30.04.2010

Le début de la fin de l’euro a commencé

Dans quelques années, les historiens reviendront sans doute sur les évènements du printemps 2010 en soulignant que c’est à ce moment que l’expérience hasardeuse de la monnaie unique a commencé à se déliter. Le plan de sauvetage de la Grèce n’y changera rien.

Le veau d’or de la pensée unique

Etant donné l’état de panique des marchés et le niveau des difficultés financières de la Grèce, on pourrait croire qu’Athènes n’arrivera pas à passer le mois de mai sans quitter l’euro ou faire défaut sur sa dette, voire les deux ensembles. Mais cela néglige l’aspect psychologique de la crise et le fait que tout le monde sait que si la Grèce tombe, alors d’autres pays tomberont et la monnaie unique européenne ne sera plus qu’un lointain souvenir. Or l’euro est le veau d’or des élites européennes.

La monnaie unique est une forme de Graal pour des gens à qui la disparition des monnaies nationales facilitent la vie et qui ne se rendent pas compte du mal que l’euro a fait à l’Europe. Cet euro cher, qui reste encore surévalué de 25% par rapport au dollar, est un boulet accroché aux pieds des exportateurs européens, qu’il pousse à délocaliser. Cet euro est un boulet accroché aux pieds des Etats auxquels il impose une politique unique qui ne convient à personne.

Malgré tout, il est paré de toutes les vertus. Alors que l’Europe est le continent qui est le plus sévèrement frappé par la crise, ces défenseurs arrivent à soutenir sans rire qu’il nous a protégés. Bien sûr, il a évité les dévaluations au sein de la zone euro, mais ces dévaluations auraient justement redonné de l’oxygène à ces économies et permis un retour de la croissance alors qu’aujourd’hui l’Europe risque de s’enfoncer dans une véritable dépression économique.

Ce n’est que la première manche…

C’est pourquoi il y a fort à parier que les dirigeants européens et le FMI arriveront à se mettre d’accord pour que la Grèce reste dans l’euro et ne fasse pas défaut. En absence d’accord, le veau d’or s’effondrerait, ce qu’ils ne sont pas prêts à accepter. Du coup, ils feront tout pour prolonger cette malheureuse expérience, sans se poser la question de la viabilité à long terme de la zone euro. Il est plus que probable que les gouvernements prendront la décision politique de continuer.

Pourtant, la potion amère que va sans doute avaler la Grèce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce n’est pas tout que les Etats trouvent le moyen de boucler la trésorerie grecque pour les deux prochaines années. Si, entre temps, le PIB a reculé du fait de la politique de rigueur, et que la dette s’est encore largement accrue, même avec un déficit largement réduit, la situation restera instable et très fortement soumise aux mouvements des taux d’intérêt.

Dans quelques années, l’ensemble des pays de la zone euro auront une dette beaucoup plus lourde. Du coup, ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’une pâle répétition de l’avenir. Imaginez des économies européennes après trois ans de rigueur, une absence de croissance, un chômage de masse et un poids de la dette encore plus important. Et quand on voit la difficulté des pays européens à trouver une réponse à la crise, il est évident que si l’euro n’explose pas cette année, il le fera plus tard.

Un ami blogueur racontait hier que le sort de l’euro pourrait bien lui faire gagner une belle bouteille. Mais si la fin a commencé, je crois que l’attachement à l’euro est trop fort et qu’il faudra attendre encore quelques mois, voir quelques années pour qu’il explose en vol, peut-être trop tard pour son pari.

29.04.2010

Crise des dettes publiques : la rigueur va renforcer le mal !

Aujourd’hui, on entend partout la même rengaine sur la dette excessive des Etats, leur situation de faillite et l’inévitable rigueur à laquelle la quasi totalité des peuples européens devrait se préparer. Et s’il y avait une autre solution ?

La rigueur, la saignée du 21ème siècle

Pour dissiper tout malentendu, il me faut préciser une chose. A la base, je crois qu’un Etat ne doit pas avoir de déficit budgétaire en période normale. En dehors de circonstances exceptionnelles ou de projets exceptionnels, il ne me semble pas légitime de faire payer aux générations suivantes les dépenses courantes. Ceci passé, il ne faut pas oublier que la crise actuelle est la conséquence directe de celle de 2008, causée par les excès de la finance que les politiques avaient laissé faire.

Aujourd’hui, les tenants de la pensée unique n’ont que la rigueur à la bouche. La Grèce doit faire plus d’efforts : au lieu de réduire son déficit de 4 points du PIB en 2010, 5 points devient le norme. Mais après Riga, Dublin et Athènes, la même politique devra être mise en place à Madrid, Rome, Londres et Paris pour assurer que les Etats pourront bien honorer les dettes qu’ils ont contractées, en partie pour éviter que l’effondrement du système financier n’entraîne le reste de l’économie avec lui.

