31.10.2008
Le facteur racial peut-il faire perdre Obama ?
Depuis quelques semaines, les médias parlent du cas du candidat noir Tom Bradley, en tête de tous les sondages pour l’élection du gouverneur de Californie en 1982, mais qui fut battu d’extrême justesse, pour montrer que rien n’est joué pour Barack Obama.
Une université Américaine a chiffré cet effet à 6% de l’électorat, ce qui pourrait changer l’issue de l’élection de la semaine prochaine. Depuis, les médias fourmillent de reportage montrant des Américains qui assument leur racisme et affirment qu’ils ne voteront jamais pour Barack Obama du fait de sa couleur de peau. Cette triste réalité doit cependant être nuancée. Tout d’abord, il est difficile de ne pas imaginer que les cohortes de racistes blancs se trouvent essentiellement dans les rangs du parti républicain. Ils auraient donc sans doute voter pour John McCain quel que soit le candidat démocrate en face, qu’il soit un homme ou une femme, un blanc ou un noir. En fait, un candidat républicain aurait sans doute beaucoup plus à perdre qu’un candidat démocrate, dont la base est sans doute très peu perméable au racisme. En outre, Barack Obama semble avoir conquis les femmes blanches, dont plus de la moitié déclarent vouloir voter pour lui.
En fait, on peut se demander si le facteur racial n’est finalement pas à l’avantage du démocrate. En effet, si l’électorat blanc semble se repartir de manière proche des grandes tendances nationales, il n’en va pas de même pour l’électorat noir, dont 90% des voix devraient aller au sénateur de l’Illinois. En un sens, on pourrait presque dire que Barack Obama va davantage être le bénéficiaire du vote « raciste » de l’électorat noir que la victime du vote « raciste » d’une partie de l’électorat blanc. C’est d’ailleurs un des paradoxes de cette élection de voir les médias attaquer le racisme des derniers alors que ce sont bien les premiers dont le vote semble beaucoup plus fonction de la couleur de peau des candidats. Certes, la communauté noire a tendance à voter démocrate, mais pas dans ces proportions. Bien sûr, la voie tracée par Barack Obama soulève un grand espoir pour eux, mais elle renvoie leur vote à la seule question raciale.
Finalement, on a l’impression dans cette campagne que le « racisme » des noirs à l’égard de leur candidat n’est pas considéré comme choquant alors que celui de quelques blancs l’est. Cela montre aussi que les rapports raciaux ne sont pas apaisés aux Etats-Unis puisque certaines communautés votent surtout en fonction des origines des candidats et qu’il ne semble pas possible de leur reprocher. Si l’élection de Barack Obama fera sans doute avancer les choses, il faut également espérer que demain, la communauté noire Américaine, par-delà tous les traumatismes qu’elle a subis, parviendra à se déterminer au-delà de la couleur des candidats, ce qui sera un signe de meilleure intégration. En fait, cette élection illustre à nouveau les dérives d’un système où les citoyens semblent davantage membres d’une communauté que citoyens Américains. Il y a encore un bon bout de chemin à faire.
Barack Obama a démontré dans cette campagne de grandes qualités en menant une campagne plus cohérente et plus apaisée que son rival. Son programme correspond bien mieux aux questions qu’affrontent les Etats-Unis. En cela, il mérite de gagner. Paradoxalement, le facteur racial devrait l’y aider.
Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...
10:55 Publié dans Actualités, International, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : obama, mccain, présidentielles, etats-unis, races
30.10.2008
Volontarisme économique de Nicolas Sarkozy : paroles ou réalité ?
La crise économique bouleverse le champ politique Français avec un président qui tient des discours qui semblent emprunter aux socialistes, quand ils ne versent pas dans le registre d’Olivier Besancenot. Que signifie un tel virage ?
Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy est un pragmatique absolu dans ses discours, et en partie dans les faits. L’annonce faite cette semaine dans les Ardennes de l’augmentation de cent mille du nombre d’emplois aidés pour 2009 est en effet en contradiction complète avec les premières mesures du gouvernement Fillon en 2007. Néanmoins, comme le président l’a dit, même si cela n’est pas une solution de long terme, il est sans doute du devoir de l’Etat d’amortir les conséquences de la crise économique et d’agir pour limiter la hausse du chômage. En cela, Nicolas Sarkozy a raison de mettre de l’eau interventionniste dans son vin libéral. De même, le gouvernement n’a pas hésité à nationaliser en partie Dexia pour éviter la faillite de la banque des collectivités locales.
