02.12.2009
La tentation anti-démocratique
Le récent vote de la Suisse pour l’interdiction de la construction des minarets fait surgir un nouveau débat sur la pertinence des référendums, débat qui révèle des tendances bien peu démocratiques au sein d’une partie de l’élite politico-médiatique.
Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain
Le résultat de ce week-end fait dire à Jean Quatremer, blogueur célèbre à tendance fédéraliste : « en laissant s’exprimer la peur de l'autre, le refus de la rationalité, l'intérêt immédiat, le référendum est décidément un instrument dangereux aux mains des démagogues de tous poils. On comprend mieux pourquoi plusieurs pays démocratiques l'ont tout simplement interdit ».
Mais c’est une chose de donner de temps en temps la parole au peuple pour des choix structurants pour l’avenir du pays (Algérie, choix d’une Constitution, acceptation d’un traité européen), c’en est une autre que d’instaurer un système de votation, où les citoyens votent très souvent pour tout et n’importe quoi, comme en Suisse. Le système Français donne au référendum un caractère exceptionnel et particulier qui permet à la nation de vraiment se prononcer sur son avenir.
De même que Laurent de Boissieu, je suis opposé au droit d’initiative législative populaire, qui opère un dangereux glissement vers la démocratie d’opinion. Il est proprement hallucinant qu’un tel sujet ait été soumis au vote des Suisses et il ne s’agit en aucun cas d’un sujet pour un référendum, à moins de considérer que les citoyens doivent directement décider de la moitié des lois !
Démocratie contre démocratie
En revanche, les commentaires de Jean Quatremer et Autheuil révèlent une méfiance forte à l’égard du suffrage universel puisque le premier dénigre le référendum en bloc et le second l’élection du président de la République au suffrage universel. Laurent de Boissieu a raison de noter « une tentation de despotisme éclairé ». Car c’est bien cela qui aboutit à une limitation du pouvoir des politiques (par des contre-pouvoirs aux Etats-Unis ou des organismes indépendants en Europe).
Comment ne pas voir se dessiner la tentation d’une société post-démocratique où seraient toujours élus des parlements, mais où l’essentiel du pouvoir serait protégé des bas instincts populaires par des traités ligotant les politiques ? C’est la voie qui a été choisie par l’Europe pour se construire, en affaiblissant les nations par le biais de transferts de pouvoir vers des organisations technocratiques qui appliqueraient la même politique quelques soient les circonstances et la volonté des peuples.
Aux Etats-Unis, la voie choisie a été l’instauration d’une multitude de contre-pouvoirs qui limitent la capacité d’action du président. Le cas de Barack Obama est ici exemplaire. Il a gagné un mandat populaire limpide, dispose d’une large majorité dans les deux chambres mais éprouve les pires difficultés pour faire passer les lois issues de son programme. Comme l’avait dit un intellectuel, les Etats-Unis sont une « démocratie faible », soumise au diktat des lobbies, de l’argent et des intérêts particuliers.
Au contraire, la Cinquième République permet de véritables alternances où le gagnant d’une élection présidentielle a généralement les coudées franches pour appliquer son programme. Sans doute le système qui respecte le mieux la démocratie.
10:57 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : laurent de boissieu, jean quatremer



