30.11.2008
Quelle sera l’ampleur de la crise ?
Il est extrêmement difficile, voir impossible de prévoir le scénario économique des prochains mois. Néanmoins, c’est en essayant de le faire qu’on peut mieux comprendre les mécanismes en place.
Pour la première fois depuis la Grande Dépression, le PIB des économies occidentales va globalement reculer en 2009, signe que la crise économique que nous traversons est la plus grave depuis longtemps. Pire, la zone euro, le Japon ou le Royaume-Uni étaient déjà en récession avant même le gros de la tempête financière, ce qui peut faire craindre le pire pour les années à venir. En outre, si les prix de l’immobilier se sont déjà effondrés en Espagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis (-20%), la plupart des analystes reconnaissent que la baisse n’est pas terminée. Elle pourrait atteindre plus de 30%. En France, elle ne fait que commencer et pourrait durer jusqu’en 2011 et voir également les prix baisser jusqu’à 30%. L’effet d’appauvrissement des ménages pourrait donc peser lourdement sur la consommation dans les années à venir et rendre difficile la reprise pourtant déjà annoncée pour 2010.
En outre, les mécanismes d’adaptation du marché forment souvent un cercle vicieux où la baisse entraîne la baisse (comme la hausse entraîne la hausse, et donc les bulles). En effet, la forte hausse du nombre de chômeurs en France (près de 90 000 personnes de plus en trois mois) va peser fortement sur la consommation si elle se poursuit, outre le poids qu’elle représentera sur les finances publiques. Le chômage partiel, largement pratiqué dans l’industrie automobile va aussi lourdement peser sur la consommation des ménages. En outre, la dépression économique globale va peser sur nos exportations. Bref, les différents leviers de la croissance semblent gripper et il est difficile de voir une issue à la crise. Et avec la perspective de déflation à l’horizon mi-2009, on pourrait même craindre un scénario à la Japonaise où la croissance serait durablement grippée et l’économie n’arriverait pas à se relancer.
Mais ce scénario n’est peut-être pas le plus probable. Après tout, les Etats ont su réagir, de manière radicale, avec des plans de soutien jamais vus dans l’histoire politique. Alors que dans les années trente, les gouvernements avaient laissé les banques faire faillite, ce risque semble aujourd’hui écarté. De même les Etats-Unis et l’Europe ont été beaucoup plus prompts à réagir que le Japon, qui avait mis des années à restructurer son secteur bancaire dans les années 90. Ce sauvetage du monde financier semble avoir mis fin à la spirale baissière des marchés, même s’ils restent (et resteront encore quelque temps) très nerveux. En outre, les gouvernements mettent de côté les objectifs d’équilibre financier pour soutenir l’économie, comme le montrent les plans annoncés aux Etats-Unis, en Chine ou en Europe.
De plus, le contexte va devenir meilleur pour la consommation. La baisse du prix des matières premières et du pétrole pourrait redonner un peu de pouvoir d’achat aux consommateurs, si elle ne dégénère pas en une spirale déflationniste. Cette baisse des prix, perceptible depuis trois mois, et qui devrait s’accentuer, a permis une détente des taux longs qui va améliorer la situation financière des ménages comme des Etats et sans doute permettre une légère reprise du crédit, qui pourrait soutenir la consommation et donc l’économie. Enfin, la baisse des taux courts et la relance budgétaire massive prévue pour 2009 devrait permettre d’amortir les effets de la crise l’an prochain et préparer la relance pour 2010.
L’examen froid de ce qui se passe semble indiquer que la sortie de crise est possible et qu’a priori, même si elle est la plus grave depuis les années 30, elle n’aura rien à voir avec la Grande Dépression. En revanche, il y a bien quelque chose d’inquiétant, à savoir que les remèdes à la crise semblent uniquement être une amplification des solutions aux crises précédentes (relance budgétaire, baisse des taux…), sans pour autant corriger les mécanismes qui nous ont amené au bord du gouffre début octobre. Les tenants du système néolibéral semblent avoir réussi à sauver l’économie, ainsi que le système, au prix de dépenses colossales. Malheureusement, ce sauvetage risque d’empêcher la nécessaire réorganisation plus profonde des mécanismes qui nous ont amené dans le mur.
