30.09.2010
La gestion comptable du budget de l’Etat
Les marchés doivent être satisfaits : la France vient d’annoncer de multiples mesures visant à réduire les déficits du budget de l’Etat et de la Sécurité Sociale. Il est loin le temps où le Général de Gaulle pouvait retoquer les marchés. Aujourd’hui, c’est le règne de la corbeille.
Aucune vision d’ensemble
Pour être honnête, tout n’est pas complètement à jeter dans ce que fait le gouvernement. Le rabotage des niches fiscales me semble plutôt une bonne chose puisque je crois qu’un impôt républicain n’est pas un gruyère et qu’il doit être le même pour tous en limitant au maximum les exemptions. En outre, si certaines suppressions de poste n’ont pas de sens vu le contexte (police, en partie dans l’enseignement), d’autres ne sont sans doute pas totalement injustifiées.
Mais, au global, les décisions du gouvernement souffrent de grandes limites. Tout d’abord, s’attaquer aux niches fiscales sans changer le bouclier fiscal revient à donner une prime aux personnes concernées par ce dispositif qui vont récupérer d’un côté ce qu’elles perdent de l’autre. Ensuite, il est difficile de ne pas voir dans ces décisions une simple gestion comptable des comptes de la nation, qui se contente d’additionner les économies de bout de chandelle.
Le règne de la corbeille
Bien sûr, réduire le train de vie de l’Etat n’est pas forcément un mal, mais là, le gouvernement fait peu d’effort pour différencier le niveau des économies selon les ministères. En outre, il y aurait sans doute besoin de revoir notre fiscalité en profondeur et il est dommage que le gouvernement ne s’attaque pas à une réforme d’ensemble plutôt que d’additionner les rustines. Malheureusement, il s’agit d’un défaut congénital de l’équipe au pouvoir depuis 2007.
Le point positif est que la France va protéger son statut auprès des marchés financiers. Car contrairement à ce que disent certains éditorialistes, la France bénéficie plutôt d’une bonne image. The Economist rapporte que nos emprunts d’Etat à dix ans rapportent 2.7%, soit plus que l’Allemagne (2.34) ou les Etats-Unis (2.54) mais moins que la Grande-Bretagne (3.07), l’Italie (3.87) ou l’Espagne (4.13). Et il faut noter que les pays anglo-saxons profitent d’une monétisation partielle de leur dette.
Comme pour beaucoup de dossiers, la gestion des finances publiques se fait à la petite semaine. Les économies ne sont pas toutes mauvaises mais il n’y aucune vision d’ensemble. Le gouvernement se fait balloter par les évènements sans vraiment prendre du recul sur ses décisions.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, budget de l'etat, sécurité sociale, taux d'intérêts
29.09.2010
Nicolas Sarkozy réactive le clivage gauche-droite
Alors que la crise et les réponses à y amener avaient clairement illustré les convergences entre gauche et droite, Nicolas Sarkozy a réussi en cette rentrée à ranimer le clivage entre PS et UMP. Retour sur une stratégie à double tranchant.
Un agenda clivant
Il faut dire que les deux principaux sujets de la rentrée sont des sujets qui ne créent pas le consensus. La réforme des retraites et la politique sécuritaire du gouvernement redonnent en partie du sens à l’organisation de la vie politique Française. La gauche défend la retraite à 60 ans, même si elle admet qu’une hausse de la durée des cotisations est inévitable et elle dénonce les excès verbaux et législatifs du gouvernement en matière d’immigration et de sécurité.
Bien sûr, les clivages traditionnels ne sont pas totalement respectés du fait des critiques émises par une partie de l’UMP (Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin) ou Nicolas Dupont-Aignan. En outre, certains, à gauche, font attendre une voix un peu différente sur les questions de sécurité, mais aussi sur la retraite (Dominique Strauss-Kahn). Mais, au global, le traditionnel, mais en bonne partie dépassé, clivage droite-gauche a été fortement réactivé depuis deux mois.
Une stratégie dangereuse
A première vue, cette stratégie semble habile. En effet, elle doit permettre de renforcer sa position à droite mais surtout elle vise à affaiblir la gauche en soulignant son angélisme excessif sur les questions de sécurité et son irresponsabilité sur celles des retraites. Ainsi, Nicolas Sarkozy peut prendre la posture du chef d’Etat responsable qui traite les sujets qui importent pour les Français et attaquer la gauche pour son manque de réalisme et son éloignement.
