31.08.2009

Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !

La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…

Trois hommes et un soutien

L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.

Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.

L’Etat Sarkozy

Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.

Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.

Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.

Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...

30.08.2009

1929 = 2001 + 2008 : l’équation de Galbraith ?

« La crise économique de 1929 » est assez incroyable à lire tant l’histoire ressemble à celle de la dernière décennie. En fait, elle semble conjuguer les caractéristiques de la bulle Internet et des subprimes.

Le rôle des inégalités

Galbraith donne cinq explications à la crise de 1929. Tout d’abord, il y voit une conséquence des inégalités dans la répartition des revenus. Ensuite, il incrimine la structure des entreprises, et notamment le levier utilisé par les sociétés financières. Puis, il met en cause le rôle des banques, la balance commerciale américaine et enfin les erreurs des économistes de l’époque.

Le rôle de la mauvaise répartition des revenus peut sembler surprenant au premier abord. Cependant, les économistes montrent bien qu’un pic d’inégalités a été atteint en 1929 (et en 2007 à nouveau), ce qui incite à considérer cette piste avec attention. Pour Galbraith, l’explication est la suivante : « cette répartition des revenus signifiait que l’économie dépendait d’un haut niveau d’investissements ou d’un haut niveau de dépenses de luxe chez les consommateurs (ou les deux) ».

Il note qu’une répartition plus égalitaire donne une plus grande stabilité à l’économie car seule une minorité jouait à la bourse (1% de la population étasunienne au maximum selon lui). Plus son poids dans l’économie est lourd (près de 20% des revenus alors), plus l’impact d’un krach est alors important… Il note d’ailleurs que les grandes vagues spéculatives ont souvent été précédées de baisses d’impôt et cite des scandales de l’époque sur la rémunération des grands patrons qui seront familiers au lecteur d’aujourd’hui.

L’effet de levier, le démon de la finance

Mais la cause principale est le levier, qui consiste à emprunter pour placer plus que ce que l’on a par des innovations financières (sociétés d’investissement en 1929, hors bilan ou CDS en 2008). Il accentue les hausses comme les baisses. D’abord, son utilisation augmente la quantité d’argent disponible, donc les prix, puis créé des moyens supplémentaires, ainsi de suite. Ensuite, la baisse des cours provoque des appels de marge pour couvrir les pertes, forçant les ventes, faisant alors baisser toutes les actions.

Il montre l’envolée des prêts spéculatifs (2,5 milliards de dollars début 1926, 3,5 un an plus tard et 6 fin 1928). Cet effet de levier fut utilisé par les sociétés financières pour créer des cascades de sociétés d’investissements, une société d’investissement pouvant à son tour en créant une autre. Tout cet argent permettait également aux sociétés d’acheter leurs propres actions pour faire monter leur cours. Il note également que l’effet de levier permettait de passer outre le niveau des taux d’intérêts.

Une crise également systémique

Galbraith attribue également une part de responsabilité au système bancaire qui s’effondra comme un château de cartes avec la crise, une faillite en entraînant une autre. Il souligne également le rôle des déséquilibres commerciaux. En effet, les forts déficits ou excédents provoquent des flux d’argent qui poussent les marchés à la hausse (comme en 2007). Enfin, il souligne que les économistes de l’époque, en privilégiant l’équilibre des finances publiques, transformèrent la récession en dépression.

La lecture de ce livre est d’autant plus passionnante qu’il s’agit d’une réédition de 1989, où l’auteur en profite pour parler du krach de 1987, qu’il avait annoncé en janvier. Pour lui, cela montre que les marchés portent en eux-mêmes les germes de leur propre destruction,. Il souligne également que les deux krachs ont produit leur lot de bouc émissaire permettant d’exonérer le marché (les double déficits en 1987, le retournement économique en 1929). Il souligne au contraire la responsabilité de la politique de taux élevés, qui, en attirant les capitaux, fit monter la bourse au-delà du raisonnable.

Pour lui, néanmoins, et ces phrases, écrites en 1989, trouvent une lecture très actuelle aujourd’hui, nous sommes en partis à l’abri d’une Grande Dépression pour deux raisons. Tout d’abord, il y a « la certitude que le gouvernement fédéral renflouera toute banque en difficulté pourvu qu’elle soit d’une certaine taille ». Et ensuite, il y a maintenant des mécanismes qui protègent de la déflation salariale. Une autre, dans l’édition de 1954 raisonne bizarrement aujourd’hui : « l’étonnant, en vérité, est que depuis 1929 nous ayons été si longtemps épargnés ». Le monde s’est rattrapé depuis.

Paradoxalement, il semble que la moindre violence de la crise de 2008, par rapport à celle de 1929, ne permet pas une prise de conscience des politiques des limites d’un système qui porte en lui-même les germes de sa propre destruction. S’ils pouvaient relire Galbraith !

