31.12.2010

Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 2/2

Hier, j’ai traité les objections concernant la dévaluation et la gestion de la dette. Mais une autre question fondamentale doit être traitée : le risque de crise économique

Monétisation et rigueur

C’est un sujet qui provoque des débats passionnés, comme le montrent les échanges avec de nombreux commentateurs. Ce n’est pas pour moi le « début de la fin » car je crois que si les questions monétaires jouent un rôle essentiel dans l’anarchie économique actuelle, les questions commerciales et financières portent une même part de responsabilité. Je tiens également à souligner que Nicolas Dupont-Aignan s’est emparé de la question bien avant Marine Le Pen.

Bien sûr, le fait que le Front National ait choisi d’enfourcher cette bataille peut lui donner un côté sulfureux, mais je crois que ce n’est pas à juste titre et je ne peux guère être suspecté de complaisance à l’écart de ce parti… Et plutôt que la chef frontiste, dont l’argumentation est souvent embrouillée, je préfère me référer aux opinions de Maurice Allais ou André-Jacques Holbecq. Ils posent la question très juste de la privatisation de la création monétaire au profit des banques privées.

En outre, il faut tout de même constater que d’autres pays, Etats-Unis, Grande-Bretagne ou Japon, ne se sont pas encombrés d’une telle loi et recourent à la monétisation, sans dérapage inflationniste ni panique des investisseurs. S’il n’est pas illégitime de s’interroger sur les risques de dérives, il faut constater que la dette n’a explosé qu’après la loi de 1973 et que celle-ci n’a pas empêché des années de stagflation. La monétisation pourrait être une solution une fois sortie de l’euro.

Du coup, la question de la rigueur serait évacuée. Pas besoin d’un plan de rigueur si la Banque de France peut monétiser la dette. Cela ne signifie pas qu’il faille dépenser sans compter, mais l’Etat pourrait respirer, laisser passer l’éventuelle panique des marchés et relancer l’économie entre temps. La monétisation nous donnerait les moyens d’un plan de relance de l’économie pour compenser les conséquences d’une crise financière. Et la croissance améliorerait les comptes et rassurerait les marchés.

Le risque inflationniste n’est pas à craindre dans le contexte actuel. D’ailleurs, aux Etats-Unis, malgré une monétisation massive, l’inflation n’est plus qu’à 1.2%. Dans un contexte où les attentes d’inflation sont faibles, les salaires ne risquent pas de déraper d’autant plus que la masse monétaire se contracte. Nous ne sommes pas dans les années 70. Et après quelques mois, il n’y aurait pas de raison pour que notre dette soit traitée différemment de celle de la Grande-Bretagne.

La question de la crise

Hervé Nathan pose une autre question légitime, le risque d’un « Lehmann au cube », qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main. Tout d’abord, il faut noter que l’euro est loin d’avoir apporté la croissance promise. En outre, la levée des contraintes monétaristes de la BCE favoriserait la croissance. Enfin, il faut souligner que les réajustements monétaires permettent presque toujours de relancer la croissance (Grande-Bretagne en 1992, Argentine en 2002, Islande en 2010…).

Ensuite, il faudrait coordonner la sortie de l’euro avec nos partenaires, pour limiter les risques de panique financière (la fermeture des marchés permettant la réintroduction des monnaies nationales dans les systèmes informatiques). Il faut transformer l’euro en une monnaie commune et créer un nouveau Système Monétaire Européen, prélude souhaitable à une zone financière européenne, comme le propose Jacques Sapir. Et parallèlement, un plan de relance coordonné pourrait être présenté.

En outre, il est probable que la sortie de l’euro de l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande aboutisse à un défaut partiel de ces pays sur leur dette souveraine, qui ne serait plus remboursable du fait de la dévaluation par rapport à l’euro. Du coup, une action coordonnée de recapitalisation des banques par les banques centrales serait nécessaire pour éviter un « credit crunch ». Point positif, elle serait l’occasion de recomposer profondément le secteur bancaire.

Bien sûr, la sortie de l’euro ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer les conséquences délétères de l’unification monétaire européenne et l’asphyxie de notre économie. En sortir est une des conditions majeures de notre sursaut. 

30.12.2010

Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 1/2

Hervé Nathan a écrit une nouvelle réponse à mes papiers sur l’euro. Ce papier présente le mérite de soulever des interrogations légitimes sur le retour aux monnaies nationales auxquelles je n’avais sans doute pas clairement répondues. Voici mes réponses.