Cependant, cette tactique est à double tranchant. Même si elle fait sauter le tabou de la retraite à 60 ans, la réforme n’est pas une grande réforme puisqu’elle ne résout le problème qu’en 2018, avec des hypothèses très optimistes et que les comptes resteront dans le rouge avant et après. Il s’agit plus d’une réformette que d’une vraie réforme structurelle comme aurait pu l’être une réforme radicale du mode de financement avec le passage à la TVA sociale par exemple.
En outre, réactiver le clivage droite-gauche n’est pas forcément une bonne idée si les Français en tirent la conclusion qu’il vaut mieux élire un homme ou une femme de gauche en 2012, ce qui semble être le cas aujourd’hui. Enfin, le discours sécuritaire pourrait d’autant plus renforcer le Front National que le bilan de Nicolas Sarkozy sur les violences aux personnes est désastreux. Si Lionel Jospin était la victime de 2002, il n’est pas évident que le perdant change de camp…
Bref, si le président a réussi à reprendre la main sur l’agenda médiatique avec la réforme des retraites et la sécurité, il est tout sauf évident qu’il réussisse à en tirer profit, surtout si ses opposants savent ne pas tomber dans ses pièges de communication.
10:58 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, clivage droite-gauche
28.09.2010
Les atermoiements de la gauche européenne
La grande crise de 2008 aurait du être du pain béni pour la gauche européenne. Pourtant, c’est elle qui est en crise aujourd’hui et la droite qui triomphe, jusqu’en Suède. Les dernières réactions en Allemagne et en Grande-Bretagne illustrent ce malaise.
Un timide virage à gauche ?
La défaite du SPD lors des élections législatives Allemandes de 2009 puis celle des travaillistes en Grande-Bretagne ce printemps ont provoqué un changement logique de dirigeants. Dans les deux cas, les partis ont choisi un nouveau chef davantage marqué à gauche. Le cas du Parti Travailliste était assez original puisque c’est le frère cadet Milliband, Ed, 40 ans, qui l’a emporté d’un cheveu sur son frère David alors que ce dernier pouvait sembler plus à même de mener son parti à la victoire.
Mais le nouveau chef des travaillistes, soutenu par la gauche du parti, et notamment les syndicats, une fois la victoire acquise, s’est empressé de dire que cela ne provoquerait pas un virage à gauche, opérant un recentrage immédiat. La tentation centriste a toutes les chances de rester forte dans la mesure où elle a permis au parti de remporter trois élections consécutives. En Allemagne, le SPD se dirige timidement vers l’instauration d’un salaire minimum.
Les mauvaises leçons de la crise
En fait, le manque d’attrait de la gauche est parfaitement compréhensible. Les citoyens ne parviennent pas à voir de différences notables avec la droite. Les deux camps ont accompagné la politique de déréglementation et la droite dénonce aujourd’hui aussi vigoureusement que la gauche les excès du capitalisme. Et du coup, les peuples ont du mal à saisir la différence d’interprétation de la crise ou à voir des différences dans les solutions préconisées.
Car ce qui est frappant en Grande-Bretagne et en Allemagne (comme en France), c’est l’absence d’explication systémique à la crise et de solutions structurelles de la part de la gauche. La social-démocratie croît dur comme fer au libre-échange (le protectionnisme étant souvent vu comme un produit du nationalisme), à l’indépendance des banques centrales ou au fait de confier aux banquiers le soin de mettre en place leur réglementation…
Le malaise de la social-démocratie n’est pas prêt de cesser devant son incapacité à tirer les leçons de la crise. Pour revenir au pouvoir, elle ne pourra compter que sur la médiocrité des dirigeants de la droite, ce qui lui laisse une chance en Italie ou en France…
13:08 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : gauche, labour, ed milliband, david milliband
27.09.2010
Une autre Europe : comment y arriver ?
C’est une question classique et légitime qui doit se poser aux alternatifs. Est-il possible de construire cette Europe que nous appelons de nos vœux et si oui comment ? Après les propositions extrêmement intéressantes de Jacques Sapir, voici ma contribution au débat.
La position particulière de la France
La France, comme l’Allemagne, a une position particulière en Europe. Nous sommes les deux premières puissances économiques du vieux continent. Notre voisin d’outre-Rhin est la première et nous devrions prendre cette place dans quelques décennies du fait de notre démographie. Géographiquement, nous sommes les deux pays qui sont au cœur de l’Europe, contrairement à la Grande-Bretagne, l’Espagne ou l’Italie qui sont à la périphérie.