Mais derrière le discours volontariste et étatiste du Chef de l’Etat, le penchant libéral de Nicolas Sarkozy reste fort. Le meilleur exemple est sans doute le plan de 10 milliards à destination des banques. Alors qu’une semaine auparavant, le Parlement avait voté une loi qui prévoyait 40 milliards pour recapitaliser les banques à travers des prises de participation, Nicolas Sarkozy a préféré créer un nouveau mécanisme ad hoc pour cette injection d’argent. Les 10 milliards seront prêtés. Si cela rapportera des intérêts à l’Etat, il faut noter que ce dispositif épargne les actionnaires, qui ne seront pas dilués, et ne permet pas aux autorités publiques de prendre une participation dans le capital qui aurait pu donner une place au conseil d’administration et une meilleure supervision.
De même, le fond mis en place suite à cette loi sera présidé par Michel Camdessus, l’ancien patron du FMI et zélateur du système libéral. Et comment ne pas faire le parallèle entre les mâles déclarations du Chef de l’Etat contre les parachutes dorés et les « patrons voyous » et l’acceptation du timide code de bonne conduite, optionnel, proposé par le Medef ? La palme du volontarisme de papier est sans doute atteinte par le plan de soutien à l’économie de 175 milliards d’euros, qui n’est ni plus ni moins que le programme prévu par l’Etat depuis des années. Les équipes de communication de l’Elysée ont juste cherché à montrer que l’Etat ne soutient pas que les banques et pense également à l’économie réelle. Mais ils n’ont fait qu’additionner des investissements déjà prévus, sur plusieurs années, sans y ajouter grand chose. Le meilleur indice de ce grand bluff est l’absence de loi prévue sur le sujet.
Nicolas Sarkozy est un habile communicant. En pillant le discours de la gauche, et même de la gauche de la gauche, il donne une impression d’activisme pragmatique pour préserver les Français des conséquences de la crise. Dans la réalité, ses décisions reflètent encore un biais libéral inquiétant.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/25/l-horre...10:59 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, ardennes, emplois aidés, crise économique
29.10.2008
Au revoir Georges W Bush, et bon débarras !
Hier soir, Arte diffusait « Being W », le film de Karl Zéro et Michel Royer sur le président actuel des Etats-Unis, un moyen de faire un bilan des huit années de présidence de Georges Bush.
Et le moins que l’on puisse dire est que l’histoire a parlé. Le temps est tous les jours plus féroce à l’égard du locataire actuel de la Maison-Blanche. Il laisse les Etats-Unis dans sa pire crise économique depuis la Grande Dépression. L’invasion de l’Afghanistan il y a plus de sept ans n’a absolument rien réglé puisqu’il n’y a jamais eu autant de victimes sur le terrain et que l’intervention de l’OTAN a fini par déstabiliser le Pakistan voisin, doté de l’arme atomique. Si la situation a fini par s’améliorer en Irak, après cinq années, c’est aussi après plus d’un demi million de morts côté irakien, un pays affamé et détruit, dont la reconstruction prend du temps, le tout pour une guerre dont les motifs officiels (les fameuses armes de destruction massive) n’ont pas été vérifiés par les armées d’occupation. Les années Bush auront été les années du pire visage des Etats-Unis : la nation qui dit défendre la liberté a fait preuve d’un impérialisme brutal et arbitraire, et a fait une croix sur les principes qu’elle déclare porter en créant Guantanamo Bay.
La crise économique actuelle montre qu’outre son échec sur le front extérieur, la présidence Bush s’est également révélée être un échec à l’intérieur. La croissance des dernières années, qui n’a profité qu’à une infime minorité de toutes les façons, était une croissance de papier, qui se déchire sous nos yeux depuis quinze mois, entraînant le reste du monde dans une récession économique sans précédent depuis quelques générations. L’Amérique de Georges Bush, ce sont 4 millions de ménages qui ont perdu leurs maisons, mais des banques qui sont sauvées (à l’exception de Lehman). L’Amérique de Georges Bush, ce sont aussi plus de 40 millions d’Américains sans couverture sociale. C’est un pays qui a oublié une réalité économique peu souriante en poussant sa population à s’endetter au-delà du raisonnable, prenant d’immenses risques que les banques pensaient éviter en s’assurant contre tout défaut de paiement.