La question de la dévaluation

C’est une question compliquée : comment évolueraient les parités monétaires après la fin de l’euro ? Je soutiens (après discussion avec plusieurs économistes), que la parité du nouveau franc resterait relativement stable par rapport à l’ancien euro, devenu simple unité de compte. En effet, si le nouveau franc a toutes les chances de se déprécier par rapport au mark, il devrait en revanche s’apprécier par rapport à la lire Italienne ou la peseta Espagnole, l’un équilibrant l’autre.

De manière intéressante, les hypothèses de parité monétaire prises par la banque ING confirment en partie ce scénario puisqu’elle pronostique une baisse du franc par rapport au mark de 15% (vs 10 à 15% dans mon papier) et une baisse de la lire de 25% (vs 20 à 30%). En revanche, ING pronostique une chute très sévère de la peseta (-50%) et plus encore de la drachme (-80%). Mais surtout, la banque prévoit une très forte baisse de l’euro, qui tomberait à 0.85 dollar.

Je n’émettrai pas d’avis définitif sur la baisse de l’euro face au dollar, même si le scénario ING semble un peu extrême. Néanmoins, il faut noter qu’un décrochage comparable de l’euro en 1999-2000 avait provoqué une embellie économique de l’Europe, et pas un cataclysme économique... En résumé, le pronostic d’un nouveau franc relativement stable par rapport à l’euro n’est pas un roman mais quelque chose de très probable et une baisse par rapport au dollar serait bienvenue.

La question de la dette de la France

Hervé Nathan a raison d’insister sur ce point car il s’agit sans doute du principal facteur d’instabilité. Je tiens d’abord à préciser ma position. J’ai écrit que « la dette publique pourrait être convertie en francs au taux de ‘un euro égale un nouveau franc’, mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable ». D’ailleurs, cette conversion est aujourd’hui évoquée par des journaux aussi sérieux que The Economist, pourtant favorable à l’euro.

Il est clair qu’une conversion autoritaire des dettes accentuerait sans doute l’instabilité des marchés et c’est pour cette raison que j’ai employé à dessein le conditionnel et que je n’ai pas souhaité conserver cette option. Même si je l’avais envisagé dans le passé, je crois que cela pourrait ajouter un inutile facteur d’instabilité du fait de la probable stabilité de la parité du nouveau franc. Pour moi, il ne serait pas nécessaire que la France convertisse sa dette en franc.

Reste la question du financement de notre dette. Certes, la Grande-Bretagne, qui a pourtant un déficit des comptes courants comparable au nôtre, parvient à se financer, à un taux un peu supérieur. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de main la possibilité que les investisseurs privés, pris de panique, refusent de nous prêter, à part à des taux excessivement élevés. Mais dans ce cas, la Banque de France pourrait monétiser la dette, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon.

En outre, il faut remettre en perspective la situation financière de l’Etat Français. Certes, la dette publique atteint aujourd’hui 1600 milliards d’euros, mais, comme l’avait montré Alternatives Economiques, la France dispose d’actifs financiers équivalents à 700 milliards d’euros, ce qui  laisse une dette nette de 900 milliards. En outre, l’Etat dispose également à son actif d’un patrimoine immobilier considérable. Tous ces éléments devraient contribuer à rassurer les investisseurs.

Après avoir traité des objections au sujet de la dévaluation et de dette aujourd’hui, je reviendrai demain sur les questions de la monétisation, de la rigueur et du risque de crise économique.

29.12.2010

Cette Europe qui détruit l’idée européenne

Cette année 2010 aura été celle de tous les paradoxes pour l’Europe. D’une part, une forme de « solidarité » européenne a été mise en place au printemps dernier avec la crise des dettes souveraines de la zone euro. Mais de l’autre, les récriminations ne cessent de croître. Nous sommes à la croisée des chemins.

L’Europe, ce n’est pas la paix

Traumatisés par les horreurs des deux guerres, certains ont conçu le projet d’effacer les nations, de les dissoudre dans un ensemble européen pour assurer la paix du continent. Si les motivations du projet ne sont pas critiquables, leur mise en pratique pose de nombreux problèmes. Outre un déni des réalités nationales un sérieux déficit démocratique et un alignement sur les Etats-Unis (pour ne pas dire une inféodation), son point de départ est faux : ce ne sont pas les nations qui sont responsables des guerres, mais les hommes, les nations n’étant que les véhicules de la démesure des hommes.

