deuxième objectif est de maîtriser l’agenda médiatique. En communiquant tous les jours, Nicolas Sarkozy fait tourner l’actualité autour de lui et ce renouvellement permanent a l’avantage d’effacer dès le lendemain les erreurs de la veille, sauf quand elles sont aussi énormes que l’association des élèves du CM2 aux enfants victimes de la Shoah.
Le problème de cette suractivité médiatique est double. Tout d’abord, Nicolas Sarkozy ne traite pas vraiment les dossiers à fond. Ils lancent souvent des idées qui ne sont que les effets de manche d’un discours, sans la moindre réflexion. Le cas du devoir de mémoire de la Shoah est particulièrement édifiant. Alors qu’il faisait ce discours au CRIF en présence de Simone Veil, présidente de son comité de soutien en 2007, il n’a même pas pris le temps de discuter de son idée avec elle avant de l’avancer. Il en va de même pour la suppression de la publicité sur le service public. Rien n’avait été préparé. Nicolas Sarkozy ne fait que remplir son agenda médiatique sans réellement se soucier du fond des dossiers.
Et dans le cas présent, son annonce d’hier est de la même veine. Pourquoi aurions-nous besoin d’un « fonds national de la réindustrialisation » alors qu’il existe déjà la Caisse des Dépôts et des Consignations, dont les moyens sont considérables et dont le président a justement rappelé lors de sa conférence de presse de rentrée qu’elle était un bras financier de l’Etat ? Mais le problème pour le président est sans doute que l’annonce de la création d’un nouveau comité ou d’une nouvelle structure donne une plus grande impression d’action. Malheureusement, cette pratique complexifie une structure étatique qui a plutôt besoin de simplification et de focalisation. Le président ne pourrait-il pas demander de temps en temps au ministre de tutelle de réfléchir aux sujets qu’il donne volontiers à de nouveaux comités ?
Comme toujours avec Nicolas Sarkozy, on peut soupçonner que la forme importe plus que le fond. Qu’importe la substance, pourvu qu’il puisse occuper les médias et faire une annonce à même de satisfaire son auditoire. Tout le reste semble accessoire.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/02/21/nicolas-sarkozy-souhaite-la-creation-d-un-fonds-national-de-la-reindustrialisation_1014269_3234.html#ens_id=1013981
15:26 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.02.2008
La revanche des Etats républicains sur les paradis fiscaux
La semaine dernière, un immense scandale fiscal a éclaté en Allemagne avec la révélation d’une évasion fiscale au Liechtenstein de plusieurs centaines de personnalités qui aurait coûté plus de six milliards d’euros au fisc. Le combat entre les Etats républicains et les paradis fiscaux prend un nouveau virage.
Il faut dire que l’Etat allemand n’y est pas allé par quatre chemins pour identifier cette fuite fiscale massive. Libération révèle ainsi que les services secrets allemands n’ont pas hésité à acquérir pour plus de 4 millions d’euros un fichier bancaire volé par un ancien employé du principal institut bancaire de la principauté. Ce moyen d’action vient battre en brèche le secret auquel sont habituées les personnes qui déplacent des fonds dans les paradis fiscaux. Cela pourrait bien faire fuir les fortunes installées dans le micro Etat, qui pourraient redouter d’autres révélations.
Cet événement pose la question de l’existence des paradis fiscaux et de leur traitement par les grands Etats républicains. En Europe, la Suisse, le Luxembourg, Andorre, Monaco attirent de plus en plus de grandes fortunes. Il faut dire que le contexte économique des vingt dernières années (explosion des hauts revenus, libéralisation des mouvements financiers) favorise leur développement. Les hauts revenus et grandes fortunes, malgré la baisse très sensible des taux d’imposition, sont de plus en plus attirés par la clémence fiscale de ces Etats. La France a connu son lot de polémiques récemment avec la brève installation de Johnny en Suisse puis celle de Tsonga.
On pourrait adopter une attitude de laisser-faire à l’égard de ces exilés fiscaux. Pourtant, une telle attitude est dangereuse. Les hauts revenus et grandes fortunes, comme les entreprises, sont extrêmement mobiles et peuvent donc faire jouer la concurrence pour abaisser leur contribution à la collectivité. C’était le raisonnement qui a poussé à l’adoption du bouclier fiscal par exemple. Mais où cela va-t-il s’arrêter ? Ne risque-t-on pas un jour de finalement moins taxer en pourcentage les plus riches afin de les conserver sur le territoire national ? Cette déconstruction de la solidarité collective nationale est en marche. Il faut l’arrêter.