Source : « La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière », Payot

29.08.2009

1929 ou le retour vers le futur de Galbraith

« La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière » de James Kenneth Galbraith est un des livres de référence sur la crise des années 30. Il est aujourd’hui forcément utile de s’y replonger.

L’avant crise

Il est proprement sidérant de constater à quel point on peut faire des parallèles entre la grande crise des années 30 et les récentes crises boursières du début du 21ème siècle. Dans ce livre, l’un des disciples les plus célèbres de Keynes propose son récit et son analyse de la Grande Dépression. Il se concentre sur le récit de la catastrophe financière, depuis la catastrophe de Floride jusqu’à l’automne 1929.

Il démarre en effet son récit par l’explosion de la bulle immobilière de Floride. Dans les années 20, emportés par une frénésie spéculative irréelle, le marché immobilier local fut une réplique avec quelques années d’avance du grand krach de Wall Street. Le parallèle est stupéfiant : montée des prix déconnectée de la réalité, grâce à l’afflux d’argent que permettait l’utilisation du levier…

Ce n’est pas le moindre paradoxe que le krach de 1929 ait été précédé de trois années d’un effondrement similaire du marché immobilier de Floride, qui aurait dû inciter à la prudence. La raison est bien absente des phases « d’exubérance irrationnelle ». Et dieu sait que le marché fut exubérant de 1924 à 1929. L’indice des prix du New York Times est passé de 106 à 134 en 1924, puis 181 en 1925, s’est stabilisé à 176 en 1926 avant de progresser à 245 en 1927, 331 en 1928, pour atteindre 453 le 3 septembre 1929.

Les moutons et les visionnaires

L’auteur rappelle les erreurs de jugement de la plupart des analystes et dirigeants de l’époque. Ainsi, le président Coolidge déclarait en décembre 1928 «  qu’aucun congrès des Etats-Unis jamais réuni, en examinant l’état de l’Union, n’a eu de perspective plus agréable que celle qui apparaît aujourd’hui » et début 1929 que les valeurs étaient « bon marché aux prix courants ». Il cite un professeur affirmant en juin 1929 que « la situation économique du monde semble sur le seuil d’un grand bond en avant (sic) ».

Pourtant, certains avaient réussi, comme avant 2008, à voir les dangers de la bulle. Il cite le patron d’une banque, Paul Warburg qui souhaitait en mars 1929 une action de la Fed pour mettre fin à « l’orgie de spéculation effrénée » pour éviter un « effondrement désastreux » et une « crise générale pour le pays tout entier ». Il cite également une partie de la presse, Poors, parlant de « la grande illusion des actions ordinaires » ou le New York Times qui annonçait régulièrement la catastrophe à venir.

Le grand krach

John Galbraith nous fournit un récit journalistique des évènements qui ont abouti au krach. Il note la position ambiguë de la Fed, qui dénonce la spéculation en février 1929. Mais, lors d’un décrochage du marché les 25-26 mars, qui propulsa les taux courts à 20%, son dirigeant affirma que « nous avons une obligation (…), c’est d’écarter toute crise grave sur le marché de l’argent ». Comme l’auteur le souligne bien, les autorités semblaient préférer une « mort prochaine » à une « mort immédiate ».

En fait, Wall Street a atteint son sommet le 3 septembre à 453 points puis a commencé à baisser. La baisse s’est accéléré le samedi 19 octobre (perte de 12 points), puis à nouveau le mercredi 23 octobre, où l’indice du Times passa de 415 à 384 avant de connaître un jeudi très chaotique. La baisse commença par s’amplifier, mais les banques se coordonnèrent pour acheter des actions et soutenir le marché, ce qui permit de limiter la baisse à seulement 12 points. Roosevelt, isolé, dénonça alors la « fièvre de la spéculation ».

L’effondrement eut lieu le lundi 28 octobre : la bourse perdit 49 points, soit une baisse de plus de 12%, suivie par une nouvelle baisse de 43 points le lendemain. La baisse continua brutalement le mardi 5 novembre (-37 points) puis les 11, 12 et 13 novembre, avec une perte de 50 points en trois jours, menant l’indice du Times à 224, une perte de près de 50% en moins d’un mois… L’indice toucha son point bas le 8 juillet 1932 à 58 points, soit une baisse de plus de 85%…

Cette grave crise boursière provoqua un effondrement économique sans précédent puisqu’en 1932, un quart de la population (13 millions de personnes) étaient officiellement au chômage. À titre d’exemple, la production d’acier représentait 12% des capacités.

Source : « La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière », Payot, 1954

Demain, l’analyse des causes de la crise

28.08.2009

L’immense scandale des bonus 2009

Pendant que les banquiers sont trop heureux de détourner le débat sur des modalités byzantines qui camouflent en réalité un maintien du système antérieur, un vrai débat est complètement ignoré : le scandale gigantesque que représente tout paiement de bonus en 2009.

