30.06.2010

L’amour incompréhensible des Etats-Unis pour les armes à feu

C’est un des sujets où l’on peut vraiment dire que les Etats-Unis viennent de Mars et les Européens de Vénus. Le rapport aux armes à feu des deux côtés de l’Atlantique est radicalement différent et ne semble pas prêt de changer…

Toujours plus de liberté

La Cour Suprême a décidé il y a deux jours de limiter les restrictions à la possession des armes à feu aux Etats-Unis, et notamment les velléités d’interdiction que pouvaient avoir certains pouvoirs locaux. Il y a deux ans, la Cour avait jugé inconstitutionnelle l’interdiction faite par Washington et Chicago de posséder des armes à feu. La très puissante National Riffle Association a estimé qu’il « s’agit d’un grand jour dans l’histoire des Etats-Unis ». Le lobby des armes a gagné.

La plus haute juridiction étasunienne a estimé que « le deuxième amendement garantit le droit individuel de chacun de conserver et de porter une arme à feu pour servir des intérêts légaux, notamment l’autodéfense chez soi ». Pour mémoire, l’amendement, rédigé au 18ème siècle, précise qu’« une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Le vote a été serré, 5 voix contre 4.

Une société violente

Il est proprement incroyable que les Etats-Unis persistent avec cette vision des choses. En effet, dans les comparatifs internationaux sur le nombre d’homicides volontaires pour 100 000 habitants, les Etats-Unis voisinent des pays africains, d’Amérique du Sud ou de l’ancienne Europe de l’Est, avec 5,4 homicides pour 100 000 habitants, à proximité de la Namibie, du Kenya et du Pérou, devant la Palestine ! Les pays d’Europe occidentale évoluent entre 0,7 et 2,2…

Bref, il n’est pas difficile de comprendre que plus il y a d’armes et de liberté de leur possession, plus il y a de victimes collatérales. Car le droit à posséder une arme pour une personne honnête donne aussi ce droit à une personne potentiellement violente. Et pourtant, ce n’est pas faute d’emprisonner du monde puisqu’1% de la population est en prison aux Etats-Unis (3 millions de personnes environ), contre dix fois moins en France (60 000 prisonniers environ).

Bien sûr, l’histoire des Etats-Unis peut expliquer certains choix de ce pays, mais le temps doit permettre à un peuple d’évoluer. Dans le cas des armes à feu, il est incompréhensible que la force des faits ne parvienne pas à faire évoluer les Etats-Unis.

29.06.2010

L’échec du G20 ou le suicide programmé de la mondialisation

Ce week-end, le sommet du G20 s’est terminé sur un échec patent : les principales puissances du monde ont été incapables de s’entendre sur les deux principaux sujets à l’ordre du jour : l’équilibre entre rigueur budgétaire et relance et la taxation des banques.

Du « laissez faire » au chacun pour soi

La conclusion du G20 laisse songeur. Même si la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont poussé l’idée d’une taxe sur les banques, cette proposition n’a pas intéressé des pays émergents qui ont répliqué que leurs banques avaient traversé la crise sans encombre et qu’elles n’en avaient pas besoin. Il est navrant de constater qu’ils n’utilisent pas l’expérience des pays occidentaux pour mieux encadrer leur secteur bancaire et justement éviter de reproduire les erreurs d’hier.

Sur le soutien à l’activité, le sommet a été l’occasion de nombreuses passes d’armes. Alors que les tensions sont déjà fortes entre Etats-Unis et Grande-Bretagne du fait de l’accident de la plate-forme pétrolière BP, Barack Obama et David Cameron se sont opposés sur la relance, le second privilégiant la rigueur, comme Angela Merkel. Enfin, l’Argentine a affirmé que l’Europe avait « tout faux » en soulignant que la voie choisie ressemblait à celle choisie par le pays avant son défaut…

Quand mondialisation rime avec impuissance

L’absence de plus en plus patente de véritables mesures pour éviter qu’une crise comme celle de 2008 ne se reproduise montre l’échec absolu de la mondialisation néolibérale. En effet, le monde a traversé sa plus grave crise depuis 80 ans et les dirigeants de la planète sont incapables de prendre la moindre décision un peu significative pour tirer les conséquences du krach financier, qui n’a pas été loin de provoquer l’effondrement total de la planète financière.

