31.08.2010

Peut-il y avoir une rechute de l’économie ?

C’est la question qui agite la planète économique depuis que nous sommes sortis officiellement de la récession. Tout le monde craint un scénario en W ou une récession aussi violente que la précédente suivrait la légère reprise que nous traversons.

Des raisons de craindre une rechute

De manière fréquente depuis 2009, les marchés se font peur. Et on ne compte plus les corrections depuis le début de l’année : une première baisse de 10% fin janvier / début février, une correction de 15% au printemps lors de la crise des dettes souveraines européennes. Et après un bon début d’été, le marché est reparti à la baisse suite à des indicateurs décevants aux Etats-Unis, et notamment la révision à la baisse de la croissance au second trimestre, à 1.6% en rythme annuel.

Avant de rejoindre le camp des ours, pour reprendre la terminologie des marchés, il faut examiner ce qui pourrait causer une nouvelle récession. Il faudrait principalement que la consommation des ménages et des administrations publiques baisse puisqu’il s’agit de la première composante du PIB. Et il est vrai que la rigueur budgétaire qui s’est emparée des pays occidentaux et le maintien d’un fort niveau de chômage semblent pouvoir provoquer une telle baisse.

Des raisons paradoxales d’espérer

Cependant, c’est une chose de voir la consommation stagner, c’en est une autre de la voir baisser. Les ajustements budgétaires en Europe ne sont pas si grands, en dehors de quelques pays de la périphérie. En outre, la baisse très forte des taux longs apporte une bouffée d’oxygène colossale aux Etats. 1 point de moins, c’est, à terme, 15 milliards d’économie sur le service de la dette en France. Et étant donnée la crise du printemps, les Etats avaient sans doute prévu que les taux seraient plus élevés…

Ensuite, il faut voir que la baisse de consommation est souvent la conséquence d’une baisse de la valeur des actifs. Paradoxalement, leur niveau actuel est sans doute à la fois assez haut et assez bas. Assez haut parce que nous avons évité l’effondrement japonais, où la bourse a perdu 75%. Assez bas car les marchés boursiers sont finalement relativement bas étant donnée la forte remontée des profits, au niveau d’avant la crise. Du coup, les marges de correction sont limitées, nous protégeant d’un krach.

Et sans krach des marchés, une récession est peu probable, d’autant plus qu’après une baisse de 20% des investissements en 2009, leur reprise est probable cette année et en 2011. Mieux, certains marchés, comme le marché automobile étasunien, sont à un niveau tellement bas qu’ils ne pourront pas baisser beaucoup plus. Enfin, les exportateurs des produits riches vont profiter de la forte croissance persistante des pays émergents, comme l’illustre la performance récente de l’Allemagne.

Une reprise molle, mais une reprise

Bref, un examen des facteurs de croissance comme de récession m’amène à conclure que nous ne devrions pas assister à une rechute économique dans les deux ou trois années à venir, à moins d’une panique des marchés. Cette dernière me semble peut probable, du fait des niveaux actuels de valorisation et que le financement de la dette publique grecque est assuré jusqu’en 2013. En revanche, il y a peut-être un risque sur le marché immobilier Français, qui n’a pas connu de vraie correction.

Après, la petite croissance que nous devrions connaître dans les prochaines années ne sera pas meilleure que celle des années 2000, à savoir qu’elle n’aura que peu d’impact sur le niveau du chômage ou sur le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, qui a toutes les chances de continuer à stagner. Comme rien n’a véritablement changé, les fruits de la croissance devraient, comme avant, aller dans les profits des grandes entreprises et les revenus des plus riches.

Bien sûr, un scénario en W ne saurait être totalement exclu. Le risque existe encore. Néanmoins, je crois que nous y échapperons et que les données économiques du moment indiquent qu’une rechute est aujourd’hui plutôt improbable à moyen terme.

30.08.2010

Le week-end où Nicolas Sarkozy a perdu la présidentielle de 2012

Bien sûr, rien n’est jamais acquis en politique et il faudra attendre le second (ou le premier) tour pour en être sûr, mais ses universités d’été m’ont sérieusement donné l’impression que le PS a pris la direction qu’il fallait pour reprendre le pouvoir en 2012, à défaut d’être l’alternative dont la France a besoin.

Des egos disciplinés

J’ai longtemps cru que le Parti Socialiste se déchirerait lors des primaires de 2011 et que la conséquence en serait une opportunité pour François Bayrou d’accéder au second tour. En effet, des primaires comparables à celles de 2006 auraient pu laisser les différents camps tellement amers qu’ils auraient pu être tentés de ne pas soutenir le vainqueur interne. Mais depuis quelques mois une petite musique unitaire domine de plus en plus les différents solos.