Le problème, et les marchés s’en sont rendus compte, est qu’une telle rigueur, si elle était mise en place dans toute l’Europe, risque de plonger le continent dans une dépression économique où l’absence de croissance rendra extrêmement difficile le remboursement de la dette. Car ce n’est pas tout de réduire les dépenses, si l’économie va mal, les recettes baisseront également et l’amélioration du solde risque d’être trop faible pour compenser ne serait-ce que l’augmentation du coût de la dette.

Une rigueur contre-productive

Les politiques qui semblent se dessiner dès 2010 pour quelques pays et 2011 pour les plus chanceux pourraient bien plonger les pays européens dans une situation comparable à celle du Japon, où la croissance trop faible ne permet pas de rétablir l’équilibre des finances publiques. Dans le passé, des pays isolés ont pu le faire, mais ils ont réussi cela en dévaluant et en profitant de la croissance de leurs voisins. Ici, la situation est différente car il n’y aura ni dévaluation ni croissance à la frontière…

Emmanuel Todd avait bien raison de dire « qu’avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa puissance économique pour se torturer ». Nous allons atteindre ici le paroxysme de cette folie dans les années à venir. Et malheureusement, l’ensemble des gouvernements semble se diriger vers une rigueur généralisée qui a toutes les chances de tellement affaiblir les économies européennes qu’il n’est même pas sûr que cela arrivera à rétablir les comptes publics…

Une autre issue est possible

Il faut dès maintenant envisager d’autres solutions pour sortir de l’impasse budgétaire dans laquelle les pays européens sont en train de s’enfermer. Tout d’abord, il faut trouver de nouveaux moyens de financement. Une taxe Tobin paneuropéenne sur l’ensemble des transactions financières pourrait constituer une aide financière importante. En outre, l’urgence de la situation et la baisse de la masse monétaire rend la monétisation de la dette publique sans danger d’un point de vue inflation.

Mais ce n’est pas tout, la grande diversité de situation des pays impose des politiques monétaires différentes selon les situations. La Grèce, le Portugal ou l’Irlande auraient bien besoin de dévaluer pour regagner en compétitivité, et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Italie, tandis que l’Allemagne devrait réévaluer sa monnaie. Le retour à des politiques monétaires nationales est essentiel car la rigueur budgétaire associée à une mauvaise politique monétaire sera fatale aux économies européennes.

Les politiques qui se dessinent pour les prochaines années sont une aberration de l’esprit. Pour protéger l’euro et honorer les dettes, les gouvernements vont mettre à la diète des économies déjà anémiées par la crise. Et pourtant, il y a d’autres solutions

28.04.2010

La Grèce face à l’horreur financière

D’une part, on pourrait dire que les Grecs n’ont que ce qu’ils méritent pour avoir trafiqué leurs comptes et trop longtemps dépensé plus que de raison. La crise financière ne serait qu’une juste sanction de leurs excès passés. Pourtant, une telle présentation oublie la responsabilité des marchés.

Le double excès des marchés

Ca y est ! La Grèce est en situation de faillite virtuelle puisqu’elle ne peut plus emprunter aujourd’hui qu’à des conditions tellement mauvaises qu’elles ne mettraient pas Athènes en capacité de rembourser. Finalement, les cassandres du début d’année semblent avoir raison. Et après tout, les marchés n’ont pas totalement tort de sanctionner un pays qui a menti sur ses comptes et qui présente cette année le déficit public le plus élevé de tous les pays occidentaux.

Cependant, les marchés ne sont pas complètement innocents. Car à la défiance extrême qu’ils manifestent à l’égard de la Grèce, on peut faire un parallèle avec la confiance extrême qu’ils lui ont accordé pendant les années 2000, permettant aux autorités locales d’emprunter dans les mêmes conditions que l’Allemagne malgré une situation économique radicalement différente. On jette la pierre à la Grèce, mais pas aux analystes qui lui accordaient le même crédit que Berlin…

Et pourtant, cela a joué un rôle déterminant dans la crise actuelle. En effet, la baisse des taux dans les années 90 a permis à la Grèce d’éviter de se poser des questions sur ses finances publiques. L’excès de confiance (et donc l’erreur de jugement) des marchés a donné une image totalement déformée de la situation financière de la Grèce, y compris à Athènes. Nul doute qu’avec des taux un peu plus élevés il y a cinq ans, la situation ne serait pas aussi explosive aujourd’hui…

Les esprits animaux sont de retour

On dira que dans le cas de la Grèce, c’est parce qu’Athènes avait triché sur la réalité de sa situation. Sauf que… les marchés ont également accordé quasiment les mêmes taux à l’Italie et l’Allemagne pendant des années alors que le niveau de leurs dettes publiques et de leurs déficits n’avaient rien à voir. On peut voir dans les excès de défiance d’aujourd’hui la conséquence de l’excès de confiance d’hier. Bref, et ce n’est pas une nouvelle, le jugement des marchés est souvent mauvais.

En outre, la situation actuelle démontre bien le caractère auto-réalisateur des marchés. A 4% de taux d’intérêt, la dette publique grecque est gérable. A 8%, sur un cycle entier de refinancement, elle coûterait plus de 10 milliards d’intérêts supplémentaires par an, soit près de 5% du PIB. Bref, tous les efforts pour réduire les déficits publics sont anéantis par l’envolée des taux, ce qui fragilise plus encore la situation et pousse les taux à la hausse.

