28.02.2009

Crise : Barack Obama fait tapis

La situation économique Américaine va de mal en pis. Le PIB s’est contracté de 6,2% au 4ème trimestre, contre 3,8% annoncé. Malgré 150 milliards d’aides, AIG semble au bord de la faillite et aurait besoin de 60 milliards de plus. Heureusement, les réponses du nouveau président semblent à la hauteur de la situation.

Le nouveau Roosevelt ?

On raconte qu’à peine élu, Barack Obama s’est plongé dans la biographie du président qui a tiré les Etats-Unis de la Grande Dépression.  En présentant son projet de budget cette semaine, le nouveau président a montré qu’il a compris mieux que n’importe quel dirigeant l’importance de la crise et qu’il a pris des mesures pour essayer d’y mettre fin rapidement. Les chiffres donnent le tournis : le déficit budgétaire pour l’année 2009 atteint la bagatelle de 1 750 milliards de dollars (12% du PIB) et encore 1 170 milliards (8%) en 2010.

L’immensité du plan de soutien Américain à l’économie peut pousser à un certain optimisme. Bizarrement, aujourd’hui, beaucoup semblent sceptiques sur sa capacité à sortir les Etats-Unis de la récession. Pourtant, quand on examine ces chiffres, il est difficile de ne pas y voir une vraie chance de sortie (au moins temporaire) de la crise. L’énormité des sommes engagées par les Etats-Unis (20% du PIB d’injections d’argent public en seulement deux ans) est à la hauteur de la gravité de la crise.

Les Etats-Unis pourront également compter sur la politique active de la Fed. Les taux d’intérêt ont été abaissés rapidement et fortement, provoquant une bouffée d’air à l’économie. En outre, la banque centrale Américaine n’hésite pas à recourir à des moyens d’action peu orthodoxes, comme le rachat d’actifs, privés ou publics, pour pousser les taux longs à la baisse et permettre notamment au Trésor de se financer à bas coût. Cette politique est permise par les pressions déflationnistes (l’inflation va devenir négative).

Mieux, Barack Obama ne s’est pas contenté de sortir son chéquier pour sortir de la crise. L’explosion des déficits a été judicieusement accompagnée d’annonces indiquant que le président souhaite revenir à terme à plus de modération fiscale, avec des coupes dans le budget militaire et une hausse de la fiscalité sur les ménages aisés, qui vont perdre les baisses d’impôt de l’administration Bush. Mieux, il a annoncé vouloir débloquer 600 milliards pour assurer la couverture maladie des 47 millions d’Américains qui en sont privés.

Le pari n’est pas encore gagné

À côté de la réaction Américaine, les dirigeants européens semblent complètement apathiques. Les plans de soutien ne sont qu’une fraction (un quart à un tiers) du plan Obama et rien de sérieux ne semble véritablement envisagé. Les 2,6 milliards d’euros supplémentaires (0,15% du PIB) annoncés par Nicolas Sarkozy sont anecdotiques par rapport à la sévérité de la crise. En outre, la BCE est encore très loin des pratiques de la Fed Américaine et la Commission se préoccupe encore des déficits…

Bref, le monde et les peuples européens ne doivent pas compter sur les dirigeants du Vieux Continent pour les tirer d’affaire. Au mieux, ils pourront bénéficier de la reprise Américaine et du réveil de l’Asie. En fait, nous nous dirigeons vers un scénario économique comparable à l’après bulle Internet, où la croissance avait repris partout dans le monde rapidement, sauf dans le cœur de la zone euro, toujours pénalisée par des choix économiques aberrants.

Mais la réaction conjoncturelle à la crise n’est pas tout. Si Barack Obama est volontiers rooseveltien dans sa volonté de traiter rapidement et efficacement les conséquences de la crise et limiter le plus possible l’envol du chômage, le président du New Deal avait su apporter progressivement des réponses plus structurelles aux causes de la crise. Plus encore que la sortie de la Grande Dépression, c’est la refondation du capitalisme Américain qui a fait de Roosevelt un très grand président. Et là, le mystère demeure.

En quelques semaines, Barack Obama a su faire beaucoup plus que tous les dirigeants européens en 6 mois pour essayer de sortir à court terme de la crise. Mais que fera-t-il pour la refondation du capitalisme ? Son équipe semble trop centriste pour cette tâche mais les circonstances sont exceptionnelles...

Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/02/26/obama-...

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/etats-uni...

27.02.2009

7 blogs, une chaîne, ma suite

Il y a deux jours, j’ai été tagué dans une sélection de blogs par CaRéagit, membre du réseau Kiwis. Voilà une idée de chaîne intéressante que je suis heureux de faire vivre. À dire vrai, je ne lis pas beaucoup de blogs , pas faute d’envie, mais de temps, mais voici ma sélection :

À tout seigneur, tout honneur, le blog que je préfère lire entre tous est clairement Horizons, de l’ami Malakine. Ses papiers sont toujours très fouillés, bien écrits, très bien documentés et il sait créer de vifs débats que les nombreux commentateurs du blog font rebondir de manière souvent passionnante. Malakine a également le don d’écrire sur à peu près tous les sujets de manière très pertinente.

C’est chez Malakine que j’ai commencé à débattre avec RST, un passionné de politique et d’économie, lecteur assidu des blogs d’économie (Paul Jorion, Frédéric Lordon…). Il vient de lancer son blog Eco(dé)mystificateur, que je recommande, notamment à tous ceux qui s’intéressent aux questions économiques.

Vient ensuite Toréador. Mes origines lui donne déjà un préjugé favorable. Ses estocades et banderilles sont brillamment enlevées. L’attention au style ne lui empêche pas de creuser ses sujets et son indépendance d’esprit rend ses points de vue très intéressants, même si je ne suis pas toujours d’accord.

Je les ai découverts tout récemment, grâce au réseau Kiwis, La lettre volée d’Edgar et Pensées d’outre politique du Chafouin.

Je l’avais oublié, bien injustement, L’Herault Républicain : un blog gaulliste et villepiniste avec l’accent du Sud, mais qui offre surtout une lecture profondément républicaine de l’actualité. Un blog qui honore la devise de la République, liberté, égalité, fraternité.

Je vais terminer cette sélection par les blogs de deux hommes politiques, qui comptent pour moi.

Le premier est Jean-Pierre Chevènement. Ayant eu 18 ans peu avant le 20 septembre 1992, le sénateur de Belfort a eu un rôle majeur dans ma construction politique. Avec Philippe Séguin, il fut la personne qui m’a convaincu lors du débat sur le traité de Maastricht. Depuis, c’est toujours avec un immense plaisir que je lis ou écoute ses interventions, d’autant plus que je suis la plupart du temps d’accord avec lui. Un gaulliste qui semble malheureusement s’ignorer…

Enfin, Nicolas Dupont-Aignan, le d’Artagnan de mes mousquetaires politiques. Honnête, courageux, indépendant, modeste, armé de convictions qu’il n’est pas prêt à brader pour un plat de lentilles comme tant d’hommes et femmes politiques, il a entrepris de reprendre le flambeau de la défense des idéaux gaullistes, dont il ne reste presque plus rien à l’UMP. Depuis deux ans, j’ai enfin trouvé ma famille politique grâce à lui.

26.02.2009

Ce que révèle la hausse du chômage

90 000 chômeurs de plus en janvier ! Jamais la France n’avait connu une hausse aussi brutale du nombre de demandeurs d’emploi. Cette crise est bien la plus dure que connaît l’économie mondiale depuis 80 ans.

La conséquence de la déréglementation

Cette hausse brutale du chômage est doublement la conséquence de la déréglementation : elle est provoquée directement par la crise engendrée par la déréglementation et rendue possible par elle puisque le démantèlement des anciennes cadres réglementaires facilite les suppressions de postes.

Nous ne pouvons que constater que l’éradication progressive de la plupart des réglementations monétaires, commerciales et financières des Trente Glorieuses depuis plus de trois décennies provoque une succession de crises économiques toujours plus difficilement maîtrisables. Alors que les économies occidentales avaient vécu dans la stabilité pendant près de trente ans, la déréglementation a accéléré les cycles, provoquant des crises à la fois de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes.

Si lors de la crise du début des années 90, le chômage augmentait d’environ 30 000 personnes par mois, le rythme actuel est beaucoup plus élevé car entre temps la libéralisation encourage et permet aux entreprises de supprimer des emplois plus rapidement. Cette hausse brutale du chômage en est la preuve vivante et elle démontre la violence que la libéralisation de l’économie peut provoquer. En à peine trois mois, 200 000 personnes ont perdu leur emploi en France, provoquant autant de drames personnels...