Le système néolibéral est incroyable : il est en train d’être sauvé par son instinct de survie qui lui permet d’accepter toutes les contradictions temporaires qui lui permettront de durer plus longtemps. Malheureusement, les ferments des déséquilibres du marché subsisteront, jusqu’à la prochaine crise.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11...10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, récession, grande dépression
29.11.2008
Ségolène Royal, ou la perdante qui sourit
Ségolène Royal est incroyable, notamment quand elle perd. En 2007, son discours de « défaite » ressemblait plus à un discours de victoire. Cette semaine, elle a cherché à faire oublier sa défaite pour prendre le contrôle du Parti Socialiste par l’annonce de sa candidature pour 2012.
Le moins que l’on puisse dire est que la présidente de Poitou-Charentes fait bonne figure dans la défaite. Elle apparaît toujours rayonnante, souriante, sans la moindre trace de déception ou de doute, à tel point qu’on se demande quelle pourrait être la différence de comportement si elle avait gagné. Le contraste avec Martine Aubry était saisissant à l’annonce de la décision du Conseil National du PS : en regardant les images sans le son, n’importe qui aurait pensé que c’est la maire de Lille qui avait perdu et que Ségolène Royal était devenue première secrétaire. Nous sommes à mille lieues de l’élégance du discours de défaite de John McCain, qui a chaleureusement félicité son adversaire, assumé toutes les erreurs de sa campagne et appelé les républicains à aider le nouveau président.
Comment juger le comportement de la candidate à l’élection présidentielle de 2007 ? Force de caractère ou déni inquiétant de la réalité ? Capacité à absorber les mauvaises nouvelles et faire bonne figure ou incapacité à faire son autocritique ? Il y a sans doute un peu des deux. Bien sûr, la présidente de Poitou-Charentes démontre un aplomb peu commun, quitte à verser dans la mauvaise foi. Mais en ces deux occasions, elle a également fait preuve d’une singulière mauvaise foi et d’une certaine maladresse. En effet, lundi soir, elle expliquait tranquillement qu’elle avait obtenu plus de 50% des voix et que la commission de récolement ne pouvait que la déclarer vainqueur avec l’aplomb d’un dirigeant soviétique assurant que l’URSS était plus performante que les Etats-Unis. De même, en début de semaine, elle avait annoncé qu’elle n’accepterait pas le verdict et qu’elle porterait plainte s’il n’y avait pas un nouveau vote.
Alors qu’elle refusait de reconnaître par avance le verdict de la commission de récolement si elle confirmait la victoire de Martine Aubry, elle a finalement accepté ses conclusions. Pourquoi alors avoir brandi la menace de procédures judiciaires s’il n’y avait pas de second vote ? Cette agressivité inutile n’a fait qu’accentuer les tensions, ce dont le PS n’a pas besoin. Comme l’a dit Pierre Moscovici, on ne saura sans doute jamais qui a véritablement gagné tant les élections internes au PS semblent mal organisées et perturbées par des irrégularités. On peut imaginer que certains des soutiens de Ségolène Royal ont plaidé pour l’apaisement. En outre, les conclusions de la commission de récolement, qui accentuent la très faible avance de Martine Aubry, infirment les accusations du clan Royal en démontrant que les irrégularités ont eu lieu des deux côtés.
L’énigme Ségolène Royal sort renforcée de cette élection, à défaut d’avoir pris le PS. Elle peut revendiquer le soutien de la moitié des militants et elle a démontré un aplomb très mitterrandien. En revanche, il n’est pas sûr que sa contestation des résultats et son bras de fer pour obtenir un nouveau vote la servent.
11:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, martine aubry, ségolène royal
28.11.2008
Le bras de fer franco-chinois
Hier, Pékin a décidé d’annuler le sommet sino européen prévu lundi à Lyon, qui devait être suivi d’une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre chinois. Une mesure de rétorsion à la rencontre prévue à Berlin entre le chef de l’Etat et le dalaï-lama.
Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy a du mal à gérer les relations de la France avec la Chine. Son objectif initial est louable : entretenir de bonnes relations avec la première puissance économique mondiale en devenir tout en conservant une entière liberté pour la diplomatie Française qui doit pouvoir recevoir qui elle veut quand elle le veut. C’est ainsi que début juillet, quand l’ambassadeur de Chine avait suggéré au Chef de l’Etat de ne pas recevoir le dalaï-lama lors de son séjour en France cet été, Nicolas Sarkozy lui avait vertement répondu au Parlement Européen qu’il entendait recevoir qui il voulait quand il le voulait. J’avais, alors, applaudi la réplique du président. Après tout, Gordon Brown et Angela Merkel arrivent à conserver des relations diplomatiques relativement normales avec la Chine tout en rencontrant le chef spirituel du Tibet.