Et il faut être clair, plus le temps passe, moins des décisions ont des chances d’être prises tant le spectre du chaos s’éloigne et les pays reviennent à leur train-train habituel. Il est vraiment stupéfiant qu’aucune leçon n’ait été tirée ! Cela démontre à nouveau la pertinence de l’analyse de Frédéric Lordon, pour qui « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre, pas de gouvernement du tout ». Ce G20 montre l’échec de la gouvernance mondiale.

Vers le retour des nations

En fait, ce n’est pas dans ces pince-fesses mondiaux que des solutions à la crise que nous avons traversée pourront être trouvées. Il n’y a que les Etats qui pourront prendre des décisions justes suffisamment rapidement pour tirer les leçons de cette crise, à condition de restaurer des frontières commerciales et financières qui redonneront un sens à ce cadre et donc aux décisions qui pourront être prises. Un petit groupe d’Etats peut aujourd’hui faire avancer la réforme financière.

Il n’est pas grave que le G20 ne se soit pas mis d’accord sur la taxe sur les banques. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ensemble peuvent parfaitement la mettre en place car il s’agit de pays à la fois suffisamment autonomes et suffisamment puissants. Il suffirait d’encadrer de nouveau les mouvements de capitaux. Du coup, nous verrons bien dans les prochains mois si les pays européens tenaient véritablement à cette mesure ou pas.

L’échec de ce G20 est celui d’une mondialisation qui promeut l’égoïsme et un libéralisme dogmatique et non la nécessaire coopération pour encadrer un capitalisme devenu fou. Cet échec du supranational montre que demain, la solution ne pourra venir que des Etats.

28.06.2010

L’affaire Woerth-Bettencourt est-elle une affaire d’Etat ?

Malgré le soutien affiché de Nicolas Sarkozy et François Fillon, la pression monte sur le ministre du travail Eric Woerth. De multiples révélations le mettent en difficulté dans une affaire où il est bien difficile de voir s’il a seulement fait preuve de légèreté ou plus…

Des faits troublants

Le problème pour le ministre est que le simple rappel des faits est extrêmement gênant, même sans tenir compte des « révélations » des enregistrements pirates des conversations entre Liliane Bettancourt et Patrice de Maistre. En effet, comme le souligne Le Monde, il est troublant que ce dernier ait reçu la légion d’honneur des mains même du ministre très peu de temps après avoir embauché Florence Woerth. Cela créé un doute légitime sur les dénégations du ministre.

En outre, comment ne pas se poser des questions sur l’enchevêtrement de responsabilités de la famille Woerth dont certaines pouvaient apparaître comme difficilement compatible. Déjà, est-il réellement souhaitable que le trésorier d’un parti, qui supervise notamment la gestion des gros donateurs, soit également ministre du budget et donc en charge du fisc ? Si cela n’a pas ému l’UMP et Nicolas Sarkozy, il est difficile de ne pas voir le conflit d’intérêt potentiel.

Et ce dernier devient patent avec Liliane Bettancourt, grande donatrice de l’UMP, semblant pratiquer l’évasion fiscale (puisqu’elle dit vouloir régulariser des comptes en Suisse). En effet, Eric Woerth pouvait avoir à la fois affaire à elle en tant que trésorier du parti majoritaire, mais aussi comme ministre du budget qui disait pourfendre l’évasion fiscale. Et sa femme faisait partie de ses conseillers fiscaux… Les époux Woerth se sont mis eux-mêmes dans une position intenable.

Eric Woerth doit-il démissionner ?

C’est difficile de le savoir. C’est pour cela que j’apprécie le papier de Nicolas Dupont-Aignan, qui, s’il souligne toutes les contradictions du ministre ainsi que l’aspect choquant de cette affaire, garde une certaine modération. De même, David Doucet, du blog Reversus, a signé un papier détaillé et documenté sur le sujet, qui, s’il souligne également les zones d’ombre de ce dossier, n’en oublie pas de signaler que rien de sûr ne peut être affirmé à date, même si une enquête apparaît nécessaire.