Une Europe apathique

Barack Obama est le seul homme politique à vraiment se battre pour l’emploi. Il faut dire que le taux de chômage Américain a augmenté de trois points en une seule année et que l’économie des Etats-Unis détruit la bagatelle de 600 000 emplois par mois, un rythme inédit depuis 80 ans. C’est pour cela qu’il a fait passer un plan coûtant la bagatelle de 800 milliards de dollars afin de créer 3 à 4 millions d’emplois et ainsi limiter au maximum la hausse du chômage. Parallèlement, la Fed mène une politique monétaire extrêmement expansionniste de soutien à la croissance et l’emploi.

À côté, les dirigeants européens ne semblent pas vraiment avoir pris la mesure de la crise qui touche le Vieux Continent et des conséquences sociales de l’effondrement économique actuel. D’une part, la BCE mène toujours une politique monétaire inutilement restrictive et a beaucoup trop tardé à baisser ses taux, renchérissant le coût de l’argent et provoquant une appréciation suicidaire de l’euro. De l’autre, les hommes politiques ont bricolé des plans de relance à la fois insuffisants par leur montant et qui accumulent des mesures dont la plupart n’auront qu’une efficacité douteuse sur l’emploi.

La violence de cette crise et ses conséquences sociales dramatiques nécessite une action vigoureuse des gouvernements, à la fois pour améliorer la situation à court terme, mais aussi pour reconstruire un système économique plus stable qui réduira le drame du chômage au lieu de le favoriser.

Source : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-38561071@7-3...

25.02.2009

Barack Obama sera-t-il le Superman de la crise ?

Si les dirigeants européens n’avaient pas hésité à mobiliser près de 1 500 milliards d’euros de garantie bancaire, leur soutien à l’activité reste beaucoup plus limité (un dixième de cette somme). Outre-Atlantique, Barack Obama montre davantage d’empressement à sauver l’économie réelle.

Le volontarisme du nouveau Président

L’administration Bush réagissait au coup par coup en cherchant essentiellement à satisfaire les marchés, sans vraiment y arriver. L’équipe économique très centriste (au sens Américain) du nouveau président laissait entendre une politique finalement proche de la précédente équipe de la Maison-Blanche. Mais depuis ses débuts, le nouveau président amène une rupture bienvenue dans la politique économique de la première puissance économique de la planète.

En à peine plus d’un mois, Barack Obama a ainsi fait passer un plan de soutien de 800 milliards de dollars, et annoncé un autre plan pour les institutions financières, de près de 2 000 milliards de dollars. Mais il a aussi pris des mesures visant à une grande justice en consacrant par exemple 75 milliards à l’aide aux ménages en difficulté pour réduire les saisies immobilières, en limitant à cinq cent mille dollars les rémunérations pour les entreprises aidées par l’Etat et en s’attaquant avec vigueur au secret bancaire.

Un plan à la hauteur de la crise ?

Alors, bien sûr, le plan n’est pas parfait. Paul Krugman a critiqué les baisses d’impôt qu’il contient, dont on sait qu’une partie importante risque d’être épargnée et de ne pas contribuer vraiment à la relance de l’économie. Évidemment, le plan a été entrelardé par les parlementaires de dépenses plus ou moins utiles pour leur propre circonscription. Outre cet aspect, les néolibéraux ont également attaqué l’annonce du plan de soutien aux banques, qui manquait de détails par rapport aux attentes des marchés.

Mais même si ce plan est imparfait, il n’était sans doute pas possible de faire mieux étant donnée la « démocratie faible » que sont les Etats-Unis, où les intérêts particuliers et les lobbys détiennent un pouvoir colossal. Barack Obama a sans doute eu raison de préférer agir vite et fort plutôt que de perdre un temps précieux pour essayer de parvenir à un véritable accord avec les Républicains. En outre, il a su équilibrer l’action de l’Etat en soutenant les ménages surendettés et en sanctionnant les banquiers qui ont failli.

Mais alors, pourquoi les marchés cèdent-ils à une nouvelle déprime? La première raison est l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques, des chiffres du 4ème trimestre à l’effondrement de certains pays émergents. La seconde raison est un certain scepticisme à l’égard des mesures de l’administration Obama. Même si c’est un peu facile, l’avis réservé des marchés n’est pas forcément un problème : leur capacité de jugement semble très incertaine et cela peut signifier que l’Etat n’agit pas suffisamment dans leur intérêt.