Cela avait commencé ce printemps au sujet du pacte présidentiel qui existerait entre Martine Aubry, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Les universités de rentrée ont confirmé cette nouvelle direction du Parti Socialiste qui a fait une démonstration d’unité rare, la première secrétaire et la candidate de 2007 arrivant ensemble à La Rochelle. Le week-end n’a été émaillé d’aucun incident majeur. Bref, à vingt mois de la présidentielle, les forces unitaires semblent l’emporter sur les forces de la désunion.

Les raisons de la concorde

Deux évènements expliquent sans doute l’unité retrouvée des socialistes. Tout d’abord, la présidence Sarkozy s’enlise de plus en plus et, comme dans les sables mouvants, les réactions brutales et désordonnées du président semble l’entraîner toujours plus bas. Bref, le pouvoir semble à la portée de la main d’un parti qui en a été sevré depuis huit ans. Et dans un parti où le goût de ce pouvoir prime sur tout, cela peut pousser à plus de pragmatisme. Une génération se dit que c’est sa dernière chance. Une autre se dit que pour l’avenir, il vaut mieux avoir été ministre.

Mais ce n’est pas tout. Car la perspective de reprendre le pouvoir pourrait aussi provoquer une querelle des egos encore plus violente. Sauf que le précédent de 2007 montre que cela peut compromettre la victoire. Ensuite, le champ des présidentiels sérieux se réduit singulièrement. Bertrand Delanoë a abandonné. François Hollande n’y arrive pas. Et Ségolène Royal est victime des mêmes sondages qui l’avaient faite reine en 2006. Comment espérer être désigné candidat du Parti Socialiste avec de mauvais sondages quand d’autres en ont de bons ?

Ne restent plus que Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Les soutiens du président (Le Figaro, TF1..) soutiennent désespérément la première hypothèse, s’accrochant à la moindre broutille pouvant soutenir cette option, car ils comprennent bien que le second serait terriblement difficile à battre. Mais outre que je ne vois pas ce qui pourrait empêcher le patron du FMI d’y aller, Martine Aubry a indiqué plusieurs fois qu’elle pourrait ne pas y aller. D’ici un an, il n’y aucune raison que la vague sondagière qui le porte ne cesse. DSK a donc de bonnes chances de faire le vide autour de lui.

Nicolas Sarkozy échec et mat

Les conditions pour des primaires socialistes sereines semblent se réunir. Du coup, le roi est nu. Contrairement à Slovar, je crois qu’il n’y a aucune chance que Nicolas Sarkozy n’y aille pas. Ne pas être candidat serait un aveu d’échec inédit. Aucun leader politique n’a renoncé à se représenter et Nicolas Sarkozy ne me semble pas le plus capable de renoncer au pouvoir ou de comprendre la réalité de sa position. En outre, sa mentalité souvent enfantine le poussera à tenter sa chance en prenant pour précédent les présidents qui ont réussi à être réélu. Si Chirac l’a fait…

Il ne comprendra pas que quelque chose de profond est cassé avec les Français. Il n’y a pas plus de confiance. Certes, il pourra compter sur une partie de l’électorat de droite légitimiste et traditionnel, allergique à la gauche, mais cela est totalement insuffisant pour un second tour face à DSK et ne sera pas forcément assez pour l’atteindre face à Marine Le Pen. Le candidat socialiste n’a vraiment pas grand chose à faire pour gagner. Quelques mesures pour lutter contre l’insécurité pour donner le change suffiront pour ne pas se faire accuser d’angélisme. Le bilan du président parlera contre lui.

La discipline retrouvée des socialistes est une mauvaise nouvelle pour François Bayrou, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, au contraire des alternatifs. La route à suivre pour l’Elysée est désormais toute tracée pour eux. Même s’il y aura des embuches, la victoire est entre leurs mains.

29.08.2010

Les Roms, symbole politique

Quelque chose a changé depuis que Nicolas Sarkozy a mis en cause la communauté rom, avant de continuer à faire procéder à des expulsions de membres de cette communauté en situation irrégulière : les réactions des uns et des autres sont de plus en plus exagérées.

Des polémiques totalement démesurées

Le président de la République a encore réussi un joli coup. Certes, il a sans doute outrepassé ce qui devait être dit en stigmatisant l’ensemble de la communauté dans un premier temps. En revanche, comme le souligne Laurent de Boissieu sur son blog, les expulsions sont à la fois légitimes et normales. Mais elles ont déclenché une polémique gigantesque où toutes les bonnes âmes se sont précipitées pour prendre la défense de la communauté, n’hésitant pas à recourir à des comparaisons totalement ridicules avec la rafle des juifs.