D’une part, on peut se dire que le ministre a fait preuve de négligence en acceptant des rôles où les risques de conflits d’intérêt étaient évidents. De l’autre, on peut se dire qu’Eric Woerth est une personne honnête et droite qui a maladroitement accepté ce cumul parce que son honnêteté lui permettait de bien séparer les différentes activités qu’il menait. A date, il n’y a pas de preuves de comportements répréhensibles du ministre, uniquement un cumul de fonction très douteux.

Mais il y a tout de même un problème dans le sens qu’Eric Woerth et Nicolas Sarkozy aurait du se rendre compte que les multiples casquettes du ministre étaient difficilement compatibles pour être irréprochables. Qui plus est, sa ligne de défense est souvent maladroite (« est-ce que j’ai une tête à cacher une fraude fiscale ? ») et on aurait pu souhaiter de sa part des regrets, voir des excuses pour avoir cumulé des fonctions qui incitent légitimement à des doutes, si ce n’est plus…

Aujourd’hui, il ne me semble pas que les éléments soient réunis pour demande la démission du ministre, mais faute est de constater que la multiplication des casquettes était, au mieux, extrêmement maladroite. Un peu de prudence et de sens de l’Etat auraient permis d’éviter cela.

27.06.2010

Quand des « socialistes » se font les avocats de la mondialisation néolibérale…

« Je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes » : voilà ce que le Général de Gaulle aurait dit dans l’après-guerre (outre le fait qu’il n’aimait pas « les communistes parce qu’ils sont communistes et les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »).

DSK et Pascal Lamy au sommet du monde

C’est un des paradoxes les plus révélateurs sur ce que pensent réellement les dirigeants socialistes. Les dirigeants de l’Organisation Mondiale du Commerce et du Fonds Monétaire International, les deux organisations qui poussent le plus l’agenda néolibéral de déréglementation monétaire, commerciale et financière sont aujourd’hui deux « socialistes » Français. Mardi à Vancouver, ils ont essayé de défendre de défendre leur bilan auprès de la confédération syndicale internationale.

Il est piquant de constater que, pour le monde syndicaliste « FMI et OMC sont en effet suspectés, accusés même, de promouvoir des politiques de restriction budgétaire et d'organiser une mondialisation qui s'accompagne de dérégulation et de réduction des droits sociaux ». DSK, qui avait allégé la fiscalité sur les stocks options alors qu’il était ministre, a demandé « une taxation sur les profits, les bonus et les hautes rémunérations », proposition bien vague.

Le directeur du FMI a défendu les plans de rigueur avec une image habile : « Il y a deux ans, la maison brûlait alors les pompiers ont utilisé beaucoup d'eau, a-t-il déclaré. Maintenant, la maison est inondée. Il faut donc éponger la dette. » Il s’est opposé à une taxation des transactions financières, soutenue par les syndicalistes, qui y voit une réforme structurante qui diminuera la spéculation, plaidant plutôt pour une taxe sur les profits, sorte d’assurance pour les prochaines crises.

Les avocats dogmatiques de la mondialisation néolibérale

Il est pour le moins paradoxal de constater que des « socialistes » s’opposent à une taxation sur les transactions financières à un moment où même les dirigeants européens poussent cette idée. Contrairement à ce que dit DSK, le point n’est pas technique. Une taxe sur les profits ne consiste qu’à créer un fonds de prévention et n’a aucune dimension structurante. Une taxe significative sur les transactions financières (0.1 à 1%) aurait le double avantage d’équilibrer la fiscalité et dégonfler la spéculation.

Alors que Pascal Lamy récitait sa bible libérale dans une interview dans le Monde, affirmant que « les pays les plus pro-mondialisation sont les pays les plus pauvres », le dialogue avec les syndicats le ramenait à la réalité. Un délégué du Nigéria a réfuté cet argument en affirmant que "le libre-échange s'accompagnait toujours de déréglementation et la perte des emplois se faisait sous la bannière de l'OMC". Un membre de FO a dénoncé l’alignement des politiques sociales nationales aux conditions du marché.

Enfin, le vice-président allemand de la CSI, Michael Sommer, s’est demandé : "Pourquoi la réglementation des marchés financiers prend-elle tellement de temps – des années – quand le déblocage de sommes considérables pour les banques ou pour un programme du FMI ne demande qu'une semaine ?". De la sorte, il souligne toutes les incohérences de ces socialistes toujours plus prompts à défendre les banques ou les dogmes néolibéraux que les intérêts des classes populaires.