Même si la réponse de Barack Obama ne porte pour l’instant que sur les conséquences de la crise, et pas sur ses causes, dans le temps imparti, on peut juger que sa réponse est globalement la bonne. Espérons qu’il en sera de même quand il s’attaquera à la nécessaire refondation du capitalisme.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/19/barack-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/18/etats-u...

24.02.2009

Michèle Alliot-Marie, le Chêne, le roseau et les lentilles

Aujourd’hui, presque tout le personnel politique se réclame du gaullisme. Nicolas Sarkozy le fait occasionnellement, François Bayrou de plus en plus et même Ségolène Royal a cité le rapport du Général à la religion. Le débat sur l’OTAN divise pourtant la classe politique d’une manière surprenante.

Ce que révèle le débat sur l’OTAN

En effet, ce débat se fait à front renversé avec de prétendus héritiers du gaullisme qui proposent de revenir sur la décision du Général de quitter le commandement militaire de l’OTAN, et les centristes et les socialistes qui s’y opposent, n’hésitant pas  à prendre le plus illustre des Français à témoin ! Quelle ironie de voir François Bayrou demander un référendum (quoi de plus gaulliste) sur le sujet ! À l’opposé, le très lointain descendant des partis gaullistes, l’UMP, soutient majoritairement ce retour.

Heureusement, tous les héritiers du gaullisme n’ont pas rompu avec les idéaux d’indépendance nationale, de refus des impérialismes, fût-il Américain, et de multilatéralisme. Nicolas Dupont-Aignan et Dominique de Villepin se sont ainsi exprimés fermement contre le retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN. Le président de Debout la République a signé une belle tribune dans Le Monde la semaine dernière et l’ancien Premier Ministre a qualifié cette décision de « faute » dans Dimanche Plus ce week-end.

Ce roseau qui se prend pour un chêne

Mais quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert la tribune de Michèle Alliot-Marie dans le Figaro, faisant du retour de la France « le choix de la responsabilité ». En effet, la ministre de l’intérieur se veut l’incarnation d’un courant gaulliste au sein de l’UMP, « Le Chêne », baptisé en mémoire du livre d’André Malraux sur le Général (chroniqué sur le blog). Elle justifie ce retour par l’absence de remise en cause de notre indépendance nucléaire, notre participation à l’OTAN et les prises de décisions à l’unanimité.

C’est relativement habile mais les deux derniers points étaient déjà vrais en 1966 et la question nucléaire n’était pas la seule pour laquelle le Général avait voulu quitter l’organisation. Le principal motif était simple : le refus de toute « sujétion » à un autre pays, fût-il un allié. En outre dire que « le monde de 2009 n’est pas celui de 1949 ou 1966 » est à double tranchant. En effet, le Pacte de Varsovie, et l’URSS, contre lesquels l’OTAN était dirigée, n’existent plus. Quel peut bien être l’utilité d’une telle organisation aujourd’hui ?

Certes, comme le montre le cas de l’Allemagne lors de la guerre d’Irak, il est possible de ne pas participer à une guerre que l’on ne souhaite pas mener. Mais du coup, cela ne justifie pas de participer à une organisation dont on ne peut pas réellement influencer la ligne, que seule les Etats-Unis décident formellement. En outre, il faut une bonne dose d’hypocrisie pour ne pas voir que l’OTAN freine la constitution d’une Europe de la défense puisqu’il s’agit quasiment des mêmes pays.

Les sophismes malhabiles de Michèle Alliot-Marie n’y feront rien. Avec ce soutien bruyant à l’OTAN, elle montre que ce qu’elle appelle le chêne n’est qu’un pâle roseau prêt à toutes les contorsions pour un plat de lentilles ministérielles.

Source : http://www.lefigaro.fr/debats/2009/02/18/01005-20090218AR...

23.02.2009

L’économie mondiale au bord du précipice

Nous savions que le premier semestre serait dur. Il est malheureusement pire que prévu, comme le montrent les difficultés des pays de l’ancienne Europe de l’Est. On peut finalement se demander si le gros de la crise n’est pas devant nous.