Malheureusement, comme souvent avec le président de la république, les paroles sont en décalage avec les faits. La posture est séduisante, les actes le sont moins. Nicolas Sarkozy est donc allé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. On peut considérer ce déplacement comme une bonne décision car les Jeux Olympiques étaient une source de fierté nationale pour le peuple chinois et la non participation représentait une tension pas forcément utile à la cause tibétaine. Mais, dans ce cadre là, il aurait fallu que le président reçoive le dalaï-lama cet été pour mettre ses gestes en rapport avec son intervention de juillet. Et là, il a cédé à la Chine en refusant de le rencontrer, dans un acte de faiblesse qui reléguait la France en seconde division européenne. Bien sûr, il est important de poursuivre le dialogue avec la Chine mais nous n’y serons respectés que si notre diplomatie conserve son autonomie…
Pour compenser, il a décidé de le rencontrer dans le cadre d’une cérémonie rassemblant plusieurs prix Nobel de la paix, une rencontre pas vraiment officielle, mais qui vise à démontrer une certaine indépendance de notre diplomatie. On peut considérer cela comme mieux que rien mais cela place à nouveau la France en seconde division diplomatique. C’est alors que la Chine a décidé de faire un nouvel esclandre et d’annuler deux rencontres pour montrer son mécontentement. Nul doute que Nicolas Sarkozy maintiendra la brève rencontre avec le guide spirituel du Tibet tant une annulation de dernière minute ferait de lui une marionnette dans les mains de la Chine. Mais ce nouvel accro place la France dans une position peu confortable où notre chef de l’Etat n’accepte de rencontrer le dalaï-lama qu’en catimini sans pour autant entretenir de bonnes relations avec la Chine. Nous perdons sur les deux tableaux.
Maintenir la rencontre avec le dalaï-lama représente le moindre mal. Nous ne pouvons pas céder au diktat de Pékin sous réserve de confirmer l’affaiblissement de la diplomatie Française. Mieux affirmer notre autorité cet été nous aurait sans doute permis d’éviter un tel épisode.
Source : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/11/27/l...10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, chine, tibet, dalaï-lama, jeux olympiques
27.11.2008
République irréprochable ou république des copains ?
Dans une tribune au Monde quelques semaines avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy s’était fait le défenseur d’une « république irréprochable ». Un peu plus de 18 mois après son élection, c’est plutôt la « république des copains » qui s’est mise en place.
Le débat sur le financement du Service Public de l’audiovisuel en est la preuve flagrante. Le gouvernement ne s’en cache même pas en disant qu’il est important de renforcer les groupes privés Français par rapport à leurs concurrents. En clair, il annonce de manière à peine maquillée que les groupes privés (au premier rang desquels TF1, qui capte plus de 50% du marché publicitaire) vont être soutenus par l’Etat. Pourtant, ce n’est pas comme s’il y avait la moindre menace d’un groupe étranger. TF1 reste la première chaîne d’Europe par l’audience. Le discours sur la nécessité de renforcer la compétitivité des groupes privés par rapport aux concurrents est complètement bidon et vise uniquement à donner un prétexte à un arsenal législatif qui est un concentré de favoritisme pour les groupes privés au détriment du Service Public.
Dans une configuration digne de Berlusconi, Nicolas Sarkozy favorise économiquement TF1 et M6 (ce qui ne devrait pas pousser leurs actionnaires à la critique vis-à-vis d’une équipe au pouvoir qui les nourrit) tout en reprenant la main sur le service public, en nommant directement la direction tout en contrôlant une plus grande part de ses recettes. C’est ainsi que les chaînes privées devraient gagner le droit de diffuser davantage de publicité à partir de janvier pour compenser sa suppression sur le Service Public : Nicolas Sarkozy donne l’argent de France Télévisions à TF1 et M6 ! Mieux, certains députés, inquiets de l’audience des coupures publicité du privé, essaient, par voie d’amendements, d’imposer au Service Public la diffusion de messages courts informatifs et citoyens pour que France Télévisions n’en profite pas pour récupérer l’audience de TF1 et M6. Sarkozy fait pire que Berlusconi !