Pourquoi des bonus en 2009 ?

Car si le débat porte aujourd’hui sur la manière de moraliser les bonus des traders, presque personne ne se pose des questions sur la justification de l’existence même de bonus en 2009. À première vue, la raison est simple : les banques enregistrent des profits en spéculant, du fait de la forte hausse des marchés cette année. Dès lors, il pourrait sembler justifié que les traders en profitent...

Mais si les marchés boursiers sont en hausse en 2009, gonflant les profits des banques et les bonus des traders, c’est uniquement grâce au krach de 2008. En effet, si le CAC 40 n’avait pas perdu la moitié de sa valeur en 2008, il y a fort à parier que le marché ne serait pas en hausse en 2009… Si le krach financier de 2008 a provoqué un effondrement économique sans précédent, envoyant des millions de personnes au chômage, il permet également un gonflement des bonus des traders l’année suivante !

Bref, le krach boursier engendre du chômage pour les uns et des bonus pour les traders ! Pire, si les banques qui versent ces bonus existent toujours aujourd’hui, c’est grâce à l’intervention publique et l’argent de l’Etat. En clair, les bonus 2009 bien gras que vont toucher les traders de la BNP ou de Goldman Sachs sont la conséquence directe de l’effondrement de la bourse en 2008 et de l’injection massive d’argent des Etats pour réparer les erreurs de ces mêmes banques…

La crème, le beurre, la crémière, la petite sœur de la crémière…

Il est donc proprement incroyable et illégitime que soient payés le moindre bonus en 2009, à moins de les taxer à 90%. La collectivité ne peut pas d’une part donner des milliards aux banques pour les sauver et accepter que ce sauvetage permette, quelques mois après que les banques soient allées dans le mur, de verser des bonus invraisemblables à leurs traders, alors même que des millions de personnes ont été envoyées au chômage du fait de l’éclatement de la bulle spéculative.

L’aléa moral du monde financier devient chaque jour plus choquant. Le système actuel est devenu à ce point pervers que les traders pourraient y trouver une incitation aux comportements les plus spéculatifs. Après tout, ils touchent des bonus extravagants en période de bulle. L’année du krach, les Etats viennent sauver les banques de la faillite, et, s’ils perdent leur bonus une année au pire, ils créent les conditions de bonus gigantesques les années suivantes du fait de l’effondrement de la bourse l’année précédente.

C’est pourquoi la législation sur les bonus, si elle doit être largement transformée (voir la note de mercredi), n’est pas suffisante. Comme le propose Lord Adair Turner, président de l’autorité bancaire en Grande-Bretagne, il faut instituer une taxe Tobin sur toutes les transactions financières. Comme il le souligne et comme je le défends depuis longtemps, il faut dégonfler un secteur devenu trop important par rapport à l’économie réelle. Ceci limitera drastiquement les bonus.

De toutes les façons, les évènements de 2008 rendent complètement illégitimes le versement de bonus aux traders au titre de 2009. Il revient aux Etats, soit de les interdire purement et simplement, soit de les taxer à un très haut niveau, 90% par exemple. Les accepter serait un immense scandale.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/28/04001-20090828ARTFIG00001-le-gendarme-de-la-finance-britannique-attaque-la-city-.php

27.08.2009

Un grand emprunt, pour quoi faire ?

C’est le 22 juin dernier, lors de la réunion du Congrès, que Nicolas Sarkozy avait annoncé ce grand emprunt. Hier, la commission chargée d’identifier les priorités et le montant de l’emprunt a été mise en place.

Un coup de communication

Comme pour la suppression de la publicité sur le service public début 2008, l’annonce du grand emprunt a été un coup de communication de Nicolas Sarkozy. Le président de la République annonce une grande réforme sans avoir vraiment réfléchi sur les modalités. La direction de la politique du pays semble donnée sans véritable travail de fond. Ce grand emprunt montre à nouveau la prédominance de la communication sur la volonté de résoudre de vrais problèmes. Nicolas Sarkozy cherche les annonces qui pourront remplir les titres des journaux et lance des chantiers à peine ébauchés.

Dans le cas du grand emprunt, il faut noter que le discours du président de la République a changé depuis deux mois. À l’origine, ce grand emprunt était chargé de lutter contre la crise, avec un gros temps de retard il est vrai. Finalement, hier, étant donné l’amélioration du contexte économique, il a changé son fusil d’épaule puisqu’il devrait financer les « priorités stratégiques » du pays, « les investissements les plus utiles dans une vision de long terme » : les défis de l’« économie de la connaissance, compétitivité des entreprises, équipements industriels innovants, lutte contre le déclassement ».