La plus grave crise économique depuis 80 ans

Les derniers chiffres qui sont tombés montrent que nous traversons la pire crise depuis la Grande Dépression. Au 4ème trimestre, l’ensemble des pays ont subi une contraction extrêmement sévère de leur PIB en rythme annuel : -3,8% pour les Etats-Unis et l’Espagne, -4,7% pour la France, -5,7% pour la zone euro, -5,9% pour le Royaume Uni, -7,1% pour l’Italie, -8,2% pour l’Allemagne et -12,7% pour le Japon !

Le commerce mondial s’effondre, avec une baisse de 35% des exportations du Japon et de 12% de celles de la Chine (et une baisse de plus de 40% de ses importations…). Cet effondrement, largement supérieur à celui de l’économie, apporte une lumière intéressante au débat sur le protectionnisme en démontrant que la baisse des échanges commerciaux peut être davantage la conséquence d’une grave récession économique que sa cause ou même l’effet de mesures protectionnistes…

Mais cet écroulement du commerce met à mal toutes les économies construites pour l’exportation, qu’elles soient développées (Allemagne, Japon) ou émergentes. L’ancienne Europe de l’Est vit une descente aux enfers d’autant plus brutale que le marché ajoute à la récession une forte poussée inflationniste, du fait de la spéculation monétaire et de l’effondrement irrationnel de certaines devises.

Les ingrédients pour passer d’une récession à une dépression

Le problème est que la vague de déréglementation provoque un ajustement plus brutal aux nouvelles conditions économiques. En à peine un an, le taux de chômage Américain est passé de moins de 5% à 7,6%, et le nombre de chômeurs augmente de 600 000 par mois ! Plus de libéralisation, c’est aussi permettre des ajustements plus brutaux. Le problème est que plus les entreprises ajustent leurs effectifs de manière brutale, plus elles renforcent les phénomènes récessifs de dépression de la demande.

Un véritable cercle vicieux se met alors en place où la baisse de la demande des consommateurs suite à l’explosion de la bulle immobilière Américaine provoque une baisse de l’offre (chômage, partiel ou non), qui déprime à son tour la demande, ainsi de suite… Nous sommes d’ors et déjà rentrés dans le cercle vicieux qui a transformé la crise de 1929 en une dépression longue et brutale. Passé un certain point, la baisse de la demande se perpétue elle-même, les mécanismes du marché aggravant la crise.

La croisée des chemins

En fait, nous sommes en 1930, à un moment où la grave crise que nous traversons peut se transformer soit en une grave dépression, si de mauvaises décisions sont prises, soit en une grave crise dont nous pouvons sortir dès l’an prochain si les dirigeants actuels tirent les leçons des erreurs du passé. La connaissance de la Grande Dépression nous a déjà permis d’améliorer certaines réponses à la crise en sauvant des banques dont l’effondrement dans les années 30 avaient asphyxié l’économie durablement.

La leçon de ce passé funeste a également poussé la nouvelle administration Obama à faire passer un plan de soutien de près de 800 milliards de dollars, certes imparfait, mais dont le montant et la rapidité montrent que le nouveau président, lui, a saisi l’urgence de la situation. Avec des marchés exubérants à la baisse comme à la hausse, on peut espérer que la déprime excessive actuelle peut faciliter un rebond purement technique si les plans de relance sont à la hauteur.

Les six prochains mois seront très difficiles. Ce n’est que fin 2009, début 2010, quand nous entrerons dans le comparatif avec le 4ème trimestre 2008 qu’un rayon de soleil pourra apparaître. À date, quasiment tout repose sur le plan Obama, pour le meilleur et pour le pire.

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/21/la-defail...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/21/l-europ...

The Economist (statistiques PIB)

22.02.2009

Nicolas le fainéant et Jacques le travailleur ?

Dans la mythologie élyséenne, Nicolas Sarkozy se présente comme  un président qui travaille bien plus que les « rois fainéants » qui l’ont précédé. À presque chaque intervention, le président ou ses soutiens nous servent cette fable destinée à faire briller la couronne de notre nouveau roi soleil.

Nicolas le fainéant ?

Pourtant, cette semaine, deux faits ont permis de remettre en question ce mythe du travailleur acharné. Tout d’abord, Le Canard Enchaîné révèle que le président a passé son dernier week-end au ski, à Val d’Isère puis à Megève en pleines émeutes en Guadeloupe et à quelques jours du grand sommet social... Ensuite, mercredi, juste après sa nouvelle intervention télévisée, le président est allé assister au match du PSG : la résolution de la crise dans les DOM pouvait sans doute attendre le lendemain...

