08.12.2009

Comment nourrir le monde (1/2) : libre-échange ou marchés protégés ?

Dans son édition du 21 novembre, The Economist se penche sur le thème passionnant de l’agriculture et se demande comment nous allons faire pour nourrir le monde. S’il soutient la déréglementation, l’hebdomadaire ultralibéral donne pourtant des arguments à ses opposants.

Les limites du tout marché

Bien évidemment, ce dossier est l’occasion pour la revue britannique de se lamenter sur les limites mises aux mécanismes du marché. En effet, devant l’envolée du prix des produits agricoles en 2007, de nombreux pays ont pris des mesures radicales, comme l’interdiction des exportations, ce qui, par ricochet, a provoqué de graves crises dans les pays importateurs. L’envol des prix a provoqué une hausse historique d’environ cent millions du nombre de personnes mal nourries dans le monde.

The Economist se fait l’avocat de la libéralisation des marchés agricoles et appelle à la suppression des barrières douanières récemment mises en place. Pourtant, ce dossier montre bien que les mécanismes du marché aboutissent aux drames que nous avons connus depuis quelques mois. En effet, la main invisible a abouti à une concentration de la production qui rend plus volatiles les cours des produits agricoles, menaçant les populations les plus pauvres de la planète.

Pire, The Economist revient longuement sur le phénomène de l’achat de terres arables dans les pays du Tiers Monde par les importateurs de produits agricoles, comme la Chine, la Corée du Sud ou les pays exportateurs de pétrole. Pas moins de vingt millions d’hectares des meilleures terres des pays pauvres d’Afrique ou d’Asie ont ainsi été achetés par des pays plus riches, handicapant sérieusement la capacité de ces pays à développer leur agriculture…

Le besoin d’encadrement des marchés agricoles

Paradoxalement, The Economist développe des exemples qui montrent l’intérêt de l’intervention publique. Il cite le cas du Malawi. Ce petit pays africain importait 40% de sa nourriture en 2005. Mais le développement de subventions au secteur agricole (à hauteur de 4% du PIB) a transformé ce pays puisqu’il exporte désormais 50% de sa production, après avoir triplé sa production de maïs en seulement 4 ans. De même, après les pénuries de riz, les Philippines visent aujourd’hui l’autosuffisance.

L’ensemble du dossier montre une chose très claire : la libéralisation des marchés conduit à une spécialisation et une concentration de la production, qui, rend plus volatiles les prix agricoles. En effet, avec un marché plus concentré, le moindre incident dans un des grands pays producteurs provoque une tension majeure qui peut faire s’envoler ou effondrer les prix. Même s’il ne s’agit pas d’étatiser la production agricole, une moindre concentration peut donner de la stabilité au système.

C’est pourquoi l’autosuffisance a encore un bel avenir devant elle et il y a fort à parier que malgré l’OMC, beaucoup de pays, y compris en voie de développement, préféreront réguler leur marché intérieur pour permettre à leur agriculture de se développer, phase essentielle du développement économique. Et de toutes les façons, la remontée prévisible du prix du carbone finira par rendre plus cher le commerce des produits agricoles, ce qui devrait favoriser une relocalisation de l’activité.

Le bilan de la libéralisation est là : le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans le monde augmente depuis 1995. Il est donc grand temps de revenir à une vision plus locale et plus stable de l’agriculture, pour le bénéfice de tous.

Source : The Economist 21 novembre