Mais ce reportage est aussi l’occasion de contempler avec un certain effroi le parcours du président actuel des Etats-Unis. On se demande si ce n’est pas un cauchemar que l’ensemble de la planète aurait vécu. Comment une telle personne a pu devenir président des Etats-Unis ? Pire, de gros doutes persisteront sans doute à jamais sur la véracité de son élection en 2000, avec la victoire contestée et contestable en Floride. Le film de Karl Zéro et Michel Royer révèle un homme politique qui dit tout et son contraire, qui, s’il est un habile beau parleur pour vendre sa « guerre contre la terreur », semble prêt à tous les mensonges. Et surtout, comment ne pas penser que le fils de Georges Bush Senior n’avait vraiment pas la carrure pour occuper un tel poste et que son élection a changé la course du monde, pour le pire.
On pourra peut-être juger ce bilan trop agressif, à sens unique, mais c’est aussi celui des Américains, auprès desquels Georges W Bush est encore plus impopulaire que Nixon après le Watergate. Une chose est sûre : le 4 novembre, les Etats-Unis auront un meilleur président !
Source : Being W, Karl Zéro et Michel Royer
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, georges w bush, karl zéro
28.10.2008
Le nouveau lycée de Xavier Darcos
Il y a une semaine, Xavier Darcos a présenté les grandes lignes de sa réforme du lycée, qui commencera par une nouvelle seconde pour la rentrée 2009. Elle contient de nombreux éléments intéressants, inspirés par l’expérience des pays scandinaves.
Même si certains syndicats enseignants dénoncent le manque d’ambition de cette réforme, elle apportera des changements importants qui visent à permettre une meilleure transition vers les études supérieures. Le nouveau lycée abandonnera le rythme trimestriel pour être divisé en deux semestres. Les 28 à 35 heures de cours seront désormais scindées en trois groupes : 21 heures d’enseignement de base, 6 heures de modules optionnels, qui seront choisis au semestre et 3 heures d’accompagnement personnalisé. Ainsi, un élève pourra changer d’options en cours d’année scolaire et il disposera d’heures de soutien personnalisées, que ce soit pour son orientation ou de l’aide dans des matières où il est en difficulté. En outre, une semaine de « bilan et d’orientation » aura lieu entre les deux semestres, pour travailler l’expression orale.
Les lignes directrices de cette réforme sont très positives. Tout d’abord, en intégrant de la souplesse et une personnalisation décidée par l’élève, elle le responsabilise et le prépare au mode de fonctionnement des études supérieures, de manière à assurer une meilleure transition avec l’université. En outre, cette réforme introduit un soutien personnalisé aux élèves, élément critique de la réussite du modèle éducatif scandinave ou de Singapour. Les études internationales montrent en effet que le soutien individuel est un critère clé de succès des meilleurs systèmes éducatifs car il permet aux élèves en difficulté de rattraper leur retard. L’introduction de ces trois heures de soutien est donc une réforme extrêmement positive.
Plus grande souplesse et personnalisation qui va responsabiliser les élèves, soutien très républicain aux élèves en difficulté, temps dédié à l’orientation : les mesures annoncées par le ministre de l’éducation nationale vont vraiment dans le bon sens. La réforme des classes de première et de terminale sera annoncée plus tard, mais le gouvernement a déjà annoncé qu’il conserverait le baccalauréat et ne le remplacera pas par un contrôle continu qui aurait brisé l’unité républicaine d’un examen national. Il semble en revanche que le ministre pourrait en profiter pour remettre en cause la suprématie parfois absurde de la filière S qui peut pousser les meilleurs étudiants littéraires à choisir une voie scientifique pour obtenir des places dans les meilleurs classes préparatoires littéraires.
On retient souvent de la politique de l’éducation les suppressions de poste inédites, mais il ne faudrait pas oublier que la plus grande réforme du lycée entreprise depuis longtemps démontre une capacité à changer les choses dans la bonne direction en s’inspirant des bonnes pratiques des autres pays.