Ces deux épisodes font également ressurgir quelques souvenirs pas si anciens qui font également relativiser l’implication de notre omni président. En effet, n’avait-il pas écourter début 2008 une visite en Inde et annuler une visite aux Casques Bleus au Liban pour retrouver Carla ? S’il est normal qu’un président puisse avoir une vie privée, il faut noter que les priorités du président avaient eu des conséquences pour notre pays puisque les autorités indiennes avaient été très choquées par sa légèreté.

Nicolas Sarkozy entretient l’image d’un président très travailleur par son omniprésence médiatique et ses multiples annonces. Mais le prisme des médias est-il si révélateur du travail qu’abat un président au service de la nation ? En outre, cette omniprésence médiatique n’est-elle pas le signe d’une mauvaise gestion des priorités, où la communication l’emporte sur tout le reste, réduisant d’autant le véritable travail de fond ?

Jacques le travailleur

La destination de l’attaque sur les « rois fainéants » était transparente : Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy ne semble jamais vouloir finir de tuer son père politique, dans une obsession qui semble frôler la névrose. Pourtant, le président actuel devrait se méfier des bons mots et d’une comparaison si hasardeuse. Car tous les livres sur Jacques Chirac, y compris les plus critiques, montre un homme dévoué corps et âme au service de son pays, travaillant jours et nuits sur les différents dossiers.

Le livre de Bruno Le Maire, « Des hommes d’Etat », était assez édifiant en ce sens que l’on y voyait un président toujours sur le pont, lors de nombreuses réunions les week-ends pour travailler sur les différents dossiers en cours. Bien loin de la légende que Nicolas Sarkozy souhaite s’écrire, on peut se demander si de nos deux derniers présidents, ce n’est finalement pas Jacques Chirac qui était le plus gros travailleur et le plus dévoué au service des Français, bien plus que l’actuel résidant de l’Elysée.

Bien sûr, Nicolas Sarkozy n’est pas un roi fainéant. Mais il devrait sans doute éviter de se lancer dans des comparaisons d’un goût aussi douteux. Car l’examen attentif du travail de nos deux derniers présidents ne sera pas forcément à sa faveur…

Source : http://fr.news.yahoo.com/5/20090214/ten-nicolas-sarkozy-l..., Le Canard Enchaîné

http://www.lefigaro.fr/international/2008/01/25/01003-200...

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/06/...

21.02.2009

OTAN : la trahison gaulliste de Nicolas Sarkozy

De temps à autre, Nicolas Sarkozy nous parle de son admiration pour le Général de Gaulle et va à Colombey pour honorer le Français le plus illustre. Mais en décidant de revenir sur la décision du Général de se retirer du commandement militaire de l’OTAN, il commet une nouvelle trahison.

À quoi sert l’OTAN aujourd’hui ?

Dans une allocution télévisée de 1967, le Général de Gaulle soutenait qu’« en se retirant de l’OTAN, la France, pour sa part, s’est dégagée d’une telle sujétion ». Dans les Mémoires d’espoir, il raconte un dialogue avec le président Eisenhower, qui souhaitait que la bombe atomique Française soit placée sous contrôle Américain au sein de l’OTAN : « Nous voulons tenir dans notre main notre destin. (…) Bien que fidèle à notre  alliance, je n’admets pas, pour la France, l’intégration dans l’OTAN ».

En pleine guerre froide, malgré les chars du Pacte de Varsovie, le Général de Gaulle avait estimé qu’il n’était pas la vocation de la France de rester dans une organisation militaire où elle était subordonnée à un autre Etat, que l’indépendance nationale n’était pas négociable. Il avait donc quitté le commandement militaire de l’OTAN en 1966. Plus de quarante ans après, on peut se demander quelle est l’utilité d’une telle organisation, qui n’aurait pas dû survivre au Pacte de Varsovie.

Le monde du 21ème siècle, celui qui a vu la « Russie de toujours » digérer le communisme, impose une nouvelle organisation des relations internationales. Et je ne vois pas pourquoi les pays européens devraient rester sous la coupe des Etats-Unis dans une organisation conçue contre l’Union Soviétique. Si l’Alliance Atlantique a encore un sens, comme une alliance entre les Etats-Unis et les pays européens, l’OTAN, organisation de la guerre froide, aurait dû disparaître dans les années 90.

