31.12.2008
Le président qui se croyait à Hollywood
Nicolas Sarkozy vient tout juste de terminer ses deuxième vœux présidentiels, près de 20 mois après son élection à la présidence. Lors de ce bilan au tiers de son mandat, il s’est voulu grave et s’est fait l’avocat de la réforme pour traverser la crise, dans la solidarité.
Une forme très travaillée
À dire vrai, l’introduction des vœux offrait déjà une première indication significative. Pour « moderniser » cette tradition présidentielle, l’équipe communication de l’Elysée a imaginé un beau plan séquence sur la Tour Eiffel très cinématographique. L’autre grand changement consistait à faire ses vœux debout au lieu de les faire assis. Bref, alors que l’on attend du président de la République des réponses de fond, il se concentre sur des détails de forme coûteux ou inutiles. Il a adopté un ton plus grave et calme que d’habitude, mais cela ne faisait pas toujours très naturel.
La réforme pour surmonter la crise
Nicolas Sarkozy s’est fait l’avocat de la réforme, qui doit permettre l’émergence « d’un monde nouveau ». Il a souligné que « la crise nous oblige à changer plus vite » et a égrené les nombreuses réformes qu’il compte entreprendre l’an prochain : administration territoriale, lycée, hôpitaux... Mais, conscient que les difficultés actuelles sont graves, il a commencé son intervention par une évocation assez longue de ceux qui souffrent et sont en difficulté et a appelé à la solidarité.
L’ego, toujours l’ego
Même si le ton était plus modeste, il n’a pas pu s’empêcher de se vendre en soulignant ses nombreuses réussites comme président de l’Europe (Union pour la Méditerranée, Géorgie, paquet énergie ou gestion de la crise) et a affirmé avoir évité l’immobilisme comme le chacun pour soi. Une présentation très flatteuse de la réalité… De même, il a affirmé avoir agi pour « moraliser le capitalisme des excès qui vous ont choqué à juste titre », alors que dans les faits, la réforme se limite au code de bonne conduite optionnel du Medef.
Bizarrement, en voyant Nicolas Sarkozy, c’est un peu Jacques Chirac qui transparaissait ce soir, ou plutôt un acteur qui cherchait à sonner comme le précédent président, mais dont la gravité et la compassion semblaient beaucoup trop jouées pour être réelles. Et il n’avait rien de nouveau à dire.
20:26 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, voeux, crise
2017, ou le grand choc qui transforma le capitalisme
À partir du 1er janvier et pour quelques jours, je vous propose un petit exercice de politique-fiction qui vous fera faire un bond de 9 ans. Nous serons début 2018. Le capitalisme viendra tout juste de connaître une nouvelle et violente crise, appelé « Le grand choc ». Mais, contrairement aux crises précédentes, celle-ci provoquera une remise en question profonde, comparable à celle de 1929. Vous trouverez donc une série d’articles résumant les évènements politiques et économiques des dix dernières années.
J’en ai ressenti le besoin suite à quelques échanges avec RST et Yann à propos des évènements à venir. Je me suis donc dit que le meilleur moyen de clarifier ma vision de l’avenir était d’écrire une sorte de scénario des prochaines années, qui pourra alors mieux expliciter ma pensée.
Naturellement, cette série d’articles n’a pas vocation à prévoir précisément ce qui va se passer dans les années à venir. Mais ce n’est pas un pur exercice de style également. Il s’agit en fait d’un exercice de réflexion sur ce qui se passe aujourd’hui et les conséquences que cela pourrait avoir demain. J’espère que vous prendrez autant d’intérêt à le lire que j’en prends à l’écrire.
Avant de commencer cette série demain matin, vous trouverez ce soir dès 20h30 un compte-rendu de l’intervention présidentielle.
J’en profite également pour vous souhaiter une très bonne année 2009 avec un peu d’avance et vous remercie pour votre lecture de plus en plus importante du blog.
10:56 Publié dans Actualités, Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
30.12.2008
Le Président qui voulait être tout et qui n’était pas grand-chose
La campagne de 2007 avait vu le candidat Nicolas oser une fusion inédite entre son discours libéral, droitier et conservateur, qu’il tenait depuis 2002 comme avocat de la rupture, et le discours gaulliste et républicain d’Henri Guaino. Curieusement, le président Sarkozy ne semble pas vouloir sortir de l’ambiguïté.