En 2012, même s’il semble aujourd’hui bien placé, DSK ne sera que le candidat d’une alternance de plus, le nouveau représentant (plus présentable) de la politique qui échoue depuis tant d’années. Les Français devront chercher ailleurs pour trouver une alternative.

26.06.2010

Arnaud Montebourg, le mauvais génie du PS

Arnaud Montebourg est sans doute la caricature du pire de ce qu’il peut y avoir dans les grands partis politiques. Beau parleur, toujours prêt à un coup d’éclat médiatique, prêt à dire tout et son contraire. Nouveaux exemples depuis quelques jours.

Une dent contre François Hollande

Il semble que le redresseur de tort du Parti Socialiste ait une sérieuse dent contre l’ancien premier secrétaire de son parti. Lors de la campagne présidentielle, alors porte-parole de la candidate Ségolène Royal, il s’était illustré en affirmant qu’il était le seul défaut de cette dernière, provoquant une polémique puis une interdiction des média d’un mois. Mais il est allé beaucoup il y a quelques jours à la sortie du Conseil National qui a validé le mécanisme des primaires internes pour 2011.

Attablé avec quelques amis et entourés par les médias, ils s’en sont donnés à cœur joie contre lui, comme vous pourrez le voir ici à partir de 2’45 : « il y en a un qui a pris, c’est Hollande », « le roi de la tactique », « il y a toujours pensé mais il l’a jamais fait », « et maintenant, on va parier, François Hollande, il abandonne quel mandat ». Il est proprement hallucinant de voir un dirigeant politique national s’attaquer à un camarade de la sorte devant les caméras de télévision.

A quel point de déliquescence le Parti Socialiste a pu bien arriver pour que ses chefs puissent se tacler de la sorte en public, oubliant tout devoir élémentaire de solidarité ? J’étais estomaqué devant le sans gène et l’agressivité d’Arnaud Montebourg. Invité quelques jours après par le Grand Journal de Canal Plus à commenter ces images, l’ancien Premier Secrétaire a eu l’élégance de ne pas rajouter une polémique, même si on le sentait touché.

La girouette médiatique

Un tel manque de respect public vis-à-vis de celui qui fut le chef de son parti pendant dix ans est proprement sidérant. Qu’il y ait des débats d’idées, OK, mais là, se comporter de la sorte devant les caméras devrait mériter une sanction. Il faut dire qu’Arnaud Montebourg aime le bruit médiatique. A chaque scandale, le voici qui se fait le défenseur de la vertu. Pendant dix ans, il a cherché à traîner Jacques Chirac en justice. Aujourd’hui, il récidive en attaquant Eric Woerth.

Pourtant, à la base, Arnaud Montebourg pouvait apparaître comme un des jeunes espoirs les plus intéressants du Parti Socialiste. Après tout, même si j’y suis radicalement opposé, son projet de 6ème République semblait indiquer qu’il avait des convictions. De même, son opposition au Traité Constitutionnel Européen paraissait montrer qu’il avait une vision de l’Europe alternative. Enfin, son long combat contre le cumul des mandats suggérait qu’il avait des principes.

Las, Arnaud Montebourg est devenu cumulard, comme tous les autres, après avoir manqué être battu lors des élections législatives de 2007. Il a totalement oublié son opposition à la direction prise par l’Europe en se rangeant au prêt-à-penser ambiant. Du coup, on ne retient plus de lui que ses coups de sang médiatique, son côté chevalier blanc qui dénonce (parfois un peu vite) les excès des uns et des autres. D’homme politique, il est devenu un simple politicien comme les autres.

Arnaud Montebourg est devenu cette caricature des travers de notre vie politique : beau parleur, oublieux des idées et des principes, vociférant pour exister médiatiquement, manquant de solidarité avec les siens. Et lui, il abandonnera quel mandat si le PS revient au pouvoir ?

25.06.2010

Avis de tempête pour Nicolas Sarkozy

Ce n’est qu’un avis pour l’instant car nous sommes fin juin et les grandes vacances approchent. Mais entre la hausse du chômage, la mobilisation contre la réforme des retraites et les multiples polémiques sur les membres du gouvernement, la rentrée s’annonce difficile.

