31.10.2010

Faut-il critiquer les journalistes ?

Mon papier de vendredi sur la stratégie de Jean-Luc Mélenchon a déclenché une belle polémique sur Agoravox, où il a été repris et ici. Il a été pris comme une agression à l’encontre du président du parti de gauche alors que ce n’était absolument pas mon propos.

Jean-Luc Mélenchon, excessif mais estimable

Avant d’aborder la question des journalistes, je crois qu’il est important de revenir sur cette figure de la gauche Française. Je ne suis pas hostile à Jean-Luc Mélenchon. Il y a même un certain nombre de convergences programmatiques entre nos partis, y compris sur des points importants comme la remise en cause de la loi de 1973, le rejet de la liberté de circulation des capitaux ou la critique de la construction européenne.

A titre personnel, je peux même dire qu’il est l’un des rares hommes politiques que j’estime car il semble avoir de vraies convictions (ce qui est rare aujourd’hui) et ne va pas à la soupe. Surtout, qualité peu commune (et que je retrouve chez Nicolas Dupont-Aignan), il me semble se soucier profondément et sincèrement du destin collectif de la France et des Français et ressentir physiquement la détresse de bon nombre de nos compatriotes aujourd’hui.

Après, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, loin de là (même s’il semble s’orienter vers une démarche plus souverainiste dernièrement). Je ne suis pas anticapitaliste comme il se qualifie. Je crois à une économie de marché encadrée par l’Etat pour éviter l’anarchie et assurer que le développement se fait au profit de tous. Mais je crois aussi que la liberté économique peut beaucoup apporter. Et, sujet du jour, je crois que ses attaques contre les journalistes sont une erreur.

Des attaques souvent injustes et improductives

Tout d’abord, aujourd’hui, tous les partis politiques critiquent les médias, les accusant pêle-mêle,  d’être orientés, de mal traiter l’information, de les ignorer… Le PS, avec Martine Aubry, se montre très critique, comme l’UMP depuis que Nicolas Sarkozy est devenu impopulaire. François Bayrou en a fait son fond de commerce pendant un temps. Du coup, ce discours est d’une banalité affligeante. En outre, il est souvent nombriliste et n’intéresse guère les Français.

De plus, il est en bonne partie injuste. Il faut rappeler que les règles de notre pays ne donnent qu’un tiers du temps de parole à l’opposition. Du coup, un parti qui pèse 4% des voix n’a droit qu’à 2% du temps de parole global en suivant les règles. La discrétion médiatique d’un parti est souvent relativement proportionnelle à son poids électoral. De plus, les journalistes travaillent aussi avec leurs contraintes, dans un métier rendu plus difficile par la crise violente du modèle économique des médias.

Pour toutes ces raisons, je crois que les attaques contre les journalistes sont improductives. Nous devons d’autant plus les éviter que tout le monde tient ce discours et que si c’est ce qui passe dans les médias, cela parasitera le message beaucoup plus important que nous souhaitons passer, à savoir le combat contre la globalisation néolibérale et supranationale. En outre, comment susciter la moindre bienveillance d’une profession en perdant notre temps dans des attaques souvent injustes ?

C’est pourquoi je crois que le virage stratégique de Jean-Luc Mélenchon est une erreur. Les journalistes ne font pas plus mal leur métier que les autres. En les attaquant, nous perdons du temps qui pourrait être consacré à défendre nos idées et nous nous cantonnons dans un registre protestataire et caricatural.

30.10.2010

L’Europe hors-sujet

L’ensemble du continent affronte une crise sans précédent depuis quatre vingt ans : chômage, endettement, déficits, et plans d’austérité jamais vus. L’Europe devrait essayer de venir en aide aux pays pour les aider dans des circonstances aussi difficiles. Que nenni !

Toujours plus de sanctions !