On nous rabâche sans cesse que « l’Europe, c’est la paix » de manière à disqualifier toute prise de position un minimum critique à l’égard du projet européen tel qu’il est construit depuis vingt-cinq ans. Mais qui pourrait croire que sans la création de la CEE, la France et l’Allemagne se seraient faites la guerre une nouvelle fois ? Les leçons de l’histoire, la guerre froide, la dissuasion nucléaire ont joué un rôle bien plus important dans le maintien de la paix sur notre continent depuis 1945. Cette incantation a surtout pour objectif d’étouffer tout débat sérieux dans l’œuf.

Cette Europe, c’est la guerre

Pire, 2010 nous révèle au contraire que le projet européen actuel exacerbe les tensions entre les peuples. Cette année, la presse Allemande s’est remplie de portraits peu flatteurs des PIIGS, suggérant à la Grèce de vendre l’Acropole ou quelques îles pour se renflouer. En Grèce, les manifestants défilent contre Jean-Claude Trichet ou Jose-Manuel Barroso. Dans toute l’Europe fleurissent des critiques contre la politique non coopérative de l’Allemagne et lui demandent de relancer sa consommation.

Bref, cette Europe n’est plus que récriminations et rancœur des uns vis-à-vis des autres. Seuls le conservatisme, le conformisme intellectuel et la coresponsabilité de l’édification de cette construction semblent retenir les dirigeants européens d’envoyer tout balader. Mais la tentation existe et commence à trouver une expression publique, certaines personnalités évoquant une fin de la monnaie unique, ou un réaménagement radical, que ce soit au Portugal, en France ou en Allemagne.

L’Europe d’aujourd’hui n’est pas un projet qui protège les peuples, mais une entreprise qui les contraint par idéologie  à s’exposer au grand vent d’une compétition féroce des autres pays. C’est une Europe qui organise une course à la baisse des salaires en son sein avec l’euro. C’est une Europe qui impose des plans d’austérité suicidaires et sans issue. C’est une Europe qui, après avoir détruit la croissance et les emplois, asservit les Etats à leurs créanciers et aux marchés.

Aussi, quand les pays européens traversent aujourd’hui une crise sans précédent, comment croire ceux qui réclament plus d’Europe comme solution à la crise alors qu’ils nous promettaient des lendemains qui chantent. Le sursaut du continent ne viendra pas de plus d’Europe, mais des nations.

28.12.2010

Crise : potion Irlandaise contre potion Islandaise

Il y a quelques mois, en plein milieu d’une très grave crise financière, l’Islande apparaissait bien isolée et on pouvait se demander s’il n’aurait pas mieux valu qu’elle fasse partie de la zone euro. Mais quelques mois après, c’est l’inverse qui semble vrai, comme le souligne Courrier International.

Irlande vs Islande

Voici deux pays qui ont connu une énorme bulle financière dont l’explosion a provoqué un cataclysme économique aboutissant à une réduction d’environ 10% du PIB. Mais la réaction des deux pays a été très différente, en partie du fait de l’appartenance de l’Irlande à la zone euro alors que l’Islande a conservé sa monnaie. Bien sûr, il serait hasardeux de conclure que cette seule différence monétaire explique les différences entre les deux pays, mais il y a des leçons à en tirer.

La première différence est le traitement du système bancaire. L’Islande a laissé tomber les banques et ne les a donc pas renflouées, économisant des sommes gigantesques par rapport à l’Irlande qui a consacré 19% de son PIB aux aides au secteur bancaire uniquement cette année. Résultat, le déficit sera de 6% en 2010 en Islande, contre le double hors renflouement en Irlande. Mieux, la dévaluation de la couronne islandaise de 30% a relancé la croissance et les exportations.

Leçons et comparaison

Bien sûr, le cas de l’Islande restera unique car un défaut de ce petit pays ne risquerait pas de déséquilibrer l’ordre financier mondial. Cependant, Paul Krugman soutient que le fait de ne pas être dans l’euro l’a grandement aidée : « elle a fortement dévalué sa monnaie et imposé un contrôle des capitaux. Il s’est alors passé quelque chose d’étrange : bien qu’elle ait traversé la pire crise financière de l’Histoire, elle a été bien moins lourdement sanctionnée que d’autres nations ».