Un président qui s’adresse à tout le monde
Nicolas Sarkozy a le don de dire ce qui plaît à toutes les cibles de l’électorat. Il sait fustiger les excès des patrons qui délocalisent ou suppriment des postes quand il se déplace à Gandrange. Mais il pense également parler aux patrons quand il dénonce la judiciarisation du monde des affaires. Il prétend faire l’ouverture en débauchant quelques mercenaires centristes ou « socialistes », mais il est le président de la République qui a conservé le lien le plus fort avec son ancien parti, dont il réunit les dirigeants deux fois par semaine, restant de facto son patron.
Mais cette stratégie de communication repose plus sur des postures que des faits. Certes, il fustige les excès du néolibéralisme dans des termes plus fort qu’une bonne partie de l’opposition, dénonçant les patrons voyous et appelant à un nouveau Bretton Woods et des changements radicaux. Mais dans les faits, il accepte le simple code de bonne conduite optionnel du Medef sur les parachutes dorés. Bref, le président se contente de prendre des postures électoralement valorisantes en fonction du vent de l’opinion. Si demain le vent tourne en faveur du libéralisme, il fera comme les radicaux en leur temps et suivra le vent.
Une stratégie de vide électoral
Mais cette stratégie d’être tout pour tout le monde et tous les jours a une logique : celle de la terre brûlée. Nicolas Sarkozy a sans doute compris que l’on ne gagne pas uniquement sur ses forces mais aussi en affaiblissant l’adversaire, voir en éliminant les plus dangereux. C’est ainsi qu’il s’efforce d’éliminer politiquement Dominique de Villepin depuis trois ans, en soutenant en sous-main le CPE, en portant plainte dans l’affaire Clearstream ou en recrutant Bruno Le Maire. C’est pourquoi il s’efforce d’affaiblir François Bayrou, en soutenant la création du Nouveau Centre et en soutenant un ancien socialiste à Pau.
Nicolas Sarkozy ne souffre aucune contestation et entretient une discorde qui n’en a guère besoin au Parti Socialiste en débauchant quelques mercenaires et en ayant éloigné son plus dangereux rival, Dominique Strauss-Kahn, au FMI. La réforme de l’audiovisuel est l’ultime pièce de l’édifice puisqu’elle représente une énorme manne financière pour les télévisions privées, tout en renforçant grandement la dépendance du Service Public vis-à-vis du pouvoir, tant financièrement que par le pouvoir de nomination ou de révocation.
Qu’en restera-t-il en 2012 ?
Mais le calcul du président a beaucoup de limites. La première est que la faiblesse de l’opposition n’est qu’apparente. Pour l’instant, le manque de présence du Modem et le processus d’autodestruction du Parti Socialiste permettent au président de donner le change : aucun rival ne semble s’imposer pour l’instant. Mais les très mauvais résultats électoraux de l’UMP devraient l’inquiéter. Dès qu’il y a une alternative, les Français semblent vouloir s’en saisir, lors des municipales ou des législatives partielles. Et en 2012, les Français auront de véritables alternatives (notamment François Bayrou) et ils auront envie de changer.
Car que restera-t-il de Nicolas Sarkozy en 2012 ? C’est là sa deuxième limite : le président ne pourra plus vendre sa rupture et des slogans comme « le président du pouvoir d’achat » et « travailler plus pour gagner plus ». En 2012, il se battra sur son bilan, qui est parti pour être bien maigre. Car, par-delà le bruit médiatique quotidien qui peut donner l’impression d’un président toujours sur la brèche, le bilan concret pour les Français est mince. Beaucoup de réformes (réforme des Institutions, réforme de l’audiovisuel…) ne se traduisent pas par des conséquences très concrètes…
Résultat, en 2012, le bilan de ce quinquennat risque d’apparaître comme un peu léger par rapport au discours toujours auto satisfait du président, dont chaque décision ou déclaration a tendance à être accompagnée d’un adjectif comme « historique ». La réalité est que Nicolas Sarkozy brasse beaucoup de vent et qu’en 2012, quand les Français se poseront la question de lui accorder un deuxième mandat, son bilan sera limité et son image complètement brouillée par de multiples déclarations contradictoires. Et cette prise de conscience n’aura sans doute lieu que tardivement, lors de la campagne, comme en 1981.
Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup, ce qui lui permet de multiplier les postures populaires, ce qui dresse un brouillard verbal sur une réalité peu reluisante. Si ce brouillard ne se dissipe que lors de la campagne de 2012, le choc sera alors brutal pour un président manquant gravement de recul.
10:27 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, présidentielles, 2007, 2012, rupture, bayrou
29.12.2008
La nouvelle faute d’Israël en Palestine
C’est pendant les fêtes de fin d’année qu’Israël a décidé de lancer une vaste opération dénommée « plomb durci » contre des objectifs du Hamas à Gaza. L’opération aurait déjà fait plus de 300 victimes selon les autorités palestiniennes.
Israël a justifié son intervention, la plus violente depuis longtemps, par la fin, le 19 décembre, de la trêve acceptée par le Hamas six mois plus tôt et le tir de plus de deux cents roquettes et obus de mortier sur Israël en seulement dix jours. Cette intervention pourrait n’être que la première étape d’une opération beaucoup plus importante qui pourrait comporter une opération terrestre sous peu. Bien sûr, la position d’Israël n’est pas facile. Le pays a essuyé des guerres et est entouré de voisins dont certains lui dénient même son existence, mais cette nouvelle escalade de la part de l’Etat hébreu accentue encore la responsabilité d’Israël dans la perpétuation du conflit.
Car le comportement d’Israël ne fait que mettre de l’huile sur le feu et entretenir le cercle vicieux de la violence dans la région. Des décennies de conflit montrent que ce ne sont pas de telles opérations qui font faire cesser la violence à son égard et qu’elles ont au contraire toutes les chances de l’accentuer, accélérant le cercle mortel de la violence. De tels bombardements sont du pain béni pour le recrutement de terroristes et entretiennent le climat d’oppression dans lequel les palestiniens vivent.
Bien sûr, le Hamas soutient le terrorisme contre Israël, mais l’Etat hébreu ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans le comportement de la partie la plus extrémiste des palestiniens ? N’est-ce pas Israël qui s’est retiré de la région dominée par le Hamas, Gaza, au lieu de se retirer de Cisjordanie, dominée par le Fatah ? N’est-ce pas Israël qui asphyxie économiquement la Palestine ? N’est-ce pas Israël qui poursuit l’installation de colons en Cisjordanie et construit un mur qui empiète largement dans le territoire palestinien ? N’est-ce pas Israël qui n’a pas hésité à mettre le Liban à feu et à sang ?
Malheureusement, le comportement de l’Etat hébreu nourrit depuis trop longtemps le terrorisme palestinien plus sûrement que le fondamentalisme islamique. Tous les jours, la population palestinienne a des motifs de rébellion. Et même si la violence n’est pas la solution, comment ne pas comprendre que les méthodes d’Israël ne sont pas un perpétuel appel à la violence qui entretient un cercle vicieux sans issue. Il revient aux Etats-Unis et à l’Europe d’agir pour mettre fin à cette nouvelle escalade meurtrière.
En pleine campagne électorale, l’état hébreu se montre une nouvelle fois « sûr de lui et dominateur ». Plutôt que de chercher l’apaisement, il s’enferme dans une logique de violence qui ne fait que renforcer les comportements les plus extrêmes à son égard.
Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/12/28/is...
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/12/26/un...
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/12/27/la...
11:07 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : israël, palestine, hamas, fatah, terrorisme, gaza, cisjordanie
28.12.2008
Subprimes contre maison à 15 euros
La livraison de la première maison à 15 euros par jour n’a pas été accueillie avec un grand enthousiasme malgré le progrès social que peut représenter l’accession à la propriété des ménages modestes. Pourtant, ce dispositif montre bien la différence entre notre pays et celui des subprimes.
Bien sûr, les critiques habituels du gouvernement souligneront toutes les limites du dispositif de Christine Boutin. Ils pourront souligner que la maison Borloo (à cent mille euros) n’a pas fonctionné. Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, critique dans Le Monde, les « positions dogmatiques » du gouvernement sur l’accession à la propriété. Il souligne que ce sont les aides publiques qui permettent d’atteindre un tel coût et que l’emprunt peut durer quarante ans si l’on ajoute le terrain, comparant le programme gouvernemental avec la situation Espagnole.