N’oublions pas que Martin Bouygues a été le témoin de mariage du président. Il faut dire que ce n’est que le énième épisode de la « république des copains » … Après tout, les mesures du « paquet fiscal » de l’été 2007 étaient déjà destinées à ses nombreux amis. Et puis, comment ne pas soupçonner un retour d’ascenseur dans l’incroyable arbitrage de l’affaire Tapie qui permet à celui qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de récupérer 400 millions d’euros de l’Etat alors qu’il n’est pas évident qu’il aurait dû recevoir le moindre centime (voir note de lundi). On peut également penser à l’épisode de l’occupation de la villa de Christian Clavier par des nationalistes corses, qui avait provoqué le renvoi d’un haut fonctionnaire ou au refus d’extradition d’une ancienne terroriste protégée par la première dame.
Nicolas Sarkozy est habile : son omniprésence médiatique ne permet à l’actualité de se fixer sur de graves conflits d’intérêt qui auraient dû se transformer en scandale tant ils sont caractéristiques d’une république des copains qui a plus à voir avec Silvio Berlusconi ou François Mitterrand.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, tf1, service public, france télévisions, publicité, martin bouygues
26.11.2008
PS : le poids des egos et le choc des culots
Même si Martine Aubry a fini par devenir première secrétaire, on peut se demander si le PS n’a pas achevé de se décrédibiliser définitivement ces derniers jours. Quelqu’un peut-il désormais encore croire que les chefs de ce parti sont autre chose qu’un rassemblement d’ambitieux en quête d’une franchise électorale ?
Car c’est bien ce que montrent le Congrès et le choix du premier secrétaire : le Parti Socialiste ne se résume plus qu’à un bal des egos et un tango des culots. Car comment ne pas imaginer que Ségolène Royal aurait fait exactement la même chose que Martine Aubry si c’est elle qui avait eu 42 voix d’avance ? Parallèlement, il semble tellement évident que la maire de Lille aurait alors dénoncé le scrutin et demandé un nouveau vote si elle avait été dans la position de la candidate à la présidentielle de 2007. Les deux adversaires ont fait preuve d’une mauvaise foi absolument incroyable.
Car s’il a bien quelque chose qui unit ces deux femmes, à défaut des convictions ou du souci des Français, c’est bien leur ego et leur culot. Ségolène Royal a bien du culot d’attaquer les irrégularités de certaines sections alors que certaines bizarreries électorales dans d’autres sections, notamment en Hérault et dans les Bouches-du-Rhône, ne semblent pas l’avoir désavantagée… Il est également proprement incroyable qu’elle ait refusé une direction bicéphale dans un tel contexte, comme elle l’a fait sur Canal Plus lundi, alors que c’était une voie d’apaisement. Son ego et son culot l’ont poussé à un chantage à la procédure judiciaire mesquin pour obtenir un second vote. Elle a joué au poker et a perdu, quitte à affaiblir le parti.
Mais le culot et l’ego de la maire de Lille ne sont pas moins grands. Elle a donc tenu bon jusqu’à la décision du Conseil National. Après tout, elle s’est maintenue pour la course au poste de premier secrétaire alors qu’elle n’était que troisième à l’issue du vote des motions, en éliminant un Bertrand Delanoë pourtant arrivé devant elle. Comme il est difficile d’imaginer le maire de Paris doté d’un ego moins important que celle de Lille, on imagine qu’il a moins de culot. Et du culot, Martine Aubry en démontre dans sa capacité à manœuvrer pour tenter de réunir tous les opposants à sa rivale et s’autoproclamer un peu rapidement première secrétaire alors que le scrutin est aussi serré et que tous les résultats n’étaient pas encore arrivés.
Que reste-t-il des beaux idéaux socialistes ? Les idées progressistes en économie se sont évanouies face à une abdication complète aux dogmes du marché, que quelques bons mots ne peuvent pas effacer. Les chefs ont montré leur vrai visage, celui d’une ambition brutale, agressive, parfois haineuse à l’égard de personnes qu’ils appellent pourtant camarades. Mais en plus, cette pantalonnade montre également que le parti est miné au mieux par une désorganisation crasse dans le comptage de ses votes, qui n’est pas digne du principal parti d’opposition du pays, ou pire, par des pratiques de bourrage des urnes dignes d’une république bananière.
Après cet épisode, il ne reste plus rien au Parti Socialiste : ni idées, ni chefs, ni même un semblant de crédibilité. Je souhaite bon courage à des militants souvent sincères. La France a définitivement besoin d’autres alternatives à l’UMP.
