31.03.2010
Colonies : Israël sûr de lui et dominateur, encore et toujours
Ayant été agressé plusieurs fois, il est normal qu’Israël cherche à se protéger. En revanche, absolument rien ne justifie la politique colonialiste qu’Israël poursuit depuis des décennies. L’administration Obama multiplie les avertissements depuis cet été, pour l’instant, sans conséquence.
Le scandale des colonies
Rien, absolument rien, ne justifie qu’Israël construise des colonies en territoire palestinien. Pourtant, en quelques décennies, l’Etat hébreu a installé plus de deux cent mille colons dans des territoires qui ne lui appartiennent pas. On assiste à une situation surréaliste où Israël envahit petit à petit et de manière pernicieuse la Palestine en la colonisant malgré la désapprobation de toute la communauté internationale, sans pour autant avoir trouvé le moindre argument pour.
Pourtant, une telle politique revient à bloquer le processus de paix au Proche-Orient car comment espérer que les Palestiniens ne réagissent pas devant cette invasion sournoise ? Au final, il faut se demander aujourd’hui si l’Etat Palestinien ne se comporte pas de manière plus responsable que l’Etat hébreu. Le retrait de Gaza a pu donner le change pendant quelques temps, mais la réalité est qu’Israël ne permet pas à la Palestine d’avoir un véritable Etat et de développer son économie.
Israël continue d’étouffer la Palestine et les Palestiniens en mitant leur territoire (voir carte) d’un mur qui s’enfonce largement au-delà de la frontière, de colonies et de routes destinées à relier ces différentes colonies. Pire, en contrôlant l’ensemble des transports, Israël peut du jour au lendemain isoler telle ou telle partie. Bref, l’Etat Palestinien n’est qu’un Etat fantoche, ce qui l’affaiblit et attise légitimement la colère des Palestiniens, dont il est difficile de ne pas comprendre la révolte…
Passer de la parole aux actes
Depuis des décennies, la communauté internationale a laissé faire. Il est vrai que dans un premier temps, Israël a été victime d’agressions de ses voisins, ce qui avait poussé les pays occidentaux à soutenir Tel-Aviv. Mais aujourd’hui, c’est bien Israël qui n’est pas dans son bon droit. L’administration Obama a eu le courage de renverser la politique étasunienne, provoquant des tensions grandissantes entre Israël et les Etats-Unis qui pourraient amener à une révision radicale de la politique de Washington.
Il faut dire qu’il est grand temps que les pays occidentaux utilisent les moyens de pression dont ils disposent pour forcer Israël à changer sa politique. Les belles paroles n’ayant aucune efficacité, il faut mettre Israël devant ses responsabilités. Il n’est pas acceptable que Tel Aviv mine l’Etat Palestinien de la sorte et empêche tout compromis viable entre les deux peuples. Les pays occidentaux doivent recourir à de vraies sanctions (cessation des relations diplomatiques, restrictions économiques).
Le Général de Gaulle avait bien raison quand il parlait d’Israël comme d’un pays « sûr de lui et dominateur ». Sa politique de colonisation est inacceptable et il est plus que temps que les pays occidentaux le lui fassent véritablement sentir.
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30.03.2010
Barack Obama écrit l’histoire avec sa réforme de l’assurance-maladie
Cela aura été extrêmement difficile et à un moment, il aura semblé que le président des Etats-Unis n’allait pas être en mesure de faire passer sa réforme du système de santé étasunien. Pourtant, Barack Obama a tenu sa promesse, en démontrant son caractère.
Une bataille juste
Le 22 mars 2010 restera une date historique dans les histoires des Etats-Unis puisque le Congrès a voté le texte initialement adopté par le Sénat. Les républicains ont tenté une dernière manœuvre en utilisant un vice de forme pour imposer un second vote jeudi qui a malgré tout confirmé le vote de dimanche. Cette réforme majeure de l’Assurance Maladie va permettre aux Etats-Unis de rejoindre la plupart des pays occidentaux avec un système de couverture maladie généralisée, tout en empêchant les assureurs de refuser de couvrir les personnes en mauvaise santé.