Pourtant, on peut se demander si cette critique n’est pas exagérée. En effet, la comparaison avec la situation Espagnole est doublement abusive. En Espagne, le niveau des prix s’expliquait en bonne partie par un déséquilibre du marché immobilier. Ensuite, les difficultés des ménages à rembourser leurs emprunts viennent notamment de l’utilisation de prêts à taux variables, alors que dans ce cas, les taux sont fixes. Enfin, le dispositif Borloo a été victime de l’envolée du prix des matières premières, qui en a bouleversé l’équilibre économique. Enfin, le point sur la stabilité des revenus d’un ménage sur 10 ans est lui aussi abusif, puisque l’inflation devrait mécaniquement permettre une progression d’au moins 20%…
En revanche, on peut noter qu’un tel dispositif représente un vrai programme gouvernemental d’accession social au logement puisqu’il cible les ménages gagnant 1500 à 2000 euros par mois. Ce programme permet à ces ménages de bénéficier d’aides et d’échapper aux emprunts à taux variables ou punitifs que les banques pourraient leur proposer. En cela, il représente un progrès par rapport au programme du candidat Sarkozy, qui défendait alors des subprimes à la Française…
Aux Etats-Unis, les ménages modestes se voyaient proposer des prêts à taux variables, avec des premières mensualités artificiellement réduites pour les attirer dans un piège financier contre lequel les banques s’assuraient… En France, les ménages modestes disposent maintenant d’un programme gouvernemental d’accession à la propriété dont le coût est adapté à leurs revenus (moins de 30%). La différence entre les deux pays nous fait honneur.
Bien sûr, on pourra toujours trouver des disfonctionnements dans le dispositif proposé, mais beaucoup de critiques semblent injustes ou terriblement biaisées. Cette initiative est un pas dans la bonne direction, qu’il convient sans doute d’encourager et d’aider à améliorer.
Source : http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2008/12/23/maison-...
11:03 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : maison à 15 euros, christine boutin, nicolas sarkozy, subprimes
27.12.2008
Ils sont en train de sauver le système sans le changer !
La crise financière de 2008 restera dans les annales de l’histoire économique. En revanche, contrairement à celle de 1929, qui avait provoqué une réflexion de fond sur les processus économiques, il est fort possible que celle-ci se conclue (à court terme) par une absence totale de réforme du système.
La cavalerie, à l’échelle de l’économie mondiale
La gigantesque escroquerie de Bernard Madoff, qui payait des intérêts exorbitants en utilisant les versements en capital de ses investisseurs est un cercle vicieux qui revient à utiliser un argent que l’on a pas vraiment : on l’appelle cavalerie. Malheureusement, on peut se demander s’il n’y a pas une analogie avec ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. Alors que les dirigeants expliquaient encore il y a six mois qu’il n’y avait pas d’argent pour financer tel ou tel projet, ils déversent aujourd’hui des milliards comme si les billets poussaient désormais sur des arbres.
Les gouvernements européens ont ainsi mis en place une garantie bancaire de plus de 1000 milliards d’euros. Ils ont également dépensé des dizaines de milliards pour recapitaliser de nombreux établissements. Et un plan de relance de plus de 100 milliards a déjà été mis en place. Aux Etats-Unis, après les 700 milliards du plan Paulson et les 100 milliards du plan de relance de Georges Bush, on parle de 500 à 1000 milliards pour un plan Obama. Mais ce sont les banques centrales qui sont les plus actives : 2000 milliards d’actifs rachetés par la Fed, environ 1000 milliards pour la BCE et une baisse des taux.
La relance de l’endettement, la solution de facilité
Alors que la crise actuelle est une crise issue d’un excès d’endettement, partout dans le monde, les autorités cherchent à soutenir le crédit et cherchent à relancer l’activité par l’endettement. C’est exactement ce que le monde a fait après l’explosion de la bulle Internet, et qui nous a conduit à une crise encore plus violente aujourd’hui. Et comme la situation est plus grave, les moyens utilisés sont encore plus grands. Mais le parallèle avec la précédente crise économique est inquiétant. Ne sommes-nous pas en train de préparer la prochaine crise économique ? Les Etats ne seront-ils pas trop affaiblis pour l’affronter ?