Et c’est la façon dont fonctionnent les marchés depuis toujours. On l’a bien vu sur les valeurs technologiques au tournant du millénaire ou sur les valeurs financières en 2008. La panique nourrit la panique, la baisse entretient la baisse. Le phénomène est encore plus violent pour les dettes publiques du fait de l’impact du coût de financement… La détérioration de la situation accélère la détérioration. C’est le piège dans lequel la Grèce est aujourd’hui enfermée.

Il faut être clair, si la digue grecque cède, c’est l’ensemble de l’Europe qui finira par céder. Le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne seront les suivants à s’effondrer. C’est pourquoi il reste probable que la Grèce sera « sauvée », au moins pour un temps.

27.04.2010

Comment réformer la finance ?

Aujourd’hui, nous savons ce qu’il faut faire pour mettre fin à l’anarchie financière qui pèse sur l’ensemble de l’économie de la planète. Mais ce n’est pas tout : comment mettre en place  de telles mesures ?

La France peut faire beaucoup

C’est clairement la bonne nouvelle de cette étude. Environ la moitié des mesures présentées hier peuvent être prises dans un cadre purement national sans risquer s’attirer des réactions aux conséquences dangereuses pour l’économie Française. Il faut néanmoins noter que la plupart de ces mesures nécessite une sortie de l’euro et le retour d’une politique monétaire strictement nationale ainsi qu’une remise en cause d’une partie non négligeable des règles imposées par les traités européens.

En effet, dans ce cadre, la France peut parfaitement  choisir de se donner la possibilité de monétiser sa dette (comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne l’ont fait pendant la crise). Elle peut parfaitement créer un pôle public bancaire ou même strictement encadrer les bonus (la Grande Bretagne est allé bien plus loin que nous sur ce sujet par exemple). Nous pouvons également séparer les activités de banques d’affaire et de banques de dépôt sur notre seul territoire ou remettre en place un contrôle des mouvements de capitaux (grâce au taux d’épargne des Français).

La France peut, seule, instaurer des normes spécifiques interdisant aux agences de notation d’être à la fois les fournisseurs et les évaluateurs des institutions financières. Nous pouvons également mettre en place une agence unique et puissante de contrôle de la stabilité financière. Enfin, libre à nous d’établir des normes prudentielles purement nationales, comme le fait l’Espagne (ce qui a contribué à la relative stabilité de son système financier) ou d’encadrer très strictement les LBO sur notre territoire.

Mais l’Europe peut nous permettre de faire plus

Naturellement, ce n’est pas l’Union Européenne qui nous permettra d’aller dans ce sens. Les institutions européennes se sont jusqu’à présent distinguées par leur croyance dogmatique et quasiment religieuse dans les vertus d’une anarchie financière bien contraire à ce programme de réforme assez radical. Cependant, une partie de ces réformes (taxe Tobin, normes comptables, paradis fiscaux, SLAM, dark pools, spéculation sur les matières premières) nécessite une coordination européenne.

En effet, la France n’a pas la taille critique pour imposer aux marchés et aux institutions financières de telles règles. En faisant cavalier seul sur ces sujets, nous risquerions simplement de déplacer le problème dans des pays à la réglementation plus laxiste. Une coordination européenne serait essentielle pour que ces règles s’appliquent sur un ensemble économique suffisamment important pour imposer ses règles aux multinationales qui voudraient y faire des affaires.

Pour être honnête, jamais la Grande Bretagne, ni même sans doute les Pays-Bas ne souscriront à cet agenda. En revanche, les pays du Sud de l’Europe y verraient sans doute une issue aux problèmes économiques insolubles dans lesquels l’Union Européenne les plonge aujourd’hui. En outre, l’Allemagne, étrangère à la tradition court-termiste et prédatrice du capitalisme actionnarial pourrait elle-aussi être tentée pour mettre en place de telles règles.

La mise en place d’une Zone Européenne Financière, pour reprendre la proposition de Frédéric Lordon, est donc la solution pour mettre en place de telles propositions. Il faudra reconstruire l’Europe depuis une page blanche. Cette nouvelle Europe partirait sûrement des pays du Sud, qui vont beaucoup souffrir dans les prochaines années et seront donc ouverts à une nouvelle construction qui n’étouffe pas leurs économies. Mais je crois que l’Allemagne et l’Europe de l’Est pourraient également être de la partie.

Non seulement les mesures pour réglementer le monde financier existe, mais une bonne partie peut être mise en place dans le seul cadre national (à condition de quitter l’euro et refuser les normes européennes) mais dans un cadre européen restreint, elles sont toutes applicables !

26.04.2010

18 propositions concrètes pour réguler la finance

La violence de la crise aurait du provoquer une remise en question du système. Paradoxalement, la rapidité du sauvetage et les moindres conséquences de la crise par rapport à celle de 1929 font que rien n’avance. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir les solutions en main.