Outre une bonne partie de l’opposition de gauche, une partie de l’Eglise, la Commission Européenne et les Nations Unies ont exprimé leur remontrance vis-à-vis du gouvernement Français. Libération, pourtant jamais avare de critiques à l’égard du Pape, n’a pas hésité à s’abriter derrière la sentence papale pour dénoncer le gouvernement. Enfin, d’une manière totalement abusive, Alain Minc a pris la défense du gouvernement en soulignant qu’un pape Allemand ne pouvait pas donner de leçons au gouvernement sur les Roms du fait de leur traitement par les nazis.

Le jeu dangereux du gouvernement

A première vue, le gouvernement semble avoir raison. Jusqu’à 65% des Français (et j’en fais partie) approuvent les expulsions. A tous ceux qui évoquent les enfants renvoyés dans leur pays d’origine des trémolos dans la voix, il faut rappeler que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, surtout aujourd’hui. Certains suggèrent aux beaux penseurs de recueillir quelques Roms chez eux pour être cohérents. Il est tout de même normal de pouvoir expulser les étrangers en situation irrégulière. D’ailleurs, plus de dix mille Roms ont été expulsés depuis le 1er janvier.

Mais le gouvernement n’est pas à l’abri de tout reproche. Comme l’ont souligné Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, l’afflux de cette population est la conséquence directe de décisions prises par l’UMP comme le PS, à savoir les traités autorisant la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne associés à l’adhésion de la Roumanie et la Bulgarie à cette même Union. Bref, comme d’habitude, le gouvernement s’agite devant les caméras sans réellement apporter de solutions durables au problème. Car les Roms renvoyés pourront rapidement revenir à loisir.

Entre un gouvernement utilisant les expulsions pour montrer qu’il agit alors qu’il laisse faire et une opposition qui hurle au loup en semblant ignorer qu’il est naturellement impossible de ne pas mettre un frein à l’arrivée des Roms dans notre pays, cette polémique montre le besoin de sortir du duopole UMPS.

28.08.2010

Insécurité : le jeu dangereux de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy semble vouloir utiliser le thème de la sécurité pour sa campagne de réélection en 2012. Contrairement à ce que le Figaro voulait faire croire, cette stratégie apparaît de plus en plus dangereuse…

Lutte contre l’insécurité ou semblant de lutte ?

Bien sûr, cette tactique a bien réussi en 2002 pour la réélection de Jacques Chirac mais il affrontait alors son Premier Ministre, alors au pouvoir depuis cinq ans et au prise avec une augmentation de l’insécurité qu’il semblait d’autant plus incapable d’endiguer que son deuxième ministre de l’intérieur avait renoué avec l’angélisme traditionnel de la gauche, au contraire de Jean-Pierre Chevènement, titulaire du poste auparavant. Du coup, le président sortant jouait sur du velours en attaquant un gouvernement qui semblait totalement dépassé par le phénomène.

Mais le contexte de 2012 sera complètement différent. Nicolas Sarkozy sera alors responsable de la sécurité des Français depuis dix ans. Attirer l’attention des Français sur les problèmes d’insécurité risque surtout de souligner l’échec du gouvernement… D’ailleurs, c’est ce que montrait le sondage de Marianne pour qui à peine un quart de la population fait confiance au gouvernement sur la sécurité et même pas la majorité des électeurs de droite. Si Nicolas Sarkozy est encore un peu plus crédible que le PS sur le sujet, il ne l’est plus que marginalement.

Vers un 21 avril à l’envers ?

Après, il est vrai qu’il s’agit sans doute d’un des seuls sujets où il conserve une meilleure crédibilité que la gauche, mais cette stratégie est à double tranchant, comme le révèle une nouvelle vague de sondages analysés par le Monde. Tout d’abord, cette vaste offensive médiatique n’a pas provoqué de rebond de popularité alors que le gouvernement est pourtant est très impopulaire. Ensuite, si elle semble plaire à l’électorat du Front National, elle déplaît fortement aux cadres, pourtant l’électorat traditionnel de la droite et de Nicolas Sarkozy en particulier.

Le président sortant a donc toutes les chances de se retrouver pris entre deux feux. Les classes supérieures sont lassées de sa méthode inutilement provocatrice et ont une multitude d’autres votes possibles (écologistes, Bayrou ou Strauss-Kahn). Et le Front National pourrait bien être le grand gagnant de la stratégie gouvernementale en soulignant la montée des violences aux personnes et la diminution du nombre de policier, d’autant plus que la façon de faire de Nicolas Sarkozy pourrait bien déculpabiliser une partie de l’électorat UMP vis-à-vis du FN.

