31.01.2011

Croissance : divergences anglo-saxonnes

D’un côté, une baisse surprise de 0.5% du  PIB au 4ème trimestre en Grande-Bretagne, faisant craindre une rechute. De l’autre, une croissance en hausse aux Etats-Unis (3.2% en rythme annuel). Les différences de politique économique se traduisent très concrètement.

Les Etats-Unis importent Keynes

Les chiffres étasuniens ne sont pas neutres. La croissance outre-Atlantique a atteint 2.9% en 2010, effaçant donc totalement la récession de 2.6% en 2009. Bien sûr, le chômage reste à un niveau historique (même s’il a légèrement baissé, à 9.4%), mais avec des prévisions de croissance relevées à 3% ou plus pour 2011, les Etats-Unis semblent s’en sortir. Le contraste avec la zone euro est frappant puisque son PIB restera encore sensiblement inférieur à celui d’avant crise à la fin de 2011…

Il faut dire que Washington ne lésine pas sur les moyens budgétaires pour relancer l’économie. Le déficit public, à 8.9% du PIB en 2010, devrait se creuser plus encore en 2011 du fait de l’accord récent entre républicains et démocrates pour prolonger les baisses d’impôts de Georges Bush contre l’extension d’un certain nombre de bénéfices sociaux, notamment pour les chômeurs. Si la croissance va en profiter, les déficits et la dette vont le faire également.

La Grande-Bretagne importe Hoover

Il y a quelque chose de cocasse à voir les Etats-Unis s’inspirer en partie de l’économiste anglais Keynes (même si la nouvelle école keynésienne était opposée au maintien des baisses d’impôt pour les plus riches) alors que la Grande-Bretagne a mis en place un plan de rééquilibrage des finances publiques sauvage, qui devrait entraîner la suppression d’un demi-million d’emplois publics ! Londres semble finalement s’inspirer du président Hoover qui, en combattant les déficits, a amplifié la Dépression.

A ce titre, la baisse du PIB du 4ème trimestre est très inquiétante, comme le rapporte bien Yann, car on ne voit pas bien quels pourraient être les ressorts de la croissance britannique dans les années à venir étant donné les coupes à la hache dans les budgets publics. Et la hausse massive de la TVA va plus encore réduire le pouvoir d’achat des ménages qui souffrent déjà d’une hausse des salaires nettement inférieure à l’inflation sur l’année 2010 (2.2% contre 3.7%).

Bien sûr, certains ne manqueront pas d’utiliser ce cas pour agiter les risques d’une sortie de l’euro. Pourtant, c’est bien la dépréciation de la livre qui a permis de relancer temporairement l’économie britannique. Le problème est qu’une fois cette aide passée, une austérité mortifère s’ajoute à tous les déséquilibres fondamentaux du Royaume (désindustrialisation massive, concurrence commerciale déloyale, financiarisation excessive…).

 En aucun cas les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne ne représentent des exemples dont la France devrait globalement s’inspirer. En revanche, la radicalité de leurs choix économiques (bons parfois, mauvais souvent) en fait des cas d’étude particulièrement intéressants.

30.01.2011

Un peu plus d’inflation pour plus de croissance et de stabilité économique

L’équation que les banquiers centraux doivent résoudre vient de singulièrement se compliquer. En effet, l’inflation vient d’atteindre 2.2% dans la zone euro et même 3.7% en Grande-Bretagne, provoquant des interrogations dans la gestion des taux d’intérêt.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Dans l’absolu, ce rebond de l’inflation est une mauvaise nouvelle car il est fort probable que, comme en 2008, cette hausse des prix se traduise directement par une baisse du pouvoir d’achat, n’ayant aucun impact sur le niveau des salaires. The Economist rapporte ainsi que les salaires progressent de 2.2% et que tout semble indiquer que le niveau du chômage empêchera tout ajustement. Pire, la hausse de la TVA de 17.5 à 20% devrait faire passer l’inflation au-delà de 4 ou 5%.

En fait, comme en 2008, cette inflation est la conséquence de l’envolée du prix des matières première. Si on les exclut, aux Etats-Unis, l’inflation est restée au niveau anémique de 0.8% alors qu’elle a bondi de 1.3 à 1.7% au global. Et comme il est probable que la hausse du cours des matières premières ne pourra pas se poursuivre à ce rythme, cette vague d’inflation est probablement temporaire. Le risque d’une course prix-salaires est quasi-nul avec un tel chômage.

