31.07.2010

Le fiasco Afghan

Cela fera neuf ans cet automne que l’OTAN a décidé d’intervenir en Afghanistan, sans qu’une issue semble se dessiner ni même une stratégie de victoire ou de sortie. Les récentes fuites du site Wikileaks exposent à nouveau à quel point cette guerre est une grave erreur à laquelle il est temps de mettre fin.

Une guerre injustifiable

Il n’est malheureusement pas difficile de comprendre pourquoi les Etats-Unis sont intervenus en Afghanistan, à peine 23 jours après les attentats du 11 septembre 2001. L’administration Bush n’avait pas particulièrement brillé sur le moment et déclencher une opération militaire plus ou moins justifiée était le moyen de ressouder la population derrière son gouvernement. Avec du recul, même si les Talibans dirigeaient le pays, une telle opération semble difficilement justifiable.

En effet, en pratique, il a suffi aux Talibans de déplacer leurs bases arrière au Pakistan pour se mettre largement à l’abri de la coalition occidentale. En outre, l’histoire montrait que l’Afghanistan est un pays particulièrement difficile à contrôler, du fait de sa géographie. Et renverser un régime autoritaire n’est pas un motif valable dans la mesure où l’occident s’accommode bien souvent de tels régimes quand on peut faire des affaires avec ou qu’il est suffisamment puissant.

Bref, il est impossible de véritablement justifier pourquoi nous sommes partis en guerre. Et aujourd’hui, personne ne comprend les objectifs ou la stratégie des Etats-Unis dans cette intervention, à moins que les révélations sur la richesse du sous-sol afghan ne révèle finalement des motivations bassement matérielles. Barack Obama se retrouve à gérer le bazar hérité de l’administration Bush mais cet opposant de la première heure à la guerre en Irak n’ose pas sortir de son rôle de faucon…

Une France à contretemps

Si l’on peut comprendre (en partie seulement) pourquoi la France a suivi les Etats-Unis dans cette expédition punitive quelques jours seulement après le 11 septembre 2001, il faut constater que notre pays s’était ressaisi en 2003 en s’opposant fortement à la guerre en Irak, dont l’histoire a bien montré qu’elle n’était pas justifié et qu’elle était en outre mal préparée. Malheureusement, depuis l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir, la ligne atlantiste et suiviste a des avocats à l’Elysée et au Quai d’Orsay.

Du coup, la France continue à perdre des soldats inutilement dans une mission qui n’a pas de sens. Pire, notre pays a accepté de renforcer son contingent en dépit de l’absence d’une stratégie claire de l’OTAN. Et cette décision a été prise en contradiction avec les discours de campagne du candidat Sarkozy qui jugeait sévèrement cette opération et annonçait alors le départ de la France. 9 ans après, nous attendons toujours une stratégie de sortie de ce bourbier aussi désastreux pour l’OTAN que pour l’Afghanistan.

Heureusement, Nicolas Dupont-Aignan continue à plaider pour une autre politique et souligne l’enlisement de la coalition à laquelle la France participe. Malheureusement, ce ne sera sans doute qu’un témoignage de l’entêtement des Etats-Unis et de notre président.

30.07.2010

Ce que les réponses à la crise disent des priorités de nos sociétés

La crise que nous traversons est un immense révélateur des priorités que suivent nos sociétés. Jamais n’ont été exposés aussi crûment les privilèges des banques et des grandes entreprises par rapport aux citoyens. Nouvel exemple donné par The Economist.

De la politique budgétaire et monétaire

Lors d’une crise, plusieurs réponses sont possibles pour l’Etat. Le premier réflexe est souvent une baisse des taux d’intérêt. Cette baisse a plusieurs conséquences. La première est de gonfler les marges bénéficiaires des banques. En effet, ces dernières peuvent emprunter à court terme auprès de la banque centrale (1% ou moins aux Etats-Unis et dans la zone euro) pour ensuite prêter à plus long terme aux particuliers, aux entreprises ou aux Etats en empochant la différence.

Les premiers bénéficiaires des baisses de taux sont donc clairement les institutions financières. Et si les banques centrales sont toujours promptes à baisser les taux en cas de baisse des marchés, c’est parce que les marges supplémentaires ainsi dégagées permettent de compenser en partie les pertes des banques sur les marchés. Bien sûr, les particuliers, les entreprises et les Etats peuvent aussi y gagner si les taux longs ont tendance à baisser (ce qui est souvent le cas).