La raison est assez simple : la capacité à rembourser les dettes accumulées est cruciale dans le jugement des marchés. Or la croissance est essentielle pour permettre à un pays d’honorer ses engagements et il se trouve qu’une dévaluation permet de relancer la croissance. C’est pourquoi les marchés peuvent préférer un pays qui dévalue plutôt qu’à des pays qui s’enferrent dans des politiques déflationnistes qui alourdissent le poids de la dette et hypothèquent ainsi leur capacité de remboursement.

Il y a quelques mois, le cas de l’Islande semblait désespéré et seule une aide de la zone euro paraissait pouvoir le sauver. Aujourd’hui, le petit pays volcanique montre que le fait de ne pas faire partie de la monnaie unique était peut-être finalement un avantage…

27.12.2010

Hortefeux, Dati,: les tristes séquelles du sarkozysme

Le problème avec Nicolas Sarkozy, ce n’est pas seulement lui, c’est aussi toutes les personnes qu’il a amenées au pouvoir. Et malheureusement, le mois de décembre a été riche en polémiques inutiles autour des membres du gouvernement.

Brice Hortefeux, le pire de tous

Déjà, avoir un ministre de l’intérieur condamné pour injure raciale est bien triste pour notre République. Mais ce mois-ci, ce multirécidiviste a été condamné pour atteinte à la présomption d’innocence d’un ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie. Tout ceci est d’autant plus déplorable que ce proche de Nicolas Sarkozy occupe des fonctions qui supposent de faire respecter un ordre dont la justice a estimé par deux fois qu’il l’a enfreint dans l’exercice de sa fonction. Pauvre République !

Et ce mois-ci, il s’est également distingué en contestant une condamnation à de la prison ferme à l’encontre de policiers qui avaient fait un faux-témoignage accusant un automobiliste d’homicide involontaire. Il est proprement détestable qu’un membre du gouvernement se désolidarise de la sorte d’une décision de justice, qui plus est pour un fait aussi grave. Le pire est qu’il a persisté et signé, suivant les malheureux exemples de Nicolas Sarkozy quand celui-ci officiait également place Beauvau.

Une chienlit généralisée

S’ils n’atteignent pas le niveau de Brice Hortefeux, les bébés Sarkozy se sont particulièrement illustrés ce mois-ci. Sans doute vexée de ne pas être nommée Secrétaire Générale Adjointe de l’UMP, Rama Yade s’est à nouveau fait remarquer en passant au Parti Radical. Et il est effrayant de voir le comportement des anciens ministres qui critiquent aujourd’hui l’équipe à laquelle ils appartenaient il y a quelques semaines, notamment l’insignifiant Hervé Morin.

Enfin, il n’y a pas eu de trêve des confiseurs à l’UMP. Chantal Jouanno a ainsi suggéré à François Fillon un ticket pour les élections municipales à Paris en… 2014 ! Il est incroyable qu’elle ne se rende pas compte de l’indécence d’une telle proposition, surtout de la part d’un membre du gouvernement. Mais Rachida Dati est venue en rajouter en dénonçant une « agression » et en affirmant que sa rivale n’a « ni bilan, ni idées ». Bonjour l’ambiance dans la fédération UMP de Paris !

Polémiques inutiles, dérapages verbaux bien peu républicains, agressions contre des membres de son propre parti, les bébés Sarkozy reprennent malheureusement tous les travers du président de la République. C’était tristement prévisible mais cela n’en est pas moins triste…

26.12.2010

L’illusion des euro-obligations

C’est la dernière idée issue du cerveau malade des eurocrates pour essayer de sauver leur monnaie unique : émettre des euro-obligations à l’échelle de l’ensemble de la zone euro pour faciliter le financement des pays en difficulté. Retour sur une idée aussi farfelue que dotée d’arrière-pensées.

Une idée absurde

Les Allemands lui ont fait la peau à peine a-t-elle été évoquée, et Malakine a très bien expliqué  pourquoi cette idée est ridicule. En effet, les eurocrates ont imaginé un système où la dette des pays membres serait collectivisée à hauteur de 60% du PIB de chacun des pays. Dans leur schéma, cela revenait à imposer aux marchés un traitement indifférencié de la dette de tous les pays membres de la zone euro jusqu’à une certaine limite, les Etats devant financer le reste seuls.

Tout d’abord, il est tout sauf évident que le taux de ces euro-obligations se serait aligné sur les taux Allemands. Les marchés auraient également pu prendre une moyenne, ou même, craignant une indifférenciation déresponsabilisante, demander une prime de risque. Mais, surtout, comment ne pas imaginer que les écarts de taux sur la part restante de la dette auraient explosé d’autant plus qu’ils ne porteraient que sur la dette supérieure à 60% du PIB ?

