31.01.2010

La guerre Sarkozy-Villepin ira-t-elle jusqu’au bout ?

Jeudi soir, après avoir été relaxé, Dominique de Villepin avait adopté un ton très apaisé, relayé par ses soutiens. Mais avec l’appel du procureur (du président) de la République, le ton est monté vendredi soir au Grand Journal de Canal Plus. Désormais, la guerre entre les deux hommes semble inévitable.

Dominique, pacifiste poussé à bout

C’est tout le paradoxe de cet affrontement entre les deux hommes. L’ancien locataire de Matignon a semblé plusieurs fois être prêt à une paix des braves. Cela avait été le cas mi-2008, où des rumeurs bruissaient d’une possible nomination au gouvernement, avant que le déclenchement d’une procédure judiciaire ne le fasse revenir au ton qu’il avait adopté dès la rentrée 2007. Et même jeudi soir, on pouvait sérieusement douter de la volonté de Dominique de Villepin à engager un combat électoral en 2012 après avoir triomphé judiciairement en 2010. C’était le sens de mon papier de jeudi.

Mais la farce judiciaire que représente l’annonce sur Europe 1 de l’appel de la décision du tribunal, sans doute sur ordre de l’Elysée (on n’imagine difficilement Nicolas Sarkozy ne pas avoir au moins validé la décision) a dramatiquement modifié le discours de Dominique de Villepin. Apprenant la décision en direct sur RMC, l’ancien Premier Ministre s’est fait martial dénonçant la « haine » de Nicolas Sarkozy. Et le soir même, il a dénoncé la duplicité de l’Elysée et affirmé savoir que le président de la République avait pris lui-même la décision de l’appel lors d’une réunion tenue jeudi.

Sachant que le nouveau procès devrait se tenir dans un an, cela ajoute une cinquième année de calvaire judiciaire pour un homme que l’on sent d’autant plus blessé qu’il pensait avoir vu le bout du tunnel jeudi. Du coup, malgré un discours où il affirmait de ne pas ressentir de « rancune » ou de « rancœur », la violence des propos qu’il a tenu vendredi contre le président de la République peut indiquer une certaine volonté d’affrontement, par-delà l’expression d’un souci de faire des propositions pour la France. L’étirement du procès et les manœuvres élyséennes poussent à un combat en 2012.

Nicolas, guerrier machiavélique

La question qui se pose alors est pourquoi l’Elysée se comporte de la sorte. En effet, depuis septembre, la séquence judiciaire tourne clairement à l’avantage de Dominique de Villepin qui apparaît de plus en plus comme une victime de l’acharnement du président de la République. Et le dernier rebondissement renforce singulièrement cette impression. En outre, ces manœuvres ont toutes les chances de pousser le rival du président à se présenter en 2012 pour solder devant les électeurs leur affrontement judiciaire. Tout se passe finalement comme si Sarkozy voulait affronter Villepin.

Du coup, il est possible de se demander si, finalement, le président de la République ne cherche pas à provoquer son adversaire par tous les moyens pour le pousser à se présenter contre lui dans deux ans. Loin de vouloir éviter une candidature Villepin en 2012, Nicolas Sarkozy souhaite peut-être plus que tout l’affronter. Il imagine sans doute que son adversaire n’est qu’un amateur en politique et qu’il ne fera qu’une bouchée de lui. Car plus qu’une condamnation judiciaire, c’est bien un vote défavorable des Français à l’égard de son rival qui serait la sanction la plus terrible.

Autre hypothèse, plus machiavélique, Nicolas Sarkozy pourrait souhaiter une candidature Villepin pour faciliter l’accession d’un socialiste au second tour, surtout s’il s’agit de Martine Aubry. En effet, une candidature de Dominique de Villepin en plus de celle de François Bayrou ne permettra sans doute à aucun des deux d’accéder au second tour, ouvrant automatiquement les portes du second tour au  candidat socialiste, quelques soient les plaies des primaires. Et un adversaire socialiste serait sans doute beaucoup plus facile à battre qu’un centriste ou un rival de droite.