Notre pays est sans doute celui qui est le plus important pour le projet européen, étant donné que nous avons la seule frontière physique de la péninsule ibérique, le seul lien terrestre avec le Royaume-Uni et que nous avons aussi une frontière avec l’Allemagne et l’Italie. Nous sommes le carrefour des cinq premières puissances du continent. Un marché unique n’aurait strictement aucun sens si la France n’y participait pas car nos frontières ne peuvent pas être contournées.
C’est pour cette raison qu’une France déterminée pourrait presque tout obtenir d’un coup de force vis-à-vis de nos partenaires européens. Si nous nous retirions de l’Union Européenne, le projet européen en lui-même s’effondrerait très probablement. Un ultimatum raisonnable - préservant un délai de négociation suffisant - et crédible - si nos partenaires comprenaient bien que nous quitterions l’UE faute d’accord - nous mettrait dans une position très forte.
Comment négocier une autre Europe ?
Un nouveau Président de la République élu sur un clair mandat de rupture avec la globalisation néolibérale et supranationale devrait naturellement s’emparer du sujet de la réforme de l’Europe au tout début de son mandat, dans les tous premiers jours après la formation de son gouvernement. Il devrait donner à nos partenaires un délai de un an pour négocier un nouveau traité (en partant d’une feuille blanche) et annoncer que la France quitterait l’Union Européenne en cas d’absence de résultat.
Dans un souci d’efficacité, la France aurait tout intérêt à entamer des discussions avec les grands pays européens (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume Uni et Pologne) pour essayer de parvenir à un premier accord sur des grandes lignes avec eux avant de poursuivre les négociations avec les autres pays. Je crois également qu’il serait normal et souhaitable d’avoir une discussion préliminaire avec l’Allemagne pour donner une chance au lien spécifique que nous avons avec ce pays.
Naturellement, dès l’annonce de ces discussions, un certain nombre de mesures conservatoires devraient être prises et notamment une monétisation de la dette car il est probable que les taux longs s’envoleraient. En outre, la sortie de l’euro devrait être préparée. Comme l’évoque Jacques Sapir, l’article 16 de la Constitution offre une possibilité d’agir supplémentaire. Il serait sans doute bénéfique d’utiliser également le référendum pour associer les Français à cette révolution.
Et si la négociation échoue ?
C’est une question qui doit se poser car il est possible que nos partenaires n’acceptent pas nos demandes et même que l’Union Européenne survive à la sortie de la France (même si cela me semble hautement improbable). Dans ce cas, la France pourra parfaitement poursuivre son chemin en dehors de l’Union Européenne, comme la Norvège ou la Suisse en reprenant son indépendance dans tous les domaines autrefois confiés à l’Europe.
Dans tous les cas (que l’UE explose ou non), la France devrait aussi envisager de créer un nouveau projet européen de coopérations à la carte entre Etats souverains. Nous devrions le présenter en priorité à l’Allemagne avec laquelle nous pouvons construire beaucoup étant donnée certaines proximités entre le capitalisme rhénan et notre colbertisme par opposition au modèle anglo-saxon. En cas d’échec, nous pourrions nous replier vers un projet d’Europe Latine.
Réformer l’Europe ne sera pas facile. Cela dépendra de deux choses : une volonté inflexible d’en finir avec le modèle supranational et néolibérale mais pour construire une nouvelle Europe, il faudra aussi y ajouter une envie sincère de bâtir un nouveau projet.
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : europe, jacques sapir, union européenne
25.09.2010
L’euro entraîne l’Irlande et la Grèce vers le fond
La sortie de l’euro est souvent vue comme une mauvaise solution pour relancer l’économie. Pourtant, les exemples de la Grèce et de l’Irlande montrent jusqu’à l’absurde à quel point le désir de rester au sein de la monnaie unique est une calamité pour leurs économies.
Deux pays au fond du gouffre
Les chiffres parlent d’eux mêmes. Le PIB de l’Irlande a commencé à baisser dès 2008, il s’est effondré de 7.5% en 2009 et nous venons d’apprendre qu’il a reculé de 1.2% au second trimestre (près de 5% en rythme annuel). Les mesures d’austérité sans précédent décidées par le gouvernement (une baisse du salaire des fonctionnaires de 5 à 8%) entretiennent bien logiquement la récession et pousse le pays dans une véritable dépression économique similaire aux Etats-Unis des années 30.