Comme le soulignait Paul Krugman dans « L’Amérique que nous voulons », il s’agissait sans doute d’un des derniers combats à mener pour faire des Etats-Unis un grand pays comme les autres. Après tout, il était choquant qu’un pays aussi riche (et qui dépense plus que quiconque pour sa santé), ne soit pas capable d’assurer l’ensemble de sa population. Avant la réforme Obama, des dizaines de million d’étasuniens n’avaient pas les moyens de se soigner et devaient parfois vendre leur maison pour payer une opération vitale, situation inacceptable pour un tel pays.
Une bataille de Verdun
Pourtant, le débat sur cette réforme a été l’occasion d’un débat hallucinant pour des européens. Barack Obama a été comparé à Adolf Hitler. Il a été qualifié de communiste. Bref, les opposants du Président n’ont reculé devant aucun abus pour disqualifier cette réforme qui a été desservie par le fait qu’elle est venue après le sauvetage du système financier et de l’économie, qui a engendré des dépenses massives qui ont rendu méfiante la population à l’égard de toute nouvelle extension du rôle de l’Etat ou de toute nouvelle dépense publique.
Après d’innombrables compromis, le Sénat avait adopté un texte cet hiver mais l’élection d’un sénateur républicain au Massachussetts a fait perdre aux démocrates la super majorité qui les protégeait du « fillibuster », une manœuvre permettant à une minorité d’au moins 41 sénateurs de bloquer tout projet de loi. A un moment, il semblait que l’ensemble de la réforme allait tomber à l’eau tant la conjonction du blocage législatif et de l’opposition d’une petite majorité de l’opinion publique menaçaient l’ensemble de la réforme pourtant promise par Barack Obama pendant sa campagne.
Le président a fait preuve de caractère et de pragmatisme en utilisant la procédure dite de réconciliation, au grand dam d’élus républicains qui ont dénoncé la manœuvre, même s’ils y ont eu recours dans le passé. Ceci était rendu nécessaire pour prendre en compte les remarques de la Chambre sur le texte du Sénat. En effet, la Chambre des Représentants a adopté tel quel le texte du Sénat avant que les deux chambres ne passent les modifications avec une simple majorité. Le président a choisi de passer en force et les démocrates l’ont suivi, comprenant bien qu’un échec serait dramatique.
Après un feuilleton incroyable et malgré une opposition redoutablement agressive, Barack Obama a tenu bon. Il faut dire qu’il jouait en partie son mandat sur cette réforme. Il restera dans l’histoire le président qui a fait avancer les Etats-Unis vers une couverture maladie universelle.
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29.03.2010
L’horreur économique révélée par Le Monde
J’ai d’abord cru à une blague de Malakine. Un 1er avril avec quelques jours d’avance ? Dans un papier très enlevé sur Jean-François Copé, qui affirme chaque jour davantage son attachement à la pensée unique, se trouvait une perle de Pierre Antoine Delhommais du Monde.
L’économie, vue par la pensée unique
L’énormité du texte m’amène à le reproduire dans son intégralité, tant il faudra s’en souvenir. C’est la conclusion d’un édito sur le réalisme économique et il représente, pour l’auteur, ce que les hommes politiques devraient dire aux Français :
"Françaises, Français, Ne vous lamentez pas trop sur votre sort actuel, car le plus dur reste à venir. D'abord, le chômage ne va pas baisser. Les Chinois, avec leur coût du travail vingt fois plus faible et leur yuan sous-évalué, vont s'attaquer à de nouveaux produits et monopoliser de nouveaux marchés. Ce qu'ils vont gagner en niveau de vie, vous allez le perdre. Les délocalisations vont s'accélérer. La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années. Vous allez gagner moins, mais vous allez devoir travailler plus et plus longtemps, pour espérer toucher une retraite à peine décente. Avec une protection sociale réduite, car l'Etat-providence, étant donné notre niveau de dette publique, c'est terminé. Terminé. Pour réduire nos déficits et rembourser nos emprunts, vous allez aussi devoir payer plus d'impôts. Vous, mais aussi vos enfants et vos petits-enfants. C'est à peu près le seul moyen d'échapper, et ce n'est même pas sûr, au sort de la Grèce."