Les plans de relance budgétaire ont en général un bénéfice plus large pour la société. Les baisses d’impôt profitent aux bénéficiaires mais elles ont tendance à n’être que très partiellement dépensées, ce qui limite grandement l’efficacité de ces mesures. Les économistes préfèrent en général les dépenses d’investissements, qui ont l’avantage de ne pas être récurrentes, et qui ont un effet direct sur l’emploi et l’activité, comme on a pu le constater aux Etats-Unis.

Ici le bénéfice est plus largement distribué. Les citoyens bénéficient de l’amélioration du marché de l’emploi. Si le taux de chômage reste à un haut niveau aux Etats-Unis, il a cessé de progresser et a même entamé une légère baisse. L’amélioration du climat économique profite directement à l’ensemble des entreprises qui voit leur activité dynamisée par l’intervention de l’Etat ainsi qu’à l’ensemble des banques qui voient les remboursements de leurs prêts stabilisés.

La priorité donnée à la finance

Les réponses à cette crise traduisent bien les priorités (conscientes ou inconscientes) de nos dirigeants. Aux Etats-Unis, l’Etat a mobilisé autant d’argent pour sauver les banques que l’économie (environ 800 milliards de dollars), ce qui démontre l’importance démesurée et déraisonnable du secteur financier. Beaucoup s’étaient émus à l’automne 2008 du fait que l’Etat sauvait les banques sans rien faire (ou presque) pour les ménages qui voyaient leur maison saisie, révélant une priorisation proprement inhumaine.

En effet, comment ne pas être révolté par un système où les banques, pour faire des profits supplémentaires, ont accordé des prêts extravagants à des individus et que le retournement du marché a rendu insolvables, puis que ces derniers soient sanctionnés par la perte de leur logement alors que les banques sont sauvées sans quasiment la moindre sanction. Dans quelle société vivent les Etasuniens pour accepter une telle injustice ?

Pire, après une phase où les Etats ont cherché à plus ou moins relancer l’économie en ouvrant les vannes de la dépense budgétaire, nous entrons dans une seconde phase où les Etats ont choisi l’austérité budgétaire pour réduire les déficits et chercher à maîtriser un endettement qui a explosé. En parallèle, la politique monétaire devrait rester très accommodante pour contrebalancer l’effet dépressif qu’auront les politiques budgétaires dans les prochaines années.

Mais le résultat d’une telle politique est un nouveau blanc-seing pour la finance, qui va profiter d’un financement à très bon marché pour de nombreuses années, après avoir été secouru à coup de milliards alors que les citoyens, qui n’étaient pas responsables de la crise, après avoir souffert de ses conséquences (chômage, pouvoir d’achat) vont souffrir d’une politique budgétaire restrictive  dans les années à venir. Décidemment, les banques gagnent toujours à la fin.

Un peu de recul permet de percevoir cette injustice fondamentale d’un système qui ne sert que les intérêts des banques et des grandes entreprises, qui seront toujours secourues par l’Etat en cas de besoin et des citoyens qui se retrouvent à payer la note de leurs erreurs.

29.07.2010

Le nouveau dérapage impérialiste de Barack Obama

Le bilan du président étasunien est décidemment mi-figue mi-raisin. Dans les plus : la réforme du système de santé, le plan de soutien à l’économie ou le changement de ton vis-à-vis d’Israël. Dans les moins : une réforme de la finance totalement insuffisante ou quelques dérapages impérialistes.

Burqa or not burqa ?

La polémique n’est pas nouvelle. Comme le rappelle le Figaro, Barack Obama avait « appelé les pays occidentaux à ne pas gêner les musulmans dans la pratique de leur religion, critiquant ceux d'entre eux qui dictent les vêtements qu'une femme doit porter » lors de son discours du Caire de juin 2009 qui avait suivi les débuts du débat sur la burqa en France. Le porte-parole du département d’Etat a répliqué au vote de la loi il y a quelques jours en affirmant « nous ne pensons pas qu'il faille légiférer sur ce que les gens ont le droit, ou pas, de porter en fonction de leurs croyances religieuses ».

Bref, dans un pays où la liberté passe avant tout, même quand cette liberté consiste à dire n’importe quoi ou à défendre des idées particulièrement extrémistes, l’interdiction du port de la burqa passe mal. Le souci de liberté n’est pas encadré par le besoin d’égalité ou de fraternité. La liberté de faire tout ce que l’on souhaite, dans la mesure où cela ne porte pas atteinte à autrui tout de même, est au cœur de la mentalité étasunienne, même si cela revient à accepter la discrimination à l’égard des femmes de certains islamistes extrémistes, sous couvert de respect des pratiques religieuses.