L’Irlande subit le même sort que la Grèce, dont le PIB devrait reculer de 10% en trois ans. Au deuxième trimestre 2010, le PIB de la Grèce a reculé de près de 7% en rythme annuel. Naturellement, le chômage a explosé dans ces deux pays. Pire, l’effondrement économique complique redoutablement les efforts de réduction des déficits pour ces deux pays, d’autant plus que la baisse de la richesse nationale augmente proportionnellement le poids de la dette…
La responsabilité de l’euro
Dans le cas de la Grèce, on peut y voir la responsabilité d’un pays qui a truqué ses comptes. Mais le cas irlandais est différent. Voilà un pays qui était le pays modèle de la globalisation néolibérale, avec des impôts faibles et une forte croissance. Son budget était en excédent et sa dette une des plus faibles d’Europe. Mais la crise nous montre que la croissance irlandaise était en partie la conséquence de taux d’intérêt trop faibles pour l’économie irlandaise, qui ont entrainé une bulle.
Non seulement l’euro a une part de responsabilité dans la crise de ces pays, mais il les empêche aussi d’en sortir. Aucun pays qui a traversé une telle crise économique n’a pu s’en sortir sans dévaluer sa monnaie ou la laisser se déprécier pour relancer sa croissance par le commerce extérieur. C’est la voie qu’ont suivi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la Suède. Mais elle est rendue impossible pour les pays faisant partie de la monnaie unique, les conduisant à une forme de suicide économique.
Sortir de l’euro pour l’Irlande ou la Grèce, ce n’est pas prendre un risque, c’est le seul moyen de relancer leur économie aujourd’hui. Et ce sera probablement le cas pour l’Espagne, le Portugal ou l’Italie demain, et la France après-demain.
Je clôturerai ma série sur l’autre Europe demain
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : irlande, grèce, euro, dévaluation, monnaie unique
24.09.2010
Une autre Europe, ma contribution
Après avoir résumé les griefs que l’on peut faire à la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui, puis considéré que l’Europe peut être utile pour la France, il est important de détailler un peu plus ce que pourrait être une autre Europe.
Une Union des Etats Européens (UEE)
Les mots ont un sens. Le passage de la Communauté Economique Européenne à l’Union Européenne marquait un virage vers plus d’intégration, en dépassant le simple cadre économique. Il est frappant de noter que dans le choix des acronymes européens, nulle référence n’est faite aux Etats, comme si la construction européenne devait forcément dissoudre les nations qui la composent. C’est pourquoi il me semble crucial que le prochain acronyme y fasse référence.
Dans la construction telle que je l’imagine, la souveraineté des Etats n’est jamais remise en question. L’UEE n’est animée que par un secrétariat (sur le modèle des Nations Unies), qui assure simplement la coordination des politiques européennes et nationales. Ce secrétariat est composé du ministre des affaires européennes de chaque pays, qui siège pour moitié dans son gouvernement et pour moitié au sein de cette nouvelle instance européenne, basée à Rome.
Ce secrétariat remplace avantageusement la Commission Européenne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la structure est beaucoup plus légère. Ensuite, il ne s’agit pas d’un embryon de gouvernement technocratique mais simplement d’un organe de coordination politique. On peut imaginer que chaque secrétaire se voit confier un domaine où il coordonne les réunions des ministres européens concernés (agriculture, finance…).
A minima, les grands pays (France, Allemagne, Italie, Espagne, Grande-Bretagne et Pologne) ont un droit de veto ou de retrait sur toute politique communautaire de manière à respecter leur souveraineté, y compris sur la question des normes. La cour de justice est supprimée puisque le droit européen n’est pas supérieur au droit national. Le parlement peut être conservé (à Strasbourg uniquement), comme une Assemblée consultative représentant les différents parlements.
Une Europe à la carte
Le deuxième changement fondamental est de passer d’une logique normative et unificatrice globale à une logique de coopérations souples et à géométrie variable. L’adhésion à l’UEE n’implique aucune obligation hormis, éventuellement une politique de développement visant à aider les pays les moins avancés ou l’adhésion à un système monétaire. Les Etats peuvent choisir un menu à la carte (monnaie, agriculture, industrie…) en fonction de leur souhait, et pour une durée déterminée.