La fin et les moyens

Mais ce grand emprunt fourre-tout illustre bien toutes les lacunes de la politique du président. Comment ne pas être surpris que le président ait lancé cette idée en ayant une vision aussi floue de l’emprunt ? Le montant pourrait être compris entre 10 et 100 milliards. On ne sait pas si les Français pourront y souscrire directement. L’objectif, au départ de lutter contre la crise, évolue vers la compétitivité du territoire. Bref, une commission ne sera pas de trop pour clarifier la vision présidentielle, encore qu’on peut s’interroger sur le court-circuitage permanent des ministres par des comités de toutes sortes.

Pire, ce grand emprunt montre les limites de la façon de gouverner du président. Il nous annonce une solution sans même avoir une vision très claire des problèmes. Et quand on lit les quatre défis cités par Nicolas Sarkozy, on est aussi frappé par la diversité des sujets que par l’adéquation très incertaine entre les sujets choisis et la solution d’ors et déjà choisie, du grand emprunt. N’aurait-il pas mieux valu réfléchir à l’économie de la connaissance et à la compétitivité des entreprises et chercher ensuite des solutions pour améliorer la situation de la France, qui pourraient être autre chose qu’un emprunt ?

Ce grand emprunt montre toute la légèreté du président. Comme souvent (publicité sur le service public, exonérations sur les heures supplémentaires), il fait une annonce pour occuper les médias sans réfléchir aux conséquences, charge à des comités d’inventer a posteriori une cohérence à ses propos….

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/26/m-sarko...

26.08.2009

Bonus des traders : ces vessies qu’on fait passer pour des lanternes

Ce matin, sur Radio-Sarkozy, René Ricol en a rajouté trois tonnes sur le rôle de Nicolas Sarkozy dans la moralisation du capitalisme. C’est simple, pour lui, les comportements spéculatifs des banques sont terminés en France grâce à la réforme initiée et voulue par son roi-soleil.

La réformette des bonus

Alors, bien sûr, une réforme des bonus a été annoncée. Désormais, seul 50% du bonus sera payé l’année même, ce qui a permis à la BNP d’annoncer que le milliard provisionné devenait cinq cent millions. Du coup, les 50% restant, qui seront versés l’année suivante, ou les deux années d’après, pourront être soumis à ce que l’on appelle bien improprement un malus, puisque si les performances ne sont pas bonnes, leur paiement ne sera pas effectué.

Cette réformette amène deux commentaires : tout d’abord, il ne s’agit en aucun cas d’un bonus / malus. Il s’agit d’un report conditionné du paiement d’une partie du bonus. Un malus correspondrait plutôt à une récupération des bonus passés et touchés pour des pratiques spéculatives qui ont entraîné des pertes par la suite. En fait, la proposition de l’Elysée ne va pas améliorer le comportement des traders puisque 50% de leur bonus reste acquis quelques soient les conséquences à moyen terme de leurs actes.

Ensuite, comment ne pas être choqué par les bonus touchés par les banquiers sur l’activité du premier semestre 2009 ? Ces profits ne sont possibles que pour deux raisons : l’effondrement des marchés au second semestre et le fait que les Etats ont déversés des milliards pour sauver les banques. Ce sont bien les conséquences de la spéculation passée (qui a envoyé des millions de personnes au chômage) qui engendrent ces bonus, de même que l’aide de la collectivité. Il ne devrait pas y avoir de bonus en 2009.

Ce qu’aurait été une vraie réforme

Il y a pourtant d’autres solutions, comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan hier soir,. Tout d’abord, l’instauration d’un véritable malus, c’est-à-dire, la possibilité de récupérer les bonus payés au titre de 2006 et 2007 en compensation des pertes abyssales que les comportements de ces années ont provoqué en 2008. Ensuite, il faut introduire une nouvelle tranche d’imposition pour les très hauts revenus, comme l’avait fait Roosevelt. Enfin, comme le propose Frédéric Lordon, interdire purement et simplement la circulation des capitaux avec les paradis fiscaux, où une partie des revenus de la finance se réfugie.

Mais surtout, le niveau des bonus est la conséquence directe de la taille de la bulle financière. La crise est la conséquence de la spéculation. Une spéculation telle que les transactions financières représentent aujourd’hui 50 fois le montant des transactions physiques (et non pas la même somme comme René Ricol l’a avancé bien imprudemment). Il faut donc dégonfler cette bulle en instaurant une taxe Tobin et en augmentant la couverture légale obligatoire. Ainsi, les profits liés à la spéculation seront limités, ce qui sera un instrument sans doute encore plus efficace pour limiter les bonus.