Les Etats-Unis, grand frère de l’Europe

En fait, cette attitude de Barack Obama est profondément révélatrice du rapport que Washington a avec l’Europe. Rien n’a changé depuis soixante ans. Les Etats-Unis nous considèrent toujours comme dans sa sphère d’influence, se permettant des déclarations sur la politique de nos gouvernements qui seraient vues comme scandaleuses si elles étaient faites dans l’autre sens. Imagine-t-on en effet l’effet qu’aurait eu outre-Atlantique la critique par la porte-parole du ministère de l’économie du plan de réglementation de la finance voté par le Congrès ?

Il est donc totalement anormal que les Etats-Unis persistent dans cette distribution de bons et de mauvais points, comme lorsque Barack Obama était intervenu pour soutenir l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Pourtant, cette question ne regarde en rien les Etats-Unis. Sommes-nous intervenus pour réclamer l’intégration du Nicaragua dans l’ALENA ? Le gouvernement d’un pays n’a pas à commenter les décisions d’un autre gouvernement souverain quand ces décisions ne le regardent pas. Il serait temps que les Etats-Unis cessent de se comporter comme le régent de l’Europe.

Malheureusement, le gouvernement a répondu bien mollement à cette immixtion des Etats-Unis dans notre politique intérieure. Pour que ces déclarations scandaleuses cessent, Nicolas Sarkozy aurait du, a minima, convoquer l’ambassadeur des Etats-Unis sur le champ.

28.07.2010

La Cinquième République, notre meilleur atout pour réformer le capitalisme

Dimanche, un membre du bureau national du Parti Socialiste, Philippe Baumel, a plaidé pour l’instauration d’une Sixième République, seule solution, selon lui, à la crise que nous traversons. Et si, au contraire, cette Constitution était notre meilleur atout pour l’avenir ?

Un problème de pratique, pas de Constitution

Philippe Baumel n’y va pas par quatre chemins : pour lui, « la Ve République n’en finit plus de finir de la réduction du destin de la nation à une collection d’itinéraires individuels. L’étalage des ambitions individuelles égotistes, le flirt avec l’argent, l’appétit de notoriété, la passion pour le faire savoir et le mépris pour les savoir faire, l’étalage des signes extérieurs de réussite donnent à la fin de la Ve République un coté tragi-comique qui rappelle les derniers jours de Concini à la Cour de France ».

Mais ces travers ne sont pas la conséquence bien spécifique de nos institutions mais seulement des problèmes qui frappent la classe politique depuis toujours. Bien sûr, nous atteignons un niveau rarement atteint avec Nicolas Sarkozy. Mais ces excès ne sont pas nouveaux et nul doute qu’ils continueront d’exister à l’avenir, quelque soit le système institutionnel que nous choisirons. La politique a toujours attiré des aventuriers en quête de pouvoir et de jouissances matérielles qui mettent leur ego et leurs envies avant tout autre chose. Le Parti Socialiste est bien placé pour le savoir, d’ailleurs…

Et la pratique des Institutions du Général de Gaulle démontre bien qu’il n’y a rien de malsain dans la Cinquième République. Lui payait ses factures d’électricité ou les repas donnés à titre privé. La « République irréprochable » a bien existé, de 1958 à 1969, et certainement pas de 1981 à 1995. Bref, il s’agit d’un faux procès. Et ce n’est pas totalement illogique dans un parti qui se méfie intrinsèquement de la force de l’exécutif et préfère les contre-pouvoirs, même s’il faut noter qu’une fois au pouvoir, les socialistes se sont finalement assez bien accommodés d’un exécutif fort…

Démocratie forte ou démocratie faible ?

Il est vrai que la conception même de la Cinquième République peut provoquer des débats. Il s’agit en effet d’une architecture qui donne beaucoup de pouvoir à l’exécutif, qui dispose de beaucoup plus de liberté que dans d’autres pays pour mener les politiques qu’il souhaite mener. Les contre-pouvoirs sont beaucoup moins forts dans notre pays qu’aux Etats-Unis, où Barack Obama, pourtant largement élu et disposant de majorités historiques au Congrès et au Sénat a pourtant eu toutes les difficultés du monde pour faire adopter les projets pour lesquels il avait été élu.

En fait, autant les Etats-Unis sont une « démocratie faible », où la volonté du président élu est constamment contrariée par les échéances électorales, les élus ou la Cour Suprême, autant la France est ce que l’on peut considérer une « démocratie forte ». Quand les Français veulent changer, cela change, comme l’ont montré les élections de 1981, 1986, 1997 ou 2007. Nos Institutions semblent tailler pour qu’un bon président puisse avoir les coudées franches alors que les institutions étasuniennes semblent avoir été conçues pour limiter le pouvoir de nuisance d’un mauvais président.

