07.11.2009

Sarkozy à mi-mandat : la faillite d’une méthode

Avant d’analyser le fond de la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis deux ans et demi, je souhaite m’arrêter sur sa méthode, étant donné que cette semaine a de nouveau illustré ses limites avec les cafouillages au sein de la majorité, du gouvernement, et de l’Elysée….

La méthode Sarkozy

La méthode Sarkozy peut se résumer à plusieurs points. Tout d’abord, elle consiste à une personnalisation et une concentration inédite des pouvoirs sous la Cinquième République, à l’exception peut-être de Valéry Giscard d’Estaing. Le rôle des ministres est minimisé par la présence permanente du président sur le terrain, qui efface tout son gouvernement. De toutes les façons, Nicolas Sarkozy n’a pas choisi beaucoup de poids lourds, privilégiant des seconds couteaux ou des proches.

Le premier ministre est réduit à un rôle marginal, nettement moins important que les conseillers du prince. D’ailleurs, fait inédit sous la Cinquième République, ces conseillers s’expriment publiquement et fréquemment, quitte à mener des agendas personnels qui ne sont pas forcément ceux du gouvernement (comme le montre la manœuvre d’Henri Guaino pour demander un grand emprunt plus important, malgré l’opinion de la majorité à l’Elysée même, ce qui a contraint à un arbitrage précoce).

Enfin, pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a donné un bien mauvais exemple en ne manquant pas une occasion de se désolidariser d’une majorité présidentielle à laquelle il était d’autant plus censé appartenir qu’il était un de ses ministres. Résultat, il a donné un bien mauvais exemple à ses équipes, ce qui explique sans doute le comportement d’une Rama Yade qui, après tout, ne fait que suivre le (mauvais) exemple que son chef a pu lui donner de 2002 à 2007.

La chienlit au pouvoir

La majorité  affirme bien habilement que les turbulences actuelles sont normales et qu’après tout, les majorités n’ont jamais suivi sans rechigner leurs gouvernements. Pas faux, il y a toujours eu des tiraillements entre les majorités et les équipes gouvernementales. Mais cette analyse des choses est beaucoup trop partielle et partiale. En effet, les turbulences actuelles ne ressemblent pas du tout à ce qui a pu se passer dans le passé puisqu’elles dépassent le cadre des parlementaires.

Tout d’abord, la solidarité gouvernementale est de plus en plus oubliée. Rama Yade se permet des tacles ou une désolidarisation de sa ministre de tutelle tout en restant secrétaire d’Etat. Ceci est inédit et affaiblit plus encore l’équipe gouvernementale. Deuxièmement, pour la première fois, des tensions publiques sont provoquées par les conseillers du président, profondément divisée entre Claude Guéant et Henri Guaino. Le manque de solidarité atteint un niveau inédit, au gouvernement comme à l’Elysée.

Et comme le président ramène tout à lui, il n’y a aucune soupape de sécurité, contrairement à ce que la Cinquième République instituait. Les remaniements n’ont plus d’importance puisqu’ils ne concernent que des personnes sans réels pouvoirs. Aucun des changements d’équipe n’a apporté le moindre souffle à Nicolas Sarkozy. Et même ses annonces finissent par perdre de leur impact : on ne peut pas annoncer des mesures révolutionnaires trois fois par semaines sans provoquer une certaine usure.

La faillite de Nicolas Sarkozy, avant même de parler du fond, c’est la faillite d’une méthode qui efface le gouvernement, ne permettant plus au  président de se reposer sur une équipe, qui promeut le désordre et dont les effets d’annonce trop répétés finissent inévitablement par s’user…