Mais comme les enfants qui jouent avec le feu, Nicolas Sarkozy pourrait bien finir par se brûler. Pousser la candidature de Dominique de Villepin tout en lui donnant le statut de victime de l’affaire Clearstream est à double tranchant car cela renforce son adversaire…

30.01.2010

Nicolas Sarkozy, un schizophrène à Davos

Il n’y est pas allé de main morte ! Parlant en ouverture du forum de Davos, Nicolas Sarkozy a livré un discours (sans doute écrit par Henri Guaino) que ne renierait pas les altermondialistes. Mais son problème, comme toujours, est l’adéquation entre les mots et les gestes.

Un discours quasiment parfait ?

En entendant des extraits de l’intervention du président de la République à Davos, mon sentiment était très partagé. D’un côté, j’étais proprement estomaqué par la radicalité des propos du chef de l’Etat et leur proximité avec les tenants d’une véritable alternative économique. Ainsi, il a affirmé que cette crise est une « crise de la mondialisation ». Il a dénoncé ceux pour qui « le marché a toujours raison » et ceux « qui gagnent à tous les coups ». Il a attaqué la déréglementation de la finance, du système monétaire et même du commerce, un écho surprenant de ma critique de l’anarchie néolibérale !

Mieux, il a proposé une grande réforme du Système Monétaire International, appelant de ses vœux un « nouveau Bretton Woods », dénonçant le « dumping monétaire » de certains pays. Il a même soutenu les dernières propositions de Gordon Brown sur la mise en place d’une taxe sur la spéculation ainsi que celles de Barack Obama sur la réglementation de la finance, avec une refonte des règles prudentielles. Bref, Nicolas Sarkozy a fait feu de tout bois proposant une réforme du système économique globale que ne renieraient pas les intellectuels alternatifs.

Une simple posture

Mais, comme toujours avec le locataire de l’Elysée, il faut se méfier de l’écart entre les déclarations et les actes. Après tout, nous sommes en 2010. Le pic de la crise remonte désormais à près de 18 mois et le moins que l’on puisse dire est que les discours radicaux du président peinent à se traduire en actes concrets. Rien ne se passe au niveau européen. Les mesures du G20 sur les paradis fiscaux sont un rideau de fumée ridicule. Et le même comité (Bâle 2) qui avait construit les règles prudentielles des banques qui ont mené au désastre est en charge de construire les nouvelles règles.

Au niveau européen, il n’a rien construit de concret, alors que l’Europe pourrait mettre en place des règles spécifiques. Le traité de Lisbonne, qu’il a adopté, sanctifie tous les travers de la déréglementation qu’il dénonce. Sur le plan des propositions, il est en retard sur Gordon Brown et Barack Obama. Au niveau national, il laisse les banques transformer le projet de taxe sur les bonus en loi indolore, avant que quelques dissidents de l’UMP et le PS ne se rebellent. Bref, l’écart colossal entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, révèle que ses discours ne sont que des postures destinées à donner le change à l’opinion.

Comment un chef de l’Etat peut-il faire pour assumer un tel écart entre ses paroles et ses actes ? Peut-on être suffisamment cynique pour dire une chose et quasiment faire le contraire après. De toutes les façons, nous jugerons cet immense décalage en 2012.

29.01.2010

L’affaire Clearstream tourne à la farce

A peine Dominique de Villepin relaxé de l’affaire Clearstream, l’affaire connaît deux rebondissements surprenants : Nicolas Sarkozy annonce qu’il ne fera pas appel, alors qu’il n’en a pas le pouvoir, et le procureur annonce, a contrario, qu’il fait appel.

Le retour du complot politique

Le commentaire de la présidence est scandaleux. Le Chafouin a bien raison de parler d’un « douteux mélange des genres ». En effet, une journaliste de l’AFP soulignait hier soir sur le Grand Journal de Canal Plus, que les attendus du jugement ne sont pas sévères à l’encore de l’ancien Premier Ministre, contrairement aux allégations de l’Elysée. Et le fait de dire qu’il renonce à faire appel est totalement ridicule étant donné qu’il n’en a pas le droit.