Source : http://www.liberation.fr/societe/0101163775-la-nouv...
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : education, xavier darcos, réforme du lycée
27.10.2008
Paradis ou enfers fiscaux ?
La semaine dernière, une polémique a commencé sur ce qu’on appelle les « paradis fiscaux », ces trous noirs de la finance. Il semble que la crise financière pourrait enfin remettre en question l’existence de ces zones de non droit qui n’ont pas lieu d’être.
Le simple choix du terme « paradis » indique le rapport ambigu que beaucoup ont avec ces territoires. Il est d’ailleurs absolument incroyable qu’un tel terme soit employé par les médias pour définir des lieux dont 40% des capitaux seraient d’origine criminelle. Le terme « paradis » indique après tout que les autres pays seraient des « enfers fiscaux », faisant basculer la notion de bien du côté de ces territoires qui abritent l’argent de la drogue alors que le mal serait du côté des Etats démocratiques ! Il est grand temps de trouver un autre nom à ces lieux qui sont la lie de l’humanité : « enfers fiscaux », « zones de non droit fiscal », « trous noirs fiscaux » seraient des termes plus appropriés à la réalité de ce que sont ces territoires qui n’ont été tolérés que trop longtemps par les Etats démocratiques.
Car quelle est la réalité de Monaco, du Liechtenstein, d’Andorre, voire de la Suisse ou du Luxembourg ? Le Monde cite un rapport affirmant que 40% des quelques 10 000 milliards de dollars qui s’y trouvent seraient d’origine criminelle. Ces enfers de la morale sont les endroits où les criminels de toute la planète peuvent recycler leur argent en toute impunité. En un sens, en permettant de financer la criminalité internationale, ces territoires sont des complices de ces criminels. Bien sûr, une part importante de leur activité (60% selon le même rapport) sont de la « simple » évasion fiscale. Néanmoins, l’évasion qu’ils entraînent sape la solidarité des pays démocratiques en leur faisant perdre des milliards (30 à 40 pour la France) et ces zones de non droit ont contribué à la crise financière, comme l’ont montré les faillites de Bear Sterns et Northern Rock, plombés par les pertes de filiales situées dans ces zones qui échappent à la réglementation.
C’est Angela Merkel qui a montré la voie à suivre il y a quelques mois en menant une opération coup de poing contre le Liechtenstein. La semaine dernière à Paris, la France a également montré sa volonté de lutter contre ces zones de non droit dans une réunion où le Luxembourg s’est abstenu de paraître. Il est proprement incroyable que tant de petits pays en Europe puissent encore continuer leurs pratiques. Par delà la nécessaire levée du secret bancaire dans ces pays, on peut se demander si la solution ne consiste pas à une interdiction pure et simple de tout mouvement de fond vers ces pays tant qu’ils n’ont pas accepté de se soumettre à un minimum de règles de bon sens. Les Etats européens ont les moyens de faire pression sur ces anomalies fiscales. La question est : en avons-nous vraiment la volonté ?
La question de la réforme de ces « enfers fiscaux » n’est qu’une question de volonté. Ces micro Etats ne possèdent pas les moyens de résister au blocus que nous pourrions leur imposer. Il est positif que la question de leur réforme avance, mais on peut s’interroger si cela n’est pas juste un affichage.
Source : http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/artic...
http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0,49-110...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : paradis fiscaux, luxembourg, liechtenstein
26.10.2008
Ces vices du marché qu’il faut corriger
« Le laisser faire ! Le laisser passer ! appliqué à l’économie (…) a souvent, (…) donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Ce constat du Général de 1965 est plus que jamais d’actualité.
C’est sans doute le principal bienfait de cette crise que de désarmer durablement les ayatollahs du tout marché. Bien sûr, un grand nombre d’entre eux continuent à défendre l’efficience du marché libre, rejetant la crise actuelle sur des comportements individuels (traders, Alan Greenspan…). Ceux-là somment les Etats de déverser des centaines de milliards pour sauver le système tout en exigeant que les banques qui seraient nationalisées soient privatisées le plus rapidement possible. Mais le parallèle saisissant entre les milliards déversés pour sauver les banques et une crise économique qui s’annonce dure montre bien que le marché a de graves vices qui seront difficiles à oublier.