C’est devenu la priorité du moment : sanctionner les pays qui font des déficits. Bien sûr, la Grèce a trafiqué ses comptes, mais il est incroyable que ce sujet ait pris tellement d’importance dans les agendas continentaux. Les déficits actuels sont surtout le produit de la plus grave crise économique depuis quatre-vingt ans. A quoi auraient servi ces règles imbéciles pour un pays comme l’Espagne qui avait un excédent avant la crise ? Faudrait-il lui retirer aujourd’hui son droit de vote ?

C’est d’autant plus ridicule que la crise ibérique est en grande partie la conséquence du passage à une monnaie unique, qui a imposé des taux trop bas, et donc encouragé un endettement excessif alors qu’un maintien de la peseta (avec des taux plus élevés) aurait pu sans doute éviter cette débacle. Nous sommes face à des déficits conjoncturels et la réponse de l’Europe devrait être de chercher à trouver des moyens d’accélérer la croissance économique du continent.

Mais non, le délire normatif et bureaucratique de cette construction européenne la pousse à vouloir créer des règles absurdes. Un minimum de recul permet de comprendre qu’elles n’auraient strictement servi à rien avant la crise que nous venons de traverser. Ce ne sont pas des sanctions arbitraires qui auraient permis de limiter les déficits de l’immense majorité des pays. Encore une fois, l’Europe est hors sujet, ignorant chômage et croissance faible, qui sont les véritables problèmes.

Toujours plus de pouvoir

Tout ceci illustre aussi la soif toujours plus grande de pouvoir de cette Europe qui cherche en permanence à prendre le dessus sur les Etats et se poser en autorité supérieure. Et alors que la Commission demande des efforts sans précédent aux pays, elle ne voit même pas la contradiction qu’il y a à demander une augmentation du budget européen de 6% l’an prochain ! Et que dire de la procédure ubuesque de la Commission contre la France sur le bouclier fiscal et l’ISF ?

J’ai été amené cette semaine à participer à une émission de France 24 sur la création officielle du service diplomatique européen. En fait, il existait déjà puisque la Commission possède des représentations dans de nombreux pays pour des projets d’aide. Mais il est proprement sidérant de voir à nouveau qu’une coûteuse diplomatie européenne parvient à se créer alors que la règle de l’unanimité existe sur ce sujet. A quoi peut bien servir une diplomatie sans décideur à sa tête ?

Comme d’habitude, la construction européenne procède par petits pas. Aujourd’hui, on créé un corps diplomatique. Demain, devant son inutilité, on demandera de passer à la majorité sur ces questions pour justifier son existence, comme cela a été fait sur l’euro. On voit ici la logique perverse d’un projet européen qui fait passer des morceaux de décisions (dans des circonstances en outre très contestables avec le TCE) dont on nous dit qu’ils en nécessitent d’autres ensuite.

Tout ceci illustre à nouveau la déconnexion profonde de ce projet européen avec les préoccupations des citoyens des pays du continent. Ses élites cherchent à imposer une vision fédérale en pratiquant une politique de petits pas et de faits accomplis aussi malhonnêtes qu’anti-démocratiques.

29.10.2010

Jean-Luc Mélenchon suit-il la bonne stratégie ?

La question pourra paraître surprenante tant le chef du Parti de Gauche s’impose dans les médias et également comme présidentiable en vue de l’élection de 2012. Cependant, il ne faut pas confondre la force du bruit produit avec sa pertinence.

Une stratégie qui maximise le bruit

On parle de plus en plus de Jean-Luc Mélenchon. Ses fréquentes foucades contre les journalistes arrivent même au paradoxe de faire parler de lui en son absence. Il faut dire qu’il les multiplie depuis six mois entre sa critique d’un jeune journaliste qui lui posait une question sur les maisons closes, les qualificatifs de « larbin » et « salaud » employés contre David Pujadas ou l’expression de « perruches et métronome » pour parler de trois journalistes femmes reçues par Michel Denisot.