Mais le contexte actuel rend sans doute encore plus nécessaire notre construction institutionnelle. En effet, comment imaginer qu’un homme politique puisse véritablement réformer le système économique actuel dans un système comprenant une multitude de contre-pouvoir ? Seule notre Cinquième République permettra à un Président élu sur un programme de refondation du capitalisme de pouvoir véritablement mener son agenda alors que le moindre effort de réforme se retrouve immédiatement dilué aux Etats-Unis comme le montre la réformette de la finance de Barack Obama.

La Cinquième République a déjà rendu beaucoup de services à notre pays, lui apportant une stabilité dont la France avait bien besoin. Demain, par les pouvoirs considérables qu’elle donne au président, c’est elle qui nous permettra d’être à l’avant-garde de la refondation du capitalisme.

27.07.2010

Quand la France toisera l’Allemagne et l’Europe

1er janvier 2100 : alors que la population de la France se rapproche de plus en plus du cap des cent millions d’habitants, le Japon n’en compte plus que 65 millions, l’Allemagne compte moitié moins d’habitants que l’Hexagone. Les évolutions  démographiques ont bouleversé l’Europe.

La révolution démographique à venir

Les chiffres sont impressionnants. Pendant les Trente Glorieuses, l’Allemagne comptait plus d’un million de naissances par an, contre plus de huit cent mille en France. Aujourd’hui, notre pays fait toujours plus de huit cent mille enfants par an. En revanche, notre voisin d’Outre-Rhin n’a accueilli que 675 000 nouveau-nés en 2008, près de 20% de moins que chez nous. Si les tendances restent les mêmes, ce sont moins de cinq cent mille naissances que l’Allemagne devrait compter dans trente ans !

C’est vers 2040 que notre pays devrait devenir le premier pays d’Europe par la population quand nous atteindrons 75 millions d’habitants, comme notre voisin d’outre Rhin. Dès 2050, l’écart devrait se creuser puisque la population Allemande devrait tomber à moins de 70 millions d’habitants. Cette étude prévoit seulement 45 millions d’Allemands en 2100, moitié moins que la France. Notre pays sera alors plus peuplé que le Japon, qui compte pourtant aujourd’hui deux fois plus d’habitants !

Un bouleversement européen

Le paysage européen devrait être bouleversé dans les décennies à venir, à moins que les pays à la population déclinante ne recourent massivement à l’immigration. Il faut noter que ces prévisions sont basées sur une reproduction par les prochaines générations des comportements actuels ce qui les rend très crédible. Mieux, même si la prochaine génération Allemande adoptait la fertilité Française, à terme, notre population dépasserait quand même celle de notre voisin.

Dans quarante ans, la France sera le pays le plus peuplé d’Europe, devant le Royaume Uni (s’il n’a pas éclaté) et l’Allemagne ne pointera plus qu’en troisième position. L’Italie pourrait compter moitié moins d’habitants que la France. Bref, le dynamisme démographique de la France pourrait bien redonner à notre pays la prééminence qu’il a déjà eu dans le passé. Il faudra néanmoins savoir traduire l’opportunité démographique en opportunité économique.

A tous ceux qui croient que la France est trop petite pour influencer le cours du monde, ces quelques chiffres devraient les faire réfléchir. Le dynamisme démographique de notre pays devrait bouleverser les équilibres politiques au sein de l’Europe dans les décennies à venir.

26.07.2010

Le protectionnisme, au service de la croissance économique

Aujourd’hui, on constate bien que le libre-échange sans la moindre restriction est une catastrophe pour les pays développés, qu’il amène délocalisations et hausse du chômage. Comment dessiner des solutions pour demain ? A quel niveau ? National ou européen ?

Les solutions purement nationales

Beaucoup de choses peuvent déjà être faites au niveau national. De nombreux pays nous ont montré la voie. L’Allemagne a décidé de déplacer une partie du financement de sa protection sociale sur la TVA, transférant une partie de la contribution de son industrie sur ses importations. Beaucoup de pays (Japon, Corée du Sud, Allemagne), utilisent les normes pour mettre des barrières qui protègent leurs entreprises des importations en provenance de l’étranger.