Le premier vice du marché est sa tendance à l’alignement par le bas. Même si la globalisation a permis une hausse des salaires en Chine, il faut bien reconnaître qu’elle a provoqué une stagnation des revenus des classes populaires en Occident et une forte hausse des inégalités puisque les hauts salaires, eux, en ont beaucoup profité. Comme le montre Jean-Luc Gréau dans « L’avenir du capitalisme », le libre-échange non régulé provoque une « déflation salariale » pour les emplois qui peuvent être délocalisés. De même, l’euro pousse à une concurrence malsaine entre les pays européens puisque chaque point de hausse de salaire de moins est un point de compétitivité prix de mieux. De même, en matière de norme, le marché peut pousser à un alignement par le bas, comme le montrent les délocalisations d’activités polluantes dans les pays peu regardants…
Le second vice du marché est son caractère cyclique et les rudes secousses qu’il provoque depuis toujours. De la crise de la Tulipe au 17ème siècle au krach actuel, en passant par la crise de 1929, le krach de 1987, l’effondrement de l’immobilier au début des années 90, la crise japonaise, la crise asiatique de 1997 ou l’éclatement de la bulle Internet, l’histoire démontre « l’exubérance irrationnelle » des marchés, à la hausse comme à la baisse. Bien plus que la politique monétaire de la Fed, la responsabilité de la crise actuelle repose sur l’incapacité des marchés à correctement évaluer le prix des biens puisqu’ils cèdent trop souvent à des mouvements moutonniers de hausse comme de baisse. Le problème est que la libéralisation des marchés a augmenté la fréquence des crises et leur impact sur l’économie réelle, ce qui appelle à une re-réglementation pour protéger les citoyens des conséquences de ces crises.
Le troisième vice du marché est son fonctionnement imparfait. Comment ne pas comprendre aujourd’hui que le système actuel est aberrant puisque les banques pouvaient proposer des crédits à des ménages peu solvables, leur faisant prendre de gros risques, tout en sachant qu’elles pouvaient s’assurer contre tout impayé, créant une asymétrie complètement anormale ? De même, les dirigeants des grands banques et les traders ont touché des milliards de bonus sur des transactions qui ne reposaient sur rien, et qui ont plongé le monde dans sa plus grave crise depuis 1929, imposant aux Etats d’injecter des centaines de milliards pour éviter un cataclysme financier. « La privatisation des profits et la collectivisation des pertes », dénoncé par The Economist démontre un disfonctionnement majeur.
Ce fonctionnement imparfait se retrouve également dans les oligopoles ou les rentes de situation que certaines entreprises arrivent à obtenir, parfois grâce au lobbying. En outre, comme le montre Robert Reich dans « Supercapitalisme », le marché n’a pas la moindre moralité et si Yahoo a besoin de dénoncer des internautes pour faire du business en Chine, il le fera. Bref, le « laisser faire, laisser passer » n’est pas la solution. Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter le capitalisme : l’économie de marché a tout de même démontré une capacité à stimuler le développement économique grâce à l’ingéniosité humaine. En revanche, il doit être beaucoup mieux encadré par l’Etat, seul garant de l’intérêt général pour éviter au maximum tous les excès qu’il provoque.
S’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, comment ne pas constater que le capitalisme dirigé des 30 Glorieuses s’est transformé en un monstre dangereux à cause de la déréglementation.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/18/les-imb...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, libéralisation, charles de gaulle, robert reich
25.10.2008
Pour un encadrement radical du crédit
C’est un des paradoxes les plus incroyables d’aujourd’hui que de voir nos économies sombrer dans la récession pour avoir trop consommé à crédit et de continuer à voir fleurir les publicités pour des crédits à plus de 15% à la télévision comme dans nos boîtes aux lettres.