Bref, entre un électorat de centre-droit lassé de ses outrances et un Front National qui pourrait bien être le grand gagnant des débats sur l’insécurité, on en vient à se demander si Nicolas Sarkozy ne pourrait pas subir le même sort que Lionel Jospin. Ce ne serait pas injuste…

27.08.2010

L’épouvantail DSK

59 / 41 : le sondage sur un second tour DSK-Sarkozy a fait du bruit. Certains se rassurent en évoquant sa position de patron du FMI, l’histoire, l’éloignement de l’élection, la présence de Martine Aubry, ou encore la possibilité qu’il ne se présente pas. Et si sa victoire était déjà très proche ?

Peut-il ne pas y aller ?

Il est parfaitement vrai que nous sommes encore très loin de l’élection et qu’il y a du temps pour que les choses changent. D’ailleurs les stars des sondages à plus d’un an et demi de l’échéance sont rarement les vainqueurs (Raymond Barre pour 1988, Edouard Balladur ou Jacques Delors en vue de 1995 et Lionel Jospin pour 2002), même si Nicolas Sarkozy, pour le coup, a été l’exception qui a confirmé la règle. Cependant, l’écart enregistré par ce sondage est historique…

Certains pensent que DSK préfèrera rester au FMI pour solliciter un second mandat. Cependant, sa place au Fonds est rendue instable par le scandale passé et le fait que beaucoup de pays souhaitent que le poste ne revienne pas forcément à un européen. Bref, son CDD devrait se terminer en 2012. N’aurait-il pas intérêt alors à l’abandonner un an avant pour viser une présidence jusqu’en 2017 ? Et puis, la comparaison avec Jacques Delors n’est pas valide : DSK est allé aux primaires il y a quatre ans.

Les socialistes peuvent-ils en choisir un autre ?

Ensuite, certains soulignent (avec justesse) qu’il est peut-être trop à droite pour les militants de gauche et qu’il avait largement échoué aux primaires de 2006. Sauf que les sondages montrent aujourd’hui qu’il est populaire à gauche et surtout qu’il est bien mieux placé que tous les autres pour gagner. Après 17 années de présidence de droite, cet argument a toutes les chances de lourdement peser dans la balance. L’écart entre lui et Martine Aubry comme candidat de second tour est considérable. La première secrétaire est dans la position de Ségolène Royal à l’automne 2006…

Enfin, le paysage au Parti Socialiste se décante. Bertrand Delanoë a renoncé. Et le sondage du Nouvel Obs, s’il était confirmé par d’autres, sonnerait sans doute la fin des ambitions présidentielles de François Hollande et Ségolène Royal qui ne parviennent pas à battre le président sortant. En effet, qui, à gauche, souhaitera soutenir un candidat incapable de battre Nicolas Sarkozy si un autre y parvient aussi aisément. Et le score nettement moins fort de Martine Aubry l’affaiblit également, d’autant plus qu’elle a déjà dit qu’elle se rangerait derrière celui ou celle qui sera le mieux placé.

Nicolas Sarkozy peut-il le battre ?

Certains croient que Nicolas Sarkozy n’a pas perdu. Il faut dire que le précédent de 2007 est vivace pour les opposants de la première heure qui espéraient sa défaite (et je n’étais pas le dernier à pronostiquer sa défaite à l’époque également…). Cependant, il faut prendre en compte le contexte de l’époque. Il était à la fois dans la majorité (pour la sécurité) et dans l’opposition (la rupture). Et surtout, Ségolène Royal (même si j’ai appelé à voter pour elle au second tour) a fait une très mauvaise campagne, culminant avec le pitoyable débat d’entre deux tours.

Là, le contexte est complètement différent. Nicolas Sarkozy devra défendre un (mauvais) bilan. Il a mangé son pain blanc budgétaire et va devoir serrer la vis avant la campagne. DSK sera tout auréolé de son passage au FMI et bénéficiera du confort de dix années d’opposition. Bref, son avance pourrait se maintenir car toute la gauche et une partie du centre et du centre-droit s’opposeront à Nicolas Sarkozy. DSK n’a pas grand-chose à faire pour battre le président sortant, comme l’illustre l’avance historique qu’il a sur lui dans les sondages. Le piège du FMI se referme sur son initiateur.

Bref, tout indique que Dominique Strauss-Kahn a de grandes chances de devenir le nouveau président de la République en 2012. Il fait le vide au PS et Nicolas Sarkozy est décrédibilisé. Après, cela est loin de vouloir dire qu’il représente l’alternative dont la France a besoin

26.08.2010

François Hollande, l’attaque du vide

Cette semaine, l’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste était l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1. Celui qui espère (espérait ?) pouvoir être le candidat de son parti pour les élections présidentielles en 2012 a une nouvelle fois démontré l’inutilité totale et affligeante des socialistes.

