12.12.2009

Bonus : l’arbre qui cache la forêt

Cette semaine, Gordon Brown a annoncé une taxation de 50% des bonus pour l’année prochaine. Très rapidement, Nicolas Sarkozy lui a emboîté le pas en signant une tribune avec lui dans le Wall Street Journal, puis Angela Merkel a poursuivi en parlant d’une « idée très charmante ». Conversion ou posture ?

Paroles, paroles, paroles

Paradoxalement, le constat fait par les deux chefs d’Etat rejoint complètement les analyses des intellectuels alternatifs. Ils dénoncent la collectivisation du risque bancaire puisque les gouvernements donnent de facto une assurance vie gratuite aux institutions financières, comme l’a montré la crise financière de l’automne dernier. Du coup, ils appellent à une double mesure : un renforcement des fonds propres des banques et une taxation des bonus des banquiers.

La taxation des bonus est une mesure à la fois juste et populaire car les citoyens de tous les pays sont choqués par les sommes extravagantes gagnées par les banquiers, en prenant des risques que la collectivité assume de facto. La proximité des élections législatives en Grande-Bretagne explique sans doute le durcissement du ton de Gordon Brown, qui lui réussit plutôt bien dans les sondages d’ailleurs. Mais il faut noter que cette mesure ne concerne que les bonus qui seront versés en 2010.

Rien ne change

Globalement, ce que l’on constate est l’absence de mesures radicales. Les hommes politiques s’en tiennent jusqu’à présent à des mesures cosmétiques destinées à donner le change vis-à-vis de la population, sans réellement réformer en profondeur le système économique qui est responsable de la catastrophe financière de l’an dernier. Si la taxation des bonus est juste, elle ne représente pas une réforme suffisamment structurelle pour éviter les excès d’antan.

Sur le moyen de limiter le risque, l’idée de renforcer légalement les fonds propres des banques est bonne mais cette proposition n’avance absolument pas depuis plus d’un an. En outre, les hommes politiques laissent pour l’instant aux banquiers le soin de faire des propositions avec le comité Bâle 2. Tout ce passe comme si les hommes politiques se contentaient de gesticulations électoralistes sans vraiment vouloir changer le système, malgré l’ampleur de la crise de l’an dernier.

Bien sûr, la taxation des bonus est une bonne décision. Mais il ne s’agit que d’un petit arbre qui cache la forêt des disfonctionnements qui ont conduit à la crise et que l’immense majorité des hommes politiques semblent totalement ignorer.