Nicolas Sarkozy est décidemment très habile. Le petit numéro d’hier peut donner l’impression qu’il a traité le sujet. Mais comme d’habitude, il a privilégié une annonce cosmétique au traitement du fond du sujet.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/25/nicolas-sarkozy-ferme-sur-les-bonus-flou-sur-les-credits_1231923_3234.html#ens_id=1224260

25.08.2009

Comment véritablement réformer le système économique ?

De nombreux penseurs imaginent depuis des années un système économique plus juste et plus stable. Mais au-delà du fond des réformes, il est également important de réfléchir aux moyens de parvenir à faire passer ses réformes. Réflexions inspirées par la lecture de Frédéric Lordon et Dominique de Villepin.

Le global, le régional ou le national ?

L’ancien Premier Ministre semble clairement privilégier la voie globale, avec des organismes de régulation, à l’échelle de la planète, composé de hauts fonctionnaires. Cette voie, inspirée du FMI, peut sembler plus puissante : après tout, c’est ainsi que Bretton Woods a été mis en place. Malheureusement, aujourd’hui, on peut doute qu’un tel aréopage soit animée d’une forte volonté de réforme. La conformité de pensée des hauts fonctionnaires et la bulle dans laquelle ils vivent, impose de passer par des politiques, comme le soutient Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie.

L’échelle nationale, au niveau de la France, est bien sûr insuffisante. Si nous ne passons pas par l’Europe, nous ne pourrons que très difficilement pousser d’autres grands pays à soutenir notre volonté de réforme. Imagine-t-on en effet la Chine, l’Inde ou le Brésil soutenir un projet de réforme du système monétaire ou financier proposé par la France mais qui serait rejeté par les autres pays de l’Union Européenne ? En même temps, pour les mêmes raisons que pour le niveau global, il est difficile de croire que la Commission Européenne ou la BCE pousseront la réforme du système qu’elles défendent.

L’axe franco-allemand est déterminant

C’est l’un des rares points d’accord entre Frédéric Lordon et Dominique de Villepin : l’axe franco-allemand peut avoir un rôle particulier dans la réforme du système économique international. Bien sûr, l’Allemagne a aujourd’hui construit son modèle sur les exportations et on imagine assez mal nos voisins d’outre-Rhin faire un 180° pour défendre des thèses protectionnistes. Néanmoins, ce modèle a démontré ses limites depuis 10 ans : outre une plus faible croissance quand l’économie mondiale va bien, du fait de la modération salariale, ce modèle provoque une récession plus grave en cas de crise…

En outre, le modèle économique rhénan est très loin du modèle économique anglo-saxon. La participation effective des salariés à la gouvernance de l’entreprise est allée plus loin qu’ailleurs. Pendant la crise, les employeurs ont limité les licenciements au maximum (certes avec l’aide de l’Etat), au contraire des patrons anglo-saxons qui taillent à la hache dans leurs effectifs. Le modèle allemand, avec ses normes, ses restrictions sur les ouvertures des commerces par exemple, est à la base un des moins libéraux et l’un des moins ouverts aux excès du monde financier.

Changer l’Europe, puis le monde

C’est pourquoi même des dirigeants de droite comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy (pour la première fois d’accord) poussent un peu plus fort pour réformer le système. Certes, il ne faut pas se faire d’illusions, ils ne proposent qu’une réforme a minima. Mais cela veut dire que le terreau politique pour une réforme beaucoup plus profonde existe entre nos deux pays. Et l’association de la France et de l’Allemagne, si elle est sans faille, peut tout changer en Europe. Il ne sera pas difficile d’entraîner une Italie à bout de souffle. En revanche, il faudra laisser sur le bord de la route la Grande-Bretagne.

Car il faut être clair, le monde anglo-saxon n’a rien retenu de la crise et il n’y a aucune volonté réelle de réformer le système financier à Washington et Londres. Mais si Berlin et Paris s’accordent et acceptent de passer outre les traités actuels, alors il faudra créer une nouvelle Zone Européenne Financière, d’où seront exclus la Grande-Bretagne ou le Luxembourg notamment, comme le propose Lordon. Les effets de masse nous permettront de dégonfler la bulle londonienne, puisque les affaires seront plus importantes dans la zone continentale, puis de mettre à pas Londres s’ils souhaitent rester dans le jeu…

L’existence d’un pôle réformé en Europe occidentale sera un puissant facteur d’équilibre pour le monde. Car, d’ors et déjà, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) cherchent à remettre en question le modèle anglo-saxon, même s’ils ne peuvent pas imposer un nouvel ordre seuls. Une alliance historique entre les BRIC et l’Europe continentale pourrait parfaitement passer outre l’opposition des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne pour imposer un nouvel ordre économique mondial, avec une sphère financière domestiquée, un système monétaire plus stable et juste et, éventuellement, des avancées protectionnistes.