Contradictions et mauvaise foi

François Hollande était bien mal à l’aise sur la question de l’expulsion des Roms. S’il a attaqué le gouvernement, il a bien été obligé de reconnaître que l’expulsion n’est pas vraiment une solution du fait des contraintes européennes qui permettent aux ressortissants de Roumanie et de Bulgarie la libre circulation au sein de l’intégralité de l’Union Européenne. S’il a soutenu qu’il fallait des réponses européenne, nationale et locale, il a bien été incapable d’esquisser le moindre début d’idée concrète, à part de proposer que tous les républicains s’y opposent, ce qui a déjà été fait…

Pour essayer de se dédouaner des problèmes actuels, il a souligné que c’est la droite qui a accepté l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne. A cela, on lui répondra que le Parti Socialiste ne s’y est pas opposé, ni à l’échelle nationale, ni à l’échelle européenne. Face à un gouvernement qui s’agite tout en sachant que les Roms pourront revenir et un PS un peu perdu, Nicolas Dupont-Aignan rappelle qu’il s’était opposé à cet élargissement et propose de rétablir un contrôle aux frontières, seule solution pour éviter rapidement et efficacement de tels débordements.

Le bisounours de l’économie

Mais le député de Corrèze n’a guère été plus brillant sur l’économie. Son diagnostic est le suivant : la compétitivité de la France est en berne, de même que ses comptes publics. Il faut donc à la fois faire un effort de redressement et soutenir la croissance. Passons sur le fait qu’il n’avait pas la moindre proposition pour soutenir la croissance, il n’était guère plus à l’aise pour évoquer le moyen d’améliorer la situation budgétaire du pays. La pression de Jean-Pierre Elkabbach lui demandant ce que les socialistes feraient lui a fait parler d’ajustement des recettes et des dépenses.

Mais le pire était sa critique de l’action du gouvernement. Il a commencé par dénoncer les hausses d’impôt du gouvernement, ce qui est presque comique pour un socialiste. Pense-t-il qu’il faudrait uniquement des baisses de dépenses ? Il aurait au moins pu dire qu’on était obligé d’en passer par là et faire le lien avec sa critique du bouclier fiscal, de la baisse de TVA pour la restauration ou des exonérations de charges pour les heures supplémentaires (encore que cela est bien insuffisant). Enfin, l’idée de raboter les niches fiscales est plutôt bonne et il aurait pu avoir le recul pour l’admettre.

Bref, de cette bouillie politique ne subsistait qu’une critique finalement très convenue et franchement paresseuse du gouvernement, sans la moindre proposition alternative. Pas étonnant qu’il n’arrive pas à convaincre les Français de son destin présidentiel…

Lire le très bon papier de Laurent de Boissieu sur les Roms, auquel je souscris totalement

25.08.2010

Pierre-Noël Giraud, historien résigné des crises économiques

Dans un second temps, l’auteur revient sur les dernières crises économiques pour démontrer toutes les critiques qu’il porte à la globalisation financière puis à une analyse de la crise de 2008 avant d’esquisser quelques propositions.

20 ans de crise du capitalisme financier

Pierre-Noël Giraud revient sur les crises des années 1990 : le Japon, la crise du SME, le défaut russe, la faillite de LTCM ou la crise Asiatique. Il souligne que la libéralisation financière rend le système instable du fait du caractère moutonnier des marchés. Il souligne que c’est le gouvernement Français de l’époque qui a fait le choix politique de défendre la parité franc-mark, au prix de taux d’intérêt qui ont déprimé la croissance : « si un gouvernement se fixe un objectif de change, la politique monétaire est entièrement asservie à la poursuite de cet objectif », quand les mouvements de capitaux sont libres.

Il revient ensuite sur le cas Japonais en soulignant que l’effondrement de la Bourse et de l’immobilier ont provoqué la destruction de l’équivalent de deux fois le PIB du Japon de l’époque, un choc d’une violence inédite (baisse de 50% du patrimoine). Pour lui, si le Japon a eu raison d’utiliser vigoureusement les leviers budgétaires et monétaires pour amortir le choc, en revanche, il a trop tardé à restructurer le secteur bancaire, ne faisant que différer dans le temps l’ajustement, ce qui a malheureusement laissé le temps à la déflation de s’installer et retarder le rebond de la croissance.