A moins que Nicolas Sarkozy n’ait cherché par avance à se dédouaner de la décision qu’il aurait suggéré à Jean-Claude Marin. Après tout, le timing est trop idéal, et la tribune choisie par le procureur de la république (bananière) beaucoup trop amicale pour le pouvoir, pour n’y voir qu’un hasard. Déjà, Jean-Claude Marin s’était exprimé de manière très forte sur cette même antenne. Toutes ces coïncidences font qu’il est de plus en plus difficile de ne pas y voir un procès politique.

Le dernier baroud de l’Elysée ?

Mais toute cette séquence ne devrait guère profiter au pouvoir. En effet, le fait de dire qu’il renonce à faire appel alors qu’il n’en a pas le droit décrédibilise un Nicolas Sarkozy pourtant avocat de formation. En outre, un soupçon tenace de pression sur Jean-Claude Marin subsiste. La précipitation de l’Elysée à dire qu’il ne souhaitait pas d’appel (quitte à faire une erreur juridique) prend une perspective bien différente avec l’appel du procureur. La présidence le savait et souhaitait sans doute se disculper.

Pire, pour l’opinion, il n’est pas sûr que l’effet recherché (le discrédit d’un des plus féroces adversaires du président) soit atteint. Il est difficile de ne pas voir dans ce procès une manipulation destinée à détruire un rival par tous les moyens mais la résistance de David Villepin face à Goliath Sarkozy pourrait finalement desservir le second. Qui pourra croire que l’Elysée n’est pas derrière l’appel annoncé ce matin au micro d’un des journalistes les plus proches du président ?

L’affaire Clearstream est une vraie honte pour notre République, tout juste bonne à servir de scénario à une série B qui nous aurait semblés bien invraisemblable si elle n’était pas réelle. Rendez-vous ce soir sur Canal Plus au Grand Journal pour écouter la réponse de Dominique de Villepin…

28.01.2010

Villepin accusé, Villepin inculpé, Villepin humilié, mais Villepin relaxé !

Le croc de boucher se transforme en piédestal… Après près de 4 ans de polémiques, Dominique de Villepin vient d’être relaxé dans l’affaire Clearstream. L’affaire qui devait l’enterrer pourrait bien se retourner contre celui qui s’était constitué partie civile, Nicolas Sarkozy.

La défaite du président

L’affaire Clearstream restera dans les annales de la 5ème République. Pour la première fois, un président de la République s’est constitué partie civile dans une sombre affaire de dénonciation calomnieuse, impliquant un ancien Premier Ministre, ancien rival politique pour les élections présidentielles de 2007. Ce seul fait était à lui seul choquant. En effet, le tribunal de Nanterre avait souligné l’asymétrie anormale entre une partie civile protégée de toute poursuite et les accusés.

Ensuite, le fond de l’affaire était franchement abracadabrantesque puisque selon la version de l’accusation, Dominique de Villepin semblait forcément coupable. Il était pourtant naturel qu’un ministre de l’Intérieur fasse des investigations sur un tel listing. En outre, s’il y a eu manipulation médiatique, il semble clair aujourd’hui qu’elle a davantage été le fait de Nicolas Sarkozy que de son adversaire politique, ne serait-ce qu’en constatant le démarrage de l’affaire, quelques jours à peine après la fin du CPE.

Pire, le locataire de l’Elysée a lourdement dérapé en parlant de « coupables », démontrant une claire volonté politique derrière le procès, ce qui relativise les accusations qui étaient portées contre Dominique de Villepin. Au final, n’est-ce pas plutôt Nicolas Sarkozy qui a monté une machination pour éliminer son rival que l’inverse ? La question restera sans doute en suspens… Il est tout de même incroyable que le président ait persisté de la sorte étant donnée l’issue du procès.

L’après Clearstream

Car, même si l’affaire n’est pas complètement terminée et qu’un appel remettait Dominique de Villepin sur le grill, il ne serait pas difficile pour ce dernier de se présenter en victime d’un acharnement injuste de l’Elysée. Ce verdict devrait donc signer la fin des hostilités car toute poursuite des poursuites serait perçue comme abusive puisque quatre ans après le démarrage de l’affaire, la justice a relaxé l’ancien locataire de Matignon. Nicolas Sarkozy a perdu et persister l’enfoncerait.