A priori, cette stratégie peut sembler habile. En effet, les journalistes ne sont pas forcément très appréciés et devenir leur tête de turc présente l’avantage de faire (beaucoup) parler de soi. En outre, comme le souligne Marianne, ces attaques peuvent le servir en renforçant son statut de défenseur du peuple contre les élites politico-médiatiques. Cette posture, sur laquelle François Bayrou a joué en 2007, le place au centre du jeu politique et pourrait l’amener à un beau score en 2012.

Une stratégie à double tranchant

Mais comme le souligne Marianne, le « coup de gueule permanent », s’il permet de faire du bruit, n’est pas sans limite et peut parfois lui permettre de se passer de « délivrer un message cohérent et constructif ». Pire, même s’il délivre parfois un tel message, il y a fort à parier que seules ses foucades parviennent aux oreilles des citoyens. Cela pourrait bel et bien le réduire à une sorte de chroniqueur politique qui défend les petits contre les puissants, sans perspective d’arriver au pouvoir.

Bref, en multipliant les déclarations cinglantes, Jean-Luc Mélenchon pourrait au final devenir un autre idiot utile du système (au même titre que le Front National ou le NPA), c'est-à-dire un leader qui capte une part importante de l’électorat sans espoir de devenir une véritable alternative de gouvernement du fait d’un discours, qui, s’il séduit fortement une partie de l’électorat, prend le risque d’être trop réduit à ses excès pour être une alternative crédible de gouvernement.

Une leçon pour les alternatifs ?

La situation des candidats alternatifs (DLR, MRC, PG) est très compliquée. D’un côté, nous avons le besoin d’émerger médiatiquement, ce qui est grandement facilité par des déclarations fracassantes et très critiques, qui retiennent davantage l’attention. Mais de l’autre, on peut se demander si le fait d’être réduit à des foucades, qui peuvent être vues comme excessive par la majorité, ne fait pas de nous les idiots utiles du système qui divertissent sans pouvoir rien changer.

La difficulté est d’autant plus grande que la plupart des militants apprécient beaucoup les déclarations tonitruantes qui sont prises comme de la sincérité et l’illustration nécessaire des souffrances d’une grande partie de la population. Une trop grande modération peut être interprétée comme un manque de conviction ou une faiblesse. Pourtant, un discours plus policé est aussi le moyen de convaincre d’autres citoyens et de pouvoir un jour rassembler une majorité derrière nos idées.

Les foucades de Jean-Luc Mélenchon plaisent sans doute beaucoup à une minorité de l’électorat, mais s’il s’enferme dans un tel registre, il est probable qu’il ne pourra jamais convaincre une majorité de Français de l’envoyer à l’Elysée. D’ailleurs, il ne donne pas vraiment l’impression qu’il en a réellement envie et on peut se demander si son rôle de chroniqueur alternatif et vitupérant de la vie politique ne représente pas pour lui l’horizon indépassable et même souhaitable de sa carrière.

La stratégie actuelle de Jean-Luc Mélenchon est sans doute très efficace pour émerger médiatiquement. Mais en se cantonnant dans un rôle de critique acerbe du pourvoir au détriment de sa capacité de proposition, il risque de se transformer en nouvel idiot utile du système…

28.10.2010

Tarifs EDF : le symbole de la faillite d’une politique

Hier matin, François Baroin, ministre du budget, a confirmé la prochaine et nouvelle hausse des tarifs d’EDF, sous couvert cette fois du Grenelle de l’Environnement. En cinq mois, les tarifs auront progressé de près de 7%, pour le plus grand bonheur de la bourse et des actionnaires

Pourquoi les prix montent

Cette nouvelle hausse des tarifs donne raison à Pierre Gadoneix, ancien patron d’EDF, qui avait demandé mi-2009 une augmentation des tarifs de 20%, précipitant sa chute et son remplacement par un proche du président. Les raisons invoquées pour les hausses de tarif sont toujours relativement nobles : investissement pour financer le parc nucléaire, compensation pour le rachat d’électricité photovoltaïque auprès des ménages ou des entreprises.