Voilà reproduit ici, dans sa nudité la plus crue, l’opinion des tenants de la pensée unique qui domine notre vie politique depuis un quart de siècle. Voici le futur riant qui serait l’horizon indépassable des pays occidentaux en général et de la France en particulier. Le modèle Allemand pour tous ! Je précise, au cas où vous ne l’auriez pas compris, que la modération salariale ne s’appliquera qu’à 90 ou 95% de la population. Les plus hauts salaires ne seront pas plus touchés qu’hier…
Les ravages de l’anarchie néolibérale
Tout l’intérêt de ce texte est de montrer jusqu’où la logique néolibérale nous mène. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont pu faire croire à certains qu’il y avait un modèle de croissance adapté aux pays développés dans cette loi de la jungle. Las, leur croissance ne reposait que sur le crédit et une bulle immobilière et financière. Le seul modèle vaguement viable est la désinflation compétitive Allemande. Et encore, ce modèle s’effondrera lui-aussi s’il est suivi car il repose tout de même sur la croissance de la consommation des clients qui importent des produits Allemands…
Il est donc urgent de créer des écluses, (commerciales, monétaires, financières, sociales et salariales) entre les différentes zones économiques pour éviter que l’anarchie économique ne produise un alignement vers le bas généralisé des conditions salariales et sociales de 90% de nos sociétés. Comme le disait le Général de Gaulle à propos du « laissez-faire » et du « laissez-passer », « on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Le rétablissement de frontières économiques est la seule condition pour retrouver le chemin d’une croissance pour tous.
Merci au Monde de révéler le fond de la pensée unique, qu’elle soit socialiste, centriste ou « de droite ». En plaçant la mondialisation comme un horizon indépassable, elle va provoquer une cure d’austérité sans précédent. Au moins, on ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus.
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28.03.2010
Quand l’Union Européenne attise les conflits en Europe
« L’Europe, c’est la paix » : voici le genre d’arguments que beaucoup d’euro-béats ont déversé lors des campagnes de 1992 et 2005. Pourtant, les derniers évènements amènent à se demander si l’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui n’apporte pas exactement l’inverse.
Le mythe de la paix européenne
Pour être honnête, après l’escalade dans l’horreur des trois guerres qui ont déchiré l’Europe de 1870 à 1945, il n’est pas surprenant qu’un certain nombre de personnes pensent sincèrement que la construction européenne a permis d’éviter à notre continent de nouveaux conflits. Cependant, un regard un peu plus distancié attribuera davantage la paix à la dissuasion nucléaire, à l’équilibre imposé par la guerre froide ou tout simplement à une soif de paix des peuples européens qui n’aspiraient plus qu’à un développement harmonieux avec leurs voisins.
Car qui pourrait aujourd’hui soutenir que sans la CEE, la France et l’Allemagne seraient à nouveau rentrées en conflit ? Qui pourrait bien présenter un scénario un tant soit peu crédible aboutissant à une nouvelle guerre ? En fait, il s’agit surtout d’un mythe. S’il n’y avait pas eu d’unification européenne, il y a fort à parier que la situation n’aurait pas été très différente jusqu’à la fin des années 80. Et sans l’unification monétaire (qui a imposé une désinflation compétitive désastreuse), la situation économique des pays européens aurait sans doute été bien meilleure depuis deux décennies.
Quand l’Europe appelle le conflit
Paradoxalement, la situation européenne devient de plus en plus conflictuelle, sans doute à cause de cette intégration mal pensée et plaquée sur des réalités auxquelles elle ne correspond pas. En effet, c’est bien l’euro-camisole qui a poussé l’Allemagne à adopter une stratégie de compression de ses coûts qui déprime les salaires pour gagner en compétitivité et faire sa croissance sur le dos de ses partenaires en développant ses exportations tout en limitant ses importations. Loin d’apporter la coopération pour la croissance, cette Europe apporte la guerre économique et la dépression.
Pire, la crise grecque montre que la construction actuelle, loin d’attiser la solidarité, renforce l’animosité entre européens. Bien sûr, il est normal que l’Allemagne ne souhaite pas payer pour la Grèce après 15 ans de tour de vis économique. Cependant, il est assez effrayant de voir à quel point cela attise outre-Rhin quelque chose qui finit par ressembler à une haine de l’autre quand on lit que certains conseillent à la Grèce de vendre ses îles pour se désendetter ou les clichés sur la fainéantise de l’Europe du Sud qui sont véhiculés (alors que les Allemands travaillent moins).
Paradoxalement, l’intégration européenne n’apporte pas forcément la paix. Une intégration inadaptée semble en revanche multiplier les sujets de conflits et les tensions. La solution : revenir à des coopérations réalistes et respectant les réalités nationales, comme le propose NDA avec la monnaie commune.
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27.03.2010
La France peut-elle suivre le chemin de la Grèce ?