Du coup, la voie est désormais libre pour le grand rival du président. Dominique de Villepin peut désormais se consacrer entièrement à la préparation des élections présidentielles de 2012, qui pourrait marquer sa revanche. Mais même s’il possède aujourd’hui un embryon de structure politique avec le Club Villepin, qui pourrait lui servir pour faire campagne, et même s’il déclare vouloir « se tourner vers l’avenir pour servir les Français », il est encore trop tôt pour savoir ce qu’il fera.

En effet, même si l’épreuve du bilan sera terriblement difficile pour Nicolas Sarkozy, l’UMP restera solidement derrière le président sortant. Certes, être le David qui affronte Goliath n’est sans doute pas pour déplaire à Dominique de Villepin, mais voudra-t-il jouer sa victoire judiciaire sur le terrain politique en 2012. La présence de François Bayrou complique singulièrement l’accès au second tour. En fait, sa candidature pourrait indirectement faciliter la tâche du Parti Socialiste.

Dominique de Villepin a désormais le champ libre pour affronter Nicolas Sarkozy. Il fait tout ce qui est nécessaire pour aller jusqu’au bout en 2012. Mais est-il si certain que cette belle victoire judiciaire le pousse à l’affrontement dans deux ans ?

Retraites : le symptôme d’un PS en perdition

Nouveau cafouillage au Parti Socialiste. La semaine dernière, Martine Aubry évoquait la possibilité de repousser l’âge légal de départ à la retraite à 61 ou 62 ans. Mais mardi soir sur TF1, elle a abjuré sa déclaration de la semaine passée pour soutenir le maintien à 60 ans.

Un gage de gauche

Un certain nombre d’éditorialistes en ont conclu que le Parti Socialiste hésite toujours à faire sa révolution sociale-démocrate et reste indécrottablement attaché à un modèle passéiste. Il faut dire que sur la question de l’âge légal de départ à la retraite, la volonté de maintien des 60 ans semble un peu surréaliste alors que la plupart des autres pays occidentaux sont déjà à 65 ans et se posent la question d’aller au-delà. Cela est d’autant plus incroyable que la France a la meilleure espérance de vie de l’OCDE après le Japon, et que les personnes qui atteignent 65 ans vivent en moyenne jusqu’à 85 ans.

En outre, il faut noter que l’espérance de vie des Français a progressé de près de 7 ans depuis 1981 et la mise en place de la retraite à 60 ans. Il est tout de même illusoire d’espérer maintenir la retraite à 60 ans alors que l’espérance de vie des Français est passée en 30 ans de 75 à 82 ans environ… La seule solution pour maintenir un départ à la retraite à cet âge serait une très forte augmentation des cotisations ou une réduction dramatique des pensions. Cependant, le niveau élevé des cotisations et le niveau médiocre des pensions condamnent cette possibilité.

Une réforme inévitable ?

La seule solution est donc de travailler plus longtemps. D’ailleurs, c’est ce qui se passe puisque la durée de cotisations a été allongée de 37,5 à 40 ans dans un premier temps, avant d’augmenter à nouveau à 42 ans dans les années à venir. Bref, la retraite à 60 ans ne sera possible que pour une personne ayant commencé à travailler à 18 ans, ce qui est rare désormais. D’ailleurs, l’âge moyen de départ à la retraite atteint déjà 61,5 ans aujourd’hui ! Bref, il est difficile de ne pas voir dans le combat du Parti Socialiste un combat, certes symbolique, mais déconnecté des réalités de la société.

Bien sûr, il faut laisser partir à la retraite à 60 ans ou moins les personnes qui ont atteint la durée légale de cotisation, mais cela est déjà le cas. En revanche, il semble clair qu’à un horizon plus lointain, nous partirons à la retraite vers 65 ans, si ce n’est plus. C’est le seul moyen pour maintenir un niveau de cotisations raisonnable et des pensions correctes. D’ailleurs, vu le niveau très faible de ces dernières, on pourrait presque se poser la question d’allonger la durée de cotisations uniquement pour revaloriser le niveau des retraites et assurer un niveau de vie décent pour nos retraités.

