04.11.2009

Quelques idées pour la ré-internationalisation

Le terme « ré-internationalisation » est particulièrement intéressant, car, par rapport à « globalisation », il signifie à la fois retour aux nations et coopération entre ces nations. En cela, il peut être un moyen plus positif de présenter la construction d’un retour à la nation.

Ce que la ré-internationalisation n’est pas

Les promoteurs de la globalisation néolibérale chercheront sans doute à présenter toute alternative comme une aventure albanaise, une voie vers l’autarcie rétrograde et passéiste. Pourtant, entre l’autarcie et la libéralisation absolue, il y a d’innombrables nuances. Et la récente crise montre justement que les nations sont le dernier recours quand il s’agit de sauver le monde financier de son autodestruction. Ce ne sont ni la Commission, ni la BCE qui ont trouvé la solution, mais bien les Etats.

La ré-internationalisation, ce ne sont donc pas des Etats-nations repliés dans leur prêt carré. Ce sont des Etats-nations qui pensent à leur intérêt, sont responsables devant leurs citoyens, mais qui sont parfaitement capables de coopérer ensemble pour résoudre des crises qui ne peuvent être résolues que par une action commune, comme l’ont fait les Etats européens lors de la crise des subprimes.

En économie, un dirigisme national

L’alternative à la globalisation néolibérale peut donc être un dirigisme national. Un dirigisme dans le sens où les politiques reprendraient le contrôle des évènements, qu’ils abandonnent trop volontiers à des instances européennes (BCE, Commission) ou au marché (cours des monnaies, cours des matières premières agricoles, mouvements de capitaux, réglementation financière…). Ce dirigisme doit marquer un retour du politique au détriment du technique, renouvelant le contrat démocratique.

Mais pour pouvoir être effectif, le dirigisme politique devra se faire dans un cadre national, seul cadre permettant l’expression d’une volonté populaire démocratique. Nous aurons besoin de frontières pour que chaque pays puisse de nouveau exprimer sa volonté sans être trop contraint par des traités européens et internationaux qui agissent trop souvent comme des corsets trop serrés pour la démocratie. Les frontières commerciales, monétaires et financières sont le moyen de redonner une liberté au politique.

A l’international, le retour des nations

Le retour des nations, doit s’opposer au rôle grandissant des organisations technocratiques et au non démocratiques. Les hommes politiques doivent cesser de confier des pans entiers de leur responsabilité politique à des organisations non élues dont le jugement est de plus en plus contesté. Il n’est pas normal qu’après cette crise, ce soit toujours le comité Bâle 2 qui soit en charge de réfléchir aux nouvelles normes prudentielles. Les politiques doivent prendre cette responsabilité.

La ré-internationalisation des relations internationales, parce qu’elle s’oppose à une globalisation uniformisante, sera également une transformation des rapports entre les nations, qui s’opposera à l’occidentalisme obtus de Georges W Bush. Elle doit ouvrir la voie à un monde plus ouvert sur les autres, et respectueux de l’indépendance de chaque nation, qui ne seront pas sommées de choisir un camp, comme le Général de Gaulle le disait déjà il y a quelques décennies.

Au niveau européen, cela signifie une construction européenne souple, à la carte, où les coopérations ponctuelles entre Etats sont encouragées, quelques soient les configurations, au lieu de devoir passer sous les fourches caudines uniformisatrices de Bruxelles. Cette plus grande liberté donnée aux nations permettra sans doute de multiplier les projets, même s’il est vrai que le paysage européen en sera sans doute plus différencié. Une Europe diverse au lieu de l’absurde taille unique qui ne va à personne.

Parce que les nations sont le cadre naturel de l’expression du bien commun, c’est un retour des nations qui permettra de remettre le monde dans une direction plus favorable à l’intérêt général. Il sera donc essentiel que chaque nation sache renouveler le contrat national, souvent malmené par cette globalisation.