De vraies arrière-pensées

En fait, on peut y voir une tentative guère subtile de poursuivre le lent mais important grignotage des pouvoirs des Etats-nations. La Commission de Bruxelles et la BCE ne verraient sans doute pas d’un mauvais œil le transfert partiel des dettes souveraines sous un cadre européen, qu’elles seraient de facto amenées à gérer… Comme d’habitude, à chaque crise, les institutions européennes cherchent à gagner du pouvoir plutôt qu’à trouver une solution pour les Etats-membres.

D’ailleurs, c’est assez symptomatique des discussions des dernières semaines. Alors que le FMI et l’Allemagne avaient insisté pour que les plans « d’aide » comportent un effort de la part des créanciers, les institutions européennes ont protégé (temporairement) les banques en infligeant tout le poids de l’ajustement aux peuples. Bref, les marchés empochent la prime de risque de taux plus élevés sans véritablement assumer ces risques, dont cette Europe les protège.

Résultat, les eurocrates continuent à essayer de construire leur château de cartes fédéraliste sans se rendre compte que leur construction est de plus en plus instable et impopulaire. Gageons que soit la colère des peuples, soit le jugement des marchés, qu’ils ont rendu tout puissants, le fera s’effondrer sous peu.

25.12.2010

La Grèce prend le chemin de l’Argentine

Cette semaine, le Parlement Grec a adopté un énième plan d’austérité pour suivre les recommandations du FMI et de la Commission Européenne, malgré les protestations de la population. Personne ne semble voir que ces plans sont vains et sans issue. La Grèce glisse dans la situation de l’Argentine.

Une cure d’austérité illusoire

Certes, la Grèce est en partie là du fait des fautes du gouvernement précédent. Mais, ce n’est pas en acceptant de se voir imposer une cure d’austérité aussi sévère aussi longtemps qu’Athènes parviendra à assainir la situation. En effet, la sévérité des mesures (baisse cumulée de 15% des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts…) provoque une baisse du PIB suicidaire. Car la baisse de la richesse nationale alourdit le poids de la dette, qui, elle, continue à croître.

C’est ainsi qu’en 2013, la Grèce devrait avoir une dette publique supérieure à 140% du PIB. Le paiement des intérêts de la dette devrait donc représenter 7% de la richesse nationale annuelle (en prenant l’hypothèse d’un taux de 5%). La moindre tension sur les taux d’intérêt enverra irrémédiablement le pays au défaut car il y a une limite à ce qu’un Etat peut payer chaque année pour honorer le service de sa dette dans un système où il ne lui est pas possible de monétiser.

Quand l’euro aggrave les choses

La complexité de la situation Grecque tient à ce que le pays cumule une double crise : une crise de ses finances publiques avec une crise plus globale de perte de compétitivité puisque ses coûts salariaux ont progressé plus rapidement que la moyenne. Le problème est que la Grèce se retrouve dans une union monétaire qui ne lui permet pas de dévaluer pour retrouver de la compétitivité. Résultat, elle essaie d’organiser une dévaluation interne par la baisse des salaires et des prix.

Mais, outre le fait que cela est extrêmement difficile à faire, la déflation contribue encore à réduire la richesse nationale, ce qui alourdit plus encore le poids de la dette. Bref, la restauration de la compétitivité du pays complique plus encore sa situation financière. Si la Grèce avait encore la drachme, elle aurait pu procéder à une dévaluation et utiliser la monétisation pour essayer de résoudre les deux problèmes de concert sans qu’une action ne parasite l’autre.

Un air de tango règne à Athènes

Résultat, et c’est une évidence que les eurocrates refusent malheureusement d’admettre, la Grèce est dans une situation proche de celle l’Argentine de 1999 qui avait essayé de retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil ou aux pays Asiatiques en organisant une déflation. Il faut rappeler que cela avait aboutit à une baisse de 10% du PIB de 1998 à 2001 puis à la grave crise de 2002, la dévaluation et le défaut, mais, ultimement, au redressement de l’économie Argentine.

Bref, l’issue probable pour la Grèce est un défaut partiel sur sa dette car la déflation qu’elle accepte de se voir imposer la rend in remboursable, ainsi qu’une sortie de l’euro et une dévaluation de la drachme. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Le plus tôt sera le mieux car l’ajustement sera alors moins brutal. Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle n’aurait qu’à restructurer une dette de 110% du PIB. En 2013, ce sera une dette de 140%.