La seule solution est une attitude beaucoup plus ferme des grands Etats à l’égard des paradis fiscaux, qui, telles des sangsues, siphonnent les ressources fiscales. Heureusement, l’Allemagne vient de montrer la voie.
Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/311072.FR.php
10:47 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.02.2008
Appels et excès
L’appel « pour une vigilance républicaine » lancé par Marianne n’a pas plu à l’Elysée et à l’UMP. Une charge ferme a été orchestrée par les ministres pour le dénoncer en le caricaturant de manière ridicule. Retour sur une initiative bienvenue.
La stratégie de défense a été bien coordonnée. Valérie Pecresse sur Canal Plus hier ou Xavier Darcos ce matin sur RTL ont dénoncé « les moutons qui crient au loup ». Ils ont présenté les signataires en caricaturant outrageusement l’appel comme un appel de défense à une République en danger. La manœuvre est habile mais ne résiste pas à son examen, qui, loin des outrances que suggèrent les ministres, est posé et responsable. Le choix du titre de l’appel donne le ton. Marianne a lancé un appel « pour une vigilance républicaine ». Il ne s’agit pas d’un appel pour « sauver la République en danger » que peigne les ministres pour couper court à tout débat. Dans la réalité, cet appel entend réaffirmer un certain nombre de convictions et de valeurs essentielles à notre République, que le président remet en cause.
Cet appel affirme « l’attachement au principe républicain et, en conséquence, le refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective ». Cette critique en creux de la pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy peut pourtant être soutenue par les dérives observées depuis plusieurs mois. On peut citer l’omniprésence du président, qui efface son premier ministre et son gouvernement ou le fait inédit que les conseillers de l’Elysée ne cessent d’intervenir dans les média alors que 50 années de tradition républicaine non partisane avait exigé leur silence. L’appel réaffirme également « l’attachement aux fondamentaux d’une laïcité ferme et tolérante ». Ceci tombe à pic à un moment où le président affirme sa volonté de réformer la loi de 1905 sur la séparation entre l’Etat et l’Eglise, affirme la supériorité des prêtres sur les instituteurs et glorifie le rôle de la religion en Arabie Saoudite… Qui est le plus excessif ?
L’appel affirme également « l’attachement à l’indépendance de la presse et au pluralisme de l’information ». Un rappel bien nécessaire quand Nicolas Sarkozy lui-même annonce aux journalistes des Echos l’arrivée de Nicolas Beytout ou qu’il déstabilise le service public en annonçant la suppression d’une partie importante de ses ressources sans avoir préparer la moindre alternative sérieuse. Enfin, l’appel affirme « l’attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, (notre) politique étrangère… ». Cet attachement à la politique du Général de Gaulle devrait pourtant plaire à celui qui était allé à Colombey entre les deux tours… Bref, par-delà la surprise de voir un même texte signé par François Bayrou, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement ou Noël Mamère, le fond et la forme de cet appel font preuve d’une exigence républicaine digne, sérieuse et qui a le mérite de porter le débat sur de véritables questions de fond.
Cet appel, modéré et responsable, vaut bien mieux que les excès dont l’accusent les ministres à la botte du président. S’il y a un excès choquant qui a été commis ces derniers jours, c’est bien celui consistant à utiliser le drame de la Shoah sans la moindre consultation ou préparation, ce qui marque un certain mépris pour ce drame de l’histoire de l’humanité.
10:41 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.02.2008
De l’utilisation du drame de la Shoah à des fins politiques
Tel Zeus descendu de l’Olympe, Nicolas Sarkozy a annoncé que les élèves de CM2 seraient associés à un enfant victime des persécutions nazies. Si cette annonce a permis de faire oublier les cafouillages de Neuilly, elle montre la légèreté du président, critiqué par Simone Veil.
Presque tout dans cette affaire est choquant. La façon de procéder pour commencer : Nicolas Sarkozy semble avoir préparer un coup sans concertation alors qu’il s’agit d’un sujet grave. Ne pas prendre de recul pour une telle annonce est proprement sidérant. Le choix d’élèves du CM2 est incroyable car les enfants sont beaucoup trop jeunes à cet âge et manquent du recul suffisant pour saisir toutes les implications d’une telle association. Le lycée, au plus tôt, pourrait être adapté à une telle association, qui demande une certaine maturité intellectuelle et un minimum de recul historique.