Il poursuit avec la crise des pays émergents en soulignant les dangers d’une monnaie surévaluée pour la croissance (une leçon que l’Europe devrait écouter). Il souligne, comme d’autres, le rôle des capitaux spéculatifs, qui ne finançaient pas la croissance mais des bulles d’actifs, ainsi que celui de la parité avec le dollar, à un moment où ce dernier s’appréciait par rapport au yen. Le contrôle des changes de la Chine l’a protégé. Il souligne que les pays émergents ont souffert de leur position en périphérie du système économique, où « les turbulences sont maximales ».

Que faire face à ce constat ?

Pierre-Noël Giraud souligne que les interventions du FMI visent essentiellement à protéger les créditeurs plutôt que d’aider les pays qu’il finance, expliquant ainsi la volonté d’indépendance des pays émergents, qui cumulent donc les excédents plutôt que de prendre le risque de passer sous les fourches caudines du Fonds. Pour lui, la Chine finance les déficits étasuniens pour soutenir sa croissance, quitte à prendre le risque de ne pas être remboursé en totalité, mais l’Europe est le dindon de la farce du fait des fortes fluctuations de l’euro par rapport au wuan et au dollar.

Il souligne également que « la compétition commerciale généralisée constitue le moteur fondamental de l’évolution des inégalités » et affirme que « la globalisation détruit les solidarités » et que « les gagnants de la globalisation sont en effet devenus des nomades mettant en compétition les sédentaires qui restent fixés à leur territoire », poussant au moins disant fiscal pour les entreprises et les plus riches. Avec un tel constat, on imagine alors que l’auteur va proposer un programme de réforme assez radical. Mais bizarrement, tel n’est pas du tout le cas.

S’il souhaite un contrôle prudentiel et ne rechigne pas à un contrôle des mouvements de capitaux, c’est en cas de crise. Il rejette la taxe Tobin qui n’aurait pas d’effet en cas de crise (mais ce n’est pas pour cela qu’elle est conçue…). Il propose de limiter l’effet de levier et défend le « marked-to-market », plus transparent. Il refuse les propositions de Maurice Allais de nationaliser la création de monnaie et de mieux séparer les banques en fonction de leur activité. Il souligne en revanche le scandale des paradis fiscaux en soulignant que son traitement par les pays du G20 est une « mascarade ».

Un des présupposés surprenants de l’auteur est que la réglementation de la finance va baisser le niveau de la croissance. Rien ne prouve cette antienne répétée plusieurs fois, et plutôt infirmée par la croissance des Trente Glorieuses ou le manque de croissance des années 2000. Il souligne l’inéluctabilité des bulles et ne voit de solutions qu’à l’échelle supranationale : « maîtriser la globalisation exige une certaine globalisation de la politique ». Pourtant, jusqu’à présent, les abandons de souveraineté qu’il appelle ont toujours produit plus de déréglementation…

« Le commerce des promesses » vaut pour son explication des mécanismes de la finance, du rôle de la monnaie ainsi que son analyse des travers de la globalisation financière. Mais curieusement, son auteur ne semble pas vraiment voir de solutions à y apporter.

Source : Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses », Points

24.08.2010

Pierre-Noël Giraud décrypte l’anarchie financière

C’est un livre que RST m’avait recommandé, « Le commerce des promesses ». Il a gagné plusieurs prix, dont le prix européen du livre d’économie et le grand prix Turgot. Un ouvrage très pédagogique, assez scolaire, mais très enrichissant théoriquement, qui a été revu et enrichi en octobre 2009.

La finance pour les nuls

Pierre-Noël Giraud est professeur d’économie à Dauphine et cela se ressent dans l’écriture de son livre, qui, plus qu’un « traité sur la finance moderne » semble être un manuel pour étudiant. Il est extrêmement riche puisqu’il comporte à la fois un volet théorique sérieux expliquant l’ensemble des principes de la finance, ainsi qu’une analyse économique des différentes crises que nous avons traversées pour se terminer sur une synthèse de la crise économique de 2008, le tout suivi d’une étude des solutions qui pourraient être apportées pour stabiliser le système.

Il soutient que « la globalisation financière a privé les Etats, garants de ce fragile équilibre (capital / travail), de tout moyen de contrôler les appétits désormais sans limites de l’argent qui ne cherche qu’à se transformer en plus d’argent ». Il a bien compris la lecture libérale de la crise de 2008, qui attribue au laxisme des banques centrales la bulle tout en soulignant que ce n’est pas quelques points de taux d’intérêt de plus qui aurait changé grand-chose étant donné le niveau de rentabilité actuel des investissements financiers (et les 15% de rendement sur capital…).