Aujourd’hui, les institutions globales sont trop néolibérales et lourdes à manier pour espérer une quelconque réforme du système. L’espoir viendra d’une poignée d’Etats déterminés et coordonnés pour abattre le système actuel et le réformer, France et Allemagne au premier rang.

Source : Joseph Stiglitz, « La grande désillusion »

24.08.2009

Ce que nous dit la hausse de la bourse

Vendredi, les marchés ont terminé au plus haut depuis le mois de novembre dernier. Le CAC 40 a dépassé le cap des 3600 points, mille points de plus que début mars ! Certains parient sur un niveau de 4000 points en fin d’année. Quel est le sens de cette hausse ?

Pourquoi une telle progression ?

Certes, le PIB de la zone euro a seulement baissé de 0,1% au deuxième trimestre (contre 2,5% au premier), mais la remontée de la bourse semble complètement déconnectée de l’économie réelle par son ampleur. Il y a pourtant deux bonnes raisons pour justifier le bond de près de 40% des indices boursiers depuis leur point bas, atteint il y a cinq mois et demi. Tout d’abord, la baisse était excessive. Beaucoup d’entreprises se négociaient à des cours dérisoires par rapport à leur valeur réelle : le marché est aussi excessif à la hausse qu’à la baisse, et on peut considérer qu’il y a un effet de rattrapage derrière cette hausse.

Ensuite, la deuxième raison est que les nouvelles économiques sont généralement meilleures que ce que les marchés avaient anticipé. Aux Etats-Unis, le chômage a légèrement baissé en juillet, le prix des maisons dans les 20 premières villes du pays a monté pour la première fois depuis plus de deux ans. Tout semble indiquer que l’économie sera en croissance ce trimestre. En Europe, les chiffres de la zone euro sont meilleurs que prévus, notamment en France et en Allemagne, qui semblent sorties de la récession. Et la vigoureuse reprise asiatique fait que le monde est sorti de récession au deuxième trimestre.

Un système sauvé mais pas changé

Un examen plus approfondi révèle néanmoins un déséquilibre inquiétant. En effet, si le CAC 40 a repris 40% depuis son plus bas, il reste plus de 40% sous son point haut d’avant crise (la Bourse a perdu plus de 60% lors de la crise). Curieusement, l’examen de l’évolution de l’action de la BNP révèle une reprise bien plus vigoureuse. En effet, l’action BNP a brièvement dépassé le cap des 70 euros avant la crise, puis est tombée à 20 euros, une baisse de 70%. Ce samedi, l’action BNP était à 58,9 euros, soit un quasi triplement de sa valeur depuis son point bas. L’action n’est que 20% moins chère qu’avant la crise.

À première vue, une telle évolution semble logique : en effet, en pleine panique financière, il est logique que la valeur des banques soit particulièrement sanctionnée et qu’elle rebondisse plus vite lors de la reprise. Mais ce que montre le cas de la BNP, c’est que certaines banques ont retrouvé 80% de leur valeur boursière d’avant la crise quand le marché a péniblement atteint le cap des 60%… Cela signifie que certaines banques se sortent comparativement mieux de cette grave crise financière que la grande majorité des entreprises, ce qui est profondément injuste vu l’origine bancaire du krach.

Les nouveaux privilèges des banques

En fait, paradoxalement, le secteur bancaire sort considérablement renforcé. Les plus grandes banques savent désormais de manière certaine qu’elles ont droit à une assurance-vie accordée gracieusement par les Etats, du fait du risque systémique qu’elles font porter sur l’économie mondiale. Quoi qu’elles fassent, elles seront toujours soutenues : changement de règles comptables pour éviter des dépréciations, prêts, prise de participation au capital, garantie de plusieurs centaines de milliards d’euros sur leur bilan dans les pays européens, rachat de créances pourries…

Tout a été fait pour les sauver de leurs excès, de leurs mauvais modèles, de leurs règles prudentielles qui n’avaient de prudentielles que le nom. « Le laisser faire a conduit au laisser aller » pour citer Dominique de Villepin. Mais le plus incroyable est l’absence totale de remise en cause de ce système qui a failli mener le monde dans une nouvelle Dépression. Les cours de bourse ne font que sanctionner cet état de fait : les banques ont triomphé sur toute la ligne. Presque personne ne semble se poser des questions sur les réformes nécessaires, à part Frédéric Lordon…

Bonne nouvelle : la hausse de la bourse est sans doute le prélude à une reprise économique. Mauvaise nouvelle : tous les déséquilibres passés restent en place, notamment l’exploitation de l’économie réelle par la finance, qui vient de gagner une assurance-vie sans aucune contrepartie réelle pour l’instant.

Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2009/08/22/04003-20090822A...