Mais voilà, les autorités veulent absolument sauver un euro mal conçu, quitte à faire suer sang et eau au peuple grec. Ils ne font qu’acheter du temps (payé par les Grecs) sans sembler se rendre compte qu’à retarder la crise, ils ne font qu’en amplifier les conséquences…

24.12.2010

Ce que la crise Argentine dit de la crise de l’euro

Le débat progresse et est subtilement passé des raisons pour lesquelles il faut en sortir aux modalités de la sortie et à ses conséquences. Les opposants au retour aux monnaies nationales font feu de tout bois sur le sujet, évoquant souvent le spectre de l’Argentine. Retour sur le cas de ce pays.

Rappel historique

En 1991, l’Argentine décide de fixer définitivement la parité de sa monnaie par rapport au dollar pour mettre fin à l’hyper inflation chronique dont souffre le pays. Malheureusement, les prix continuent à augmenter plus vite qu’aux Etats-Unis et le pays perd petit à petit en compétitivité. La situation s’aggrave brutalement avec la hausse du dollar conjuguée à la dévaluation du real Brésilien et des monnaies asiatiques en 1998. Le pays rentre en récession dès 1999, avec une baisse de son PIB de 4%.

Le personnel politique, qui ne souhaite pas casser la parité avec le dollar, intégrée dans tous les contrats, et notamment pour la dette, décide de suivre les recommandations du FMI et tente d’organiser une dévaluation interne, à savoir une déflation. Le PIB chute de 10% de 1998 à 2001, le chômage et la pauvreté augmentent fortement. Les importations brésiliennes, moins chères envahissent le marché. Les capitaux finissent par fuir et le gouvernement recourt à la planche à billets.

Le 1er décembre 2001, le gouvernement restreint fortement les retraits des banques et interdit l’envoi de fonds à l’étranger. Cela déclenche une grave crise qui  prendra fin début 2002, avec une dévaluation du peso de 72%. L’Argentine fait défaut et le PIB recule de 10% cette année. Mais à partir de 2003, le pays connaît une très forte croissance (plus de 8% par an pendant trois ans) qui lui permet de faire reculer fortement le chômage et la pauvreté, tout en faisant aussi reprendre l’inflation.

Leçons d’outre-Atlantique

Choisir le cas Argentin est assez habile de la part des opposants à une fin de l’euro. En effet, la très grave crise qu’a traversée le pays peut entretenir la peur d’un retour aux monnaies nationales. Mais on peut y répondre de plusieurs manières. Tout d’abord, le cas est très extrême puisque le peso a perdu plus de deux tiers de sa valeur et a fait défaut. Ce ne serait pas le cas de la France, qui ne dévaluerait pas par rapport à l’euro (le franc gagnant sur la lire et la peseta ce qu’il perdrait sur le mark).

Ensuite, comment ne pas voir des similitudes dans la situation de l’Argentine de 1999 à 2001 avec celle des pays périphériques de l’Europe aujourd’hui ? Manque de compétitivité consécutif à une union monétaire ne pouvant être soldé par une dévaluation, recul du PIB, hausse du chômage, plan de rigueur imposé par le FMI. Les parallèles ne manquent pas et on peut attribuer à cette union monétaire contre-nature la récession Argentine, contrastant avec les bons résultats d’un Brésil qui avait dévalué.

Le cas Argentin montre le danger d’une union monétaire rigide. En effet, il faut souligner que ce n’est pas la dévaluation qui a causé la crise, qui remontait en fait à 1999, mais que l’abandon du lien avec le dollar en a été la conséquence et a permis à l’économie de repartir (en accentuant la crise dans un premier temps, il est vrai). Et c’est bien la dévaluation qui a permis aux exportations alimentaires et industrielles de quasiment doubler de 2002 à 2006 et à l’économie de repartir fortement.

Bien sûr, certains agitent le cas Argentin pour souligner les désordres potentiels d’une sortie de l’euro. Mais ils oublient de préciser que le pays était en crise bien avant la fin du lien peso-dollar et que c’est justement ce lien (comparable à celui d’une monnaie unique) qui avait provoqué l’asphyxie de l’économie Argentine. C’est justement parce que l’Argentine est restée trop longtemps dans cette union monétaire que la crise a été si violente. Et c’est sa sortie qui lui a permis de s’en sortir.

