08.02.2010
Marché-roi, marché-fou
Drôle de semaine sur les bourses du monde. D’une part, le patron de Goldman Sachs annonce qu’il ne touchera « que » 9 millions de prime en 2009. De l’autre, les marchés s’effondrent avec l’envolée des taux sur la dette publique des pays du Sud de l’Europe.
Une nouvelle crise financière ?
Le moins que l’on puisse dire est que la baisse brutale des bourses de la semaine dernière est inquiétante. A l’échelle de la Grèce, la hausse des taux longs (passage de 1,5 à 3,5 points d’écart avec les taux Allemands en quelques mois) représente une facture additionnelle de 1 milliard d’euros par an (le pays empruntera 50 milliards cette année), soit 0.5% du PIB grec. Alors que l’on débat sur une taxation de la finance, les marchés arrivent, eux, à imposer une taxe aux Etats.
Cette crise boursière pose un double problème. Tout d’abord, il y a fort à parier que l’action des fonds spéculatifs explique l’ampleur des mouvements récents. Aucune règle n’a été définie suite à la crise, donc les marchés fonctionnent comme avant. Il est plus que probable que les fonds spéculatifs ont parié sur cette hausse des taux, et en pariant, l’ont provoqué… Pire, cette spéculation renchérit considérablement le coût d’une dette contractée par les Etats en partie pour sauver les marchés…
Il y a cependant une bonne nouvelle : la baisse de l’euro. Bizarrement, la plupart des analystes décrivent de manière horrifiée la baisse de la monnaie unique européenne à 1,36 dollars. Il s’agit pourtant d’une bonne nouvelle pour nos exportateurs, qui regagnent une compétitivité perdue par la surévaluation de notre monnaie. Mais il reste encore du chemin à faire pour que l’euro retrouve un cours raisonnable (Michel Aglietta évalue l’euro à 1,07 dollars à parité de pouvoir d’achat).
Les esprits animaux
Comment ne pas penser à cette remarque de Keynes quand on constate la ruée spéculative contre les emprunts d’Etat ? Il est difficile de savoir où elle va s’arrêter même si les écarts de taux entre pays atteignent de tels niveaux que théoriquement la spéculation devrait bientôt finir, certains fonds pouvant parier sur une baisse quand ils penseront que les écarts atteints ne sont pas justifiés. Mais, la crise peut aussi aller s’amplifiant, et atteindre l’Espagne, l’Italie, la France et les Etats-Unis…
Le problème est qu’il est difficile de trouver une réponse appropriée. Trop de rigueur risque d’effrayer des marchés qui pourraient craindre pour la reprise (bien molle en Europe), et pas assez de rigueur risque de les inquiéter sur le laxisme européen… Il y a pourtant des solutions, comme le souligne Hervé Nathan sur Marianne 2. Malheureusement, aucun dirigeant européen ne semble vouloir tirer les leçons de la grande crise économique que nous traversons.
Pire, tous les excès passés subsistent, comme l’illustre à merveille le « geste » du patron de Goldman Sachs, qui a limité à 9 millions de dollars sa prime pour 2009 (1000 fois le salaire minimum des Etats-Unis !). Quand une telle décision peut être présentée comme un effort alors que les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat fin 2008 et que beaucoup de citoyens étasuniens sont au chômage ou expulsés de leur maison, comment ne pas comprendre que l’on marche sur la tête ?
En fait, nous avons besoin de nouveaux Roosevelt, de dirigeants politiques capables de prendre des mesures radicales pour encadrer les pratiques d’un marché fou qui ne profite qu’à une poignée. Il est incroyable que les grands partis soient incapables de le comprendre.
11:08 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : euro, grèce, bourse, goldman sachs