La capitulation néolibérale du PS

Mais alors pourquoi le PS affirme-t-il son soutien à la retraite à 60 ans ? Loin d’être le signe d’un archaïsme gauchiste, je crois au contraire que c’est la conséquence directe de sa capitulation au néolibéralisme. En effet, les socialistes ont abdiqué sur presque tous les sujets. Ils ont accepté de céder la politique monétaire à un organisme indépendant, qui mène une politique monétariste de droite. Ils ont davantage privatisé que les gouvernements Balladur et Juppé réunis. Ils ont accompagné la déréglementation de la finance ainsi que la libéralisation des services publics.

Bref, le Parti Socialiste a totalement capitulé devant la doxa néolibérale. Il y a donc sans doute un phénomène de compensation ou de rattrapage dans le soutien apporté à la retraite à 60 ans (comme dans la mise en place des 35 heures). Loin d’être le signe d’un archaïsme idéologique, il s’agit sans doute de mesures alibi qui permettent de marquer le parti à gauche alors qu’il embrasse 90% des idées économiques de la droite. Car il faut être clair, sans les 35 Heures et la retraite à 60 ans, qu’est-ce qui pourrait bien distinguer les politiques des gouvernements de gauche et de droite ?

Loin de signifier un certain archaïsme du Parti Socialiste, son attachement à la retraite à 60 ans est sans doute uniquement un marqueur de gauche pour un parti qui a besoin de donner des gages à son électorat et ses militants. Mais il n’est même pas capable de le faire sans atermoiements…

27.01.2010

Merci Eric Besson !

Il est l’homme que tout le monde déteste. Le PS parce qu’il a changé de camp en pleine campagne pour soutenir l’adversaire tant honni auparavant. L’UMP, pour la place qu’il prend à un de ses membres et sa place dans la cour. Mais cet homme n’est pas dénué de tout intérêt…

Ce qu’il dit sur le Parti Socialiste

Car finalement, Eric Besson nous en révèle beaucoup sur le PS. Au début de la campagne de 2007, il fut l’un des critiques les plus virulents de Nicolas Sarkozy, l’affublant d’un « néoconservateur Américain à passeport Français » dans un petit livre attaquant radicalement le candidat. Pourtant, le simple fait d’être ridiculisé par Ségolène Royal (« Qui connaît Eric Besson ? ») lui a suffi pour tourner casaque et adorer ce qu’il brûlait hier. Il n’était pas le seul à ne pas apprécier la candidate que s’était choisie son parti, mais il fut le premier à oser une migration politique aussi radicale.

Et cela en dit beaucoup sur le PS, d’autant plus qu’il a été suivi... Cela montre que les différences idéologiques sont bien fines pour que la personne en charge du programme économique d’un camp puisse passer de l’autre côté. Ce sont bien les egos qui animent les « camarades ». Une vexation personnelle peut pousser un cadre du PS à l’UMP (cf Bernard Kouchner) ! Bref, il nous montre que le PS n’est aujourd’hui qu’une écurie au service d’ambitions personnelles et plus du tout un rassemblement idéologique. Merci Monsieur Besson de nous le révéler aussi crûment.

Ce qu’il dit de Nicolas Sarkozy

Dans la grande mythologie du président, les débauchages de mercenaires, pardon l’ouverture, étaient nécessaires pour s’entourer des meilleurs. Voilà ce que Nicolas Sarkozy nous a vendu. Les mois qui passent nous montrent bien qu’Eric Besson n’est qu’un second couteau socialiste qui ne doit sa place qu’au fait d’avoir trahi avant les autres, d’être le principal alibi de cette fausse ouverture que le président persiste à vouloir nous vendre comme un progrès politique.