Malheureusement, la dogmatique BCE pourrait en tirer une mauvaise conclusion, comme elle l’avait fait mi-2008. Alors que la Fed avait déjà baissé ses taux d’intérêts de trois points en un peu plus de six mois, la BCE avait remonté ses taux de 0.25 point, à contre temps du cycle économique, propulsant l’euro à des niveaux historiques et achevant d’étouffer une économie européenne qui a donc subi une crise plus dure qu’aux Etats-Unis (PIB en baisse de 4% contre 2.5%).

Quel objectif d’inflation ?

En revanche, étant donné le niveau élevé des dettes souveraines, on peut se demander aujourd’hui si un niveau d’inflation légèrement supérieur ne serait pas un moyen commode et beaucoup moins douloureux de réduire le poids de la dette. Un simple calcul montre qu’au bout de 10 ans, 1% d’inflation (et 1.5% de croissance) réduise mécaniquement le poids de la dette par rapport au PIB de 22%. Avec 3% (chiffre raisonnable), le poids de la dette par rapport au PIB baisse de 36%…

Mais par-delà l’effet mécanique de réduction de la dette, on peut aujourd’hui se poser la question de la pertinence d’un objectif d’inflation de 2%. Ne s’agit-il pas d’un chiffre trop faible ? Une inflation trop faible ne finit-elle pas par peser sur la croissance ? Une inflation de 3% ne serait-elle pas plus propice à une croissance plus forte ? L’histoire économique récente du continent européen semble indiquer un lien entre le niveau de croissance et d’inflation.

En outre, une inflation trop faible pourrait avoir tendance à réduire excessivement le coût de l’argent. Avec un point d’inflation en plus dans les années 2000, il est probable que les taux d’intérêt auraient été au moins un point plus élevé, ce qui aurait lourdement pesé sur les emprunts immobiliers et probablement limité la bulle immobilière. De même, cela aurait peut-être dégonflé un peu la bulle financière. Une inflation trop faible provoque également un crédit trop bon marché.

A un moment où l’envolée du prix des matières premières fait remonter l’inflation, un débat devrait s’ouvrir pour questionner les 2% choisis en Europe comme niveau optimal sans qu’il n’y ait la moindre preuve pour soutenir ce choix. Même le FMI s’est posé la question récemment.

29.01.2011

Mariage homosexuel : malgré tout, le Conseil Constitutionnel a raison

Jeudi, le Conseil Constitutionnel a refusé de statuer sur le mariage homosexuel. Parallèlement, un sondage indique que 58% des Français y sont favorables et 35% opposés, signe d’une évolution assez rapide des mentalités sur la question.

Une décision prévisible

Même si je suis favorable à la légalisation du mariage homosexuel, je crois que le Conseil Constitutionnel a pris la bonne décision. Sur la base des textes existants, il ne me semble pas que les Sages avaient autorité pour autoriser ce que le législateur n’avait pas fait. Comme l’indique l’article du Monde, le code civil indique clairement que le mariage, en France, est une union entre un homme et une femme. Accepter que le Conseil Constitutionnel puisse défaire cela porterait un grand risque.

En effet, je crois que la justice doit exécuter les lois votées par les Assemblées et ne doit pas céder à la tentation législative qui existe aux Etats-Unis où la Cour Suprême, outrepassant le rôle qui devrait être le sien, émet des jugements de nature législative et non judiciaire. Nous devons éviter le gouvernement des juges et des experts de toutes sortes, qui affaiblit la démocratie et le rôle des gouvernements. Et du fait de nos textes, cette question doit être tranchée par le Parlement.

Une légalisation qui viendra

De toutes les façons, l’évolution rapide de l’opinion, aujourd’hui largement favorable à la légalisation, devrait permettre une évolution de nos lois. Et ce n’est pas l’opposition du Front National ou celle de Jacques Myard, qui dépasse Marine Le Pen par sa droite (en considérant que les notions de droite et de gauche aient un sens sur cette question) qui freinera un mouvement qui semble bien engagé. La France avait pris de l’avance avec le PACS. Elle est aujourd’hui en retard sur cette question.

Car je reste partisan de la légalisation du mariage homosexuel pour plusieurs raisons. Je crois qu’il n’est pas normal que la République traite les couples homosexuels comme des couples de seconde catégorie par rapport aux couples hétérosexuels. Quel message envoie la société en faisant deux poids deux mesures ? Implicitement, cela sous-entend qu’il y a une sexualité plus légitime qu’une autre et que les homosexuels sont des citoyens de seconde catégorie.