Ainsi, chaque projet (qui peut être entrepris à 2 comme à 27) implique la création d’une agence pour une période donnée, un financement donné avec les pays volontaires. Ces agences peuvent soit fonctionner à l’unanimité, soit reconnaître, a minima, un droit de veto pour les grands pays. Ainsi, l’Europe pourrait accoucher de deux agences différentes pour développer la géothermie si les pays ne parviennent pas à se mettre d’accord. Le meilleur l’emportera.
Une telle construction présente le double avantage de parfaitement respecter les souverainetés nationales, puisque chaque pays participe à ce qu’il souhaite, et pour une durée fixe, tout en favorisant les coopérations européennes, dont l’initiative est beaucoup plus facile qu’aujourd’hui. En quelques semaines, quelques Etats peuvent lancer une initiative sur n’importe quelle question, que ce soit la réglementation bancaire ou le développement d’un successeur du Concorde.
Cette structure est également le moyen pour les grands pays d’éviter les blocages. Pour la réforme de la finance, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne peuvent seules, lancer une Zone Européenne Financière cloisonnée et bien régulée, sans avoir à faire de compromis avec le Luxembourg ou la Grande-Bretagne. La taille de cette zone lui assurerait un poids qui pousserait les autres pays à la rejoindre sous peine de rester en marge du principal marché financier européen…
Bref, ce n’est pas parce qu’on est radicalement opposé à l’Europe d’aujourd’hui ou partisan sourcilleux de la souveraineté nationale qu’il n’est pas possible d’imaginer un projet européen, mais respectueux des Etats. C’était ce que le Général de Gaulle avait tenté de faire avec le plan Fouchet…
10:55 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : europe, cee, union européenne, uee
23.09.2010
Une autre Europe : en-a-t-on seulement besoin ?
Le point sur le constat ne portait pas trop à débat. Il est assez largement partagé par les alternatifs. Mais il y a une question plus délicate : celle de l’utilité de l’Europe. Certains commencent à douter de l’idée d’Europe même, qu’ils remettent totalement en question.
Le mythe de l’impuissance des nations
C’est une des réussites de l’entreprise de démolition des Etats-nations que d’avoir fait passer le message que le monde était désormais trop vaste pour nos petites nations. Beaucoup de nos compatriotes ont fini par accepter cette théorie qui conduit inéluctablement au besoin d’Europe pour pouvoir agir sur notre destin. Pourtant, comme le soutient Frédéric Lordon « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix –entendre – pas de gouvernement du tout ».
On le voit de plus en plus, ce n’est pas le transfert du pouvoir vers de grands ensembles supranationaux qui permet une quelconque prise des citoyens sur leur vie. Au contraire, ce transfert organise leur absence d’influence sur le cours des choses. En réalité, les Etats-nations restent clairement le meilleur moyen pour les peuples d’agir sur leur destin, mais à la condition fondamentale de garder des frontières, qui leur permettent alors de garder une autonomie politique.
Par exemple, lors de la crise asiatique des années 90, la Malaisie a choisi de restaurer un contrôle des mouvements de capitaux contre l’avis du FMI. Cela lui a permis d’éviter la potion amère imposée par le Fonds aux autres pays et d’éviter un désastre économique, tout comme la Chine qui n’avait pas (et n’a toujours pas) levé toutes les restrictions aux mouvements de capitaux. Enfin, la Corée du Sud maintient des barrières assurant que 95% des voitures vendues sont produites localement.
Les cas de la Malaisie et de la Corée du Sud sont intéressants car il s’agit de pays nettement moins riches que la France, ce qui montre qu’il est parfaitement possible, encore aujourd’hui, y compris pour des pays bien intégrés dans l’économie mondiale, de mener des politiques autonomes. Mais cela est rendu possible par l’existence de frontières car il est évident qu’en abandonnant tout frontière (commerciale, humaine ou financière), alors l’Etat perd une grande partie de sa capacité d’action.
L’apport de l’Europe
Mais malgré tout, l’Europe peut apporter quelque chose à la France. En effet, plusieurs centaines de millions d’habitants pèseront toujours un peu plus que soixante-cinq, à la condition bien sûr que le grand ensemble aille dans la même direction et repose sur une véritable légitimité. Aujourd’hui, s’il serait possible d’introduire une taxe Tobin en France en restreignant les mouvements de capitaux à nos frontières du fait du montant élevé de l’épargne des Français, la finance européenne s’en remettrait.