23.08.2009

Dominique de Villepin, mondialiste idéaliste (2/2)

Si les constats de l’ancien Premier Ministre sont étonnamment proches des partisans des penseurs alternatifs, l’analyse des solutions qu’il propose montre des divergences importantes…

L’idéaliste mondialiste

Si Dominique de Villepin parle de souveraineté nationale, ce livre révèle également son idéal de gouvernance mondiale. C’est ainsi qu’il parle de l’émergence d’une opinion publique mondiale, d’où le titre de son ouvrage. Pour lui, « certains clivages raciaux, sociaux, nationaux s’estompent pour faire face à de nouveaux antagonismes, économiques ou religieux par exemple. Les grands mouvements précipitent une prise de conscience collective et la nécessité de solutions communes ».

C’est ainsi qu’il voit « les contours d’une République (…), d’une entité commune, d’intérêts partagés qui imposent des décisions prises de concert, qui obligent à un accord sur les principes régulateurs, à l’échelle de la planète ». Cette cité-monde serait rendue possible par la mondialisation et il souhaite qu’elle soit plus humaine. Pour lui, « la mondialisation numérique a abolit l’espace », oubliant au passage les différences de langues et de cultures… Il appelle de ses vœux une véritable « gouvernance mondiale ».

Le « nouveau monde »

Dominique de Villepin a le mérite de traduire concrètement sa vision. Il propose notamment un élargissement du nombre de membres permanentes au Conseil de Sécurité de l’ONU au Brésil, au Japon, à l’Inde, à l’Allemagne et à un pays Africain (Nigéria ou Afrique du Sud). L’ancien Premier Ministre voit quatre piliers à cette nouvelle gouvernance mondiale : « la stabilité économique, la sécurité collective, la préservation de la planète et la réduction de la pauvreté ».

La gouvernance économique mondiale doit s’appuyer sur « une régulation plus forte du système financier international » et une réforme du système monétaire par la création d’une nouvelle monnaie de référence, pour remettre en cause « la domination du dollar ». Il propose que le conseil de Sécurité assure la gestion des crises, en coordination avec les organisations régionales. Et sur la pauvreté, il va jusqu’à proposer la « mise en œuvre d’une fiscalité internationale, assise sur la production globale ».

Sur l’Europe, le livre est souvent contradictoire. Il écrit que « la solidarité doit permettre de concilier le respect de la règle de l’unanimité » et dix lignes après « il faut développer les décisions à la majorité qualifiée ». Il prône un rapprochement avec l’Allemagne, du fait de nos « valeurs et intérêts communs, (à) faire valoir dans la réorganisation à venir de l’Europe financière ». Il plaide à la fois pour des coopérations interétatiques mais propose « l’établissement d’un gouvernement commun » et « une fiscalité européenne (…) pour augmenter les transferts à l’intérieur de l’Union et lui donner les moyens de l’action ».

Une nouvelle économie ?

Si le constat économique de Dominique de Villlepin rejoint celui des économistes alternatifs (crises, rôle de la finance, inégalités…), ses propositions l’en éloignent. Dès la deuxième page, il parle des « pièges du protectionnisme », qu’il renvoie plus loin, cavalièrement et sans autre forme de procès à « l’autarcie » ! Néanmoins, il suggère des « protections qui permettent d’harmoniser le libre déploiement des intérêts privés avec l’intérêt national », notamment une « véritable politique industrielle ».

Sa vision des grandes entreprises surprend : « le contraste est saisissant entre des managers aux rémunérations exorbitantes et des ouvriers aux salaires toujours plus comprimés par la concurrence des économies émergentes. La crise devrait avoir raison de ce modèle désincarné ». On serait heureux de savoir ce qui lui permet de conclure ainsi… De même quand il affirme que les rentes conduisent immanquablement les entreprises au déclin. Sans doute à très long terme, mais pas à moyen terme.

Sa proposition de créer des « régulateurs mondiaux, encadrés par un mandat, mais indépendants des enjeux strictement politiques » montre sans doute une trop grande confiance dans les hauts fonctionnaires internationaux par rapport aux politiques, au moment même où beaucoup en reviennent, que ce soit pour la BCE (Paul Krugman, Frédéric Lordon…) ou le FMI (Joseph Stiglitz). Elle dénote également une méfiance vis-à-vis du politique bien surprenante...

S’il formule un diagnostic proche des penseurs alternatifs, ses propositions diffèrent, notamment sa volonté de transférer davantage de pouvoir à des échelles supranationales, souvent à des techniciens. Pourtant, ce sont de tels cadres qui nous ont dirigés dans l’impasse, comme il le souligne à l’échelle européenne…

Source : « La cité des hommes », Dominique de Villepin, Plon

22.08.2009

Dominique de Villepin, mondialiste idéaliste (1/2)

Ce n’était pas sans une certaine impatience que j’attendais de lire l’analyse de Dominique de Villepin sur la grave crise économique que nous traversons. Ce contexte a-t-il favorisé une évolution de sa pensée ou pas ? Réponse en deux temps : aujourd’hui, l’analyse de son constat.