La République ne doit pas distinguer ses enfants selon leur sexualité. La distinction faite par la société entretient l’idée que tous les citoyens ne se valent pas, ce qui est inacceptable. Bien sûr, certains évoqueront les enfants pour faire la distinction. Mais que faire alors des couples stériles ? Leur interdire le mariage ? En outre, ceux qui évoquent cela sont souvent opposés à l’adoption par des couples homosexuels, dans un raisonnement circulaire.

Bien sûr, la décision du Conseil Constitutionnel en décevra certains, mais, malgré tout, il ne revenait pas aux sages, qui doivent veiller à l’application des textes et pas à les créer, de prendre une telle décision. Il reviendra au Parlement de réaliser cette avancée nécessaire.

28.01.2011

La nouvelle envolée du prix des matières premières

En moins de deux ans, nous sommes déjà revenus au début de l’année 2008, quand des émeutes de la faim se développaient dans le monde entier et que le prix du baril de pétrole dépassait les 100 dollars. La hausse du prix des matières premières est spectaculaire.

Une envolée générale et durable

Alors que le prix du baril avait dépassé les 140 dollars mi-2008, au pire de la crise, son prix avait été divisé par 4, atteignant les 35 dollars début 2009. Depuis, sa remontée est moins brutale que la course entamée début 2007, mais pas moins spectaculaire. Nous venons d’assister à un quasi-triplement en deux ans (niveau digne des chocs pétroliers). Idem pour le prix des matières premières agricoles, passées d’un indice de 120 en 2006 à un pic de 210 mi-2008, avant de retomber à 140 début 2009 pour approcher 220 en ce début d’année, comme le montre The Economist.

Mais le pire est que cette envolée est sans doute durable, l’effondrement de 2008-2009 s’expliquant par une crise économique d’une ampleur inédite depuis quatre-vingt ans. En effet, l’ensemble des données semblent indiquer que nous entrons dans un monde où les matières premières seront plus chères. Si la hausse des prix va naturellement pousser la production à la hausse, il y a des contraintes physiques qui peuvent freiner cette hausse. Et surtout, l’augmentation de leur consommation devrait continuer dans les années à venir avec la forte croissance des pays en voie de développement.

Risque ou opportunité ?

Bien sûr, les règles du marché devraient permettre une augmentation de la production, des gisements ou des productions qui n’étaient pas rentables le devenant, et étant alors mis en chantier. On estime aujourd’hui que le coût de production des schistes bitumeux du Canada tourne autour de 50 dollars le baril. Les prix actuels garantissent donc une marge qui encourage leur développement. Mais ce n’est pas sans poser de gros problèmes écologiques, comme le souligne la polémique naissante sur les gaz schisteux en France et où l’Etat devrait assurer une plus grande transparence.

Plus globalement, les mécanismes de marché ont une forme de vertu dans le sens où les variations de prix poussent les acteurs économiques à s’adapter. Beaucoup de scientifiques affirment ainsi que nous avons atteint le pic de production de pétrole et s’alarment des conséquences d’une telle perspective, qui pourrait propulser le prix du baril à plusieurs centaines de dollars. Cependant, une telle évolution est aussi le moyen de favoriser l’innovation et la relocalisation des économies (le coût du transport devenant plus prohibitif). Et quel meilleur moyen de « décarboner » nos économies ?

Le besoin d’Etat

A 300 ou 500 dollars le baril, il est probable que l’ingéniosité humaine et la quête du profit permettront de trouver des substituts au plastique et aux multiples dérivés du pétrole. La voiture totalement électrique arrive sur nos routes (avec Renault en pionnier). Cependant, le travers du système actuel est qu’il est extrêmement brutal et que ses conséquences peuvent être dramatiques pour les populations, l’envolée actuelle des prix créant de nouvelles famines et l’exploitation irréfléchie de certaines matières premières créant des désastres écologiques dont la facture est encore invisible.

Pour toutes ces raisons, il est essentiel de ne pas laisser aux seuls marchés la gestion des matières premières par le seul signal d’un prix trop volatil. Il convient à la fois de définir une véritable politique de long terme pour réduire rapidement la dépendance à l’égard des hydrocarbures, développer une politique industrielle ambitieuse pour développer des substituts durables aux produits dérivés du pétrole et surtout stabiliser les marchés agricoles en permettant à la fois aux agriculteurs de gagner leur vie, aux pays d’être auto-suffisants et aux citoyens de se nourrir à un prix décent et moins variable.

Voilà de beaux projets de coopération européenne. Malheureusement, ils contreviennent sans doute trop à la « concurrence libre et non faussée », le veau d’or des autorités bruxelloises. Il revient donc à l’Etat de reprendre la main sur ces sujets, quitte à proposer des coopérations à d’autres pays.

