17.12.2009
Néolibéralisme et inégalités
Alors qu’il gagne un demi-million d’euros par mois, Nicolas Anelka vient de déclarer qu’il trouvait que les Français étaient hypocrites vis-à-vis de l’argent et qu’il refusait de payer 50% d’impôts. Un nouveau symptôme du creusement des inégalités dans notre pays…
Le creusement des inégalités
Cette semaine, Marianne 2 a publié deux papiers passionnants sur le sujet. Le premier, de la blogueuse Hypos, analyse les inégalités sur le logement. En effet, si au niveau global, la proportion de propriétaires est passée de 54 à 57% de 1988 à 2006, l’accès à la propriété est de plus en réservée aux classes aisées. En outre, le poids des charges pour l’achat d’un logement pour les ménages modestes est passé de 22 à 30% de leurs revenus. En outre, la France conserve une forte proportion de mal logés.
L’autre papier vient de Jacques Sapir qui analyse l’évolution des revenus depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il montre un double phénomène. Tout d’abord, la part de la rémunération des salariés dans la richesse nationale s’est effondrée dans les années 80, de 1983 à 1986, soit sous la présidence de François Mitterrand. Ensuite, il souligne la quasi-stagnation du salaire net réel depuis le début des années 80, qui ne profite pas des grains de productivité, contrairement aux Trente Glorieuses.
Ensuite, il montre que la légère hausse du salaire net moyen, qui a progressé de 12% de 1996 à 2006 est un leurre. En effet, cette progression moyenne cache de grandes disparités. Les salaires du 1% des plus hauts salaires a nettement progressé (de 5.5 à 6.5% du total), ce qui fait que le salaire médian (qui sépare les 50% qui gagnent plus des 50% qui gagnent moins), n’a progressé que de 3.5% depuis 1996. En clair, les hauts revenus augmentent fortement, les bas stagnent.
Un produit du néolibéralisme
Ce constat franco-français est intéressant. Il mérite d’être comparé à la situation d’autres pays. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, le 1% des plus hauts revenus reçoivent 18% de l’ensemble des rémunérations, quasiment le triple de la situation Française ! En outre, le salaire médian est même en baisse, et depuis le début des années 70. Bref, si les inégalités augmentent en France, le phénomène est plus récent et pour l’instant moins violent que dans les pays anglo-saxons.
Les raisons d’une telle évolution sont simples. La globalisation néolibérale est à la racine de la hausse des inégalités. En effet, la libéralisation du commerce fait pression sur les bas salaires en mettant les salariés les moins qualifiés en compétition avec les salariés de pays qui touchent une fraction infime du SMIC. Et d’autre part, le développement des multinationales démultiplie l’impact que peuvent avoir les managers sur les résultats de leur entreprise, leur permettant de gagner plus.
Le problème est que cette évolution est dangereuse à plus d’un titre. Galbraith a montré à quel point ce creusement des inégalités est source de déséquilibres, tant l’argent gagné au sommet finit par entretenir des bulles spéculatives. Ensuite, cela pose le problème d’écarts indécents de rémunérations. S’il est légitime et positif que les talents soient récompensés, certains excès sont dangereux pour la stabilité de l’économie comme pour la cohésion de la société.
En cela, le commentaire de Nicolas Anelka est symptomatique d’une époque où certaines personnes refusent de contribuer à la collectivité et profitent des opportunités de l’anarchie économique pour, tout en gagnant plus, contribuer moins en proportion de ce qu’ils touchent.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : hypos, jacques sapir, inégalités, salaire médian, salaire moyen