Mais ce discours politiquement correct camoufle d’autres raisons : le besoin de financer le rachat d’entreprises étrangères, le financement de dépenses de communication en hausse du fait de la libéralisation, la compensation de la perte subie par la vente en gros d’électricité aux nouveaux acteurs ou enfin le besoin d’augmenter les profits pour plaire à la bourse. On en arrive à la situation où les consommateurs paient pour subventionner la libéralisation !

Rupture de service public

Quand on pense que les partisans de la libéralisation des services publics affirment que la déréglementation doit se faire au bénéfice des consommateurs, par des prix plus bas. On constate bien tous les jours qu’il s’agit d’une fumisterie qui ne correspond en rien à la réalité. Comme le rapporte la Dépêche, le projet de libéralisation (acceptée par les socialistes) aboutit à une accélération de l’augmentation des prix d’EDF, sans aucun bénéfice pour le consommateur final.

La libéralisation du marché de l’énergie va mettre fin à l’exception Française d’un service public de qualité, universel et à bas coût. C’est un nouveau cas d’école qui démontre que le dogmatisme néolibéral de la Commission Européenne ne se fait pas au bénéfice de l’intérêt général. Il ne profite qu’à la bourse et aux actionnaires. Ces hausses de prix sont d’autant plus surprenantes que le groupe EDF a dégagé quatre milliards de résultats net en 2009…

Cette nouvelle hausse des tarifs démontre à nouveau toute la perversité de la libéralisation des services publics voulues par Bruxelles et soutenue par le PS et l’UMP. Merci à Nicolas Dupont-Aignan d’en avoir souligné toute l’injustice dans un papier bien senti.

27.10.2010

Le grand bluff de l’enfer fiscal Français pour les riches

C’est une des marottes du Figaro que de vouloir faire croire à ses lecteurs que la France serait un pays quasiment communiste tellement les personnes à haut revenu seraient mal traitées, provoquant un exode massif. Une présentation complètement biaisée de la réalité.

Un paradis pour millionnaires ?

Bien sûr, à première vue, avec notre Impôt Sur la Fortune, un niveau de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques parmi les plus élevés du monde et une solide tradition égalitaire qui dérive parfois jusqu’à un racisme anti-riches, la France peut paraître un pays hostile aux personnes fortunées. Mais quelques données donnent un regard totalement différent. En effet, une étude du Crédit Suisse place la France au 3ème rang mondial pour le nombre de millionnaires.

La France compte 9% des millionnaires de la planète, loin derrière les Etats-Unis (41%) mais à peine derrière le Japon (10%), et devant l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne (5-6%) et la Chine (3%). Cette étude contredit totalement les idées préconçues sur l’hexagone. Il faut dire que l’exode supposé des personnes fortunées est un mythe : pas plus de 0.1% des ménages payant l’ISF partent chaque année et cela peut être attribué à des expatriations au sein de nos nombreuses multinationales…

Une fiscalité à double tranchant

Si notre fiscalité est plus lourde que la moyenne, notre taux marginal d’impôt sur le revenu, à 40%, est dans la moyenne, et inférieur aux 45% britannique. Une étude de KPMG cité par The Economist montre qu’une personne gagnant cent mille euros par an paie 35% d’impôt en France (IR et cotisations sociales), soit moins qu’en Italie, en Suède, en Inde ou en Allemagne (mais plus qu’en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, où il faudrait cependant ajouter certaines assurances privées).

En outre, ces études théoriques ignorent un phénomène important : les niches fiscales. La revue Alternatives Economiques avait montré il y a quelque temps que de leur fait, notre fiscalité effective est dégressive passée un certain niveau de revenus (le taux d’imposition réel, après déductions fiscales, diminue paradoxalement avec la croissance du revenu). En outre, le bouclier fiscal a nettement réduit une fiscalité marginale, qui pouvait parfois être excessive il est vrai.