Le fossoyeur et le défenseur du gaullisme

Nicolas Sarkozy a décidé de faire réintégrer à la France le commandement militaire de l’OTAN, décision qui devrait être effective début avril. Cette rupture avec la position gaulliste est, comme le souligne très justement Nicolas Dupont-Aignan, dans une tribune dans Le Monde d’hier, une position plus idéologique que technique. Aucun des arguments avancés par le gouvernement ne tient la route. Les circonstances plaident plus pour une disparition de l’OTAN que son élargissement.

Il est également douteux que ce retour nous permette d’influencer quoique ce soit dans une organisation qui a 60 ans et où les Américains n’ont pas vraiment envie de partager un pouvoir qu’ils exercent sans partage depuis sa création. Enfin, vouloir en faire un outil pour créer la défense européenne pose le débat qu’avait si bien expliqué le Général de Gaulle entre une « Europe Américaine » et une « Europe Européenne ». Comment ne pas voir que Nicolas Sarkozy se dirige aveuglément vers la première solution ?

Cette nouvelle rupture avec le gaullisme fera peut-être ouvrir les yeux de certains qui pensent encore que Nicolas Sarkozy serait un lointain descendant du Général. En réalité, il est un fossoyeur de sa pensée. Heureusement, un autre Nicolas a pris le flambeau. Merci.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/20/non-a-l..., « Le dictionnaire du gaullisme » Guy Sabatier et Philippe Ragueneau

20.02.2009

La dangereuse radicalisation d’Israël

La semaine dernière, lors des élections législatives, le parti Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman, est arrivé en troisième position du scrutin, devant le parti travailliste. Il pourrait bien entrer au gouvernement, dans un nouveau signe de radicalisation de l’Etat hébreu.

Une radicalisation qui vient de loin…

À dire vrai, la radicalisation d’Israël n’est pas nouvelle et vient de loin. Il y a bien sûr les deux guerres menées contre le Liban et Gaza dans le but d’affaiblir (sans doute en vain) les plus radicaux des palestiniens. Même s’il est naturel d’accorder à Israël un droit à se défendre, évident pour un pays qui a été agressé dans le passé, le problème est qu’aujourd’hui, on peut se demander si Israël n’est pas devenu l’agresseur, surtout après une guerre de Gaza qui a laissé 1350 victimes du côté palestinien (l’équivalent de 50 000 personnes pour un pays comme la France).

En outre, l’Etat hébreu multiplie les provocations depuis des années. La construction d’un mur qui ampute une part non négligeable de la Cisjordanie, au mépris des résolutions de l’ONU, est un véritable scandale. Pire, depuis des décennies, Israël colonise une partie de la Cisjordanie comme le montrent ces articles du Figaro. Le premier indique que plus de 1250 habitations ont été installées en 2008, une hausse de 60% par rapport à l’an dernier ! Le second rapporte « la prise de contrôle d’une parcelle de 72 hectares en Cisjordanie ouvrant la voie à une possible construction de 2500 maisons ».

Une radicalisation politique que nous ne devons pas accepter

Si le parti de Tzipi Livni, Kadima, est arrivé en tête avec un siège d’avance sur le Likoud de Benyamin Netanyahou, c’est en grande partie la conséquence du succès surprise du parti d’extrême droite Israel Beitenou. Le problème est qu’un gouvernement censé être modéré comme celui qui unissaient Kadima et le parti travailliste a déclenché deux guerres et poursuit la construction des colonies et d’un mur en plein Cisjordanie. On peut donc être très inquiet à la perspective d’un gouvernement plus radical qui unirait le Likoud, les partis religieux et le parti d’Avigdor Lieberman.

Et c’est sans doute là que la communauté internationale a un rôle à jouer. Il est tout de même surprenant de continuer à entretenir des relations parfaitement normales avec un Etat qui a déclenché deux guerres sanglantes en cinq ans et qui persiste à coloniser un territoire sur lequel il n’a aucun droit, tout en soumettant ce territoire à une forme de blocus qui ne lui permet de se développer. N’est-il pas temps que la communauté internationale exige la destruction du mur et des colonies et prenne de véritables mesures pour mettre fin à ces agissements qui éloignent toute perspective de paix ?