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25.11.2008
La France en retard d’un plan de relance
Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup depuis le début de la crise mais la réunion d’hier avec Angela Merkel révèle à nouveau les carences d’une présidence qui privilégie encore et toujours la communication sans rien véritablement régler.
Le moins que l’on puisse dire est que le couple franco-allemand est au point mort. Nicolas Sarkozy ne sait décidemment pas y faire avec la chancelière allemande. Elle obtient beaucoup (traité de Lisbonne identique au TCE, normes environnementales pour les constructeurs automobiles allemands ou Union pour la Méditerranée qui comprend toute l’Union Européenne) et lui pas grand-chose, à part la lumière des projecteurs. Encore une fois, la France et l’Allemagne se séparent sur un constat de désaccord puisque l’Allemagne refuse d’envisager un plan de relance plus ambitieux. Pourtant, aux Etats-Unis, Barack Obama préparerait un plan de 700 milliards de dollars, qui serait le plus important depuis le New Deal. En Grande-Bretagne, Gordon Brown annonce une baisse de la TVA de 2,5 points, qui va coûter la bagatelle de 15 milliards d’euros et devrait présenter un plan total de 24 milliards.
L’Allemagne a, il est vrai, annoncé un petit plan de relance, mais la plupart des économistes le jugent très timide, eu égard à la bonne situation des finances publiques allemandes. En revanche, l’Espagne a annoncé un plan de relance plus ambitieux, notamment basé sur des dépenses d’investissements. Nicolas Sarkozy n’a pour l’instant pas fait grand chose. En fait, le président a grillé une partie de ses cartouches avec le « paquet fiscal », qui a démontré son inefficacité puisque la croissance Française en rythme annuel reste équivalente à celle de nos voisins. On attend encore et toujours un véritable plan qui permettrait d’amortir la crise, et pas des effets d’annonce démagogiques et inapplicables comme le suivi des emprunts aux PME que les préfets se sont vus chargés de faire tous les mois et dont on se demande comment ils pourront le faire, que ce soit d’un point de vue agenda ou compétences…
Il y a en revanche un point intéressant dans le sommet franco-allemand : la dénonciation du plan anglais de baisse de la TVA. Cette mesure, qui est pourtant la colonne vertébrale du plan Brown, est une fausse bonne idée. Relancer la consommation par la baisse des prix peut être séduisant, mais cela a deux immenses limites. D’une part, la relance de la consommation peut se faire sur des produits importés, ce qui ne relancera pas l’économie anglaise. Pire, devant la hausse plus limitée des prix, les entreprises pourraient limiter encore davantage la hausse des salaires. Concrètement, imaginons que cette mesure fasse baisser l’inflation de deux points. Il est possible que les entreprises, dans un contexte aussi difficile, réduisent également les augmentations de salaires de deux points, dans un jeu à somme nulle pour le consommateur, mais bien cher pour le budget britannique…
Qui plus est, il est toujours difficile de revenir sur des baisses d’impôt. Résultat, la perte de recettes pourrait bien se révéler permanente. Car comment le Trésor britannique pourra passer une hausse de la TVA dans deux ans si le contexte économique ne s’est pas très nettement amélioré ? Cela représenterait un coup d’arrêt brutal à l’éventuelle relance, ou, pire, ne permettrait pas à l’économie de sortir du marasme si elle y est toujours plongée, ce que l’on ne peut pas exclure. Les baisses d’impôt ne représentent sans doute pas la solution à la crise et montrent un dangereux tropisme libéral qui montre bien que rien n’a vraiment changé malgré la crise. La solution passe beaucoup plus par des programmes d’investissements publics additionnels, qui stimuleront l’économie et l’emploi dans le secteur sinistré du BTP, tout en ne représentant pas des engagements financiers permanents pour l’Etat. En outre, certains investissements (notamment dans les économies d’énergie) rapporteront de l’argent dans le futur.
Les réponses à la crise de beaucoup de dirigeants et de Nicolas Sarkozy en particulier montrent une incompréhension sidérante des mécanismes économiques. Les milliards pleuvent de manière désordonnée, sans grande réflexion, et en suivant le même logiciel qui nous a mené dans le mur.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/24/04001-20...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : plan de relance, nicolas sarkozy, angela merkel, barack obama, gordon brown
24.11.2008
Le scandale Tapie : et si l’Etat ne lui devait pas un centime ?
Et si nous étions trop indulgents à l’égard de Bernard Tapie ? Si une majorité de Français est assez sévère avec le choix de la procédure et le montant de l’accord, en revanche, presque personne ne remet en cause le bien-fondé pourtant très contestable de toute cette affaire.