On peut également critiquer le principe même de cette association. Qu’allons-nous faire demain après Guy Moquet et les enfants juifs victimes des persécutions nazies ? Pourquoi ne pas honorer la mémoire des personnes tombées au front, la mémoire des victimes de la colonisation… ? Même s’il est plus que souhaitable d’entretenir la mémoire de telles atrocités, ce que font déjà les programmes scolaires, on peut s’interroger sur la pertinence d’ajouter une distinction spécifique qui peut également provoquer des effets pervers. Il est heureux qu’une personnalité comme Simone Veil ait dénoncé une telle proposition pour bien montrer son côté démagogique. Et s’il ne faut pas oublier le passé, il faut savoir regarder vers l’avenir pour construire un meilleur futur. C’est exactement ce qu’avait fait le Général de Gaulle en signant le pacte franco-allemand moins de vingt ans après la fin de la guerre.
Car cette annonce du président de la République n’est que pure démagogie. Utiliser le drame de la Shoah pour remplir le plan de communication de l’Elysée est révoltant et montre à quel point Nicolas Sarkozy prend à la légère ce drame. Comment pourrait-il proposer que des élèves de CM2 soient exposés à une telle association s’il avait un tant soit peu consulter des enseignants ou des pédopsychiatres ? Cette polémique est d’autant plus malheureuse que les mesures annoncées par le gouvernement sur l’éducation sont pertinentes. L’effort fait au primaire est une bonne idée car c’est à ce moment que les bases doivent être acquises. La focalisation sur le français et les mathématiques tout en donnant des heures de soutien vont également dans la bonne direction.
En traitant avec autant de légèreté la question de la Shoah, au mépris de l’avis des experts de l’enfance, Nicolas Sarkozy montre que loin de respecter ce drame, il ne le considère pas sérieusement. Il n’est décidemment pas à sa place à l’Elysée.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/15/memoire-de-la-shoah-m-de-villepin-s-etonne-m-hollande-approuve_1011823_823448.html#ens_id=861150
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/15/le-projet-de-parrainage-d-enfants-de-la-shoah-conteste-par-stephanie-le-bars_1011787_823448.html#ens_id=861150
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/15/shoah-simone-veil-juge-insoutenable-la-proposition-de-nicolas-sarkozy_1012067_823448.html#ens_id=861150
11:53 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.02.2008
La chienlit au pouvoir
Depuis quelques semaines, avec la baisse des sondages du président, le plus désuni de nos grands partis est devenu l’UMP, ce qui n’est pas peu dire quand on pense à la situation du Parti Socialiste…
Les raisons de cette chienlit sont malheureusement simples. Avant 2002, « un ministre, ça fermait sa gueule ou ça démissionnait » comme le disait Jean-Pierre Chevènement, qui avait mis en pratique cette adage à trois reprises. La solidarité gouvernementale avait encore un sens. Bien sûr, il pouvait y avoir des tiraillements avec la majorité, mais en général, l’esprit de groupe prédominait. Tout a changé en 2002 avec l’attitude de Nicolas Sarkozy, non sanctionnée par Jacques Chirac ou Jean-Pierre Raffarin. Très peu de temps après son installation place Beauvau, le nouveau ministre de l’intérieur avait pris des libertés inédites en commençant sa campagne pour 2007, ne s’interdisant aucune déclaration, aucun sujet, et n’hésitant pas à critiquer en creux le chef de l’Etat ou le premier ministre.
Nicolas Sarkozy a créé un précédent malheureux. Pendant 5 ans, il n'a pas hésité à parler d'une « rupture », qui concernait également le gouvernement auquel il participait. Le paradoxe qui consiste à se positionner en opposition avec un gouvernement dont il était une des principales figures avait pour seul objectif d’éviter le destin habituel des sortants : la défaite. Mais ce comportement bien peu républicain, qui n’aurait pas dû être accepté par l’Elysée et Matignon, a malheureusement créé un précédent d’autant plus fort que son créateur a gagné la présidentielle, devenant de facto l’exemple à suivre pour tous les ambitieux de son camp.
Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons des libertés que prennent les membres de l’UMP avec la solidarité gouvernementale ou majoritaire. Chacun joue sa carte, au service de son ambition personnelle, au mépris du groupe, suivant l’exemple du gagnant de mai 2007. C’est pour cela que les ministres n’hésitent pas à se savonner la planche, même quand ils travaillent ensemble comme Christine Boutin déniant l’intérêt d’un plan banlieue sur lequel sa secrétaire d’Etat travaillait. C’est pour cela que les députés s’en prennent à Claude Guéant ou à Jacques Attali. D’où également la pagaille monstrueuse qui règne à Neuilly, où la liste UMP du porte-parole de l’Elysée est auto dissoute pour voir une liste divers droite investie alors que les membres du parti majoritaire s’apprêtent à monter une liste dissidente. Les critiques inter-UMP sont devenues au moins aussi violentes qu’entre socialistes, ce qui n’est pas peu dire.
Quand la politique n’était que service du bien commun et des citoyens, la solidarité gouvernementale et majoritaire allaient de soit. Après avoir été réduite à l’assouvissement d’ambitions purement personnelles, ce sont les intérêts de chacun qui priment sur tout. Et par gros temps, cela aboutit à la chienlit au pouvoir.
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13.02.2008
Vers un final McCain-Obama
Alors que John McCain semble se diriger tranquillement vers la nomination de son parti avec ses trois nouvelles victoires d’hier, malgré l’opposition des plus conservateurs, les derniers caucus démocrates donnent incontestablement un avantage à Barack Obama dans son duel avec Hillary Clinton.
Le duel démocrate s’était soldé par un match nul lors du « Super Tuesday » qui avait vu Barack Obama gagner davantage d’Etats alors qu’Hillary Clinton gagnait les Etats les plus peuplés, lui permettant de conserver la tête dans le décompte des délégués. Mais samedi et hier, le sénateur de l’Illinois a raflé tous les Etats en jeu, souvent avec une très forte marge (75% dans le district de Columbia, 64% en Virginie, 60% en Maryland), ce qui lui a permis de prendre la tête de la course côté démocrate. La situation devient critique pour la sénatrice de New York car la dynamique est clairement du côté de son rival. L’absence de victoire depuis une semaine et la marge de celles de son rival la mettent dans une position très difficile. La primaire du Texas, le 4 mars, ne pourra que lui permettre de rester dans la course de manière crédible.
Du coup, le combat commence entre John McCain et Barack Obama. Les escarmouches se multiplient entre les deux probables candidats de novembre. Le démocrate a attaqué le sénateur de l’Arizona sur son point fort, le franc-parler, en soulignant qu’il ne remettait plus en cause les baisses d’impôt de Georges Bush, auxquelles il s’était opposé à l’origine. En réponse, John McCain a attaqué le vide des propositions du candidat démocrate en disant qu’ « encourager un pays seulement avec la rhétorique (…) n’est pas une promesse d’espoir. C’est une platitude ». Un tel duel serait particulièrement intéressant entre un jeune sénateur démocrate aussi inexpérimenté que charismatique et un vétéran du Vietnam (et du Sénat) au franc parler reconnu et dont l’activisme législatif l’a souvent mené à faire passer des lois avec les démocrates.
L’immense point faible d’Hillary Clinton réside dans le fait qu’elle serait moins bien placée que Barack Obama pour affronter John McCain. Les sondages donnent le républicain gagnant face à elle et perdant face à Barack Obama, ce qui pourrait bien pousser les démocrates à choisir ce dernier, comme il l’avait fait avec John Kerry en 2004… C’est malheureusement compréhensible. Hillary Clinton provoque une telle opposition dans la base républicaine qu’elle souderait le parti de l’éléphant autour de John McCain alors que ce dernier attire en plus nombre d’indépendants. Barack Obama est finalement une figure moins polarisante pour les républicains et il attire davantage les indépendants. Aussi préparée et compétente soit-elle, l’élection d’un président est aussi une affaire de conviction, de projet de société et de rencontre avec un peuple. Dire qu’elle sera prête « dès le premier jour » n’est malheureusement pas suffisant.
Tout n’est pas encore complètement joué, mais la dynamique côté démocrates semble désormais claire. Il faudrait un vrai retournement de tendance pour qu’Hillary Clinton puisse contrarier le scénario d’un duel Obama-McCain.
Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/02/13/primaires-le-candidat-barack-obama-devance-hillary-clinton_1010658_829254.html#ens_id=904503
10:56 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