Nous vivons une époque formidable. Le Crédit Agricole propose sa nouvelle carte bancaire Double Action, une carte de paiement qui permet de choisir de payer chaque achat comptant ou à crédit. Le Crédit Agricole convoque même un pseudo économiste dans son petit film promotionnel pour en vanter les mérites. Dans le site dédié à ce nouveau produit, la banque qui vient d’obtenir plus de 3 milliards d’euros de prêts de l’Etat, présente sa carte avec quatre grandes rubriques : ses avantages, son fonctionnement, où la trouver et un questions réponses. Et là, de manière incroyable, jamais le taux du crédit appliqué n’est expliqué. Le consommateur doit donner son accord pour prendre un crédit sans même en connaître le taux ! En lisant les petits caractères du bas, on se rend compte qu’il ne dépassera pas les… 17,5%, soit pour un emprunt de 600 euros sur deux ans, un coût du crédit de plus de 100 euros, hors assurances facultatives.
Bref, le Crédit Agricole semble vivre dans une dimension parallèle, où il n’y aurait pas eu de crise des subprimes, à moins qu’avec un taux aussi élevé, il puisse sans doute gagner sa vie, même si un nombre important de consommateurs n’arrivent pas à payer… Le problème est que toutes ces sollicitations pour prendre un crédit créé un système complètement aveugle où les engagements des consommateurs ne sont pas consolidés et peuvent aboutir au surendettement. Bien sûr, la responsabilité est partagée entre les consommateurs qui vivent à crédit et les organismes qui vendent ses produits. Néanmoins, comment ne pas être choqué devant la multiplication des occasions de vivre à crédit ou les publicités qui poussent à s’endetter. Heureusement, les Français ont une approche beaucoup plus saine que les Américains ou les Anglais et nous n’avons pas trop cédé aux sirènes du crédit facile.
Se pose néanmoins la question de l’encadrement de ces pratiques quand on voit les extrêmes auxquels peut amener le surendettement. Aux Etats-Unis, ce sont plus de 3 millions de ménages qui ont perdu leur maison, piégés par des formules où les premières mensualités sont réduites et où les taux sont variables. Les ravages du surendettement sont tels qu’il faut sans doute prendre des mesures radicales pour l’encadrer. Il revient sans doute à l’Etat d’interdire toute publicité pour le crédit, que ce soit dans les médias ou par courrier. C’est au consommateur de prendre l’initiative. Il faut également interdire l’utilisation de taux variables, car ces crédits constituent des bombes à retardement en cas de hausses des taux. Enfin, on peut se demander s’il ne faudrait pas créer un fichier centralisant tous les crédits d’une même personne, ou alors demander à la banque principale de chacun de centraliser cette information pour éviter les abus.
Le crédit peut être très utile pour le développement économique. En permettant l’investissement, il permet de construire l’avenir. Mais non encadré, il peut devenir toxique pour l’économie et les citoyens. C’est pourquoi il faut l’encadrer de manière radicale pour éviter les excès anglo-saxons.
Source : http://www.credit-agricole.fr/modules/cartecomptantcredit...
11:22 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : crédit, crédit agricole, subprimes
24.10.2008
Audiovisuel : ce qu’il y a de Berlusconi en Nicolas Sarkozy
Cette semaine, le gouvernement a avancé sur la grande réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Elle restera une des réformes les plus choquantes de l’équipe au pouvoir.
Début 2008, lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy annonce la fin de la publicité sur le service public. Après avoir demandé à une commission de travailler sur le sujet, le projet de loi a été examiné par le gouvernement et le moins que l’on puisse dire est que ce projet représente une anomalie démocratique, qui rapproche la France de l’Italie de Berlusconi. Car comment voir autrement la reprise en main direct du service public par un Nicolas Sarkozy qui en nommera désormais directement le président ? Pire, dans le même temps, la suppression de la publicité sur France Télévisions, couplée à l’augmentation de la durée de cette même publicité sur les chaînes privées, va se transformer en jackpot financier pour des chaînes, dont il faut rappeler que la première est possédée par le témoin de mariage du président.
Ce mélange des genres berlusconien n’est pas digne d’un pays démocratique. Avec la suppression de la publicité et la nomination de son président directement par l’Elysée, le Service Public sera plus que jamais sous la coupe de l’exécutif. La présence de la publicité garantissait une forme d’indépendance dans la mesure où ses ressources ne dépendaient pas complètement de décisions politiques. Demain, France Télévisions sera pieds et mains liés. Mieux, comment ne pas considérer que l’énorme avantage financier que Nicolas Sarkozy accorde aux chaînes privées ne constitue pas un traitement de faveur ? Comment les dirigeants de TF1, déjà proches de l’Elysée, ou de M6, ne pourraient pas être reconnaissants d’une telle décision qui va grandement améliorer leurs résultats ?