Loin d’être un enfer fiscal, la France semble au contraire être relativement attirante pour les personnes riches. Et si notre art de vivre y est sans doute pour beaucoup, notre fiscalité ne semble pas être si décourageante que cela, surtout dans un monde sans frontières…

26.10.2010

Quand The Economist soutient Jérôme Kerviel

Il y a quelques jours, le verdict du procès de Jérôme Kerviel, en fixant le montant des dommages et intérêts à 4,9 milliards d’euros, avait provoqué une grosse polémique. Même The Economist souligne les limites de ce jugement dans un récent papier.

Un jugement à sens unique

Soyons clair, l’hebdomadaire ne nie pas la culpabilité du « trader véreux » comme ils l’écrivent. Cependant, ils soulignent que « la sentence est dure ». L’article soutient que « la somme dénie son argument selon lequel la banque partage une partie de la responsabilité de ses placements parce qu’elle n’avait pas agi de la sorte quand ses positions étaient positives. Heureusement pour la Société Générale, cela rend plus difficile pour ses actionnaires de la poursuivre ».

The Economist se montre plus sévère en soulignant « son faible contrôle qui a permis à un employé relativement jeune de faire des paris supérieurs en montant à la capitalisation de la banque » et rappelle l’amende infligée par l’autorité britannique de régulation des services financiers pour des faiblesses de suivi… Enfin, le magazine souligne le problème de la rémunération des traders, qui gagnent beaucoup s’ils font les bons paris mais perdent peu en sens inverse…

Un jugement alternatif

J’ai beaucoup débattu avec un commentateur du blog sur ce jugement. C’est pourquoi je tiens à clarifier ma position. Je crois qu’il est a priori parfaitement juste que Jérôme Kerviel ait écopé d’une peine de prison. Après tout, le procès semble avoir démontré qu’il a truqué et manipulé sa banque pour pouvoir faire des placements tellement énormes qu’ils menaçaient l’existence même de la Société Générale et en partie le système financier Français et européen.

Cependant, je crois que le sens de ce jugement, en attribuant en dommages et intérêts l’ensemble des pertes réalisées, n’est pas juste car il exonère la banque de toute responsabilité, comme le souligne The Economist. Bien sûr, il n’est pas anormal d’attribuer des dommages et intérêts, mais ils auraient du être nettement inférieurs à la totalité des pertes car la Société Général avait une part de responsabilité dans le fait qu’un de ses employés pouvait jouer avec le montant de ses fonds propres.

Oui, Jérôme Kerviel est coupable. Oui, il est juste qu’il fasse de la prison pour son comportement. Mais non, il n’est pas le seul et unique responsable. Une banque qui a des dizaines de milliers d’employés devrait être en mesure d’éviter de telles dérives et porte donc une part de la responsabilité.

25.10.2010

La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire

Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.

Un G20 toujours aussi vain

Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…

Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…

Une zone euro totalement passive

D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.

Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.

Que faire ?

La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.

Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.

Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.

24.10.2010

Réforme des retraites : UMP – PS, zéro partout

Le Sénat a voté vendredi la réforme des retraites. Il semblerait que la réforme ait de grandes chances de passer, même si les manifestations et blocages actuels incitent à la prudence. Une immense occasion perdue de véritablement réformer notre système et d’en débattre ouvertement.

Une opposition malhonnête

Le débat sur la réforme des retraites est pitoyable. Sans cesse, les syndicats et le parti socialiste ont menti ou présenté les choses de manière injuste. On peut commencer par le comptage totalement farfelu du nombre de manifestants : Canal Plus et Médiapart ont montré que même les estimations officielles sont légèrement optimistes. Il n’y a jamais eu beaucoup plus d’un million de manifestants, ce qui ne retire pas tant que cela à la force de la mobilisation.

Le PS a aussi démontré sa mauvaise foi en se lamentant sur le sort des carrières longues ou difficiles. Alors qu’il n’a rien fait pour ces personnes pendant les quinze années où il a été au pouvoir, comment peut-il critiquer un gouvernement qui prend des mesures pour compenser ceux qui ont eu des carrières pénibles ou précoces ? Et comment ne pas constater les contradictions d’un parti qui accepte l’allongement de la durée de cotisation mais pas le report de l’âge de la retraite ?