Car le renégat socialiste est un homme politique médiocre. Sur la forme, a-t-on déjà vu un ministre aussi peu à l’aise pour défendre son travail ? Eric Besson semble porter sur son dos le fardeau de sa trahison. Elle transpire à chacune de ses interventions. Mais ce n’est guère mieux sur le fond, comme le rapporte cet article de l’Express. Le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, qui organise un débat sur cette question est capable de dire une énormité comme « la nation Française est un conglomérat de peuples », ce qui démontre une impréparation dramatique.

Bref, loin de démontrer la capacité de Nicolas Sarkozy à s’entourer de talents, il démontre surtout sa capacité à s’entourer d’une cour d’hommes sans foi ni loi. Et pour cela, et ce qu’il révèle sur le Parti Socialiste, merci monsieur Besson !

26.01.2010

Sarkozy : des mots contre les maux

Hier soir, Nicolas Sarkozy était interviewé sur TF1 par Laurence Ferrari avant de répondre aux questions d’un panel de 11 Français encadrés par Jean-Pierre Pernault. L’occasion de constater à quel point son action se limite un peu trop à de la communication.

Un dispositif contrasté

On a beaucoup débattu du dispositif exceptionnel accordé au président de la République. Et il est vrai que certains aspects de cette émission sont choquants. En effet, elle a eu lieu quelques jours avant le début du décompte officiel pour la campagne des élections régionales, ce qui a permis d’offrir plus de deux heures d’antenne à la majorité à une heure de grande écoute. Ensuite, le choix du panel de Français limite la contradiction qu’apporte mieux un journaliste professionnel.

Cependant, il faut reconnaître que le panel choisi avait tout de même le mérite d’illustrer les difficultés de notre société : un retraité à la pension trop modeste, une BAC+5 au chômage, une productrice de lait, un syndicaliste de Renault, une enseignante, une infirmière… Bref, on ne pourra pas dire que le casting a été fait pour éviter les questions difficiles. Et, in fine, beaucoup de sujets importants ont été traités, même si les déficits ou les violences aux personnes n’ont pas été évoqués.

Paroles, paroles, paroles…

Même si Nicolas Sarkozy a une aisance naturelle pour échanger et s’il sait désormais avoir un ton approprié à la fonction qu’il occupe, il était difficile de ne pas constater l’immense décalage entre la réalité difficile de la situation de ces onze témoins et l’argumentation du président. D’ailleurs, il a souvent pris des postures qui devraient plutôt être celles d’un chef de l’opposition que d’un Chef de l’Etat, dénonçant de nombreuses choses dont il est pourtant en bonne partie comptable.

Ainsi, face à Nathalie, BAC+5 au chômage, il s’est contenté de dire que le chômage allait baisser, que la France s’en sort mieux que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Espagne (mais moins que l’Allemagne ou l’Italie…) ou de critiquer à nouveau les 35 Heures. Face à la productrice de lait qui doit « emprunter son salaire », il s’est contenté d’attaquer la grande distribution et d’évoquer une réforme de la politique européenne, sans avoir rien fait lors de la présidence Française…

De même, face au syndicaliste de Renault, Nicolas Sarkozy a dénoncé la stratégie de délocalisations de l’ex-Régie dont l’Etat détient toujours 15%. On se demande ce qu’il a donc pu bien faire depuis les 32 mois qu’il est à l’Elysée. Il est difficile de ne pas voir dans sa déclaration une simple posture dont la crédibilité s’use au fur et à mesure de sa présidence. Paradoxalement, il se fait menaçant sur les risques en Afghanistan tout en refusant d’envoyer de nouvelles troupes.

De manière assez symptomatique, ce que les médias retiennent de cette émission est la promesse de baisse du chômage. Mais le fait que l’on retienne de cette émission une promesse après trois ans de présidence, en démontre sans doute toutes les limites…

25.01.2010

Le jour où Barack Obama a défié la finance

Ira-t-il jusqu’au bout ? Ne s’agit-il pas uniquement d’une posture consécutive à la défaite des démocrates au Massachussetts ? Difficile de le savoir. Néanmoins, Barack Obama est le premier chef d’Etat dont les déclarations font baisser les bourses, signe qu’une véritable réforme est peut-être en marche.