L’auteur utilise l’exemple d’un négociant génois de 1298 qui souhaite acheter de la pierre d’alun à Aigues-Mortes pour la revendre à Bruges pour montrer toute la palette des services rendus par la finance (le transfert de richesse dans le temps, la gestion des risques, la mise en commun de la richesse, l’information – le prix le plus souvent – et le règlement). Il y montre comment les banques créent elles-mêmes la monnaie. Il souligne que le secteur financier, qui représentait 15% des profits des entreprises aux Etats-Unis dans les années 80 en représente aujourd’hui 40%.

Les travers de la globalisation financière

L’auteur poursuit sa critique en soulignant que la Bourse ne finance plus les grandes entreprises, puisqu’elles rachètent davantage d’actions qu’elles n’en émettent. Il souligne également le grand mimétisme des acteurs financiers qui suivent souvent l’opinion de la majorité, comportement logique puisque l’évolution des cours dépend de cette opinion. Le problème est que, du coup, les anticipations des marchés deviennent auto-réalisatrices. La crainte d’une crise provoque une défiance des marchés qui peut alors conduire à la crise, comme on a pu le voir ce printemps.

Ce livre est passionnant par sa description des mécanismes monétaires. Il montre que la création de la monnaie a été privatisée et que cela aboutit à un comportement pro-cyclique des banques, qui prêtent beaucoup quand l’économie va bien et beaucoup moins quand elle va mal, accentuant les cycles économiques. Il distingue de manière utile les crises de liquidités des crises de solvabilité, pour montrer que l’Etat doit absolument agir pour prévenir les premières, d’où la garantie des dépôts bancaires ou les injections de liquidités des banques centrales, brisant les cercles vicieux.

Il souligne bien à quel point, dans les phases de croissance, les banques alimentent la bulle du prix des actifs car certains prêts à la consommation permettent aussi de placer davantage tout en maintenant leur consommation. Du coup, « le système bancaire peut créer de la monnaie en excès par rapport à la richesse produite. (…) Si (cette monnaie) est réutilisée à l’achat de titres, il n’y a pas inflation du prix des biens, il y a inflation du prix des titres », qui potentiellement justifier l’excès de prêts !!!

Il souligne ensuite que l’évolution des taux de change est un moyen d’équilibrer les échanges commerciaux (un déficit fait baisse la monnaie, ce qui réduit le déficit). Mais il souligne que, du fait de la globalisation, si un pays attire des capitaux qui compensent le déficit commercial, alors la monnaie peut ne pas baisser. Il explique le triangle de Mundell, à savoir qu’un pays doit choisir deux des trois caractéristiques suivantes : changes fixes, liberté de circulation internationale des capitaux et autonomie des politiques monétaires. Il critique le FMI en soulignant que ses politiques favorisent les créanciers.

Pierre-Noël Giraud termine en soulignant le primat de la lutte contre l’inflation, alors qu’elle est un moyen plus doux de réduire les bulles, imposé par les épargnants. Mais il souligne l’instabilité globale du système financier, « régulé par des krachs inévitables et imprévisibles ».

Source : Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses », Points

Demain, Pierre-Noël Giraud, historien résigné des crises économiques

23.08.2010

L’impact du réveil de la Chine

Marianne 2 a publié cette semaine une interview en trois parties (un, deux et trois) de Valérie Niquet sur la Chine visant à relativiser la puissance de l’Empire du milieu au moment même où il vient de détrôner le Japon du rang de deuxième puissance économique de la planète.

Une mise en perspective intéressante

Cette interview est rafraîchissante dans la mesure où elle modère les nouvelles habituellement exposées par les médias. Certes, la Chine vient de prendre la 2ème place en matière de PIB, mais elle n’est encore que 98ème au monde pour le PIB par habitant. En outre, son succès est à relativiser par la pauvreté d’une grande partie de sa population, qui consomme toujours aussi peu (35% du PIB contre 60% dans les pays occidentaux). En outre, son poids diplomatique est à modérer par sa rivalité profonde avec l’Inde ou le Japon, ce qui n’en fait pas le leader de l’Asie.

En outre, le pays reste tout de même sensible à la conjoncture internationale. Le pays n’est-il pas trop dépendant d’hydrocarbures polluants dont le prix pourrait exploser dans les prochaines années ? Que se passerait-il si dans quelques années, les multinationales décidaient de délocaliser en Inde plutôt que dans l’Empire du milieu ? Quelles seront les conséquences de la politique de l’enfant unique et du déséquilibre démographique ? Enfin, même si la société Chinoise s’est libéralisée depuis une trentaine d’années, le pays n’est pas une démocratie. La transition pourrait être difficile.