En revanche, si la France arrivait à monter une Zone Européenne Financière avec l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, alors, c’est bien la face de la finance européenne et possiblement mondiale qui serait transformée. Bien sûr, cela ne se fera jamais avec la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui, mais l’échelle européenne apporte une possibilité d’action supplémentaire. De même, si nous voulions créer un successeur au Concorde, l’hexagone serait peut-être un peu limité.
D’un point de vue commercial, la France peut, seule, introduire de nombreux éléments protectionnistes à travers la fiscalité (TVA sociale, taxe verte…). D’un point de vue monétaire, en reprenant notre autonomie, nous pourrions également recourir à la monétisation et mener une politique conforme à nos intérêts. Mais, là encore, la coordination européenne (dans une forme radicalement différente, j’y reviendrai demain) nous permettrait sans doute d’aller plus loin.
En effet, on peut imaginer qu’il ne serait possible qu’à l’échelle du continent de revenir à des parités fixes par rapport aux grandes monnaies internationales alors que la France seule aurait du mal à le faire pour le franc. L’Europe est aussi le bon échelon pour mettre fin au privilège du dollar. De même, la mise en place d’un protectionnisme régional prenant en compte les différences salariales, si elle n’est pas impossible à l’échelle nationale, serait sans doute plus facile à une échelle continentale.
Bref, si je crois qu’aujourd’hui, pour peu que la France rétablisse ses frontières, notre pays a encore une immense capacité d’action sur son destin, je pense que l’échelle européenne peut encore nous apporter une possibilité d’action supplémentaire et qu’en cela, nous avons besoin de l’Europe.
Je reviendrai demain sur l’architecture institutionnelle de cette nouvelle Europe.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : europe, frontières, protectionnisme
22.09.2010
Une autre Europe : pourquoi ?
Un débat s’est engagé au sein de la blogosphère alternative et républicaine sur la manière dont la France peut reprendre son destin en mains, notamment vis-à-vis de l’Europe. Malakine et Yann ont trouvé les dernières propositions de Jacques Sapir un peu timides. Voici ma contribution.
J’avais initialement prévu de traiter du comment réformer l’Europe, mais, au final, j’ai trouvé difficile de parler du moyen de changer l’Europe sans expliquer ma vision et donc in fine de mon analyse des carences de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, mais aussi de son utilité. C’est pour cela que je vais traiter le sujet en plusieurs articles qui seront donc publiés sur quelques jours.
Une Europe anti-démocratique
Le premier problème posé par l’Europe est une tendance peu démocratique, récemment illustrée par le refus de prendre en compte le vote de la France et des Pays-Bas sur le TCE : à quoi servait-il de faire voter les peuples si c’était pour ignorer leur vote par la suite ? Pire, cette tendance se retrouve dans la construction institutionnelle de l’Union Européenne qui donne de très larges pouvoirs à des organisations technocratiques très indépendantes : la Commission et la BCE.
Globalement, transpire de cette construction européenne le sentiment que les élites savent bien ce qu’il faut faire et que le peuple est trop bête pour comprendre ces questions et qu’au final, il n’est pas mauvais d’isoler de plus en plus de décisions des bas instincts populaires. C’est ainsi qu’une même majorité domine le parlement européen depuis 1979, unissant sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens dans une organisation que l’on pourrait qualifier au mieux de post démocratique.
Une Europe fédéraliste
En outre, l’embryon d’état européen ne cesse de vouloir dépecer l’autorité et les pouvoirs des Etats-nations, les seuls encore à même de remettre en question la montée en puissance de cet échelon européen supranational, comme l’illustrent les velléités de mise sous tutelle des budgets. Parallèlement, l’Europe semble intéressée par l’émancipation des régions. Il faut dire que ce ne sont pas les régions qui pourraient demain remettre en cause les autorités européennes…
Plus globalement, si le débat entre construction confédérale ou fédérale n’a pas été clairement tranché, la construction de l’Europe incorpore de plus en plus d’éléments fédéralistes. Et cela limite de plus en plus la capacité d’action des Etats, qui apparaissent de plus en plus impuissants, renforçant alors la tentation fédéraliste… Il est parfaitement anormal qu’un débat clair n’ait pas été mené sur cette question pourtant fondamentale et que seuls les peuples sont aptes à trancher.
Une Europe néolibérale
Enfin, tout ce petit monde se rejoint la plupart du temps pour promouvoir un agenda volontiers néolibéral qui a abouti à une déréglementation générale (commerce, monnaie, services publics…) depuis vingt cinq ans. D’ailleurs, pour bien éviter que les peuples ne puissent pas remettre en cause les politiques ainsi décidées, les traités sont truffés d’un agenda politique à sens unique, évitant toute remise en question trop profonde, alors que ces traités devraient se limiter à des questions institutionnelles.