Des intellectuels alternatifs se sont levés

Venus de toutes les familles de pensée, de la gauche (Frédéric Lordon, Jacques Généreux, Emmanuel Todd, Jean-François Kahn ce week-end sur son blog dans un très bon papier), du libéralisme humaniste (Jean-Luc Gréau, Maurice Allais), du libéralisme étasunien (Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Robert Reich) ou d’ailleurs (Jacques Sapir, Paul Jorion), un nombre toujours plus important d’économistes et d’intellectuels nous proposent des solutions pour refonder le système économique. Je vous propose ici les 18 mesures emblématiques que j’ai retenues. Oui, un autre monde est possible !

Assurer une meilleure contribution de la finance à la collectivité

1.   Confier à nouveau la création monétaire à l’Etat : il n’est pas normal que les banques puissent aujourd’hui emprunter à 1% auprès des banques centrales pour prêter ensuite aux Etats entre 3 et 7%. L’Etat doit reprendre le contrôle de la création monétaire et retrouver la possibilité de monétiser sa dette s’il le souhaite, en revenant sur la loi de 1973. Cela sera sans doute la solution pour éviter une dépression en Europe.

2.   Instaurer une taxe Tobin significative (0.1 à 1%) sur toutes les transactions financières : cela permettra de faire davantage contribuer le monde financier à la collectivité tout en réduisant la spéculation à court terme, dont les coûts seront alors démultipliés. En outre, cela permettrait de réduire le fardeau des dettes contractées par les Etats pour sauver le monde de l’implosion financière.

3.   Instaurer une taxe sur les fusions et acquisitions : les rachats d’entreprise sont souvent l’occasion pour les actionnaires d’extraire toujours plus de valeur sous la forme de licenciements. Ce coût pour la collectivité devrait être compensé par une taxe exceptionnelle fonction du montant de la transaction, ce qui limiterait également les rachats d’entreprise à l’utilité douteuse.

4.   Créer un grand pôle public bancaire : aujourd’hui, les immenses profits des activités de détail des banques en France et dans le monde montrent que cette activité est un oligopole absolument pas concurrentiel qui vit telle une sangsue sur le dos de l’économie réelle et de ses clients. L’Etat pourrait instaurer une plus grande concurrence en créant une grande banque publique (autour de LCL ?) qui proposerait ses services à des tarifs raisonnables.

5.   Mettre fin à la course sans fin et mortifère à la rentabilité : hier, il fallait dégager 5% de rentabilité sur capitaux investis, aujourd’hui 15%, demain 25% ? Pour éviter que les fruits de la croissance ne soient totalement vampirisés par les actionnaires, comme le recommande Frédéric Lordon, nous pouvons mettre en place un SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin), une limite au-delà de laquelle l’Etat taxe de manière confiscatoire (90% par exemple) toute rémunération supplémentaire, à la manière de Franklin Roosevelt.

6.   Encadrer strictement les bonus : quand tout va bien, les banquiers touchent des bonus colossaux et quand tout va mal, ils sont aidés par l’Etat et si leurs bonus sont réduits, il n’en reste pas moins très confortables. Il faut donc instaurer une nouvelle tranche d’IR pour les très hauts salaires (au-delà de 500 000 euros), et systématiser l’étalement du paiement du bonus ainsi que la possibilité de bonus négatifs.

Réellement encadrer le système financier

1-   Séparer à nouveau les banques de dépôt et d’affaires : pour protéger les banques de dépôt des excès des marchés, la Grande Dépression avait enfanté le Glass Steagall Act. Son abrogation par l’administration Clinton porte une lourde part de responsabilité dans la crise et il faut donc revenir dessus.

2-   Interdire toute transaction avec les paradis fiscaux : les normes de l’OCDE sont une sinistre plaisanterie. Les paradis fiscaux ont simplement conclu des conventions de partenariat avec quelques micro-Etats pour échapper à l’opprobre international. Pourtant, au moins à l’échelle européenne, un véritable blocus permettrait de mettre fin à ces trous noirs de l’argent sale et du moins-disant fiscal.

3-   Remettre en place un contrôle des mouvements de capitaux : la crise asiatique nous a enseigné que les pays qui encadrent les mouvements de capitaux sont moins sensibles aux crises financières. L’anarchie financière fait que les errements du marché immobilier étasunien sème la désolation sur la planète entière. Comme dans les bateaux, il est donc crucial de compartimenter les cales en remettant des frontières financières pour éviter qu’une seule voie d’eau ne menace de faire couler à elle seule l’économie mondiale.

4-   S’assurer que les agences de notation font leur travail : la crise a fait apparaître les limites d’un système où les agences sont à la fois juges et parties puisqu’elles doivent évaluer les institutions financières qui sont également leurs clients pour la certification de leurs produits. Il est impératif de séparer la fonction de conseil de celle d’évaluation pour éviter les conflits d’intérêt patents apparus pendant la crise

5-   Créer une seule agence de supervision financière : les dirigeants politiques ont tendance à multiplier les organismes de surveillance du système financier. Malheureusement, le système a besoin pour sa stabilité d’un organisme fort, répondant directement au ministre des finances de manière à ce que les politiques prennent toute leur part de responsabilité.