Il est vrai cependant qu’il peut sembler moins dangereux de soutenir la finance en baissant les taux, recapitalisant les banques et en rachetant leurs actifs pourris. Cela permet d’amortir la réduction temporaire de l’effet de levier (réduction des actifs par rapport au capital) car cette réduction de l’effet de levier a un puissant effet dépressif sur l’activité. Bref, il semble moins dangereux de limiter le dégonflement de la bulle financière pour protéger l’économie réelle des conséquences peut-être difficilement maîtrisables d’un dégonflement plus brutal, fût-ce au prix d’un endettement massif.
Une autre voie était-elle possible ?
Mais cette voie n’est pas sans danger, pour deux raisons. Tout d’abord, elle laisse les institutions publiques lourdement endettées. Que se passera-t-il si les banques centrales ne peuvent pas nettoyer leur bilan avant la prochaine crise ? Les Etats ne sont-ils pas en train d’hypothéquer leur capacité financière pour les années à venir, dans une forme d’asservissement de la collectivité au monde de la finance ? En fait, il apparaît clairement que le système financier néolibéral n’est pas sur le point d’être changé, mais qu’il est simplement sauvé par une injection d’argent public.
Pourtant, une autre voie était sans doute possible. Pour être honnête, ce chemin était sans doute plus difficile car différent de ce qui avait été fait avant. Cette voie aurait consisté à accélérer la baisse de l’effet de levier au lieu de l’amortir (hausse des ratios prudentiels, taxation et encadrement des mouvements de capitaux, limitation des pratiques spéculatives, sans doute nationalisation partielle des banques…) de manière à dégonfler radicalement la bulle financière et limiter sa capacité de nuisance sur l’économie réelle. Pour compenser l’effet dépressif d’une telle décision, il aurait fallu inverser les sommes investies et donner la priorité à l’économie réelle sur la finance.
Bien sûr, un tel choix représente en partie un saut dans l’inconnu. Mais aujourd’hui, nous ne faisons que répliquer en plus fort les choix de 2001 et nous savons ce à quoi ils nous ont mené sept ans après. Il ne faut pas sauver le système, il faut le changer, tout en protégeant les citoyens des conséquences.
11:00 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, crise financière, madoff, paulson, bce, fed, effet de levier
26.12.2008
Le néolibéralisme est-il immoral ?
De nombreux auteurs, critiques vis-à-vis du néolibéralisme, soutiennent que ce système économique est amoral puisqu’il ne repose que sur le profit et l’égoïsme individuel. On peut se demander si la crise économique actuelle ne démontre pas qu’il est même complètement immoral.
Privatisation des profits, collectivisation des pertes
C’est ainsi que la revue ultralibérale The Economist a résumé l’intervention des Etats à l’automne. Et après tout, comment ne pas être choqué par le fait que des patrons de banques soient renvoyés avec des parachutes dorés de plusieurs dizaines de millions de dollars, que leurs banques soient secourues à coup de dizaine de milliards de dollars alors que plusieurs millions de ménages Américains ont perdu leur maison ou leur emploi, voire les deux. D’une part, les plus puissants peuvent faire des erreurs : les patrons partent avec de quoi assurer la vie de leur descendance sur plusieurs générations et les entreprises sont secourues par les autorités. De l’autre, les ménages subissent une double peine : la perte de leur maison et les impôts qu’ils devront acquitter pour sauver les banques qui les ont expropriés !
De nombreux auteurs comme Robert Reich ont qualifié le capitalisme d’amoral puisqu’il est seulement dirigé par la quête du profit. Mais ce qui arrive aux Etats-Unis va plus loin. Pour pousser les ménages modestes à devenir propriétaires, les banques ont conçu des emprunts particulièrement dangereux, avec des mensualités réduites les premiers mois et des taux variables, qui représentaient de véritables bombes à retardement financières. Le problème est que si les banques faisaient courir un immense risque à ces ménages elles pensaient s’assurer contre tout risque par la titrisation ou les assurances contre les impayés. L’asymétrie du système est moralement difficilement acceptable.