Même si les résultats économiques de l’Europe étaient excellents, la voie que nous prenons depuis vingt cinq ans n’est pas acceptable. Les Etats ne devraient pas se voir imposer de libéraliser certains services publics, au mépris du choix des peuples lors des élections nationales. Et le pire est que cet agenda a provoqué des résultats désastreux puisque l’Europe est en panne de croissance depuis dix ans, qu’un chômage de masse subsiste en partie du fait d’une désindustrialisation accélérée.
Le bilan de l’Europe de l’Acte Unique au traité de Lisbonne est catastrophique : anti-démocratique, fédéraliste, et dogmatiquement néolibérale. Mais est-ce à dire qu’il faut oublier toute idée d’Europe. Est-ce l’idée d’Europe qui est viciée ou seulement son exécution actuelle ?
11:08 Publié dans Actualités, Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : jacques sapir, construction européenne, malakine, yann
21.09.2010
Globalisation néolibérale : la stratégie de Jacques Sapir pour en sortir
C’est un événement : Jacques Sapir vient de publier la conclusion de son prochain livre, qui devrait s’appeler « La déglobalisation », sur le blog de Bertrand Renouvin. Petit point sur ses propositions et les premières réactions de Malakine et Yann.
Un discours profondément politique
Ce texte propose une analyse globale de la situation, des mais aussi des idées pour les mettre en place. En cela Jacques Sapir signe une conclusion très politique. L'auteur du "Nouveau 21ème siècle" semble avoir signé un livre d'une grande importance. Bien sûr, la plupart des constats que vous pourrez lire rappellent ses précédents écrits ou ceux d'autres auteurs alternatifs, mais ce texte présente un intérêt très particulier. Tout d'abord, il propose une analyse systémique, conjuguant finance, monnaie et commerce là où la plupart des auteurs se focalisent en général sur un seul des trois domaines. Ensuite, il réfléchit à la possibilité de mettre en œuvre ses idées, au lieu de s'arrêter à les énoncer.
Je ne vais pas faire un résumé de ses papiers, que je vous invite surtout à aller lire. J’ai particulièrement apprécié le début de la troisième partie selon le découpage de Marianne 2, où Jacques Sapir précise bien utilement que la priorité des priorités est sociale, la lutte contre le chômage. En ces temps où le Parti "Socialiste" est incapable de proposer quoique ce soit de crédible pour lutter contre le cancer qui ronge tant de sociétés, il est extrêmement positif de le voir rappeler. Le thème du progrès social est infiniment juste. Si nous devons mettre à bas la globalisation néolibérale, c'est parce qu'elle engendre un recul social inacceptable pour une majorité de la population des pays développés.
En cela, Jacques Sapir se révèle un vrai politique, un peu comme le Général de Gaulle dans les années 1930, dont les analyses militaires allaient bien au-delà de sa simple discipline et savait embrasser les enjeux dans leur globalité. Il part du principe très juste que l'Union Européenne telle qu'elle est aujourd'hui ne permettra aucune réforme. Il ne se contente pas d'évoquer le rapport de force que la France pourrait imposer à ses partenaires pour construire un nouveau projet européen mais propose des mesures concrètes : l'utilisation de l'article 16 de la Constitution ou la réquisition de la Banque de France pour qu'elle fasse des avances de trésorerie en euros. Oui, Jacques Sapir a de l'audace.
Débat autour de la sortie de l'Union Européenne
Malakine et Yann ont d'ors et déjà répondu à ce texte en regrettant un certain manque de radicalisme, et un attachement trop important à l'Europe. C'est le discours de beaucoup d'alternatifs. Mais cette fois-ci encore, je crois que la critique est trop dure. Parce que quitter l'Union Européenne unilatéralement, c'est aussi quitter l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, un tel geste risquerait de rendre compliquées des coopérations qui pourraient tout de même beaucoup nous apporter dans de nombreux domaines (réforme de la finance, coordination monétaire, politique industrielle). S’il faut être réellement prêt à quitter l'UE, sans quoi nous n'obtiendrons rien, cela n'est pas un objectif pour moi. L’objectif est une réforme radicale.