Pire, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système où Nicolas Sarkozy et ses affidés disposent de 3/4 du temps de parole médiatique. En effet, la règle des trois tiers (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition) a été bouleversée par l’activisme présidentiel. Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart de l’espace politique médiatique. Résultat, la règle des trois tiers s’est transformée en un quatre-quarts bien indigeste où la majorité dispose de 75% du temps de parole, alors qu’elle réunit au mieux 35% des voix… Et il faut être clair, les taxes mises en place pour financer le Service Public sans publicité ont toutes les chances de finir par être payées par les Français…
La richesse de l’actualité et l’activisme du président ne permettent pas l’émergence d’un véritable débat sur les médias. Pourtant, quand on met bout à bout tout ce qui se passe, il est difficile de ne pas voir un triste parallèle entre notre pays et l’Italie de Berlusconi.
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/10/22...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france télévisions, service public, sarkozy, berlusconi
23.10.2008
Quand un villepiniste fait un pas vers l’autre politique
À dire vrai, le livre de Bruno Le Maire, Des Hommes d’Etat, était bien écrit, mais ne révélait pas vraiment sa pensée politique. Dans une tribune au Monde signalée par Malakine, il fait un pas décisif vers l’autre politique à travers son analyse de la crise actuelle.
L’explosion de la bulle financière a le mérite de faire bouger les lignes. Et ce mouvement, perceptible dans les discours de l’Elysée, vient de rattraper un parlementaire important de l’UMP, Bruno Le Maire, l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Dans une longue tribune au Monde, il livre son analyse de la crise et rend un coup de chapeau à Jean-Luc Gréau, l’auteur de « L’avenir du capitalisme », l’ancien économiste du Medef, qui était l’invité des universités de rentrée de Debout la République et qui est une figure importante des partisans de l’autre politique. Cet hommage est d’autant plus marquant que le député de l’Eure reprend en bonne partie les arguments de l’économiste sur le problème de la rémunération du travail, même s’il ne va pas jusqu’au bout de la logique de Gréau sur les conséquences.
Son analyse des raisons de la crise est très intéressante. Bruno Le Maire y voit trois raisons principales : la stagnation du revenu médian dans les pays occidentaux, la déréglementation de la finance via la titrisation et l’abandon par les politiques de toute volonté d’encadrer les pratiques financières. Le premier point semble directement tiré du livre de Jean-Luc Gréau tant l’argument est présenté de la même manière et notamment le fait que les gains de productivité ne se retrouvent pas dans les salaires. Le second point est traité un peu rapidement et fait l’impasse sur d’autres aspects de la crise financière (effet de levier, CDS, subprimes…). Le troisième est particulièrement intéressant : « les hommes politiques se sont peu à peu abstenus de la contrôler (la finance) ou de lui fixer des règles ».
Il dresse trois pistes pour résoudre la crise. La première est une réflexion pour permettre une hausse des salaires de manière à ce qu’elle suive les grains de productivité. Il pose la question du financement de la protection sociale, ce qui semble, en filigrane, indiquer un intérêt pour la TVA sociale qui permettrait de radicalement réduire le coût du travail. La deuxième piste est une meilleure régulation de la finance internationale, même s’il n’évoque pas de taxe sur les mouvements de capitaux. Enfin, il évoque le rôle de l’Etat en assurant qu’une meilleure coopération économique doit se mettre en place au niveau européen et plaide pour une politique économique commune et la création d’un Trésor Européen.
Cette tribune n’est pas complètement sans limites. Curieusement, Bruno Le Maire reprend telle quelle la première partie du raisonnement de Jean-Luc Gréau, qui dénonce la « déflation salariale » que créé la libéralisation des échanges. En revanche, il ne va pas jusqu’à envisager un meilleur encadrement du commerce international, qui est une cause importante de cette stagnation des salaires, balayant la voie protectionniste d’un revers de main, même si l’évocation d’une nouvelle fiscalité sociale pourrait agir de la sorte par la taxation qu’elle introduirait sur les produits importés. Enfin, il n’y a pas la moindre remise en question de l’agenda ultralibéral de l’Europe qui est une cause importante de la crise.