Mais loin d’avoir disparu, le risque était seulement devenu invisible, découpé dans de multiples placements que les banques se vendaient les unes aux autres. Pire, alors que personne ne vient au secours des ménages qui ont perdu leur maison, les autorités ont été contraintes d’aider les banques fautives pour éviter que le système financier ne s’effondre totalement et que les épargnants ne perdent l’argent mis de côté. Il y a un immense problème moral à voir les ménages Américains perdre leur maison mais contraints, par leurs impôts, d’aider des banques dont les dirigeants ont été grassement rémunérés à construire un système qui a conduit à des millions d’expropriations et ne doit sa survie qu’à l’injection massive d’argent public.
Un système déresponsabilisant
Le système néolibéral actuel est profondément déresponsabilisant. Les patrons des institutions financières tirent un tel profit à court terme de leurs excès que même leur renvoi n’est qu’une sanction bien douce par rapport à ce que subissent les millions de ménages qui ont perdu leur maison ou leur emploi. De même, les plans d’aide aux banques posent un immense problème d’aléa moral. Parce qu’elles sont vitales pour l’activité économique et que leur chute entraînerait des conséquences économiques encore pires, il n’est pas possible de les laisser faire faillite. Par conséquent, l’Etat est de facto contraint de couvrir leurs mauvaises décisions, fut-ce au prix de centaines de milliards !
Les leçons de la crise sont inquiétantes à ce titre : seule Lehman n’a pas été secourue. Les comportements dangereux des banquiers ne risquent-ils pas d’être encouragés par cette nouvelle crise ? Après tout, s’il y avait un nouveau krach financier dans cinq ou dix ans, tout le monde sait que les gouvernements seraient à nouveau obligés d’intervenir pour éviter un effondrement encore plus brutal. Cet état de fait pose la question du statut du secteur bancaire aujourd’hui. Parce qu’elles sont trop grosses pour faire faillite, l’Etat et donc la collectivité sont caution solidaire de facto des banques. Ne faut-il pas alors nationaliser le secteur ? Ou, ne faut-il pas limiter drastiquement leur taille pour éviter les risques systémiques ?
Mais le système n’est pas seulement déresponsabilisant pour les individus ou les entreprises. Il l’est également pour les Etats. Il y a quand même quelque chose de paradoxal à voir l’Allemagne frappée par la crise avant même les Etats-Unis. D’une part, un pays aux finances publiques en quasi-équilibre, des ménages peu endettés, des prix de l’immobilier stables depuis dix ans. De l’autre, un pays qui cumule les déficits, dont les ménages croulent sous les crédits et n’épargnent plus et connaissant une bulle immobilière totalement exubérante et irrationnelle. Et pourtant, la crise du second entraîne le premier dans une crise non moins violente. Un minimum de justice aurait supposé que la crise touche beaucoup plus les Etats-Unis que l’Allemagne.
Cette crise montre les immenses limites du système économique actuel. Il est injuste puisqu’il protège les plus forts et fait souffrir les plus faibles. Il est injuste parce que les travers de quelques-uns frappent aussi violemment les responsables que ceux qui ont su rester à l’abri de tous ces excès.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, crise financière, capitalisme, robert reich
25.12.2008
Grande ou petite dépression ?
Depuis trois mois, l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques domine l’actualité. Les comparaisons avec la Grande Dépression des années 30 fleurissent, sans pour autant que la situation ne soit la même. Alors, va-t-on juste affronter une récession plus dure que d’habitude ou quelque chose de plus grave ?
Pourquoi on peut craindre une dépression sévère
Il faut être clair : le monde occidental affronte sa crise économique la plus sévère depuis les années 30. Les dernières prévisions pour le quatrième trimestre sont tout bonnement catastrophiques. L’INSEE annonce une baisse du PIB Français de 0,8%, soit un recul de 3,2% en rythme annuel. Les chiffres devraient être pires aux Etats-Unis puisque le chiffre pourrait atteindre 4 à 5%. Les premières prévisions pour le début de l’année 2009 ne sont guère plus réjouissantes… Même la Chine semble touchée puisque ses exportations reculent de 2% en rythme annuel (pour une baisse des importations de 18%).