A titre personnel, je crois qu’un nouveau Président de la République pourrait donnait un an à ses partenaires pour négocier un nouveau traité en partant d’une feuille blanche car il est illusoire de vouloir obtenir quoique ce soit en réformant les traités existants. La France annoncerait son départ automatique de l'Union Européenne si les négociations échouent et prendrait immédiatement des mesures conservatoires dans cette éventualité. Et là, les idées de Jacques Sapir complètent mon scénario. Il est évident que pour aboutir à quelque chose, il faudrait sans doute mener des négociations particulières avec un collège de grands pays (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni et Pologne).
Bien sûr, il est possible que nous ne parvenions pas à un accord avec certains pays. Un retour à la nation et la destruction de l'embryon d'Etat européen devraient plaire à la Grande-Bretagne, mais il est difficile d'imaginer que le pays de la City accepte la création d'une Zone Européenne Financière très encadrée. Cela pourrait donc se faire dans le cadre de coopérations réunissant seulement une partie des pays (l'Europe à la carte). D'un côté l'Allemagne, berceau du capitalisme rhénan et farouchement attachée à sa souveraineté, pourrait être intéressée par cette nouvelle construction mais la direction prise depuis quelques temps incite à beaucoup de prudence. Du coup, l’alternative pourrait être l’Europe latine de Malakine.
Merci donc à Jacques Sapir pour cette nouvelle contribution importante au débat sur la réforme du système économique. Après une phase concentrée sur le « quoi ? », il est particulièrement encourageant de voir le débat glisser sur le « comment ? » !
Demain, ma contribution au débat sur le « comment ? »
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : jacques sapir, déglobalisation, malakine, yann
20.09.2010
L’Europe, bisounours monétaire
En deux jours, Le Monde vient de publier deux papiers sur les questions monétaires, l’un centré sur la Chine, l’autre sur l’intervention de la Banque du Japon pour faire baisser le yen. Mais dans cette anarchie monétaire, l’Europe semble bien passive…
L’anarchie monétaire
Le Monde n’a pas totalement tort quand il décrit ce climat de guerre monétaire entre les pays pour avoir une parité compétitive et favoriser ses exportations. Beaucoup de pays ont une véritable politique de change visant à soutenir leur croissance et l’emploi. Cela fait partie des statuts de la Fed, et dès les premiers signes de la récession à venir en 2008, la banque centrale étasunienne avait agi vigoureusement pour soutenir la croissance en baissant rapidement les taux (faisant donc baisser le dollar), retardant le démarrage de la récession au 3ème trimestre 2008, trois mois plus tard qu’en Europe.
C’est également le cas de la Chine qui pilote le cours de sa monnaie, le seul grand pays à encore refuser de la laisser flotter. En revanche, le quotidien du soir exagère un peu quand il sous-entend que le Japon pratique une guerre monétaire. En effet, le pays du soleil levant est confronté à une appréciation de sa monnaie sans rapport avec sa vraie valeur et un yen surévalué pourrait maintenir le pays dans la déflation. Du coup, l’action des autorités sur le marché des changes peut être considérée comme légitime étant donné qu’elle ne vise pas à entretenir une sous-évaluation du yen mais éviter sa surévaluation.
L’Europe, dindon de la farce
La zone euro, elle, se retrouve à subir passivement les aléas des politiques monétaires des autres grandes puissances économiques puisque nous n’avons aucun objectif de cours pour l’euro. Alors que l’Union Européenne est la première puissance économique du monde, rien n’est fait pour mener une politique monétaire destinée à soutenir la croissance et l’emploi. C’est ainsi que nous avons subi la politique étasunienne et britannique de dépréciation compétitive avec passivité, nous contentant de regarder les emplois quitter nos pays pour aller en Europe de l’Est ou en Asie.
Il est proprement hallucinant que les dirigeants européens ignorent à ce point les conséquences délétères de la politique monétaire de la BCE et ne cherchent pas à faire quelque chose. La seule solution pour la France est de retrouver son indépendance monétaire afin de défendre ses intérêts. Mais il serait également nécessaire de remettre en place un Système Monétaire International, comme avant 1971, de manière à ce que les Etats puissent agir de manière concertée et ne pas laisser les parités monétaires aux mains des marchés et des Etats qui ont encore les moyens et la volonté d’agir.
Les fluctuations monétaires sont acceptables quand elles permettent d’adapter le cours d’une monnaie à la réalité économique de son pays. En revanche, l’anarchie monétaire actuelle est une calamité, notamment pour une Europe qui a choisi une passivité incompréhensible.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bce, euro, smi