6-   Revenir sur les normes de comptabilité « marked to market » : le comité Bâle 2 avait établi un changement majeur dans la comptabilité des entreprises, mettant en place une comptabilisation des actifs à la valeur des marchés (au lieu de la valeur d’achat). Cette mesure a créé un double cercle vicieux. En période de croissance, cela démultiplie les capacités de financement, et donc favorise les bulles. En période de krach, cela accélère les baisses, la chute des cours imposant de vendre pour restaurer les ratios, faisant davantage plonger les cours et provoquant une nouvelle dépréciation…

Limiter les excès du monde de la finance

1.   Réduire l’effet de levier des institutions financières : aujourd’hui, avec des montages, il est possible de placer 100 avec à peine 1 de capital. Il est essentiel de proposer des normes prudentielles qui assurent la stabilité du système financier. Les normes de Bâle 2, conçues par les banques, étaient insuffisantes (8% de capitaux propres). Les politiques doivent reprendre la main et définir de nouvelles normes au regard de la crise de 2008 (quitte à imposer 15% de capitaux propres et plus encore sur les produits les plus risqués). Les normes pourraient également être d’autant plus strictes que les produits sont complexes…

2.   Interdire ou encadrer très strictement les LBO : certains fonds de placement utilisent cette technique qui revient à faire payer par l’entreprise que l’on rachète l’emprunt utilisé pour la racheter. Cette technique permet alors de déduire fiscalement les pertes financières des profits, ce qui permet d’éviter de payer des impôts…

3.   Interdire la titrisation et le hors-bilan : la gravité de la crise s’explique en partie par les mécanismes que les banques ont utilisé pour passer outre les normes prudentielles. Certains banques ont ainsi réussi à placer un tiers de leurs actifs hors bilan, en-dehors de toutes règles. La titrisation leur a également permis de transformer des créances contre lesquelles elles devaient conserver des capitaux propres en titres qui leur permettaient d’emprunter davantage ! Ces pratiques doivent être interdites

4.   Interdire les achats à découvert : les achats à terme ou à découvert permettent de spéculer à la baisse sur la valeur d’un titre en prenant une option d’achat que l’on revend au prix du jour pour faire baisser le cours, de manière à empocher la différence. Ils ont momentanément été interdits pendant la crise. Cette interdiction devrait être définitive.

5.   Interdire la spéculation sur les matières premières : l’envolée du prix des matières premières jusqu’à la mi-2008 avait pour principale raison le report de la spéculation suite aux baisses du marché de l’immobilier et de la bourse. Mais cette spéculation peut affamer des populations. Des règles extrêmement strictes doivent être mises en place pour éviter une redite (ne permettre l’achat de dérivés qu’à des professionnels capables de réceptionner la marchandise par exemple).

6.   Interdire les dark pools : à mille lieues du discours de transparence des partisans de la déréglementation, cette nouvelle invention consiste à assurer l’opacité des ventes et achats de titres, ce qui augmente encore l’instabilité du système.

Naturellement, cette contribution n’a pas l’ambition d’être définitive mais plutôt de susciter un débat sur les moyens de remettre la finance au service de l’ensemble de l’économie et des citoyens. Tout commentaire sera le bienvenu ! Demain, j’étudierai les modalités de mise en place de cette réforme.

25.04.2010

Remettre de l’ordre dans la finance

Hier, Barack Obama s’est exprimé sur la réforme de la finance. Wall Street a été rassurée par ses propos. En clair, rien ne sera fait pour réformer le système qui a mené le monde au bord du gouffre en 2008…

Rien ne change

Fin janvier, le président des Etats-Unis avait annoncé des mesures pour limiter la spéculation des banques avec leurs fonds propres ainsi que leur taille pour éviter qu’elles ne soient « trop grosses pour faire faillite ». Ces propos avaient même provoqué une correction sévère des bourses qui pouvait faire espérer que de véritables réformes allaient être mises en place, même à Washington.

Las, le discours de jeudi indique sans doute que nous en resterons à une « réformette de la finance », comme on pouvait le pressentir depuis quelques mois. Il faut dire que l’équipe qui entoure le président des Etats-Unis est plutôt conservatrice. Un membre avait confié à The Economist qu’heureusement, aucun « gauchiste » du genre Stiglitz, Reich ou Krugman n’avait été choisi. Le rebond de Wall Street hier indique bien que les banques pourront continuer leurs affaires tranquillement.

L’anarchie financière, responsable de la crise

Bien sûr, la déréglementation de la finance n’est pas la seule responsable de la crise de l’automne 2008 mais elle y a plus que sa part de responsabilité. Et parce qu’ils ont justement renoncé à encadrer l’activité financière, les hommes politiques (de droite comme de gauche) sont les premiers coupables. Ce sont eux qui ont progressivement renoncé à encadrer l’activité des marchés, laissant par exemple les banquiers mettre au point les normes Bâle 2 qui ont amplifié la crise.