Une rentrée sociale délicate

Tous les voyants sont au rouge pour l’équipe au pouvoir. Le chômage poursuit inexorablement sa hausse et pourrait bien franchir le cap des quatre millions en métropole (en incluant les personnes ayant eu une activité réduite). 3,92 millions de Français sont ainsi en recherche d’emploi (2,7 millions en catégorie A). Alors que l’inflation et les hausses de salaire demeurent très faibles, le prix du gaz va encore augmenter soit une hausse de près de 15% en trois mois !

Hier, la manifestation contre la réforme des retraites a connu une mobilisation « assez forte » selon les mots du ministre du Travail, Eric Woerth : 800 000 personnes selon la police, 2 millions selon les organisateurs. On peut considérer qu’à la veille des vacances, en pleine coupe du monde de football, il s’agit d’un succès, même s’il est vrai qu’il restera isolé. Néanmoins, cela devrait motiver les syndicats pour des actions d’ampleur à la rentrée, moment plus propice.

Il y a clairement un sentiment d’injustice parmi la population. Il faut dire que la réforme en cours pénalise beaucoup plus les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui devront travailler deux ans de plus alors que ceux qui ont poussé leurs études au moins jusqu’à 21 ans ne devront travailler que six mois de plus. Il est probable que le gouvernement lâchera du lest pour éviter un blocage, comme l’a suggéré le ministre sur la pénibilité, dont le rapprochement avec une incapacité de 20% a choqué.

République irréprochable ou république des copains ?

Le sentiment d’injustice est profondément renforcé par les innombrables affaires qui sont révélées sur l’équipe au pouvoir. Nicolas Sarkozy avait fait campagne sur la « République irréprochable ». Il laisse aujourd’hui l’impression que c’est tout le contraire. Bien sûr, le gouvernement allume habillement des contre-feux avec par exemple la suppression de la garden party de l’Elysée et il pourrait annoncer une réduction du budget des ministères la semaine prochaine.

Mais cela demeure des mesurettes par rapport au sentiment profond qui s’installe dans la population. Il faut dire que le problème est ancien et date du démarrage du quinquennat avec l’escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, le feuilleton sur la vie sentimentale du président, la hausse de son salaire, les nominations polémiques (Henri Proglio, Radio France, Jean Sarkozy à l’EPAD…). Mais ce sentiment a encore été renforcé par les innombrables polémiques des derniers jours.

Il y a eu la critique de Rama Yade sur le coût de l’hôtel des bleus alors qu’elle avait réservé un hôtel encore plus cher, puis la polémique sur le cumul de rémunération de Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation. Puis, tout s’est accéléré avec la polémique sur les douze mille euros de cigare de Christian Blanc, l’utilisation de jets privés inconsidéré de certains ministres, le permis de construire d’Alain Joyandet et la polémique sur Eric Woerth (lire le très bon papier de Reversus).

Bref, entre un gouvernement dont le comportement se rapproche parfois plus d’une république bananière que d’une « République irréprochable » et un climat social tendu par le chômage, les hausses de prix et la réforme des retraites, la rentrée sera chaude pour Nicolas Sarkozy.

24.06.2010

La démocratie étasunienne vérolée par l’argent

Ce mois-ci, deux anciennes grandes patronnes ont gagné des élections primaires républicaines en Californie, pour les postes de gouverneur et de sénatrice de l’Etat. Faut-il y voir une belle promotion des femmes en politiques ou une nouvelle dérive de la démocratie étasunienne ?

L’ascension de deux femmes d’affaires

Même si cela est extrêmement rare en France, au premier abord, on pourrait se féliciter de voir Meg Whitman et Carly Fiorina représenter le parti républicain aux élections californiennes cet automne. Après tout, ces deux femmes ont fait une très belle carrière dans le monde des affaires. La première a été la patronne d’eBay, permettant à la start-up de devenir la grande entreprise qu’elle est aujourd’hui. La seconde a présidé aux destinées de Hewlett Packard.

A l’origine, les deux anciennes PDG faisaient plutôt partie de l’aile modérée du parti républicain, élément important pour espérer l’emporter dans un Etat qui penche plutôt côté démocrate. Mais la campagne, sous l’influence des éléments les plus extrémistes du parti républicain et des « tea party », les a poussées vers la droite dans des primaires où ce sont souvent les éléments les plus engagés qui se déplacent pour départager les postulants de chacun des partis.