Une simple posture…

Autant les déclarations et les mesurettes prises sur les bonus ne sont que des postures destinées à donner le change vis-à-vis des opinions publiques, quels que soient les pays, autant les propositions de Barack Obama vont beaucoup plus loin. Bien sûr, on peut suspecter que cette prise de position est plus tactique que stratégique, qu’elle vise principalement à relancer une présidence qui est aujourd’hui en difficulté avec la perte de la majorité qualifiée au Sénat.

Cette thèse est forcément crédible quand on pense à l’équipe assez conservatrice et très libérale que le président étasunien a rassemblée. En outre, les institutions des Etats-Unis ne permettent pas au président de passer en force un projet qu’il jugerait prioritaire et toute réforme est soumise à l’influence souvent délétère des lobbys. Ainsi, on peut se demander si Barack Obama ne prend pas une posture populaire pour retrouver la confiance des électeurs.

Ou une vraie volonté ?

On peut néanmoins se souvenir que Barack Obama avait imposé aux banques qu’il avait aidées des fourches caudines suffisamment sévères pour que ces institutions financières cherchent par tous les moyens à rembourser l’aide de l’Etat. Il vient de parler des « bonus obscènes » des banques, au moment où Goldman Sachs annonce des records de profits et une envolée de la rémunération de ses employés. Mais ce sont ses dernières annonces qui révèlent un changement de ligne.

En effet, les propositions qu’il a faites ont le potentiel de véritablement réduire le risque systémique du système financier. En effet, l’interdiction pour les banques de spéculer avec leurs fonds propres est une vraie mesure, de même que la volonté de limiter la taille des établissements bancaires, pour qu’ils ne soient plus « trop gros pour les laisser tomber ». Bien sûr, ses déclarations restent trop vagues pour émettre un jugement définitif, mais il est le premier grand dirigeant à aller aussi loin.

D’ailleurs, Wall Street ne s’est pas trompé puisque la bourse a très mal accueilli les propositions du président, abandonnant 2% le jour de l’annonce, avec des pertes atteignant 6% dans le secteur bancaire. En effet, moins de risques, c’est aussi moins de spéculation et de profits sur cette spéculation. Le monde financier a bien compris que la limitation du risque systémique porte en elle la limitation de ses profits indécents en mettant un frein à l’effet de levier utilisé abusivement.

Jusqu’à présent Barack Obama a conservé une attitude assez modérée, à mille lieues de Franklin Roosevelt, donnant l’impression qu’il ne réformerait pas le système financier comme il faut le faire. Ses dernières déclarations donnent un nouvel espoir, proportionnel à la baisse des bourses.

24.01.2010

La démocratie étasunienne s’abîme au Massachussetts

Un an après son investiture, l’étoile de Barack Obama faiblit à grande vitesse dans l’opinion. La perte du siège jadis occupé par Ted Kennedy est un revers majeur pour le président mais elle démontre également toutes les limites des institutions des Etats-Unis.

Une défaite majeure pour les démocrates

La victoire d’un républicain au Massachussetts est plus qu’une défaite pour le président. Elle est un camouflet dans un Etat foncièrement démocrate qui n’avait pas eu de sénateur du Grand Old Party depuis des décennies, et où il y avait nettement plus d’inscrits démocrates que républicains. En effet, cela signifie aujourd’hui que la base républicaine se mobilise davantage que la base démocrate et que les indépendants ont rejoint en masse le parti de l’éléphant.

En outre, comme l’ont bien expliqué la plupart des journalistes, l’élection d’un 41ème sénateur républicain n’est pas anodine. En effet, le fonctionnement du Sénat des Etats-Unis permet à une minorité de bloquer un projet de loi, à moins que 60 sénateurs sur 100 ne s’y opposent. Auparavant, comme les deux sénateurs indépendants avaient tendance à voter avec les démocrates, Barack Obama disposait de cette majorité qualifiée. Désormais, les républicains peuvent tout bloquer.