Après la Lettonie, l’Irlande et la Grèce, une nouvelle vague de spéculation déferle sur le Portugal, avec la baisse de la note du pays. Suite à une question de Malakine, j’en profite pour faire un point sur la situation européenne en général et celle de la France en particulier.
Un pays européen peut-il faire faillite ?
Cette question agite les cénacles européens depuis le début de l’année avec la hausse des taux d’intérêts à long terme en Grèce. A dire vrai, cette inquiétude n’est pas nouvelle. Le GEAB annonçait au printemps 2009 la cessation de paiement imminente des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, heureusement à tort. A titre personnel, dans « Le grand choc de 2017 », j’avais indiqué comme point de départ à une nouvelle grande crise économique une cessation de paiement de l’Italie, mais dans un horizon de temps beaucoup plus lointain (début 2017).
Certains chroniqueurs indiquent que la Grèce est en faillite. Pourtant, ses levées de fond de janvier et mars ont été très largement sursouscrites par les investisseurs. Bien sûr, cette forte demande est la conséquence d’un taux d’intérêt nettement supérieur à ce qu’offre l’Allemagne, mais il faut noter qu’en deux mois, le pays est passé d’un coupon de 6.8 à 6.2%. Certains jugent la situation intenable, que la Grèce va sortir de l’euro et que le château de carte de l’unification monétaire européenne va s’effondrer. Même si cela ne serait pas pour me déplaire, je n’y crois pas, à court terme au moins.
Une charge gérable, à court terme
En effet, la charge supplémentaire que fait peser la hausse des taux sur les budgets des Etats est supportable à court ou moyen terme. Même en considérant que la Grèce emprunte à deux points de plus que prévu sur l’ensemble de l’année 2010, cela représente un surcoût de 1 milliard, à comparer aux 20 milliards de déficit et près de 300 milliards de dette. Bref, la tension actuelle sur les taux n’est pas suffisante pour bouleverser à court terme les budgets des Etats. En outre, comme les taux grecs sont déjà au niveau des taux brésiliens, il n’y a sans doute plus de marge de hausse.
Bref, le risque de faillite apparaît minime à court terme, même pour la Grèce, et donc à plus forte raison pour les autres pays, dont la situation est plus confortable. En fait, le risque se pose à plus long terme. En effet, si les taux se maintiennent à un niveau élevé, sur un cycle entier de refinancement, alors la charge de la dette pourrait devenir ingérable, les économies réalisées par les Etats étant effacées par le maintien de taux élevés. En outre, on ne peut pas exclure un épisode comparable à celui de 2007, avec un léger regain d’inflation provoqué par une hausse du cours des matières premières.
La reprise économique devrait de nouveau tendre ces marchés et la croissance des pays émergents pourrait bien provoquer un regain d’inflation des matières premières à moyen terme. Une remontée consécutive des taux par les banques centrales pourrait alors provoquer une nouvelle hausse des taux longs qui pourrait alors se révéler dangereuse pour les finances publiques. C’était le point de départ d’une prochaine crise économique qui pourrait arriver entre 2015 et 2020, telle que je l’avais imaginé il y a quinze mois. Bref, le danger est sans doute plus à moyen / long terme qu’à court terme.
Un choix politique
Cet horizon de temps semble plus probable car les pays européens devraient faire le choix de la rigueur plutôt que d’envisager des solutions plus hétérodoxes (contrôle des mouvements de capitaux, sortie de l’euro…). La Lettonie et l’Irlande ont malheureusement montré le chemin en pratiquant des politiques déflationnistes bien plus sauvages que la Grèce. Il faut dire que les pays périphériques de l’Europe ont trop profité des aides européennes ces dernières années pour aller dans un sens contraire à ce que souhaite l’Europe, notamment en Europe du Sud.
Même si cela se paiera par une croissance inexistante, une baisse du pouvoir d’achat et un chômage de masse, il y a fort à parier que cette potion amère passera dans un premier temps tant il n’y a pas de véritable alternative démocratique, d’autant plus que les gouvernements ont finalement encore quelques marges de manœuvre. Ce n’est que dans quelques années, avec une remontée générale des taux, et après plusieurs années de stagnation économique que les conditions seront réunies pour une vraie remise en question des politiques déflationnistes qui sont en train de se mettre en place.