Le cancer de l’argent

Mais cette élection démontre également le pouvoir de l’argent sur la politique aux Etats-Unis. Alors que le coût d’une élection présidentielle en France est limité à une dizaine de millions d’euros, les deux candidates républicaines ont dépensé la bagatelle de 70 millions de dollars uniquement pour les primaires (le budget annuel de la marque L’Oréal en France !). Il n’y a pas de limite à utiliser sa fortune personnelle. The Economist a calculé qu’elles ont dépensé la bagatelle de 60 dollars par vote !

Ce constat pose un immense problème pour la démocratie étasunienne. En effet, il est difficile de ne pas considérer que les deux femmes d’affaires ont en partie « acheté » leur candidature. Les règles, ou plutôt, l’absence de règles, donne un pouvoir hallucinant à l’argent, instaurant de facto une forme d’aristocratie politique où les personnes riches disposent d’atouts colossaux pour emporter les campagnes électorales, d’autant plus qu’il est plus ou moins possible de dire ce que l’on veut…

Comme le raconte Paul Krugman dans « L’Amérique que nous voulons », ce problème est ancien puisque les républicains avaient dépensé l’équivalent de trois milliards de dollars d’aujourd’hui pour la campagne présidentielle de 1896 afin de faire barrage à un candidat démocrate un peu trop révolutionnaire, qui avait affirmé (à tort) : « vous ne crucifierez pas l’humanité sur une croix d’or ». Pour mémoire, les élections présidentielles de 2008 ont coûté plus de 2 milliards.

L’emprise de l’argent sur la vie politique aux Etats-Unis est une calamité démocratique. En l’absence de réforme du financement des campagnes électorales, il reste à espérer que les électeurs californiens arriveront à extraire leur jugement de l’influence des spots électoraux.

23.06.2010

L’austérité version britannique

Hier, Georges Osborne a présenté le plan d’austérité du gouvernement libéralo-conservateur pour réduire le déficit budgétaire. De manière assez surprenante, le cocktail comporte quelques baisses d’impôt qui traduisent bien les orientations de l’équipe en place.

Un vrai volontarisme budgétaire

Le calcul politique du gouvernement de David Cameron est sans doute habile. Autant frapper un grand coup dès le début du mandat, alors que la responsabilité de la situation peut encore être attribuée aux travaillistes, en espérant que la croissance n’en soit pas trop affectée et que des marges de manœuvre apparaissent en fin de mandat. En effet, il n’y aurait rien de pire que de devoir présenter un nouveau plan d’austérité dans deux ans, faute de mesures suffisantes.

Le gouvernement compte réduire le déficit de 150 à 20 milliards de livres en 5 ans ! Le plan comporte des hausses d’impôt : la TVA va ainsi passer de 17.5 à 20%, rapportant 13 milliards de livres, l’impôt sur les plus-values va passer de 18 à 28% et une taxe sur les banques devrait rapporter 2 milliards. Côté dépenses, il va geler les salaires de la fonction publique, supprimer des postes et réduire les budgets sociaux (via, entre autres, une remontée de l’âge de départ à la retraite à 66 ans).

Un véritable agenda néolibéral

Le principal (seul ?) point positif de ce plan est la remontée de la fiscalité sur les plus-values, qui permet de rapprocher la fiscalité du capital de celle du travail. Mais, parallèlement, le gouvernement s’est curieusement engagé à une baisse de l’impôt sur les sociétés, qui va passer de 28 à 24% en 4 ans, le niveau le plus faible du G20. En outre, les ménages payant la tranche inférieure de l’impôt sur le revenu vont bénéficier d’un abattement de 170 livres en 2011.

Si l’on peut comprendre l’intérêt de la Grande-Bretagne à  baisser la fiscalité sur les entreprises (de manière à les attirer sur son territoire), il est tout de même incroyable qu’une hausse de la TVA serve indirectement à la financer, surtout à un moment où les profits des entreprises restent élevés (puisqu’ils devraient retrouver leur sommet d’avant la crise dès 2011 ou 2012). Cela montre encore la puissance du capitalisme actionnarial qui extrait toujours plus de valeur de la société.