Le cas Argentin n’a rien à voir avec la situation de la France car nous ne dévaluerions pas par rapport à l’euro, comme le reconnaissent même certains partisans de la monnaie unique. En revanche, on peut y voir une triste répétition de ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, j’y reviendrai demain.

23.12.2010

A ceux qui s’opposent au retour au franc

Un commentateur du blog m’a mis un lien vers un long papier du blog Solutions Politiques s’adressant à ceux qui prônent un retour au franc et à ceux qui manquent d’arguments pour leur répondre. Etant visé à travers mon article sur la Tchécoslovaquie, voici ma réponse.

La monnaie unique en question

De manière intéressante, j’ai l’impression qu’il y a des points importants d’accord entre nous, que ce soit sur les ravages du libre-échange pour les pays développés ou de la financiarisation. Certaines des solutions qui sont proposées sur ce blog sont intéressantes. En revanche, bizarrement, les questions monétaires sont évacuées comme n’ayant « pas beaucoup d’importance ». Outre un rejet de la politique de facilité qu’elles représenteraient, les dévaluations seraient vaines si tout le monde faisait pareil.

Et c’est curieusement là que l’auteur ne voit pas que l’euro provoque exactement cette politique de déflation compétitive qu’il dénonce pour les dévaluations. Justement, l’euro pousse les pays qui l’ont adopté à des politiques de désinflation compétitive salariale suicidaire, l’Allemagne ayant malheureusement montré l’exemple du fait de son entrée dans la zone euro avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne. Bref, la monnaie unique pousse les salaires à la baisse.

Ce qui est un peu dommage dans cet article, c’est qu’il fait l’impasse sur la critique de l’euro en lui-même, son niveau trop élevé (qui pousse Airbus à choisir ses composants aux Etats-Unis), la politique de désinflation compétitive qu’il entraîne et le fait qu’une politique unique ne peut pas convenir à des réalités nationales aussi disparates. Le papier ne défend pas l’euro mais critique des comparaisons hâtives et les dangers d’un retour au franc. Revenons sur ces objections.

Comparaisons et raisons

Le cas Argentin est suffisamment complexe pour que je le traite dans un prochain papier. Il faut noter que la crise avait commencé dès 1999, justement à cause du lien rigide entre le peso et le dollar et que la coupure de ce lien en 2002 et la dévaluation (de 72%) ont permis à l’économie de fortement repartir dès 2003, même si tout n’a pas été un long fleuve tranquille.

L’exemple tchécoslovaque est intéressant dans la mesure où l’auteur montre justement que depuis la partition, l’écart de richesse (mesuré en PIB par habitant) s’est réduit, signe que le fait d’avoir deux monnaies avait du sens. Mais l’auteur ne revient pas sur le principal argument issu de cet exemple : le fait que plus de 70 ans de vie commune n’avait pas fait de ce petit pays une Zone Monétaire Optimale, ce qui augure mal pour une zone euro beaucoup plus grande et diverse.

Plus que le Royaume Uni, où le poids de la finance complique l’analyse (car l’explosion de la bulle financière a été violente), le cas de la Suède est particulièrement intéressant car ce pays a utilisé la dépréciation de la couronne pour relancer son économie (plus de 4% de croissance) sans inflation. Enfin, il faut noter que la monétisation ne provoque pas forcément d’inflation comme le montre le cas Etasunien, où le Quantitative Easing est équilibré par le désendettement des acteurs privés.

Comment financer la dette ?

Le deuxième angle d’attaque du papier, est que soit nous faisons défaut comme l’Argentine, soit, en abrogeant la loi de 1973, nous cédons à la facilité de la monétisation, qui devrait provoquer une hyperinflation. Cette critique est légitime. En effet, il est probable que les marchés réagiraient assez mal dans un premier temps, même si on peut soutenir qu’après coup, il n’y aurait pas de raison qu’ils nous traitent plus mal que la Grande-Bretagne si les finances publiques sont bien gérées.

Dans l’intervalle, la monétisation nous protègera de toute envolée des taux. Et elle ne sera pas inflationniste car les montants en jeu ne le sont pas. La masse monétaire se montant à 1900 milliards d’euros, 100 milliards de monétisation n’en représente que 5%, soit une croissance raisonnable. En outre, à partir du moment où l’Etat rembourse, il y a destruction de monnaie qui compense en partie la création. D’ailleurs, l’inflation n’a pas dérapé aux Etats-Unis malgré le Quantitative Easing.