Pire, le scénario d’une dépression à la Japonaise semble se mettre en place quand on voit à quelle vitesse l’inflation diminue. Cet été, la hausse des prix était de 5% aux Etats-Unis et 4% dans la zone euro. En novembre, elle est tombée respectivement à 1,1 et 2,1%, plus très loin de la déflation. Et cette baisse des prix devrait se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, vu que le pic du prix des matières premières a été atteint mi-2008. Il y a donc tout lieu de penser que les prix seront en baisse de 1 à 2% mi-2009, ce qui, avec la baisse de l’activité, pourrait signifier une baisse nominale du PIB de 3 à 5% en rythme annuel.
Le danger de la situation actuelle vient de la conjonction de cette baisse de l’activité, des prix et de la valeur des actifs, qui rappelle la Grande Dépression des années 30. Car il est possible que la valeur de nombreux actifs baisse l’an prochain. Si le prix de l’immobilier aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Espagne a déjà nettement baissé (de 10 à 20%), de nombreux spécialistes estiment que la baisse finale pourrait atteindre au moins 30% si on se réfère au cycle du début des années 90. Ensuite, les mauvaises nouvelles économiques pourraient pousser les bourses encore plus bas début 2009. Enfin, une remontée du taux d’épargne pourrait s’avérer désastreuse pour la croissance, notamment aux Etats-Unis.
Des raisons d’espérer malgré tout
Mais ce scénario catastrophiste n’est heureusement pas le plus probable pour plusieurs raisons. Contrairement aux années 30 et à la Dépression économique du Japon des années 90, les autorités occidentales ont pris la mesure de la crise bancaire et sont venus au secours des banques rapidement et de manière décisive, évitant les nombreuses faillites de l’entre-deux-guerres ou la temporisation des autorités de Tokyo. Résultat, après avoir touché le fond entre 2008 et 2009, on peut imaginer que les institutions financières pourront se redresser dès l’an prochain avec des taux aussi bas.
Ensuite, après des premiers plans de relance timides et peu efficaces, les gouvernements semblent vouloir passer la vitesse supérieure. Aux Etats-Unis, l’équipe Bush avait distribué une centaine de milliards aux ménages sous la forme de chèques au second trimestre, mais seulement 30% des sommes ont été dépensées, permettant tout juste de maintenir la consommation. Les premiers plans Français et Allemand ont été accueillis avec un certain scepticisme, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif.
Ces carences devraient être corrigées l’an prochain puisque l’administration Obama travaille sur un plan beaucoup plus important, d’au moins 500 milliards de dollars sur deux ans et qui devrait se focaliser sur des grands travaux, de manière à créer 2,5 millions d’emplois. Un tel plan aurait le double avantage de représenter un investissement pour l’avenir tout en assurant qu’une plus grande partie de l’argent dépensé soit consommé. En Europe, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy travailleraient déjà sur un nouveau plan.
Enfin, la plus grande raison d’espérer est sans doute le caractère cycliste et excessif des marchés. Après un point bas qui devrait être atteint au premier semestre avec l’annonce de chiffres désastreux de croissance, le comparatif deviendra bien plus facile au second semestre. Et avec les nouveaux plans de relance, on peut imaginer qu’un rebond technique permettra de relancer l’activité, d’autant plus que les autorités gouvernementales et financières font tout pour relancer le crédit.
Même s’il est extrêmement aléatoire de chercher à deviner ce que l’avenir économique nous réserve, on peut estimer que le point bas de la récession devrait être atteint au premier semestre 2009 et qu’il y a une chance importante de rebond pour le second semestre, qui sera vraiment perceptible début 2010.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...10:56 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, dépression, récession, 1929
24.12.2008
Les débuts très professionnels de Barack Obama
La quasi-totalité des commentateurs jugent très favorablement les débuts du président élu qui sera investi le 20 janvier, soulignant son professionnalisme et la qualité de son équipe, à la fois ouverte et composée de grands professionnels. Mais, il doit aussi gérer les premières insatisfactions.
Un président élu rapidement opérationnel
Le système Américain est décidemment très particulier. Outre le fait d’infliger au pays une campagne électorale quasiment permanente avec des élections tous les deux ans, précédées de très longues campagnes, qui peuvent démarrer un an et demi avant à cause des primaires, le président élu ne rentre en fonction que deux mois et demi après avoir été élu. Ainsi, Barack Obama, élu le 1er novembre, ne sera officiellement en fonction que le 20 janvier. Néanmoins, ce temps permet au vainqueur des élections d’avoir du temps pour constituer son équipe et de bien préparer ses débuts. En moins de deux mois, le futur président a rendu une prestation presque unanimement jugée comme excellente.