Bernard Tapie est formidable. Il se fait passer pour une pauvre victime, victime du Crédit Lyonnais qui a tiré les bénéfices de son investissement dans le Crédit Lyonnais à sa place, et victime d’une procédure judiciaire qui a duré quinze années. Pourtant, il faut tout de même rappeler que c’est lui-même qui a déclenché la procédure en 1995, plus de deux ans après la vente d’Adidas, suite au rachat de l’entreprise par Robert Louis-Dreyfus avec un confortable bénéfice pour le Lyonnais, qui avait plus que doublé sa mise en moins de deux années. Un simple rappel des faits montre à quel point la demande de l’ancien ministre de François Mitterrand est extravagante.
En juillet 1990, Bernard Tapie rachète Adidas pour 1,6 milliards de francs, qu’il emprunte intégralement auprès d’une filiale du Crédit Lyonnais, alors entreprise publique. À l’époque, l’entreprise se porte mal, elle perd de l’argent et se fait tailler des croupières par Nike et Reebok. Si Bernard Tapie démarre la restructuration de l’entreprise, il faut noter que deux ans après sa prise de contrôle, Adidas bat un record avec 500 millions de perte sur la seule année 1992, sanctionnant la gestion déficiente de celui qui est alors également ministre de la ville. Le groupe Tapie, qui a eu les yeux plus gros que le ventre, donne donc fin 1992 un mandat à sa banque, le Crédit Lyonnais, pour vendre Adidas pour 2 milliards (le prix de vente augmenté des intérêts financiers pour que l’opération soit blanche).
Il faut noter qu’il est déjà ambitieux de vouloir vendre Adidas plus cher qu’il ne l’a racheté alors que la conjoncture s’est retournée entre temps, que les bourses ont baissé, et que l’entreprise enregistre son pire résultat en 1992, avec des pertes abyssales. Un mois avant la défaite de la gauche aux législatives, mi-février 1993, un accord est trouvé avec un groupe d’investisseurs derrière lequel se cache en fait le Crédit Lyonnais. Quand on met l’ensemble de ces faits bout à bout, on peut sans doute davantage soupçonner que l’entreprise publique a payé sur le moment plus cher qu’elle ne l’aurait dû plutôt que pas assez cher… Après tout, l’entreprise publique ôte une sérieuse épine du pied du ministre sur lequel François Mitterrand compte pour détruire Michel Rocard aux élections européennes de 1994.
Robert Louis-Dreyfus prend la direction de l’entreprise début 1993 et se révèle être un patron particulièrement efficace puisqu’il en redresse tellement rapidement les résultats qu’il se permet de racheter Adidas 700 millions d’euros fin 1994 aux investisseurs qui l’avaient acheté 315 millions début 1993. Un an après, Adidas est valorisé 1,68 milliards lors de son introduction en bourse. C’est après la transaction de fin 1994 que Bernard Tapie se réveille et demande une part du gâteau au Crédit Lyonnais, qui vient de réaliser un beau bénéfice. Cette demande est encore plus aberrante que celle d’un propriétaire qui aurait vendu son appartement et qui demanderait au vendeur de partager les bénéfices qu’il a fait en vendant deux ans après ! Pire, dans le cas présent, la hausse de la valeur est la conséquence de la gestion de M.Louis-Dreyfus. Enfin, le Crédit Lyonnais n’a pas cherché à récupérer une partie des bénéfices fait par ce dernier lors de l’introduction en bourse, réalisée moins d’un an après la vente d’Adidas…
La réalité de cette affaire est doublement choquante : outre la procédure choisie et le montant incroyable de l’indemnité versée à Bernard Tapie, sans doute sous les auspices de l’Elysée, il n’y avait probablement même lieu de lui verser le moindre centime.
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bernard tapie, adidas, crédit lyonnais, françois mitterrand
23.11.2008
Contre l’extension du travail le dimanche
Cette semaine, 48 députés de la majorité ont publié une tribune dans le Figaro pour s’opposer au projet du gouvernement d’étendre le travail du dimanche. Une brèche bienvenue dans un projet gouvernemental à la fois survendu d’un point de vue économique et gênant d’un point de vue humain.