Bref, les reproches faits par l’auteur peuvent être contestés et je note qu’il ne répond pas aux critiques qui sont portées à la monnaie unique et les mécanismes pervers qu’elle entraîne. Je reviendrai demain plus en détail sur le cas Argentin.

22.12.2010

La fin de l’euro provoquerait-elle une grave crise ?

Les mêmes qui promettaient des jours qui chantent avec l’euro affirment aujourd’hui qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe. C’est ainsi que Le Figaro se fait l’écho d’une sombre étude publiée par la banque ING quantifiant l’impact d’une sortie de l’euro.

Une apocalypse économique

Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le scénario décrit par Mark Cliffe, responsable de la recherche de la banque : baisse de 10% du PIB sur 3 ans, près de 14% de taux de chômage, un euro à 0,85 dollar, un litre d’essence à 1,75 euros. Pour lui, le franc dévaluerait de 15% par rapport au mark, et la lire de 25%, des chiffres en ligne avec ce que nous annonçons. En revanche, il annonce une dévaluation de 50% pour l’Espagne et jusqu’à 80% pour la Grèce.

En fait, le scénario annoncé s’inspire des évènements en Argentine en 2002, puisque le PIB y avait reculé de 10%, le chômage grimpant à 20%, la pauvreté à 40%, le peso étant dévalué de 72% ! Est évoquée également une pression à la baisse sur les prix et les salaires en Allemagne et en France et l’éventualité d’une conversion des dettes et créances qui étaient en euro favorisant les débiteurs plutôt que les épargnants. Enfin, la fin de l’euro serait la fin de l’Union.

Une vision caricaturale

Il est difficile de ne pas voir dans cet exercice une volonté de défendre à tout prix la monnaie unique plutôt qu’une analyse rationnelle de ce qui se passerait. En effet, l’article évoque les risques que nous prendrions si le « nouveau franc » venait à dégringoler par rapport à l’« ancien euro ». Pourtant, l’étude d’ING confirme nos prévisions selon lesquelles la parité du « nouveau franc » se retrouverait autour du point d’équilibre vis-à-vis de l’euro, en intermédiaire entre le mark et la lire.

En clair, personne de sérieux ne soutient aujourd’hui que le franc serait dévalué par rapport à l’euro. En outre, si la baisse de l’euro à 0,85 dollar est très forte, il faut noter qu’il y a un précédent puisque de début 1999 à fin 2000, l’euro était passé de près de 1,2 dollars à 0,825. Loin de pénaliser l’activité, cette dépréciation avait au contraire permis à la zone euro d’enregistrer sa plus forte croissance annuelle, 3.9% en 2000 et encore 2% en 2001, malgré le krach de la bulle Internet…

Une vision très partielle du cas Argentin

Il faut tout d’abord noter que le cas de l’Argentine est sans doute très extrême par rapport à ce qui se passerait en Europe. Par exemple, la fin de l’union monétaire en Tchécoslovaquie s’est passée de bien meilleure manière. En outre, le papier oublie de souligner que le pays traversait une grave crise depuis 1999 puisque son PIB avait reculé de 10% de 1998 à 2001, avant le défaut et la dévaluation. Et c’est la défense du lien avec le dollar qui avait provoqué cette crise.

Et si le défaut et la dévaluation brutale de début 2002 expliquent en grande partie la violente baisse du PIB de cette année là (-10%), il ne faut pas oublier que cela a permis ensuite à l’économie de rebondir vivement puisque le PIB a progressé de plus de 8% par an les trois années suivantes. En clair, le PIB 2004 était supérieur au PIB 2001. Du coup, on ne voit pas bien pourquoi le PIB reculerait sur trois ans en Europe, surtout pour les pays qui ne dévalueraient pas autant.

Si l’expérience Argentine a été douloureuse et présente des limites (persistance d’une forte inflation notamment), la dévaluation a permis de doubler les exportations de produits industriels et alimentaires de 2002 à 2006 et la croissance est restée forte depuis. Et dans le cas de la France, nous pourrions avoir les avantages de la sortie (hausse des exportations du fait de la dévaluation par rapport au mark et au dollar) sans les inconvénients (pas de défaut du fait de la stabilité du franc par rapport à l’euro).

Bref, une analyse rapide du scénario d’ING permet rapidement d’en pointer les grandes limites. Du coup, on peut se demander s’il n’exprime pas surtout le souhait de la banque que la monnaie unique poursuive son chemin et si ce scénario catastrophe n’est pas surtout destiné à faire peur.

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