Cette anarchie financière est bien responsable de la crise pour plusieurs raisons. La première de ces raisons est, comme pour la Grande Dépression de 1929, l’utilisation de l’effet de levier pour maximiser les gains. Grosso modo, les institutions financières ont cherché à parier toujours plus d’argent pour un même capital donné de manière à augmenter les rendements. Pour cela, elles ont utilisé toutes les subtilités des réglementations qu’elles avaient établies pour faire du hors-bilan ou titriser.

Cette augmentation de l’effet de levier démultiplie les gains quand les marchés montent, mais le monde de la finance a oublié qu’il démultiplie les pertes quand les marchés baissent. Les assurances prises contre le risque n’ont fait que rendre le risque insaisable au lieu de le faire disparaître. L’innovation financière a augmenté les rendements, mais aussi augmenté l’instabilité du système tout en le rendant plus opaque, défaut extrêmement dangereux en cas de perte de confiance généralisée.

L’action des Etats a permis d’éviter le pire, pour le moment

Quand toutes les bulles d’actif ont fini par s’effondrer, l’ensemble du système financier a menacé s’écrouler et emporter l’économie mondiale avec lui. Les Etats sont alors intervenus pour éviter une redite de la Grande Dépression. Ils ont sauvé les banques à coup de milliards et de garanties et ont injecté des sommes inédites pour relancer une économie réelle entraînée dans la chute de la finance.

Heureusement, les dirigeants de la planète ont tiré les leçons de la crise de 1929 pour éviter que le chaos économique ne succède au chaos financier. Et cette crise a aussi eu le bénéfice de nous montrer les travers du système économique actuel, fruit de quarante années de déréglementation, démarrée en 1971 avec la décision des Etats-Unis de suspendre la convertibilité du dollar.

Le capitalisme actionnarial et financier, sangsue de l’économie réelle

Le système économique actuel est injuste car il ne profite qu’à une infime minorité dans les pays développés, comme l’illustrent bien la hausse de la part des dividendes dans le PIB (de 3 à 7% en 20 ans) ou les bonus de plus en plus indécents des banquiers. Ce capitalisme actionnarial pressure toujours davantage l’économie réelle, demandant des rendements indécents. Aujourd’hui, la bourse ne finance plus les grands groupes mais en extrait de l’argent, sous forme de dividendes et de rachats d’action.

Et les mêmes banques qui ont été sauvées par les Etats il y a 18 mois s’enrichissent en empruntant à 1% à la BCE pour prêter cet argent plus cher aux Etats. Ces mêmes banques augmentent tous les ans les frais bancaires pour extraire toujours plus de valeur de leurs chers clients, sans jamais se battre sur les prix pour bien préserver leurs marges. Bref, le monde financier est devenu une sangsue toujours plus vorace qui vit sur le dos de l’économie productive.

Alors que les hommes politiques en place, Barack Obama en tête, sont incapables de tirer les leçons de cette crise, je proposerai demain une liste de mesures concrètes pour remettre la finance au service de l’économie productive avant d’étudier ensuite les modalités de leur mise en place.

24.04.2010

La posture sécuritaire de Nicolas Sarkozy

Cette semaine encore, Nicolas Sarkozy a entonné son couplet sécuritaire en annonçant des mesures qu’il avait déjà annoncées plusieurs fois auparavant. Pourtant, un coup d’œil aux commentaires des internautes du Figaro montre que quelque chose est cassé.

Le premier flic de France

Nicolas Sarkozy n’a pas son pareil pour faire de mâles déclarations bien définitives. Le cru du 21 avril 2010 est assez « réussi » : « aucun quartier n’échappera à l’autorité », « la République ne reculera pas d’un millimètre », « les violences dans les transports et les établissements scolaires en Seine Saint Denis, ça doit cesser », « tous les jours, il y aura des actions de police contre les trafiquants ». Le président de la République joue la carte sécuritaire pour reconquérir les Français.

Il a également annoncé de nombreuses mesures, comme la mise en place de liaison directe avec la police dans les bus, la suppression des allocations familiales pour les familles de jeunes délinquants ou des internats pour les élèves difficiles. La plupart de ces mesures plaisent à l’électorat. Il faut dire que Nicolas Sarkozy sait que la corde de la sécurité est puissante. Elle explique en bonne partie la victoire de la droite en 2002 et en 2007. Mais ce qui a marché peut-il encore marcher ?

Le disque est usé

Et c’est là que le bat blesse. En effet, les Français ne semblent tout simplement plus croire l’ancien ministre de l’intérieur. Les commentaires très majoritairement négatifs du Figaro sont un désaveu cinglant pour le président. Même son électorat n’y croit plus. La parole présidentielle est démonétisée, du fait d’avoir trop parlé, trop promis, faisant à chaque fois comme s’il allait, lui, résoudre des problèmes que personne n’aurait résolus auparavant. Il dit ce que les gens veulent entendre mais il n’est plus écouté.