David Cameron a fait le choix d’une rigueur extrême pour en faire porter la responsabilité sur les travaillistes. En France, le virage se fait plus progressif mais il ne devrait pas être moins réel, comme l’indique l’interview de Claude Guéant au Financial Times.

22.06.2010

Avis de conflits entre Etats et compagnies minières et pétrolières

Il y a en ce moment deux confits sévères entre des gouvernements et des entreprises d’exploitation de matières premières : aux Etats-Unis avec l’incident de la plate-forme pétrolière de BP et en Australie avec le projet de réforme de la taxation des entreprises minières.

Les Etats-Unis contre BP

Aux Etats-Unis, la catastrophe pétrolière occupe les devants de l’actualité depuis des semaines. Tous les quatre jours, c’est l’équivalent de la catastrophe de l’Exxon-Valdez  qui se déverse dans les eaux du Golfe du Mexique. Les images des plages souillées et des oiseaux mazoutés font le tour de la planète. Cette catastrophe pétrolière est sans doute la pire d’autant plus que toutes les solutions ont jusqu’à présent échoué et que la fuite devrait au mieux être colmatée en août !

Face à ce désastre écologique et économique pour une région touristique, le gouvernement étasunien manque de moyens d’action, ne pouvait apporter une solution que seule la compagnie pétrolière est capable de trouver. C’est pourquoi l’administration Obama recourt à des déclarations marquantes pour montrer son engagement à trouver une issue. Mais les beaux discours n’ont pas satisfait longtemps une population locale outrée par le désastre.

C’est pourquoi le président est allée un cran plus loin la semaine dernière en demandant à BP de mettre de côté 20 milliards de dollars pour indemniser l’ensemble des préjudices subis en insistant pour que l’entreprise ne verse pas le moindre dividende à ses actionnaires en 2010. L’ensemble de ces demandes outrepassent très largement les pouvoirs du gouvernement, mais les dirigeants de l’entreprise les ont acceptées face à la pression populaire.

L’Australie contre les entreprises minières

Je m’étais déjà fait l’écho du débat en cours en Australie, où le Premier Ministre veut imposer une « Taxe sur les super profits sur les ressources naturelles », qui imposerait à 40% tous les profits dépassant le niveau de rentabilité des emprunts d’Etat à dix ans. Les patrons de Rio Tinto et Xstrata sont montés au créneau pour dénoncer ce projet, affirmer qu’il s’agissait du « pire assaut contre l’industrie minière auquel ils avaient assisté » et annoncer le gel de tout investissement selon The Economist.

Le ministère des finances a répliqué en dénonçant les immenses profits réalisés en vendant le sol de l’Australie à la Chine sans payer le juste montant de taxe au peuple Australien. Le gouvernement avance que les compagnies minières ne paient que 17% de leurs profits en taxe. BHP Billiton et Rio Tinto ont répliqué avec leurs estimations (43 et 35%) mais sur une longue période sachant que la hausse actuelle des cours réduit nettement le niveau de taxation (surtout basé sur le volume).

Les grandes entreprises affirment que, tout compris, la nouvelle taxe pourrait pousser le niveau de taxation à près de 60%, un des niveaux les plus élevés du monde. Elles soutiennent également qu’elles ont permis au pays d’avoir évité une récession en 2009. Cependant, même en prenant pour acquis les chiffres qu’elles donnent, est-il si choquant que la moitié des profits issus de l’exploitation des sols d’un pays reviennent à la collectivité par le biais de taxes ?

Quand l’intérêt général terrasse les intérêts particuliers

En effet, il semble normal que les profits de l’exploitation d’une richesse nationale collective reviennent au moins pour moitié à la collectivité. Ce qui n’est pas juste, c’est que 80% des profits issus de cette exploitation aillent à une entreprise privée. Bien sûr, cette exploitation était légale et basée sur un contrat dûment signé par un précédent gouvernement, ce qui légitime la colère des entreprises minières mais les Etats ont le droit de modifier leur fiscalité…

En outre, nous ne sommes tout de même pas dans le cas d’une expropriation ou d’une taxation confiscatoire. Beaucoup de pays sont beaucoup moins généreux que l’Australie dans la répartition des profits issus de l’exploitation des ressources naturelles nationales. En conservant 60% des profits, la rentabilité des compagnies minières restera importante, même si elle sera significativement moins forte que prévue. C’étaient les chiffres précédents qui n’étaient pas normaux.