Bref, à l’échelle de la France, il reste toujours possible d’adapter notre fiscalité pour réduire nos importations et encourager nos exportations. En revanche, l’utilisation des normes nationales est aujourd’hui rendue beaucoup plus difficile par le marché unique européen qui a transféré l’élaboration de ces normes aux instances européennes au détriment des Etats-nations. La question se pose donc de reprendre des prérogatives que des pays comme la Corée du Sud conservent…

La solution des droits de douane

Mais l’arme la plus efficace pour réguler les échanges commerciaux est sans doute le droit de douane. Keynes a évoqué plusieurs fois une telle solution, à la fois pour la crise des années 30, comme le montre ce texte publié par Yann, ou dans le cadre du système monétaire de l’après-guerre, comme évoqué par Edgar. Aujourd’hui, les écarts considérables de salaires invalident la plupart des thèses libre-échangistes, élaborées à un moment où les écarts de salaire allaient de 1 à 2 seulement. Aujourd’hui, l’avantage compétitif de la Chine, ce sont ses faibles salaires…

En réalité, l’ouverture commerciale provoque une pression de plus en plus forte à la baisse des salaires dans les pays occidentaux. Il est illusoire de croire que nous pourrons maintenir nos emplois et nos salaires dans l’industrie, comme le montre bien l’accélération du mouvement de délocalisation dans l’automobile. En revanche, des droits de douane compensatoires pourraient alors protéger nos emplois de la concurrence des pays aux salaires et/ ou aux monnaies faibles.

Comment les mettre en place ?

Des doits de douane pourraient être instaurés en compensation des écarts de salaires. Il suffirait de partir du différentiel de salaire moyen et de classer les produits selon la part de la main d’œuvre dans les coûts. Le droit de douane devrait compenser au moins 50% de l’écart de salaire entre deux pays. Ensuite, un deuxième droit de douane devrait compenser la sous-évaluation de la monnaie. On peut imaginer qu’une partie de ces droits de douane soit reversée aux pays ainsi taxés.

Il est bien évident qu’une telle proposition se heurte à tous les traités européens actuels. Cependant, l’échelle européenne semble la plus pertinente pour la mettre en œuvre, même s’il est peu probable que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne y adhèrent. La France devrait donc convaincre l’Italie et l’Espagne de mettre en place cette nouvelle politique commerciale, qui toucherait également les pays d’Europe de l’Est qui attirent toujours plus nos industriels pour transférer leurs usines.

Un tel cadre économique donnerait alors une viabilité aux implantations industrielles dans les pays les plus développés, tout en favorisant la hausse des salaires dans les pays émergents puisque le niveau des salaires ne serait plus un avantage compétitif aussi important.

25.07.2010

Libre-échange et protectionnisme

Même si la crise a été l’occasion d’une remise en question de certains dogmes et si les tenants du protectionnisme arrivent aujourd’hui à faire davantage entendre leur voix, il est frappant de voir encore à quel point le débat est biaisé. Pourtant, les faits sont têtus.

Les gentils et les méchants

Dans la fable libre-échangiste défendue par Bruxelles, l’UMP, le PS, le Modem ou les Verts, il y a d’un côté les gentils libre-échangistes, autrement appelés les « modernes » et de l’autres, les vilains protectionnistes, forcément rétrogrades et passéistes, volontiers caricaturés comme des partisans de l’autarcie albanaise sans autre forme de procès. Dès la deuxième page de son livre, « La cité de l’homme », Dominique de Villepin range ainsi le protectionnisme comme un mal à éviter.

Dans ce monde en noir et blanc, il y aurait d’une part les pays comme l’Europe ou les pays émergents d’Asie, ouverts au commerce international au progrès, bref, modernes. De l’autre, il y aurait la Corée du Nord ou le Venezuela (qui ne tiendrait que grâce à sa rente pétrolière). Le discours majoritaire ne fait pas dans la nuance et ne s’embarrasse pas de la complexité d’une réalité beaucoup moins simpliste qu’ils ne la présentent, où se sont les nuances de gris qui dominent.

Les dangers du libre-échange

En outre, la théorie de Ricardo sur les avantages comparatifs a beaucoup vieilli. Il faudrait se souvenir du fait qu’elle date de deux cent ans, à une époque où le transport était aléatoire et cher et où les écarts de salaire entre les pays allaient de un à deux… Aujourd’hui, le coût de transport est très faible, du fait du transport en conteneur par bateau. Du coup, comme le démontre parfaitement Jean-Luc Gréau, ce ne sont plus les avantages comparatifs qui  expliquent la spécialisation, mais bien les coûts.

Du coup, la Chine se spécialise dans la production de tous les produits pour lesquels le coût de transport n’est pas un obstacle, au point d’exporter quatre fois plus vers l’Union Européenne que d’y importer. Comme le démontrait bien Maurice Allais, le libre-échange avec des pays aux conditions salariales aussi différentes est un vecteur massif de destruction d’emplois au sein des pays développés, ainsi que d’écrasement des salaires. Les salariés, comme en Allemagne, ne récupèrent aucun gain de productivité.