En effet, Nicolas Sarkozy est confronté à un double problème. Tout d’abord, en se répétant, il se discrédite. Quel crédit donner à la parole du président quand il répète presque mot pour mot des propos qu’il tenait il y a 2, 5 ou 8 ans ? Le fait de tenir les mêmes propos sous-entend en effet que les problèmes n’ont pas été réglés alors qu’il est en charge de ces questions depuis huit longues années. Les Français constatent tous les jours davantage l’écart entre les propos du président et la réalité.

Paradoxalement, on se demande si Nicolas Sarkozy a raison de parler autant de sécurité. Car en mettant en avant des problèmes qu’il n’a pas réglés en huit ans, il se tire une balle dans le pied. En effet, les violences aux personnes n’ont pas cessé d’augmenter depuis 2002

23.04.2010

La posture gauchiste du PS

Mardi, Pierre Moscovici a présenté les conclusions de la convention nationale du Parti Socialiste pour « un nouveau modèle économique, social et écologique ». L’ensemble des média, Le Monde comme Le Figaro a présenté ce document comme un virage à gauche. Info ou intox ?

Le retour de la lutte des classes ?

Nous n’en sommes pas au « programme commun » de 1981, mais la crise de l’automne 2008, ses conséquences (et notamment les plans de soutien aux banques), l’envolée spectaculaire des inégalités et les innombrables polémiques sur  les bonus des traders ou les rémunérations des grands patrons, ont sans doute poussé le Parti Socialiste à adopter des mesures et des postures plus radicales que lors des deux dernières décennies.

« Sus aux riches et aux méchantes entreprises ! ». Dans une posture logique par les temps qui courent, le PS dénonce « la captation des richesses par une minorité », « l’aliénation sociale » et « la mise sous pression des individus ». De ce constat, Pierre Moscovici tire des propositions visant à pénaliser les entreprises qui ont une trop grande part de contrats précaires ou qui ne partagent pas suffisamment les richesses. Le programme fiscal est chargé : prélèvement à la source, fusion IR / CSG, taxe Tobin ou « bouclier logement » pour les ménages les plus modestes.

Le Parti Socialiste fait mine de découvrir que l’Europe « met en concurrence les Etats et les peuples au lieu d’organiser leur coopération », qu’elle « dérégule les marchés au lieu de mettre en place les instruments de régulation, de protection de l’emploi et de l’investissement qui pourraient permettre à notre continent de se renforcer dans la mondialisation ». Pourtant, c’est ce même parti qui a soutenu tous les traités européens, y compris quand ils proclamaient comme objectif de l’Union Européenne « la concurrence libre et non faussée ». Mais pas l’once d’une autocritique ici.

Le Service Après Vente de la globalisation néolibérale

Certains aspects du programme sont intéressants, notamment la fusion de l’IR et de la CSG ou la proposition de taxe Tobin (encore qu’il faudrait en savoir plus sur son taux et sur les moyens de la mettre en place). On note également la volonté de mettre l’euro davantage au service de la croissance ainsi qu’une légère avancée protectionniste avec l’évocation de « tarifs extérieurs communs » au niveau européen (mais il s’agit de mesures exceptionnelles).

En effet, il manque toujours au Parti Socialiste une véritable remise en question de la déréglementation qu’il a accompagnée. La critique du libre-échange et de ses conséquences délétères sur le chômage et le pouvoir d’achat est limitée. L’euro n’est pas remis en cause, malgré le fardeau que la monnaie unique représente pour les économies européennes. Il n’y pas de proposition de refonte de l’architecture financière pour davantage la faire contribuer à la collectivité et prévenir les crises.

En fait, tout est indiqué dans le terme de « care », que Martine Aubry a souhaité mettre en avant. Passons sur le choix d’un terme en anglais… Au final, ce programme est assez révélateur du fait que le Parti Socialiste ne cherche qu’à corriger après coup certaines injustices du système économique actuel, mais sans véritablement le remettre en cause. Les mesures les plus radicales sont à peine esquissées et la plupart des réformes semblent plutôt là pour donner une caution « de gauche ».

De manière totalement contradictoire, après avoir dénoncé l’ultralibéralisme de l’Europe, le Parti Socialiste veut passer d’une « gouvernance européenne faible » à un « véritable gouvernement économique ». Pourtant, tous les traités montrent plus d’Europe, c’est toujours plus de déréglementation. Bref, l’attitude des socialistes est franchement malhonnête. Pire, les innombrables mécanismes fiscaux proposés ne feront que remplacer les anciennes niches par de nouvelles dans de nouvelles usines à gaz.

Malgré un discours plus à gauche, le PS en reste à des ajustements destinés à rendre le système un peu moins injuste. Pourtant, la sévérité de la crise devrait l’inciter à plus de radicalité. Le Général de Gaulle avait bien raison de dire qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes…

22.04.2010

Le Monde au pays des merveilles bancaires

Est-ce la régie publicitaire qui a commandé le papier ou s’agit-il d’une véritable opinion de la rédaction du Monde ? En tout cas, le quotidien du soir a publié mardi un article assez incroyable en défense des banques, intitulé « Banques : réfléchir avant de taxer si possible ».