En conclusion, et paradoxalement, la situation n’est malheureusement pas mûre pour une faillite. L’Europe et la France risquent donc de s’enfermer dans des politiques déflationnistes aux conséquences sociales désastreuses, en attendant que le couvercle de la marmite explose…
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26.03.2010
Dominique de Villepin suit Nicolas Dupont-Aignan
Hier, l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac a annoncé qu’il lançait un mouvement politique et qu’il tiendrait un premier meeting le 19 juin, un jour après les 70 ans de l’appel du Général de Gaulle. Une démarche qui rappelle, trois ans après, celle de Nicolas Dupont-Aignan.
Une critique acérée du président
Dominique de Villepin a été un des premiers à oser critiquer Nicolas Sarkozy, dès la rentrée 2007, n’hésitant pas à remettre en cause le style du président, sa vision de la Cinquième République, le retour dans le commandement militaire de l’OTAN, certaines dérives contraires à l’esprit de notre République, l’injustice du « paquet fiscal » ou le manque de priorités du gouvernement. Il avait osé formuler ses critiques alors que le président était encore en plein état de grâce, prenant date pour l’avenir. La plupart des critiques qu’il formulait alors ont malheureusement été confirmées par les faits.
Hier, il a poursuivi sur la même lancée, dénonçant le débat sur l’identité nationale, parlant de « politique de réformes éparpillées », dénonçant « la distribution de milliards », parlant de « la souffrance et l’incompréhension » des Français. Enfin, il a même attaqué le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique en soulignant qu’ « il faut faire des efforts, mais il faut faire des choix », se demandant s’il faut « moins d’infirmières, moins d’enseignants, moins de policiers ». Il a annoncé la création d’un mouvement politique libre et indépendant.
Une rupture avec sa « famille » ?
En fait, il n’est pas le premier à avoir pris ses distances avec le président de la République. C’est Nicolas Dupont-Aignan, en rompant dès la fin 2006 avec l’UMP, qui a souligné encore avant les limites de Nicolas Sarkozy, en prenant la décision courageuse de rendre Debout la République indépendant du parti présidentiel, quitte à perdre tout financement. D’ailleurs, lui-aussi avait signé l’appel de Marianne de février 2008. Alors que Dominique de Villepin a longtemps parlé de l’UMP comme de sa « famille politique », aujourd’hui, il se rapproche du Rubicon franchi il y a plus de trois ans par NDA.
Il semble donc aujourd’hui que l’ancien Premier Ministre suive son exemple. Bien sûr, il reste encore beaucoup de choses à préciser, notamment sur le plan des idées. Hier soir, sur Canal Plus, il ne fermait aucune porte vis-à-vis de l’UMP, affirmant qu’il voulait influencer la politique conduite pour les deux dernières années du quinquennat. Mais même s’il fait le choix de l’indépendance en juin, il sera moins éloigné de l’UMP que DLR, ne serait-ce que par la participation de deux de ses proches (Bruno Le Maire et Georges Tron) au gouvernement.
Hier, Dominique de Villepin s’est à nouveau rapproché du Rubicon en annonçant la création d’un parti indépendant et en critiquant de nouveau Nicolas Sarkozy. De la sorte, il s’est rapproché de la position de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait été le premier à oser rompre avec le parti présidentiel.
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25.03.2010
Les 17% qui font peur à Nicolas Sarkozy
Un remaniement technique dès lundi, une réunion avec les parlementaires UMP mardi, un mini-discours de politique générale mercredi : le président de la République fait feu de tout bois pour faire face à la déroute des régionales. Il faut dire que sa réélection semble de plus en plus improbable.
Ces 17% qui en disent long
En effet, en tenant compte des 49% d'abstention au second tour et des 4% de vote blanc (en forte hausse par rapport au premier tour), les 36% obtenus par l'UMP au second tour des élections régionales ne représentent que 17% des électeurs inscrits. Les 54% obtenus par la gauche ne représentent qu'un peu plus de 25% des inscrits, ce qui relativise sa victoire. On peut mettre ce chiffre en parallèle avec les plus de 40% des inscrits qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy au second tour des élections présidentielles pour comprendre le chemin parcouru depuis mai 2007.