Bien sûr, Israël subit un terrorisme violent, mais rien ne justifie la colonisation de la Cisjordanie qui continue encore et toujours. Avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement plus radical, la communauté internationale devra être prête à agir, quitte à rompre nos relations diplomatiques.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2009/01/28/01003-200...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/02/16/01011-200902... 

19.02.2009

Le rideau de fumée social de Nicolas Sarkozy

Hier soir, le président de la République s’est à nouveau adressé aux Français, à peine deux semaines après sa précédente intervention, qui s’était soldée par une plongée dans les sondages. Nicolas Sarkozy en a tiré les leçons et a nettement réorienté son message pour essayer de convaincre.

Une accumulation de mesures

Autant l’intervention télévisée du 5 février avait manqué d’annonces, autant celle-là en était riche. Il a ainsi proposé une hausse des indemnités de chômage partiel de 60 à 75% du salaire ainsi qu’un assouplissement des échéanciers d’emprunts. Il a annoncé une prime de 500 euros pour certains chômeurs, une prime de 150 euros aux trois millions de familles bénéficiant de l’allocation de rentrée et 200 euros de bons d’achat pour certaines familles. Enfin, il a proposé une suppression des deux derniers tiers de l’impôt sur le revenu pour les quatre millions de ménages qui sont soumis à la première tranche (soit environ 200 euros).

Outre cette distribution d’argent tous azimuts, le président a également annoncé la création d’un fonds d’investissement social doté de 2,5 à 3 milliards d’euros ainsi que l’interdiction pour les entreprises qui licencient de distribuer des bonus. L’application de cette dernière mesure (ainsi que l’assouplissement des échéanciers d’emprunt) reste cependant assez énigmatique dans le degré de contrainte qui sera établi par l’Etat. Au global, ce déluge de mesures (dont un certain nombre sont pertinentes) a l’avantage d’à nouveau communiquer l’activisme de tous les instants dont le président se glorifie.

Un plan qui n’est pas à la hauteur de la situation

0,15% du PIB. Voilà ce à quoi correspond le plan annoncé par Nicolas Sarkozy. Ce plan s’ajoute au 1% déjà annoncé à l’automne (18 milliards de dépenses additionnelles de l’Etat) ou 1,4% (et 26 milliards) si on y ajoute les dépenses des entreprises publiques ou partiellement publiques. Cette rallonge de 15% apparaît donc assez légère, surtout à côté du plan Allemand, qui a doublé de 25 à 50 milliards (soit de 1 à 2% du PIB) et plus encore du plan Américain, proche de 800 milliards de dollars (soit 6% du PIB). Le plan de relance Français reste pour l’instant limité en taille et cet ajout est finalement assez anecdotique.

Sans ignorer que ces mesures vont mettre du beurre dans les épinards de nombreux Français en difficulté, on peut s’interroger sur cette réorientation du plan de relance. À l’origine, Nicolas Sarkozy nous avait proposé un soutien à l’investissement et l’amélioration de la trésorerie des entreprises. Puis, il passe maintenant à des baisses ciblées d’impôt (il n’y a curieusement pas eu de mention de la suppression de la taxe professionnelle) et à de la distribution d’argent, soit un cocktail plus conforme aux dogmes libéraux pour lesquels il vaut mieux rendre l’argent aux citoyens que voir l’Etat le dépenser.

Pourtant, comme le soutient Paul Krugman, il vaut mieux donner la priorité aux dépenses d’investissement, qui ont un effet plus important sur l’emploi. En privilégiant la communication (et donc la multiplicité des annonces), Nicolas Sarkozy aboutit à un plan fourre-tout mêlant une multitude de mesurettes dont l’effet a toutes les chances d’être minime. Pire, il a fait allégeance au Medef en rejetant toute hausse du SMIC. Et si son couplet sur la répartition des bénéfices était intéressant, il est difficile de ne pas voir dans la commission annoncée l’enterrement d’un débat qu’il veut exploiter mais sans le mener réellement à bout.

Au global, cette prestation plus condensée peut paraître habile par le nombre des mesures annoncées et la rhétorique du président. Mais, passé l’effet de surprise, on en relativise à la fois l’importance, la pertinence et plus encore la direction de plus en plus incertaine de l’exécutif dans cette crise.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/18/les-pr...

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