La poursuite du grand bond en avant

Mais malgré les points très justes de Valérie Niquet, il faut reconnaître que la puissance d’un pays se mesure aussi à sa démographie et à son poids, indépendant de la richesse par personne. Le Luxembourg ne pèse pas grand-chose sur la scène internationale… Et aujourd’hui, la Chine est donc la 2ème puissance économique de la planète selon le PIB. Et encore, on pourrait argumenter que cela sous-estime la puissance réelle du pays, devenu le premier exportateur mondial ou le premier pays pour les réserves de change (plus de 2000 milliards de dollars).

En outre, la Chine dispose d’atouts forts pour poursuivre sa trajectoire. Son rattrapage est directement inspiré de ceux du Japon ou de la Corée du Sud et on peut donc en déduire qu’il y a de fortes chances que la croissance de la Chine reste forte dans les années à venir. Le pays pourrait de plus en plus utiliser son moteur interne pour croître, comme le montre le fort relèvement du salaire minimum. Bref, le scénario d’une forte croissance pour les deux ou trois décennies à venir amenant la Chine au premier rang économique mondial est tout sauf improbable.

Quelles conséquences pour le monde ?

Un scénario noir serait que le grand bond en avant engendre des tensions nationalistes potentiellement guerrières, notamment vis-à-vis de Taïwan. Ce scénario ne peut pas être balayé d’un revers de main, même si le précédent Japonais montre que l’ascension économique peut être pacifique, y compris pour un pays au passé belliqueux. En effet, on peut se demander comment le géant Chinois se comporterait en cas de pénurie sévère de matières premières…

Le rôle de la Chine sera également particulièrement intéressant pour la refondation du capitalisme. Et si l’Empire du milieu rejoignait l’Europe continentale et le Japon pour pousser un modèle de capitalisme plus souverain, solidaire et dirigiste alors que l’Inde pourrait soutenir le capitalisme plus sauvage promu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ? La prochaine crise du capitalisme mondial sera peut-être l’occasion d’un tel rapprochement après les échecs du G20.

Bien sûr, la poursuite de la croissance de ce géant ne sera pas sans poser des problèmes, mais le poids de Pékin, déjà considérable dans l’économie mondiale, a toutes les chances de se renforcer fortement dans les années à venir. Et cela pourrait être une opportunité.

22.08.2010

Privatisations et service public

Marianne 2 a publié cette semaine un article en deux parties d’Eugène sur les privatisations. Un excellent moyen de comprendre que la privatisation n’est pas forcément la solution et que le secteur public a encore de beaux jours devant lui.

Le bêtisier Français

A dire vrai, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour voir que les privatisations ne sont pas forcément la bonne solution. Chez nous, l’entrée en bourse d’EDF et la libéralisation du marché de l’énergie (acceptée par le gouvernement Jospin) avaient été vendus comme un moyen de baisser les prix. On voit bien au contraire que cela pousse les prix à la hausse, réduisant l’écart que la France a encore avec les autres pays européens, pour le plus grand bénéfice des actionnaires de l’ancien monopole public.

Nous avons également le cas de la libéralisation des renseignements téléphoniques (l’ancien 12). Il y a quinze ans, il coûtait 3,65 francs (55 centimes d’euros) pour avoir trois numéros. Aujourd’hui, non seulement il faut se souvenir de numéros à six chiffres, mais chaque numéro coûte désormais la bagatelle d’environ un euro cinquante, soit une multiplication par huit du prix du numéro. Le résultat ne s’est pas fait attendre : -30% d’appels. Seuls les médias et les actionnaires ont gagné.

Le bêtisier international

L’immense intérêt de cet article est de démonter l’argument des néolibéraux pour lesquels le marché est forcément plus efficace que l’Etat. Il ne s’agit pas pour moi de dire l’inverse et que l’Etat est forcément meilleur que le marché. Mais face au dogmatisme de certains, il est utile de rappeler ces exemples désastreux : Amérique Latine, Afrique, Angleterre : le privé n’est pas forcément plus efficace et peut conduire à une baisse du service et une hausse des prix.

Le grand intérêt de cet article vient aussi de la modération de son auteur, qui énonce à la fin les secteurs pour lesquels les privatisations sont a priori à prohiber. On y retrouve grosso modo les services publics traditionnels, le plus souvent des monopoles naturels (santé, éducation, énergie, transports ferroviaires, eau, télécommunications). Au regard de la crise de 2008, l’auteur pose la question légitime du secteur bancaire. Néanmoins, il n’est pas hostile à des concessions, du moment qu’elles sont bien cadrées.

Merci à Eugène et Marianne 2 pour ce bel article qui remet les pendules à l’heure sur la question des services publics en montrant que les privatisations se transforment trop souvent en des rentes privées au détriment du plus grand nombre, tant pour le service que le prix.

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