Ce chiffre est d'autant plus inquiétant qu'il s'agit d'un score de second tour. Le désamour vis-à-vis de Nicolas Sarkozy est extrêmement fort, comme le montre ce sondage qui indique que seulement un gros tiers des Français souhaitent la victoire de la droite en 2012. Pire, le président sortant n'est même pas le candidat favori à droite, François Fillon et Dominique de Villepin lui faisant de plus en plus d'ombre. En fait, plus le temps passe, plus Nicolas Sarkozy perd des soutiens et se renferme sur une fraction de plus en plus petite de l'électorat sans jamais gagner de nouveaux soutiens.
L'impossible relance
Tout le problème du président est que sa rhétorique ne supporte guère un changement de cap car cela reviendrait à remettre en cause l'ensemble de l'action passée. Il a passé l'épreuve du remaniement avec une certaine habileté, réussissant à éviter de se déjuger en renvoyant les ministres venus de la gauche et en apportant une dose de sang neuf symbolisant l'ouverture à l'ensemble de sa majorité avec la venue du chiraquien François Baroin et du villepiniste Georges Tron. Ce geste d'apaisement lui permet de limiter les critiques internes et de montrer une plus grande capacité de rassemblement.
Hier, il a précisé l'agenda pour les deux ans à venir. Le gros morceau sera à coup sûr la réforme des retraites, pour laquelle son discours marque un vrai équilibre entre nécessité de réforme et souci de concertation. Mais, à part ce gros morceau, il était étonnant de constater la minceur du reste de l'agenda. En effet, la taxe carbone est repoussée sine die. L'annonce sur la PAC se fait à contretemps puisque l'essentiel de la Politique Agricole Commune a déjà été démantelée, notamment le prix de soutien. Est-ce à dire que le président est prêt à demander un retour en arrière ?
La dialectique si volontariste du candidat lui pose un problème. En refusant de véritablement se remettre en question, il s’enferme dans un réduit chaque jour plus limité. Un peu plus de modestie et de recul sur son action lui permettrait sans doute un nouveau départ. Mais en est-il capable ?
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24.03.2010
Le mythe du modèle Allemand
Il y a quelques années, l’Allemagne était « l’homme malade de l’Europe », du fait de sa faible croissance. Quelques années après, elle serait devenue le modèle qu’il convient de suivre pour certains ou un danger pour l’Europe selon Christine Lagarde. Qu’en est-il de ce modèle ?
Le modèle de l’homme malade
En fait, ce sont les mêmes raisons qui ont fait de l’Allemagne l’homme malade de l’Europe jusqu’en 2006 qui en font aujourd’hui le modèle à suivre pour certains. De retour dans la blogosphère, Malakine signe un très bon papier qui torpille sa politique. En effet, l’Allemagne a construit un consensus national au milieu des années 90 pour limiter toute hausse des salaires, ce qui a permis une stabilité parfaite des coûts salariaux depuis 1999, là où ils progressaient de 25% en dix ans en France et de 40% en Italie ou en Espagne. L’Allemagne a donc énormément gagné en compétitivité sur 10 ans.
Cela a eu deux conséquences. La première est une stagnation de la consommation puisque le pouvoir d’achat n’a pas progressé. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne a eu la plus faible croissance de l’Union avec l’Italie, ce qui en a fait « l’homme malade de l’Europe », comme l’a titré plusieurs fois The Economist à l’époque. En effet, toute la croissance Allemande est venue des exportations, et la stagnation de la consommation n’a pas permis une croissance aussi dynamique que celle des autres pays européens. Pire, cette dépendance a provoqué une crise plus grave en 2009.
Malgré tout, l’Allemagne peut apparaître aujourd’hui comme un modèle car elle a un faible déficit budgétaire, un excédent commercial croissant et son chômage n’a guère progressé pendant la crise. Cependant, si la faible hausse du chômage tient au contrat social national, elle doit également beaucoup à une démographie très déséquilibrée. Mais surtout, la clé du modèle Allemand est une absence de partage des gains de productivité, puisque ces derniers sont uniquement affectés aux entreprises et aux plus hauts salaires, alors que le salaire médian stagne au mieux depuis quinze ans.
Un contre-modèle non coopératif
Il est tout de même incroyable que certains présentent l’Allemagne comme un modèle quand on sait cela. Tout le modèle actuel de croissance de l’Allemagne est un modèle qui consiste à priver plus de 90% de la population de tout bénéfice de cette croissance. Pire, la croissance Allemande repose au final sur la croissance de la consommation de ses clients, et donc du fait que ces derniers ne mènent pas la même politique… En effet, c’est bien la hausse de la consommation ailleurs (et donc la hausse des salaires) qui permet une hausse des importations en provenance d’Allemagne.