Un autre regard sur les tigres et les dragons asiatiques

Les tigres asiatiques sont cités en exemple pour défendre le modèle libre-échangiste. Certes, ces pays ont largement profité de l’ouverture au commerce des pays occidentaux. Mais un examen plus approfondi en fait plutôt des cas d’école pour défendre… les pratiques protectionnistes. Il suffit de constater aujourd’hui que plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont fabriquées localement pour comprendre que leur modèle est également fortement protectionniste.

Le cas de l’industrie automobile en Chine est exemplaire. Il y a vingt ans, elle impose des droits de douane de 100% sur les voitures importées, contraignant les constructeurs à implanter des usines d’assemblage. Mieux, ils imposent des joint-ventures avec des entreprises locales pour développer leurs constructeurs. Puis, la Chine a augmenté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir les sous-traitants et assurer un transfert complet de la chaine de valeur.

Le modèle gagnant est protectionniste

Mieux, cet exemple est tout sauf un exemple isolé. Le Japon et la Corée du Sud ont enclenché leur développement économique en protégeant leur agriculture des aléas du commerce international. Aujourd’hui encore, The Economist montre que le modèle économique chinois comporte un large volet protectionniste. En effet, alors que le tarif extérieur moyen des Etats-Unis est de 3%, il atteint la bagatelle de 9% en Chine, qui protège 27% de son économie. En outre, on imagine bien que cette moyenne est trompeuse et que la Chine ne protège pas ses industries qui n’en ont pas besoin….

Le protectionnisme est utile car il donne le temps à un secteur économique et à des entreprises de grandir et d’atteindre la taille critique. Il est utile pour éviter une course au moins-disant salarial et social dégradantes pour les pays occidentaux. Il est également utile à l’environnement par la réduction de l’utilisation des transports qu’il implique. Enfin, le protectionnisme est utile pour faire des entreprises les acteurs d’une véritable collectivité, leur donner un intérêt au progrès économique de leurs employés, alors que les multinationales hors-sol n’ont qu’une logique de coût.

Le protectionnisme commercial, ce n’est pas l’autarcie. Tous les pays du monde le pratiquent déjà plus ou moins, et notamment ceux que l’on nous donne en exemple. Une dose de protectionnisme, c’est aussi refuser la loi de la jungle de l’anarchie commerciale.

24.07.2010

L’euro, fardeau de l’Europe et de la France

L’euro remonte. La monnaie unique européenne est désormais proche de 1,3 dollars, une surévaluation de 15 à 30% dévastatrice pour notre industrie. Croyez-vous que les médias s’en inquiètent ? Non, la plupart s’en réjouissent, y voyant un signe de l’amélioration des conditions de marché !

« L’Europe utilise sa propre puissance pour se torturer »

Cette phrase d’Emmanuel Todd résume terriblement bien ce que fait la monnaie unique à l’Europe. Sa surévaluation chronique a considérablement accéléré le mouvement de délocalisations de l’industrie européenne. Ce n’est pas pour rien que Renault et PSA ont délocalisé la moitié de leur production Française en dehors de la zone euro en seulement quatre ans, de 2005 à 2009. Il faut encore rappeler que les économistes estiment que la juste parité de l’euro se situe entre 1 et 1,15 dollars.

C’est pourquoi il est totalement sidérant d’entendre les défenseurs de l’euro se réjouir de sa remontée. Comment peuvent-ils ignorer que cette hausse est une calamité pour notre industrie ? Comment imaginer conserver des emplois productifs avec nos salaires, notre protection sociale et un euro surévalué sans la moindre protection commerciale ? C’est à croire que certains ne pensent qu’au pouvoir d’achat qu’ils gagnent quand ils partent aux Etats-Unis !

La victoire des néolibéraux

Plus globalement, c’est la ligne favorable à la globalisation néolibérale qui a gagné. On la retrouve aux commandes dans les interventions du FMI. Dominique Strauss Kahn devra assumer les programmes de rigueur extrême appliqués en Grèce ou en Roumanie. Outre le fait de baisser le salaire des fonctionnaires, Athènes a ainsi mis en place un SMIC-jeunes couplée à une hausse de 4 points de la TVA, programme proche de celui appliqué à Bucarest.