27.01.2011

L’Afrique et le monde arabe entre violences et espoirs démocratiques

L’actualité internationale est très ambivalente en ce moment. D’une part, de multiples dérapages violents montrent la triste actualité des violences religieuses. De l’autre, un vent de démocratie et de liberté semble souffler sur certains régimes autocratiques, en Tunisie, en Algérie ou en Egypte.

Du désespoir à l’espoir

Fin 2010, l’actualité est uniformément noire avec de nombreux cas de violences religieuses meurtrières. En Irak, les violences contre les chrétiens montrent bien que l’invasion du pays par les Etats-Unis semble avoir accentué les querelles religieuses. En Egypte, Al Qaida poursuit les assassinats contre la communauté copte. Au Nigéria, les violences religieuses ont également fait une centaine de victimes. Bref, les violences religieuses, souvent tournées contre les chrétiens, continuent.

Cependant, une lueur d’espoir est apparue en Tunisie avec la révolte populaire qui a poussé le dictateur Ben Ali à quitter précipitamment le pays, contre toute attente. L’aspiration à la liberté est non seulement forte mais se répand puissamment en Algérie ou en Egypte. Dans un monde arabe aujourd’hui peu familier avec la démocratie, un grand espoir s’est levé et, s’il est beaucoup trop tôt pour crier victoire, on peut espérer un effet de contagion semblable au printemps d’Europe de l’Est.

Le rôle de l’Occident

Le rôle des pays occidentaux et de la France en particulier (en Egypte, les manifestants demandent à Moubarak de « dégager ») sera important, non pas comme lors de l’invasion de l’Irak. Cette intervention était surtout un nouvel exemple de la loi du plus fort qui protégeait son pétrole. Non, nous devrons respecter la souveraineté des pays, cesser de préférer les autocrates à des islamistes issus des urnes, leur conférant une aura d’émancipation démocratique qui les renforcent.

Bien sûr, la France doit continuer à défendre les droits de l’homme. Notre vision laïque de l’Etat est d’autant plus importante que dans ces pays, les conflits religieux sont légions et qu’ils ont provoqué de multiples massacres. Il faut espérer que les voies choisies par les peuples arabes les éloigneront de l’islamisme radical mais nous ne devons pas ignorer qu’il existe un Islam modéré et démocratique que nous devons encourager sans jamais remettre en cause sa souveraineté.

L’Occident en général et les Etats-Unis en particulier ont fait beaucoup d’erreurs dans le passé, en préférant les autocrates aux islamistes démocrates, en envahissant sans raison valable l’Irak et en ne parvenant pas à contribuer à une résolution du conflit Palestinien. Le monde arabe trouvera son salut en lui-même.

26.01.2011

L’euthanasie, un progrès pour l’humanité

Le Parlement étudie en ce moment un texte qui pourrait rendre l’euthanasie plus facile en allant plus loin que la loi Léonetti. Malheureusement, une partie de l’UMP et François Fillon freinent des quatre fers sur un sujet où l’influence religieuse semble forte…

Un débat très vif

Le débat sur l’euthanasie ressurgit fréquemment dans l’actualité. Le cas de Chantal Sébire, une femme défigurée par la maladie, percluse de douleurs et désireuse de pouvoir mettre fin à sa vie quand elle le souhaitait avait ému beaucoup de Français. En effet, la seule chose possible légalement aujourd’hui est l’euthanasie passive, qui consiste par exemple à ne plus nourrir la personne, mais cette issue peut aboutir à une fin de vie absolument atroce et inhumaine.

Le premier projet de loi présenté au Parlement était équilibré et représentait une avancée majeure dans la mesure où il légalisait l’euthanasie active en instaurant tout de même les précautions nécessaires pour éviter le moindre abus avec notamment la création d’un collège de médecins chargés de confirmer le choix du malade souhaitant mettre fin à ses jours. Malheureusement, le Sénat vient d’introduire des amendements vidant de sa substance le texte initial.

De l’humanité et de l’état de nature

Il est bien évident qu’une légalisation de l’euthanasie ne peut être envisagée que dans un cadre équilibré et protégeant de tout abus, garantissant la volonté durable du malade de mettre fin à ses jours. Et cela me semblait être le cas du texte proposé initialement. Il est malheureusement assez clair que les croyances religieuses jouent un rôle dans l’opposition d’une partie de la droite à cette loi, comme le sous-entend à bas mot François Fillon dans une tribune au Monde.