Une démocratie faible

On peut tout de même se demander ce qui a pu se passer par la tête des concepteurs des institutions étasuniennes. En effet, ce dispositif, qui permet à une minorité d’imposer sa loi à une majorité, est d’autant plus choquant que le fait d’accorder deux sénateurs à tous les Etats produit une Assemblée où la minorité de blocage peut ne représenter qu’à peine plus de 10% de la population. En outre, cela accentue la pratique du « pork barrel » où les élus échangent leur soutien contre des financements…

Cet épisode illustre un autre travers de la démocratie étasunienne : le pouvoir de l’argent dans la politique. Des millions de dollars ont été dépensé en spots publicitaires, avec des outrances qui feraient passer Nicolas Sarkozy pour un modéré. Pire, la Cour Suprême étasunienne vient tout juste de lever les limites au financement des campagnes électorales nationales par les entreprises, ce qui va encore renforcer le pouvoir des lobbies, comme l’a justement dénoncé Barack Obama.

Bref, la démocratie étasunienne est malade de ses outrances, de l’influence de l’argent, du poids des lobbies, de l’avalanche des contre-pouvoirs qui font que chaque élu monnaye durement son vote, au détriment de l’intérêt général.

23.01.2010

Les Français ont tout compris à la crise !

A défaut d’avoir été compris par les dirigeants de la planète, toujours incapables de proposer la moindre réforme significative de notre système économique, et qui se contentent de donner quelques gages sur les bonus, la crise semble avoir provoqué une véritable révolution mentale chez les citoyens.

Une très bonne analyse économique

Le sondage du Cevipof montre que la défiance est désormais forte à l’égard de l’Union Européenne, du gouvernement, du Parlement, de l’OMC ou du G20 (35 et 30% de cote de confiance). En outre, les Français n’ont jamais été le peuple le moins critique à l’égard du fonctionnement du capitalisme. Il y a chez nous une méfiance naturelle à l’égard de l’argent qui ne se retrouve pas dans la plupart des pays anglo-saxons. Cette crise accentue largement cette vision de l’économie.

Car la défiance des Français ne se limitent pas aux dirigeants de la planète. Elle touche également les grandes entreprises et les banques puisque nous ne leur faisons confiance qu’à 43 et 37% respectivement. Ces chiffres sont confirmés par une étude du Monde, qui montre que les Français, s’ils sont favorables à la taxe sur les bonus, pensent à 75% « qu’elle ne sera pas efficace car les banques mettront en place d’autres systèmes pour rémunérer leurs traders ».

Et si deux-tiers des Français approuvent le soutien aux banques au cœur de la tempête, 80% pensent que les banques n’en ont pas tiré les leçons et 73% pensent qu’elles n’accordent pas suffisamment de crédit à l’économie. Enfin, 83% estiment qu’une nouvelle crise pourrait se produire « dans les prochaines années ». En clair, les Français croient que les gouvernements ont apporté les bonnes réponses pour éviter que la crise ne dégénère mais ne croient pas que le système ait été vraiment réformé.

Un sondage lourd de conséquences

Bref, l’analyse générale de la crise de nos concitoyens correspond tout à fait à l’analyse faite par les intellectuels alternatifs (Gréau, Sapir, Lordon…). Comme eux, ils jugent majoritairement que l’action des dirigeants de la planète a permis d’éviter une Dépression du style de celle de 1929, mais que rien n’a été fait pour réformer un système économique et financier qui n’a pas changé et qui est donc, par conséquent, aussi susceptible de provoquer une grave crise qu’il y a quelques années.

Du coup, ceci explique sans doute en partie la piètre image des principaux partis politiques, incapables de proposer une réforme un peu significative du système. Les Français se rendent compte qu’ils se contentent de gesticulations sur les bonus. C’est pourquoi, en proposant une analyse approfondie et claire de la crise, ainsi que de véritables solutions structurelles, un autre parti pourra, en 2012, véritablement émerger tant UMP, PS, Modem ne proposent rien de concret.

C’est en cela que Nicolas Dupont-Aignan représente à la fois une chance pour la France car il est le seul présidentiable à avoir véritablement compris la crise et à proposer des mesures radicales pour changer. Patience, les élections présidentielles nous donneront la parole.

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