Il est heureux qu’un groupe si important de députés aient pris l’initiative de s’opposer à Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand. Le président de la République et le ministre du travail vendent aujourd’hui cette réforme comme le remède miracle pour relancer l’économie. Laisser travailler les Français le dimanche permettrait d’augmenter la consommation et donc de sortir de la crise. En outre, cela permettrait de lever un frein choquant à la liberté du travail… Cette petite musique n’est pas nouvelle. C’est celle qui avait accompagné la loi TEPA qui avait instauré l’exonération de charges sociales. Cette loi devait permettre de faire passer la croissance de la France de 2 à 3%. Résultat, malgré le meilleur résultat sur le dernier trimestre, la croissance annuelle de la France reste inférieure à celle de l’Allemagne ou l’Espagne…
Car le moins que l’on puisse dire est que les raisonnements économiques du gouvernement sont faciles à mettre en doute. Les députés de l’UMP ne s’en privent pas et soutiennent que l’extension du travail le dimanche n’augmentera pas la consommation et ne créera pas d’emploi. En effet, on ne voit pas comment une plus grande ouverture des commerces le dimanche pourra augmenter la consommation. Cette consommation ne fera que se répartir de manière différente, sans augmenter. En outre, comme le travail le dimanche coûte beaucoup plus cher, l’extension du travail dominical pourrait même détruire des emplois, comme l’indique l’étude citée par le Figaro qui évoque la destruction de trois emplois de semaine pour la création d’un travail le dimanche.
Mais outre le manque d’efficacité économique de cette mesure, l’extension du travail du dimanche pose un véritable problème humain. Bien sûr, beaucoup de personnes travaillent déjà le dimanche. Mais cela ne justifie pas d’étendre le travail dominical. Est-il si gênant d’avoir une pause commerciale dans la vie des hommes ? N’est-il pas souhaitable que nous ayons un moment dans la semaine qui puisse être consacré à autre chose qu’acheter ? En outre, travailler le week-end impose des contraintes pas toujours évidentes aux ménages avec enfants, qui doivent faire garder leur progéniture.
Il y a plus d’un siècle, la limitation du travail dominical avait représenté un véritable progrès humain. Aujourd’hui, par dogmatisme libéral et marchand, certains veulent en partie revenir sur cet acquis de civilisation. Merci à ces 48 députés de s’y opposer.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/11/21/01002-2008112...
17:40 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, bertrand, dimanche
22.11.2008
Tragi-comédie socialiste
Décidemment, il est difficile de prévoir ce qui va se passer au Parti Socialiste. Alors qu’elle avait eu du mal à attirer les voix qui s’étaient portées sur Bertrand Delanoë, Martine Aubry a réussi à séduire 70% des partisans de Benoît Hamon pour l’emporter.
Mais, comme le souligne le Monde, « le PS ne pouvait imaginer un final plus exécrable » tant l’écart de 42 voix seulement (0,04%) qui sépare la maire de Lille de Ségolène Royal consacre la fracture du parti. En outre, cela provoque des contestations et des accusations de fraude qui ne vont pas améliorer l’image d’un parti qui semble plus que jamais décidé à s’autodétruire quand on entend ce que les uns disent sur les autres. Les partisans de la candidate de 2007 accusent ceux de Martine Aubry de fraude dans les fédérations du Nord et de Seine-Maritime. À l’inverse, le camp vainqueur réplique en pointant les résultats de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône. Le Monde se permet même d’évoquer des pratiques de république bananière « fausses cartes de membres, électeurs fantômes, personnel municipal artificiellement encarté ». Le Parti Socialiste tombe finalement encore plus bas que ce que l’on pouvait imaginer.
En plus, la victoire étriquée de Martine Aubry est sans doute le pire scénario qui pouvait arriver. Une victoire de Ségolène Royal contre tous aurait donné à la candidate de 2007 de l’autorité pour diriger le vieux parti jusqu’en 2012 et pousser les éléphants vers le cimetière avec la bénédiction des éléphanteaux. Une victoire nette de la maire de Lille l’aurait mise en position de se présenter en 2012 et aurait calmer les ardeurs de sa rivale, même si on ne pouvait exclure que son alliance hétéroclite n’explose. Mais là, même si Martine Aubry devient première secrétaire, rien n’est réglé. Ségolène Royal pourra toujours caresser l’ambition d’être à nouveau candidate en 2012. Et le camp du « Tout Sauf Ségolène » va se demander s’il a choisi le bon cheval pour battre la présidente de la région Poitou-Charentes, ce qui pourrait aiguiser des ambitions qui n’ont pas besoin de l’être…
Décidemment, le Parti Socialiste semble vouloir donner la pire image de lui-même. La victoire étriquée du TSS et des éléphants sera désespérante pour ceux qui souhaitaient que le Parti Socialiste se rénove. C’est la victoire du statut quo jospiniste, mais une victoire tellement petite qu’elle ne règle rien. Nicolas Sarkozy et François Bayrou doivent bien rire devant l’état de décomposition avancée du parti qui est encore le premier parti d’opposition. Le Parti Socialiste ressemble à un Titanic suicidaire qui se jette sur les icebergs pour tester la solidité de sa coque, l’adhésion des Français. Le Monde propose sans doute une solution qui permettrait de sortir par le haut : une association en bonne et due forme de Ségolène Royal à la future direction. Cela permettrait de sortir de cette crise la tête haute, même s’il faut reconnaître que rien ne serait réglé sur le fond tant la marmite socialiste est amenée à bouillir d’ici 2011.