Mais le plus impressionnant reste d’entendre Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, affirmer que « le rééquilibrage des finances publiques et le soutien de la croissance ne peuvent donc plus être présentés comme deux objectifs incompatibles, un dilemme imposé à la politique économique » à un moment où l’austérité budgétaire va peser sur la croissance. Et la perspective de dix années de rigueur, promise par Jacques Attali, n’est guère riante non plus…

Pourtant, il existe des alternatives !

Devant les tristes perspectives évoquées par les uns et les autres, on comprend qu’il faut changer radicalement pour épargner des peuples qui paient très cher les errements d’un système économique dont ils ne profitent pas. Patrick Artus a sonné la charge en faisant une proposition hautement hétérodoxe : une hausse des salaires de 20% compensée par une baisse d’autant de l’euro. Voilà un moyen de régler le problème des finances publiques de manière plus juste !

La remontée de l’euro montre également que la monnaie unique fait sans doute davantage partie du problème que de la solution. Il est donc urgent de la quitter pour retrouver une politique monétaire adaptée à notre réalité, comme le soulignent un nombre grandissant d’économistes (Gérard Lafay, Jean-Luc Gréau, Alain Cotta…). De plus en plus d’économistes évoquent également la possibilité de monétiser la dette pour éviter une saignée de l’économie réelle qui épargnera seulement les plus riches.

L’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui, entre construction monétaire artificielle et dogmatisme libéral est la raison de notre déprime économique. La seule solution sera donc de tout reprendre à zéro pour remettre l’économie au service de l’homme, seule querelle qui vaille, et non l’inverse.

23.07.2010

Les gesticulations sécuritaires de Nicolas Sarkozy

Un nouveau préfet en Isère, une réunion à l’Elysée à venir sur « les problèmes que posent les comportements de certains des gens du voyage et les Roms » : le président de la République reprend l’offensive sécuritaire pour répondre aux violences des derniers jours.

La posture sécuritaire, un fond de commerce usé

Ce n’est pas sans une certaine ironie que la majorité des médias a traité ce retour de la sécurité dans l’agenda gouvernemental. Le Monde y a consacré deux papiers qui ne cachent guère leur point de vue, que ce soit en soulignant que la délinquance est un des fondamentaux de Nicolas Sarkozy ou en recensant ses différentes « déclarations de guerre » depuis huit ans

Il faut dire que celui qui fut ministre de l’intérieur de Jacques Chirac a géré directement ou indirectement la sécurité des Français sur sept de ces huit dernières années, et a multiplié les déclarations plus fracassantes les unes que les autres, ainsi que les lois. Du coup, un scepticisme généralisé s’est emparé de la plupart des médias qui remettent en cause à demi-mot son bilan.

En fait, il est difficile de juger les annonces du gouvernement avec sérénité. L’éviction du préfet de l’Isère et la réunion sur les gens du voyage sont-elles des décisions justes et courageuses ou simplement des annonces destinées à donner le change face aux inquiétudes des Français ? Il faut dire que les maigres résultats de Nicolas Sarkozy sur le sujet ne poussent guère à la tolérance…

Insécurité : un bilan désastreux

Comme l’a souligné récemment le Chafouin dans un bon billet, « dans le bilan de sarkozy, il faudra retenir le fiasco sécuritaire ». Tous les jours, on peut constater que l’insécurité n’a pas baissé depuis huit ans, malgré les innombrables déclarations du président. Cet échec patent de la politique qui l’a lancé risque de peser lourd dans la balance en 2012, quand les Français se demanderont s’il faut lui accorder un nouveau mandat. Une impression d’échec sur la sécurité serait redoutable.

Et pour l’instant, il s’agit bien d’un échec. Derrière la posture sécuritaire, le bilan est extrêmement mauvais. Si les chiffres globaux de la délinquance ont tendance à baisser, cela s’explique par la chute des atteintes aux biens, notamment les vols de voitures, du fait du bien meilleur équipement des véhicules et pas vraiment de l’action du gouvernement. En revanche, les violences aux personnes, bien plus marquantes, ne cessent de progresser depuis huit ans malgré les lois et les annonces.

Même le Parti Socialiste commence à se risquer sur le sujet en attaquant les réductions d’effectif, mais il a du mal à sortir de son angélique critique de la répression. A l’inverse, Nicolas Dupont-Aignan a osé faire des propositions concrètes. Personnellement, je crois que pour casser le cycle de la violence, il faut mettre en œuvre une véritable tolérance zéro, quitte à ce que de nombreuses peines (pour les délits mineurs) soient des travaux d’intérêt général.