Ce jugement vaut notamment pour l’équipe que le président a nommée. Le moins que l’on puisse dire est que Barack Obama ne craint pas l’éventuelle ombre des membres de son gouvernement tant il s’est entouré de poids lourds dans tous les domaines. À tout seigneur tout honneur, il a même intégré Hillary Clinton au poste de Secrétaire d’Etat (l’équivalent du ministre des Affaires Etrangères). Il a conservé le républicain Robert Gates au poste de Secrétaire d’Etat à la Défense en reconnaissance du succès de l’opération de rétablissement de l’ordre en Irak. Il a nommé un ancien prix Nobel au poste de Secrétaire d’Etat à l’Energie et son cabinet comporte des pointures en économie, comme Larry Summers, ancien membre de l’équipe Clinton ou Paul Volcker, ancien président de la Fed.
Mais plus encore que les hommes, Barack Obama a particulièrement bien saisi le dossier de la crise économique et concocte un plan de relance massif qui tranche avec la timidité des mesures prises en Europe. Il a ainsi annoncé un plan additionnel d’au moins 500 milliards de dollars pour 2009 et 2010 et certains analystes parlent de 700 ou 1000 milliards ! Il faut dire que l’économie Américaine devrait afficher un recul historique d’environ 5% en rythme annuel sur le dernier trimestre de l’année. Mieux, le président élu annonce un plan concentré sur les grands travaux, sans doute la meilleure solution pour que l’argent dépensé ne le soit pas en pure perte mais soit au contraire un investissement pour l’avenir.
Malgré tout, quelques déceptions
Mais ce portrait très positif ne saurait faire oublier quelques bémols. Le premier porte sur le thème du changement. Certains soutiens du candidat démocrate ont été déçus de voir autant de têtes connues dans son équipe, ce qui semble difficilement compatible avec sa volonté annoncée de « changer Washington ». La nomination d’Hillary Clinton et le maintien de Robert Gates sont ici particulièrement visés. Plus récemment, il a déclenché une controverse en demandant à un pasteur ultraconservateur, Rick Warren, de délivrer l’invocation religieuse lors de son investiture. Mais l’intervention de ce pasteur farouchement opposé à l’avortement et au mariage homosexuel est contrebalancée par celle d’un pasteur aux vues différentes.
La composition très centriste (sur l’échelle Américaine) de l’équipe a également provoqué de vraies déceptions. L’équipe économique du président élu est très libérale. Avant son élection, les médias avaient annoncé la possibilité que les économistes alternatifs (là aussi, sur l’échelle Américaine) comme Robert Reich (ministre de Bill Clinton) ou Paul Krugman (prix Nobel 2008) conseillent le président. Las, The Economist a rapporté une remarque d’un membre de son équipe soulagé que le « gauchiste » Robert Reich n’en fasse pas partie. La lecture de son livre « Supercapitalisme » (chroniqué sur le blog) le place pourtant dans une catégorie de libéral modéré, qui pourrait siéger à l’UMP en France. S’il a pris la mesure de la crise, le système néolibéral ne semble pas avoir grand chose à craindre du nouveau président…
Au global, le « bilan » de ces deux premiers mois reste largement positif. Comme lors de sa campagne, Barack Obama impressionne par son professionnalisme, son calme et sa capacité à bien s’entourer, qui tranchent avec son prédécesseur.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/12/11/04001-20081211...
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/12/19/rick-w...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, hillary clinton, robert gates, larry summers, robert reich
Le blog rejoint le réseau Kiwis
Cette fin d’année 2008 est décidemment riche en évènements pour le blog, qui a dépassé les 15 000 pages lues sur le mois de novembre. Après être devenu blogueur associé sur le site de Marianne, un membre du réseau de blogs Kiwis m’a proposé de présenter ma candidature pour les rejoindre. Appréciant particulièrement le blog de Toréador, je l’ai fait et ai été accepté. Vous retrouverez donc un lien vers les différents blogs membres du réseau, à découvrir.
10:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : kiwis, toréador, marianne