« Il y a des méchants et des gentils… »

Au pays du Monde, il y aurait donc des méchants politiques qui voudraient taxer les pauvres banques. La tonalité de l’article est totalement à sens unique : « Sans coordination internationale, les initiatives nationales aboutiront à un paysage chaotique pour la fiscalité de la finance. Davantage encore si la ruée populiste (sic) vers l'imposition des grands méchants banquiers précède toute réflexion économique ».

L’auteur plaint les pauvres banques : « Surtout, la mesure est similaire à la hausse des ratios de solvabilité déjà prévue par les régulateurs(…) Il n'en faut pas plus pour que les banquiers crient à la double peine... » et propose aux « gouvernements occidentaux (de) d'abord réfléchir au but qu'ils assignent à la future taxe. S'agit-il de moraliser et de punir ? De corriger et de réformer ? Ou de réduire la facture des dettes publiques qui s'accumulent ? Il est à craindre que ce dernier impératif finisse par l'emporter. »

Les patrons des grandes banques présentes en France n’auraient sans doute pas osé eux-mêmes écrire un papier aussi caricatural qui fait des banques les victimes des méchants et populistes hommes politiques.

Une réécriture incroyable des deux dernières années

Pour être honnête, cet article souligne cependant un point très juste : « D'autres pays comme l'Allemagne, envisagent de créer un fonds spécial dont le produit financerait d'éventuels futurs plans de sauvetages bancaires. Ce qui soulève le risque de l'aléa moral, puisque la seule existence d'un tel fonds risquerait d'encourager les banques dans leur joyeuse insouciance, calées dans la certitude que les fonds publics seront toujours là en cas de bavure. »

Néanmoins, la tonalité globale est proprement hallucinante. En effet, aujourd’hui les profits des banques s’envolent à nouveau, en France, comme aux Etats-Unis pour Goldman Sachs, alors qu’elles ne doivent leur survie qu’à l’intervention massive des Etats à l’automne 2008. Pire, les institutions financières portent une très lourde part de responsabilité dans la crise, par la création de produits dérivés qui n’ont fait que démultiplier les risques et ont transformé la finance en un casino, et par les prêts incroyables qu’elles ont accordés aux ménages aux Etats-Unis.

Bref, étant donnée la lourde responsabilité des banques dans la crise (et donc dans la détérioration des finances publiques des Etats) et l’immensité de leurs profits, il est totalement légitime d’imaginer des mécanismes pour davantage les faire contribuer à la collectivité, quel qu’en soit l’usage.

21.04.2010

Edouard Balladur, l’antigaulliste

Marie-France Garaud aurait dit de lui qu’il est « la face de Georges Pompidou qui n’a été imprégnée par le Général de Gaulle ». Lundi soir au Grand Journal de Canal Plus, l’auteur de « Laissons de Gaulle en paix ! » l’a une nouvelle fois démontré.

Une certaine idée de la France

Confronté à une question sur la participation de Nicolas Sarkozy à des primaires qu’organiserait l’UMP en vue de l’élection présidentielle de 2012, l’ancien Premier Ministre a pensé qu’il serait naturel qu’il s’y présente !!! Un président sortant, élu par 53% des Français en 2007 avec plus de 80% de participation, devrait donc avoir l’approbation des militants d’un parti pour se représenter cinq ans après ! Et si les militants de l’UMP lui en préférait un autre, il pourrait partir à la retraite !

Ensuite, interrogé sur la crise, Edouard Balladur a répondu que c’était l’urgence du moment. Oubliant le chômage, il a donné deux priorités à notre pays : la réduction de son endettement et l’amélioration de notre compétitivité. En clair : hausse des impôts, baisse des dépenses publiques et rigueur salariale à l’Allemande ! Et pour couronner le tout, l’ancien secrétaire général de Georges Pompidou a appelé de ses vœux une « gouvernance européenne » qui pourrait contraindre les pays à la rigueur !

Un nouvel Hoover

Passons sur le besoin de rigueur énoncé par un premier ministre qui avait laissé les finances publiques de la France dans un « état calamiteux » selon Alain Juppé. Face à une crise systémique globale, Edouard Balladur n’a dressé aucune analyse des causes de cette situation pour soutenir son raisonnement. Il se contente de recommander les potions amères que le président Hoover avait mises en œuvre avec le succès que l’on sait de 1929 à 1932. Comment espérer la moindre reprise ainsi ?

Pire, comment ne pas voir le caractère profondément antigaulliste des idées qu’il avance ? Comme solution à la crise, Edouard Balladur propose de réduire la souveraineté de la France, ce contre quoi le Général de Gaulle s’est battu pendant toute sa vie. Et alors que l’homme du 18 juin avait tout fait pour soustraire le président de la République de l’influence des partis en le faisant élire au suffrage universel, il propose que la candidature d’un président sortant dépende de son parti !

Marie-France Garaud avait bien raison. Il est évidemment un peu ridicule qu’un gamin comme moi, né après la mort du Général de Gaulle, donne des leçons de gaullisme à un homme politique qui a servi Georges Pompidou, mais là, Edouard Balladur est allé trop loin !

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