Il ne doit pas être facile d’être militant socialiste aujourd’hui. Entre des leaders essentiellement préoccupés par leur ambition et l’absence totale de retenue dont ils font preuve pour se critiquer en public, il ne serait pas étonnant que leur nombre suive la chute du parti.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/22/...
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21.11.2008
Bienvenue à l’ORTF !
Nicolas Sarkozy aime bien se présenter comme une pauvre victime des critiques injustes des médias. S’il est vrai qu’une partie non négligeable lui est opposée, ce n’est pas le cas de tous, notamment des plus gros. Mais surtout, il met tout en place pour renforcer sa mainmise.
Il suffit de voir Frédéric Lefebvre parader en expliquant sa vision très précise de ce que devrait être la tranche horaire 18-20 heures de France 2 pour voir la dérive de l’équipe au pouvoir. Le conseiller du prince, préconise une succession de trois émissions : un talk show avec Laurent Ruquier, une émission politique avec Eric Zemmour et une émission culturelle avec Michel Field. Le député des Hauts de Seine se comporte comme s’il était à la fois ministre de la communication et président de l’ORTF, pardon, de France Télévisions. Depuis des mois, il critique l’arrivée de Julien Courbet sur le service public, dans une attaque ad hominem inédite depuis bien longtemps de la part du monde politique. En cela, il s’inscrit dans la droite ligne de Thierry Saussez, conseiller à l’Elysée, qui avait expliqué vouloir créer une émission d’une demi-heure sur le service public pour la propagande, pardon, la communication, du gouvernement.
Mais ces dérives ne sont que la face cachée de l’iceberg. François Bayrou avait bien raison de demander l’interdiction pour les groupes dépendant de commandes publiques de posséder des médias, par le conflit d’intérêt permanent que cela peut provoquer. Et malheureusement, ce mélange des genres dépasse toutes les limites connues précédemment puisque Nicolas Sarkozy et son gouvernement applique une à une toutes les demandes des chaînes privées et de TF1 en particulier. Il supprime la publicité sur le service public, tout en augmentant sa durée sur les chaînes privées qui pourront ainsi récupérer directement les sommes perdues par le service public… Pire, la compensation financière pour France Télévisions est sans cesse rabotée, ce qui ne devrait pas l’aider dans sa lutte avec TF1 : les députés viennent ainsi de réduire les taxes sur les chaînes privées, qui auront donc le beurre, l’argent du beurre et la crémière à partir de 2009.
Enfin, alors que le gouvernement avait annoncé lors de la réforme de la Constitution qu’il allait améliorer le système du partage du temps de parole, rien n’est fait. La règle de la Cinquième République est un partage en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, sachant que le président ne dépassait rarement les 2% du temps de parole politique. Le problème est que Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart du temps de parole politique national, laissant les trois quarts restants se diviser en trois. C’est ainsi que trois-quarts du temps de parole est consacré à la majorité et seulement un quart pour l’opposition (et encore, Jack Lang est considéré dans l’opposition…). Ce partage pose bien sûr un grave problème démocratique puisqu’il revient à bâillonner une grande partie de l’opposition, du moment où le PS conserve le gros de ce quota.
75% du temps de parole politique, un service public mis sous la coupe financière d’un Etat plus interventionniste que jamais, un président qui favorise outrageusement certains de ses amis et appelle les rédactions pour signifier son mécontentement. Et si l’ORTF était finalement plus ouverte ?
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008...
http://www.lejdd.fr/cmc/media/200845/france-2-lefebvre-fa...
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