La stratégie Allemande est celle du coucou. Elle a été provoquée et rendue possible par l’euro. Provoquée car les parités monétaires au moment du passage à la monnaie unique faisait de l’Allemagne le pays de la zone dont les coûts salariaux étaient les plus élevés, ce qui représentait une grave menace pour les exportations. Auparavant, l’Allemagne n’avait pas intérêt à une telle stratégie car elle aurait provoqué une appréciation du mark face aux autres monnaies européennes, ce qui aurait annihilé tous les effets de cette politique de désinflation compétitive.
Ce modèle présente une double limite. Tout d’abord, s’il marche au sein de la zone euro, il ne pourra pas réduire significativement l’écart de compétitivité prix avec la Chine ou l’Inde. Ensuite, ce modèle risque de pousser la zone euro entière dans une politique de désinflation compétitive qui aboutira à une demande et donc à une croissance atone tant chaque pays se trouve contraint de limiter le plus possible la hausse des salaires pour ne pas perdre en compétitivité. C’est donc un modèle, qui a toutes les chances de limiter encore plus la croissance au sein de la zone euro pour les années à venir.
C’est bien l’euro en tant que monnaie unique qui a poussé l’Allemagne à adopter cette stratégie de désinflation compétitive non coopérative. Pire, cela contraint les autres pays de la zone euro à la suivre, ce qui nous promet une croissance extrêmement faible dans les années à venir.
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23.03.2010
Un remaniement technique, mais habile
Nicolas Sarkozy n’a pas tardé : dès le lendemain d’une défaite historique de la droite, il a annoncé un remaniement de son gouvernement. S’il est très limité, il n’en est pas moins habile…
Une triple « ouverture » à droite
S’il y a bien une chose qui exaspère les élus de droite, c’est l’incessant débauchage de mercenaires de gauche au gouvernement (Kouchner, Besson, Amara, Hirsch, Bockel) à la tête de commissions (Rocard, Védrine) ou pour d’autres postes (Charasse, Migot). Voilà autant de postes dont la majorité estime qu’ils auraient pu aussi bien être occupés par des personnes issues de leur rang, plutôt que par des personnalités de gauche qui seraient mieux à même de les occuper.
Dès lundi, Jean-François Copé a été le premier à réclamer la fin de cette politique. En un sens, sa requête a été entendue puisque le remaniement marque une ouverture au sein de la majorité avec l’arrivée du chiraquien François Baroin, du villepiniste Georges Tron et du centriste Marc-Philippe Daubresse. L’intégration des deux premiers au gouvernement devrait permettre de limiter les critiques au sein même de la majorité puisqu’ils seront désormais tenus par la solidarité gouvernementale.
Ainsi, Nicolas Sarkozy met sa majorité en ordre de bataille pour 2012. En intégrant au gouvernement le chef de fil des députés chiraquiens et un deuxième villepiniste après Bruno Le Maire, il montre que toutes les sensibilités de l’UMP sont intégrées à son équipe et devrait améliorer la cohésion de la majorité puisqu’il prive les courants alternatifs de porte-paroles. Comment douter encore que le président de la République ne se représentera pas quand on examine ces choix ?
Droit dans ses bottes
Mais Nicolas Sarkozy est doublement habile. Outre le fait de mouiller les chiraquiens et les villepinistes, en agissant aussi rapidement, il équilibre l’actualité politique en ne laissant pas la déroute des régionales occuper seule les titres de l’actualité. Dès les journaux d’hier soir, le remaniement a pris une part importante des informations politiques, permettant d’effacer en partie la défaite historique de la veille. En outre, ce message d’unité a tout pour plaire à son électorat naturel.
Mieux, le président de la République arrive à bouger sans se déjuger. Alors que Paris bruissait de rumeurs de départ de Bernard Kouchner, Fadela Amara, voir d’Eric Besson, Nicolas Sarkozy conserve ses ministres « d’ouverture », ce qui lui permet de ne pas perdre la face. Et en limitant les changements apportés à son équipe, il évite également une remise en cause plus profonde. Et même si l’éviction de Xavier Darcos peut sembler injuste, il est peu probable qu’elle marque les esprits.