Aujourd’hui, trop de délits mineurs ne sont pas sanctionnés, appelant sans doute des gestes plus graves. Il est donc essentiel qu’au-delà des grands discours et des nouvelles lois, l’Etat casse le cycle de la violence pour restaurer son autorité et le respect des règles de vie en société.

22.07.2010

La Corée du Sud, nation protectionniste

Dans la mythologie néolibérale, les dragons asiatiques font partie des exemples qui démontreraient la pertinence du modèle libre-échangiste. Pourtant, comme je l’avais montré, ces pays sont aussi de fervents protectionnistes, comme le souligne de The Economist.

1001 façons d’être protectionniste

Dans son édition du 10 juillet, le journal anglais explique comment la Corée du Sud protège son industrie automobile. Apparemment, le pays est assez ouvert puisque les droits de douane sur les automobiles sont seulement de 8%, contre 10% pour les véhicules coréens importés en Europe. Mais ce n’est pas pour rien que Séoul vend 700 000 véhicules en Europe alors que les constructeurs européens ne parviennent qu’à y exporter 30 000 voitures, souvent des BMW, Audi ou Mercedes…

Tout d’abord, il y a une taxe complémentaire en fonction du contenu en pièces détachées issues de pays à bas coût (jusqu’à 4.5% du total). Ensuite, la Corée est spécialiste des règlementations spécifiques qui barrent la route aux produits importés. Malgré des accords de libre-échange signés avec les Etats-Unis dans les années 1990, la Corée du Sud a mis en place la bagatelle de quinze nouvelles réglementations (vitres anti-pincement, émissions) qui compliquent la tâche des importateurs potentiels.

Ford expliquait en 2007 que « prises séparément, la plupart de ces réglementations peuvent être surmontées, mais ensemble, elles représentent un coût et une charge énorme, surtout pour des petits importateurs ». En outre, une étude de 1999 indiquait que presque 50% des acheteurs potentiels craignent un contrôle fiscal, 42% que leur voiture sera vandalisé et 13% que cela en ferait des cibles pour la police. Et il ne s’agit pas simplement de paranoïa.

En effet, en mai 2006, les services fiscaux ont demandé que les importateurs de voiture leur fournissent les noms de leurs clients ainsi que les informations qu’ils possédaient, dans le cadre d’une enquête. Le gouvernement avait parlé d’une « erreur » suite à la plainte des Etats-Unis, mais le mal était fait d’un point de vue de la communication à l’égard des potentiels acheteurs. En clair, la Corée du Sud suit l’exemple du Japon pour protéger son marché, ses industriels, et ses emplois.

La bêtise de l’Europe

Pourtant, alors que les Etats-Unis se sont faits berner dans les années 90, puisqu’ils vendent encore moins de voitures que les européens tout en en important de plus en plus, l’Europe, sous l’égide de la Commission Européenne, s’apprête à signer un Accord de Libre échange avec la Corée, qualifié d’un des accords « les plus complets et ambitieux ». Cet accord devrait réduire le coût d’un véhicule coréen d’une valeur de 10 000 euros de près de 15% !

Le syndicat des constructeurs automobiles européens se bat contre cet accord en soulignant que l’ouverture du marché européen ne sera absolument pas compensée par une ouverture du marché coréen, qui restera comme il est, le plus fermé des pays occidentaux. En effet, même si la Corée acceptait de lever certaines barrières réglementaires, il lui suffira d’en ériger de nouvelles après l’accord. L’histoire montre que le Japon n’a absolument pas ouvert son marché après l’accord de 1991.

Le pire est que selon les études même de la Commission, cet accord apporterait 0,08% de PIB additionnel à l’Europe et 0.84% à la Corée du Sud. En clair, le principal bénéficiaire de l’accord sera la Corée, qui se fera en outre un malin plaisir à limiter tout bénéfice pour l’Europe. De plus, les prétendus bénéfices d’une baisse des prix sont en général annulés par la modération salariale. Enfin, il est probable que les destructions d’emploi n’ont pas été bien modélisées dans les simulations de la Commission.

Néanmoins, cet exemple a le mérite de montrer qu’il y a d’autres modèles de développement que la dérèglementation et la libéralisation. Le cas de la Corée du Sud est particulièrement intéressant parce que son PIB par habitant est aujourd’hui proche de celui des pays du Sud de l’Europe. Cela montre que pour conserver une base productive locale, surtout à proximité de la Chine, il est essentiel d’avoir recours à des pratiques protectionnistes.

L’Asie est un cas très intéressant car son modèle de développement est profondément protectionniste. Les pays du continent profite de l’ouverture des autres mais cherchent à développer et protègent solidement leur base productive. Ils ont compris que c’est là leur intérêt…

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