Diplomate gaulliste

Sur la diplomatie, Dominique de Villepin est ancré dans la tradition diplomatique que nous a léguée le Général de Gaulle. Il plaide pour un monde plus multipolaire, où les occidentaux seraient plus ouverts sur les autres cultures et où la France garde un rôle bien spécifique à jouer, fidèle à sa tradition.

Il dénonce les néoconservateurs (à passeport français ?), qui installent « deux poids, deux mesures pour les pays, en rejetant certains dans l’axe du mal absolu, en conservant d’autres, non moins autocratiques, parmi les alliés privilégiés ». En cela, il revient sur l’absence d’intervention en Tchétchénie qui démontre le double langage de l’Occident. Il souligne même que « la radicalité d’Hugo Chavez (…) vis-à-vis de Washington se nourrit des expériences collectives du passé ».

Il affirme également que « le siècle à venir ne se passera pas des Etats, et devrait même, la crise aidant, leur accorder un rôle de plus en plus grand ». Pour lui, il faut mettre fin au « choc des civilisations » pour ne pas pousser la Chine et la Russie vers une voie agressive et traiter prioritairement la question palestinienne mère de bien des conflits dans le monde. Il se demande si on peut vraiment « reprocher aux Palestiniens de ne pas disposer d’un gouvernement capable d’assumer des pourparlers de paix ».

Un constat lucide sur la crise

Sur la crise, il commence par une remarque très juste : « il faut se garder de deux écueils : la célébration béate des vertus de la crise, car le renouveau naît de douleurs humaines (…), la démesure prophétique ». Il dénonce nommément la révolution néolibérale, individualiste, dérégulatrice et marchande menée par Thatcher et Reagan, qui ont mis à bas l’héritage de Roosevelt et Kennedy. Il note également que ce système produit des crises de plus en plus fréquentes et violentes depuis les années 90.

Il met en cause « un comportement prédateur justifié exclusivement par le rendement du capital, une politique dérégulée fondée sur l’autonomisation de la sphère financière et une pression économique source de déséquilibres pour les hommes et les territoires ». Il souligne que « notre ordre économique continue de creuser les fossés » et critique « la confiance aveugle dans la capacité d’autorégulation des marchés ». Il conclut élégamment qu’à force « de laisser faire, le laisser-aller l’a emporté » et dénonce une « anarchie »…

Il affirme que « le G20 marque une promesse, pas encore un progrès » et soutient que ceux qui « demandent des mécanismes de régulation plus stricts ne remettent pas en cause le capitalisme en tant que tel, mais sa variante néolibérale. Il appelle un meilleur équilibre capital / travail en dénonçant la stagnation des salaires et les inégalités, reconnaissant la pression induite par  la main d’œuvre chinoise. Il critique ce « capitalisme de combat » qui organise « une jungle de vaincus et de vainqueurs ».

Une Europe hors-sujet

Mais Dominique de Villepin m’a encore plus surpris sur l’Europe. Il reconnaît que la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale et souligne qu’elle est « un voile masquant les divergences intérieures et retardant les ajustements ». Il souligne que les divergences nationales peuvent faire que la zone euro se retrouve « coincée dans une trappe inflationniste dans certains endroits et dans un piège déflationniste dans d’autres ». Il dénonce les comportements de « passagers clandestins » de certains pays.

Encore mieux, il dénonce le biais néolibéral de l’Europe, affirmant que « le dogme de la concurrence libre nécessite des révisions tant il est profondément inadapté à la nouvelle phase de mondialisation qui s’annonce ». Il attaque également l’alignement européen sur les Etats-Unis en appelant à « réinventer le lien transatlantique ». En réponse il soutient « l’audace de l’indépendance » et glorifie le rôle de notre pays « trait d’union naturel », pont entre le Nord et le Sud ainsi qu’entre l’Est et l’Ouest.

Mieux, il affirme que « l’Europe est forte quand elle coordonne ses voix, pas quand elle leur surimpose une voix nouvelle et artificielle ». Il soutient même que « les souverainetés essentielles doivent être aujourd’hui préservées en matière de sécurité, d’économie et de culture. La défense de l’une sans les deux autres est vouée à l’échec ». Il affirme que « l’indépendance est vitale pour tous les peuples parce qu’elle est le ferment de leur identité, la liberté qui leur permet de prendre en main leur propre destin ».

Mais si le constat rejoint de manière surprenante les analyses des partisans d’une autre politique et d’une autre Europe, ce sera une autre histoire sur les solutions à apporter…

Source : « La cité des hommes », Dominique de Villepin, Plon

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