On pouvait attendre un changement plus important de l’équipe gouvernementale. Mais étant données les annonces antérieures de l’Elysée, le remaniement annoncé est assez habile. L’accueil très tiède des médias donne cependant une idée de la démonétisation du président.
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22.03.2010
Une déroute et une vague rose
Hier, les Français ont tranché. Si l'UMP est arrivée à conserver l'Alsace, la gauche dans son ensemble fait son meilleur score depuis 1981 ! Mais la forte abstention et le succès du Front National révèlent une certaine désillusion des Français vis-à-vis des grands partis.
Une déroute historique
Bien sûr, l'UMP a réussi à conserver l'Alsace, mais le parti présidentiel n'a réuni hier qu'à peine 35% des voix contre près de 54% pour la gauche, résultat qui montre l'ampleur de la défaite. Du coup, les représentants de la majorité avaient adopté un ton un peu plus modeste qu'il y a une semaine, concédant la victoire de la gauche et leur défaite du bout des lèvres. Cependant, l'Elysée avait encore concocté un argumentaire bien alambiqué et déconnecté de la réalité que Xavier Bertrand a été chargé de défendre, sur TF1, France 2 et France 3 !
L'angle d'attaque, relativement habile, consistait à attribuer la responsabilité de la défaite à la crise et au fait que ces élections étaient des élections de mi-mandat. D'ailleurs, Xavier Bertrand a bien répété que le Parti Socialiste avait perdu les élections régionales de 1992 et 1998. Cependant, l'ampleur de la défaite et le fait que l'UMP réunisse à peine plus de 15% des inscrits indique bien qu'il ne s'agit pas d'un simple mouvement d'humeur consécutif à un calendrier difficile, mais bien d'un désaveu franc et massif vis-à-vis de la politique de Nicolas Sarkozy.
Le secrétaire général de l'UMP a donc tenté d'expliquer que les Français n'avaient pas voté contre les réformes du gouvernement et qu'ils avaient bien au contraire exprimé leur volonté de poursuivre les réformes, en s'appuyant sur un sondage... Assez naturellement ses contradicteurs lui ont opposé qu'il y avait réforme et réforme et qu'on ne pouvait pas être pour la réforme dans l'absolu et que cela dépend du contenu. Malgré tout, cela n'a pas empêché l'ancien ministre des affaires sociales de persister dans son argumentation, avec le même autisme qu'au premier tour.
Une vague rose
Le Parti Socialiste, les écologistes et le Front de Gauche remportent donc une très nette victoire même s'ils ne réunissent au final qu'un quart des inscrits. L'écart avec l'UMP indique une forte préférence des Français à leur égard par rapport au gouvernement, au moins pour gérer les régions. Un certain nombre de facteurs amènent à relativiser malgré tout ce résultat. Tout d'abord, il est tout de même surprenant de constater à quel point le Parti Socialiste a peu évolué depuis sa sévère défaite aux élections européennes de juin 2009, malgré la différence de résultat...
En outre, même si elle a légèrement baissé au second tour (comme en 2004), le fort niveau d'abstention, notamment dans les quartiers populaires et touchés par la crise, indique un certain divorce avec les grands partis. Au final, avec le vote blanc, c'est plus de la moitié des Français qui ont refusé de voter pour quiconque. On frôle même les 60% qui ont refusé de voter pour un grand parti de gouvernement quand on y ajoute le résultat du Front National, qui, contrairement à 2004, a amélioré ses scores au second tour, signe d'une radicalisation du ras-le-bol d'une partie de la population.
Le retour du Front National dans les régions les plus frappées par la crise indique bien une lassitude des Français vis-à-vis de grands partis dont l'alternance ne semble pas apporter de véritables conséquences sur le cours de la politique suivie. La sociologie du vote FN persiste à me faire croire à un vote davantage social que d'adhésion à tout ce que représente le parti d'extrême-droite, heureusement. Le Parti Socialiste n'a pas vraiment réussi à convaincre cet électorat, ce qui représente une sacrée hypothèque en vue de 2012.
En tout cas, les variations colossales de l'électorat depuis 2007 (Modem, écologistes, PS) indiquent sans doute que nos compatriotes attendent une alternative qu'ils n'arrivent pas vraiment à trouver. Les Français ne veulent plus de Nicolas Sarkozy mais ils n'ont pas encore clairement envie de quelqu'un d'autre.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, xavier bertrand, parti socialiste, nicolas sarkozy, abstention, front national