Une fausse réforme

Mais le gouvernement n’est pas en reste. Il est risible de voir les ministres défendre cette réforme en affirmant sans rire qu’elle sauve littéralement le système de retraite par répartition ou de voir Benjamin Lancar interpeller sérieusement les jeunes en disant que cette réformette assure leur retraite future. Dans la réalité, les déficits devraient perdurer jusqu’en 2017 et continuer après 2019, le tout avec des hypothèses de taux de croissance et de taux de chômage irréalistes.

Bref, cette réforme n’est qu’une réformette qui ne résout rien et qui imposera d’autres réformes dans les années à venir. Elle n’est qu’un symbole destiné à rassurer les marchés et une posture politicienne dont Nicolas Sarkozy espérait tirer parti sur la foi des sondages du printemps où les Français semblaient accepter le report du départ de l’âge de la retraite. Le seul objet de la réforme était de souder l’électorat de droite et d’affaiblir la gauche, mais le piège s’est refermé sur son initiateur.

Cette réforme de retraite restera dans les annales de la Cinquième République comme un épisode où les Français auront pu assister à une course de vitesse de mauvaise foi entre la majorité et l’opposition. D’où le rejet du système qui s’exprime dans les manifestations.

23.10.2010

Nicolas Sarkozy : une main molle dans un gant de fer

Comme le disait Nicolas Dupont-Aignan lors des universités de rentrée de Debout la République, nous avons affaire à une « présidence crocodile, grande gueule et petits bras ». Le président de la République irrite sans obtenir grand chose, notamment vis-à-vis de l’Europe.

Deux charges justes, mais un peu vaines

Cette semaine, nous avons eu droit à deux sorties très critiques à l’égard de la Commission Européenne. Bruno Le Maire était sur le plateau de Canal Plus. S’il a très clairement indiqué qu’il soutiendrait le président sortant même si Dominique de Villepin se présentait, il a également violemment critiqué les instances européennes, et leur ignorance de la souffrance des agricultures. Mais, même s’il parle bien et juste, rien n’a véritablement changé pour les agriculteurs en trois ans et demi.

L’autre sortie de la semaine est à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy qui a ironisé sur la fin de la procédure d’infraction de la Commission sur la question des Roms en France. Mais au final, même s’il a fait un esclandre (qu’il a curieusement nié) lors d’un conseil européen, le président de la République n’a même pas obtenu de véritables excuses publiques de Viviane Reding, qui a seulement exprimé des regrets sur l’interprétation de ses propos, qui étaient pourtant totalement abusifs.

Un problème de méthode

Bref, et notamment dans le cadre européen, le président semble incapable d’obtenir quoique ce soit. Il disait vouloir un « mini traité limité aux questions institutionnelles et tenant compte du ‘non’ », il signe un TCE bis. Il veut une Union de la Méditerranée, il accepte la création d’un machin inutile qui incorpore des pays riverains de la mer Baltique… En fait, Nicolas Sarkozy brasse beaucoup d’air, s’attribue beaucoup de mérites, mais quand on gratte, il cède beaucoup et obtient peu.

Le président réussit paradoxalement à beaucoup irriter nos partenaires, l’Allemagne en tête, tout en lui cédant sur la plupart des sujets (hormis sur le plan de soutien à la Grèce, où il a bénéficié du soutien d’une grande majorité des autres pays de l’Union Européenne). La réforme des retraites en est un autre exemple où il provoque un conflit social dur pour une réformette qui n’assure en aucun cas le financement de nos retraites pour les années à venir.

La prise de recul qui devrait intervenir lors de la campagne de 2012 risque d’être très cruelle pour le président de la République. Les Français comprendront encore plus clairement que créer des conflits, ce n’est pas réformer, loin de là.