Son ampleur fait bouger les lignes idéologiques. Les graines de l’autre politique trouvent de nouveaux terrains. Mais, plus encore que les politiques, ce sont les Français qui seront sans doute les plus ouverts à une remise en cause du système qui nous a amenés dans le mur.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/20/l-europ...
10:55 Publié dans Actualités, Villepin | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : villepiniste, bruno le maire, jean-luc gréau
22.10.2008
Bonne nouvelle : nous sommes en 1929 !
L’évolution erratique des marchés, que le nouveau prix Nobel d’économie, Paul Krugman, a qualifié de « maniaco-dépressifs », montre une grande inquiétude sur la situation de l’économie mondiale. La récession dans laquelle nous nous enfonçons est peut-être plus grave que les précédentes.
Ces dernières décennies nous ont habitué à des récessions relativement courtes, que ce soit lors de l’éclatement de la bulle Internet ou au début des années 90. Le déroulement de ces crises suivaient en général le même scénario. Dans un premier temps, divers marchés d’actifs baissent (immobilier dans les années 90, bourses au tournant du siècle). Dans un deuxième temps, cette baisse de la valeur des actifs touche l’économie réelle, qui entre en récession. Mais, dans un troisième temps la rapide reprise des marchés (souvent en pleine récession, comme en 1991 aux Etats-Unis) permet à l’économie de retrouver la croissance. Il faut noter qu’en général, les récessions sont courtes dans les pays anglo-saxons, alors que la croissance tarde à reprendre son rythme de croisière dans la zone euro.
Malheureusement, ce scénario semble peu probable aujourd’hui et la crise que nous affrontons a toutes les chances d’être plus violente. En effet, nous ne suivons pas le scénario traditionnel en trois temps. La situation actuelle est différente en ce que le premier temps de la crise financière (été 2007 au printemps 2008) a déjà fait plonger les économies occidentales puisque le PIB européen était en recul au deuxième trimestre et qu’il y a fort à parier que le troisième trimestre sera négatif en Europe comme aux Etats-Unis. Dans une crise classique comme nous les avons vécues, les marchés devraient être en progression, par anticipation de la reprise économique qui suit la récession.
Cependant, un approfondissement de la crise financière s’est ajouté à la récession de l’économie réelle. La crise économique devrait donc être plus profonde qu’habituellement puisque l’économie était déjà en recul avant le gros de la bourrasque financière, qui vient d’avoir lieu. Et on ne peut pas exclure une nouvelle chute des marchés, tant il reste des incertitudes sur les CDS, les Hedge Funds ou les LBO. Dans les précédentes récessions, la bourse avait repris rapidement (le Dow Jones progresse dès 1991 et 2003), ce qui avait permis à l’économie de se relever. Nous sommes ici dans un scénario plus dangereux où les marchés continuent à baisser alors que l’économie est déjà en récession : l’économie financière et l’économie réelle s’entraînent mutuellement vers le fond. Encore pire, la baisse des prix de l’immobilier est loin d’être achevée, notamment en Europe…
Bref, nous sommes peut-être dans un scénario proche de celui de 1929, où les marchés n’arrivent pas à s’équilibrer et où la dépression nourrit la dépression. Heureusement, nous sommes en 1929 et pas en 1933 ! Il y a encore des moyens d’agir pour éviter une contraction trop brutale de l’activité. En cela, les plans de soutien au système bancaire, aussi critiquables soient-ils, représentent un motif d’espoir : nous ne devrions pas connaître de faillite massive des banques comme lors de la Grande Dépression. En revanche, nos dirigeants occidentaux sous-estiment la profondeur de la récession de l’économie réelle. La gravité de la crise économique devrait les pousser à un plan coordonné de soutien à l’activité pour casser le cercle vicieux dans lequel nous sommes peut-être rentrés.
Nous sommes aujourd’hui à un moment critique pour l’économie mondiale. 2009 sera l’année de tous les dangers : soit nous arrivons à relancer l’activité et évitons la Dépression, soit l’économie s’enfoncera dans une récession sévère et sans doute durable. Nous avons encore le choix.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, 1929, crise financière