Même si cela fera hurler certains libéraux attachés au droit, je crois qu’il est légitime que l’Etat utilise sa force pour défendre l’intérêt général et revienne sur la privatisation abusive de biens communs. Merci à l’Australie de montrer qu’il y a encore des gouvernements qui défendent l’intérêt général national.

21.06.2010

Carton rouge pour les bleus

Il  n’y a pas besoin d’être un grand supporter de football pour être atterré par le spectacle donné par notre équipe nationale. On croyait le fond atteint avec l’exclusion en pleine compétition de Nicolas Anelka. Mais la tragicomédie de dimanche a battu tous les records.

Le cas Anelka

Bien sûr, l’ensemble de l’équipe ne mérite pas ce qualificatif comme le soulignait David Desgouilles sur son blog, mais un certain nombre le mérite. En premier lieu Nicolas Anelka. Certains le défendent encore en soulignant que son échange avec le sélectionneur aurait dû rester confiner aux vestiaires de l’équipe. Mais, c’est un peu trop facile d’accuser les journalistes et celui qui aurait raconté l’échange. La polémique n’aurait jamais existé si le joueur de Chelsea s’était abstenu de tenir de tels propos.

En outre, il faut rappeler que Nicolas Anelka n’en est pas à son premier coup d’éclat. Déjà, en 2003, rappelé par Jacques Santini suite à un forfait, il avait refusé de rejoindre le groupe France, estimant que sa sélection ne devait pas dépendre d’un tel événement. Il avait demandé à ce que le sélectionneur « se mette à genoux » pour lui demander de revenir. Ce dernier l’avait justement banni de l’équipe. Et cette fois-ci, il a refusé de s’excuser, ce qui justifie parfaitement son exclusion.

Une équipe de sales gosses

Malheureusement, il semblerait qu’il ne soit pas le seul sale gosse de la sélection. Il fallait voir Patrice Evra, capitaine (sic) de l’équipe dire en conférence qu’il n’y avait pas de problème Anelka, que le problème, c’est la « taupe » qu’il faut « éliminer ». De la sorte, il s’est désolidarisé de la décision de la Fédération Française de Football. Et hier soir, il n’a même pas eu le courage de lire la lettre des joueurs refusant de s’entraîner, demandant à Raymond Domenech de le faire à sa place.

En fait, certains joueurs semblent incapables de respecter la moindre autorité (en dehors de leurs clubs ou sponsors), que ce soit celle de leur sélectionneur ou même de la Fédération. C’est ainsi qu’ils critiquent dans leur communiqué le fait de ne pas avoir été consulté pour l’exclusion de Nicolas Anelka… Le refus de s’entraîner est totalement incroyable pour une équipe de sportifs professionnels et je comprends la décisions du président délégué de démissionner devant tant de désinvolture.

Domenech, l’autorité anéantie

Il y avait quelque chose de sidérant à voir le sélectionneur venir lire le communiqué des joueurs, alors que c’est bien un joueur qui aurait du normalement le faire. En effet, il a lu un communiqué où son équipe proteste de la décision de la Fédération de renvoyer un des leurs suite à un acte d’indiscipline à son égard. De deux choses l’une, soit il est d’accord avec la décision de la FFF et il devait refuser de lire ce texte, soit il n’était pas d’accord, et il n’aurait pas du rester.

Il faisait presque peine à voir, comme un otage des joueurs victime du syndrome de Stockholm, défendant ses bourreaux face à ceux qui cherchaient à l’aider. Il a une nouvelle fois montré qu’il n’était clairement pas à la hauteur de la situation et qu’il a malheureusement été une grosse erreur de casting, malheureusement maintenu plus que de raison à la tête de la sélection. La FFF a elle aussi fait une grosse erreur de jugement en le maintenant en 2008.

Que faire maintenant ? Face à des joueurs insoumis et n’acceptant aucune autorité, on peut se demander si la meilleure solution ne consisterait pas à mettre une fin à cette triste aventure et tout simplement déclarer forfait. L'équipe présente en Afrique du Sud est-elle digne de représenter la France ?

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