22.10.2010

Comment l’anarchie commerciale a cassé la croissance des pays occidentaux

Dans la pensée unique, bien illustrée par l’éditorial d’Axel de Tarlé ce matin sur Europe 1, l’Allemagne serait un modèle économique, les exportations le but que toute économie devrait se fixer. Pourtant, l’anarchie commerciale est en train de détruire le potentiel de croissance des pays occidentaux.

Le contre-exemple Allemand

Beaucoup d’analystes ont décidemment la mémoire courte. Il suffit que l’Allemagne enregistre une croissance très forte en 2010 pour qu’ils décrètent sans le moindre recul que c’est le modèle à suivre. Comment ne pas être frappé par tant de bêtise ! Oublient-ils qu’en 2009, ce « modèle » a vu son PIB reculer de 5%, ce qui signifie que sur la période 2009-2010, la richesse nationale de la France aura moins reculé que celle de son vertueux voisin d’outre-Rhin ?

Mais surtout, un examen de statistiques un peu longues donne une perspective totalement différente. De 2000 à 2009, le PIB Allemand a cru de 0.8% par an (1.5% en France…). Seule l’Italie a fait moins bien avec une croissance d’à peine 0.5%. Et si le chômage est nettement plus faible outre-Rhin, il faut aussi le voir comme la conséquence d’une économie grosso modo 20% plus importante que la France mais qui compte 20% d’enfants de moins. La démographie joue un rôle.

L’Allemagne n’est pas un modèle et comme le souligne Jacques Sapir, elle est devenue un problème pour l’Europe. Son modèle de croissance, basé sur les exportations, comprime les salaires, qui stagnent. Pire, il ne tient que parce que les autres pays européens ne l’ont pas adopté. Si tout le monde suivait l’Allemagne, le continent européen s’enfermerait dans la dépression. Et surtout, comment peut-on affirmer que l’absence de progrès social pour 90% de la population est un modèle ?

Les conséquences de l’anarchie commerciale

Ce contre-exemple Allemand a au moins le mérite de montrer les conséquences délétères d’un modèle de croissance basée sur le commerce. Même si je ne partage pas complètement ses conclusions, Malakine a fait un papier très intéressant sur l’emploi. Il y distingue quatre types de secteurs économiques : le public, les services domestiques non soumise à la concurrence, l’économie productive domestique non soumise à la concurrence (BTP notamment) et l’économie productive soumise à la concurrence.

Tout le problème est que les écarts de salaires entre pays en voie de développement et pays développés ne sont absolument pas proportionnels aux écarts de productivité, contrairement à la mythologie néolibérale (sinon, on ne voit pas pourquoi il y aurait des délocalisations, étant donnés les coûts de transport). L’existence d’écarts très grands de salaires (de 1 à 20) sans mécanisme régulateur produit forcément un transfert des emplois vers les zones de bas salaires.

En outre, cela met une forte pression sur les salaires (comme le montre le cas de l’Allemagne), condamnant cette partie de l’économie des pays développés à la décroissance. Pire, la partie de l’économie ouverte à la concurrence est en croissance rapide, comme le montrent les délocalisations de certains services (centres téléphoniques, services bancaires…). La décroissance de ces secteurs créé des déficits qui pousse l’Etat à réduire ses dépenses, réduisant plus encore notre potentiel de croissance.

Bien sûr, les néolibéraux utilisent la baisse du prix de certains produits pour montrer les bénéfices de l’ouverture commerciale. Mais ce raisonnement est faux : la compression des salaires a été plus forte que la compression des prix, comme le montre la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires presque partout. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les ménages n’ont réussi à maintenir leur pouvoir d’achat qu’au prix d’un recours massif au crédit.

La réalité de l’anarchie commerciale c’est une baisse du prix de certains produits, mais ce sont surtout des délocalisations massives, du chômage, une compression des salaires, et, au final, une remise en cause profonde de la possibilité même de croissance des pays dits développés.

Toutes les notes