Pourtant, la légalisation de l’euthanasie semble pourtant la solution la plus humaine pour des malades en phase terminale, souffrant de leur maladie, et préférant mettre fin à leurs jours sans en avoir la force. N’y a-t-il pas un côté inhumain à refuser qu’un homme ou une femme ne puisse pas abréger ses souffrances ? De multiples cas montrent clairement que la voie la plus humaine est de redonner à l’homme la maîtrise de sa vie, fût-ce pour y mettre fin volontairement.

La volonté d’interdire cette pratique me semble vouloir imposer la règle de la nature à l’homme, niant quelque part notre humanité qui consiste si souvent (et pas toujours pour de bonnes raisons, il est vrai) à dépasser cet état de nature pour établir de nouvelles règles. Et dans ce cas précis, cette règle me semble aller dans le sens d’une plus grande humanité dans le bon sens du terme : épargner des souffrances inutiles et reconnaître à ceux qui le souhaitent le contrôle de leur vie.

Bien sûr, des gardes fous solides doivent être mis en place pour éviter qu’une euthanasie soit décidée sur un coup de tête. Mais cela semblait bien pris en compte par le projet de loi initial. Dès lors, il est très regrettable qu’une partie de l’UMP mette tout son poids pour le remettre en cause.

25.01.2011

Nicolas Sarkozy décrit l’agenda de son G-Vain

Hier, Nicolas Sarkozy a tenu une conférence de presse sur les questions internationales, histoire de se présidentialiser un peu plus. Outre les sujets d’actualité récente, il a longuement développé son agenda de réforme du capitalisme. Pas de révolution en vue…

De l’ambition à la sobriété

Il y a encore peu de temps, Nicolas Sarkozy parlait de nouveau Bretton Woods et de la nécessité de refonder un capitalisme qu’il convenait de moraliser. Il n’avait pas de mots assez durs contre les spéculateurs, les banquiers ou les paradis fiscaux. Le président de la République, qui préside le G20 cette année, assurait que grâce à son action, le cas de ces trous noirs de l’argent sale avait été traité. Las, déjà sur ce sujet, il pêchait une nouvelle fois par fanfaronnade.

Comme le montre bien Hervé Nathan, Nicolas Sarkozy a de lui-même considérablement réduit les ambitions pour cette année 2011. Les trois priorités fixées par la présidence Française n’étaient pas inintéressantes (réforme monétaire, règles sociales pour la mondialisation, maîtrise des prix agricoles), mais alors qu’il se met au travail, il abandonne le lyrisme devant la petitesse de ce qu’il s’apprête à réaliser. Nous sommes bien loin des accents de 2008-2009.

La régulation ultralégère

Sur les questions monétaires, si certains problèmes sont bien analysés, pas une réponse sérieuse n’est proposée puisqu’il n’y a pas de remise en cause du dollar ou de la libre-circulation des capitaux et que la mise en place d’une taxe sur les transactions financières est exclue en solo. Comment ne pas halluciner en constater que l’agenda se limite à l’établissement de « critères du déséquilibre » ? Pas besoin de réfléchir aussi longtemps : les balances des paiements sont un bon indicateur…

De même, vouloir instaurer des règles sociales au sein du G20 est totalement illusoire. Déjà que les pays européens n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le sujet, alors mettre l’Europe et la Chine d’accord est inimaginable. Enfin, sur les prix agricoles, il propose une régulation de la spéculation dont on se doute qu’elle ne sera pas bien sévère et une plus grande transparence des stocks. Bref, ce n’est pas ce G20 qui va mieux encadrer l’anarchie économique actuelle.

Par-delà le retour à la réalité soudain de Nicolas Sarkozy, il est triste de constater à quel point les leçons de la crise n’ont pas été retenues. Rien ne sera fait avant une nouvelle crise. Cela démontre également les limites des forums trop importants pour réformer quoique ce soit.

24.01.2011

La monétisation en question

 

C’était un mot que connaissaient seulement les spécialistes du Japon il y a seulement trois ans. En quelques temps, la question de la monétisation des dettes publiques est apparue dans le débat public et promet d’agiter le landernau politique et économique dans les années à venir.

Il y a monétisation et monétisation

C’est grâce à RST que j’ai pu rencontrer l’association « Chômage et Monnaie », fondée par des Polytechniciens progressistes, et peaufiner ma compréhension des mécanismes de la monétisation. En effet, le mot recouvre des réalités complètement différentes. Il faut tout d’abord distinguer la monétisation indirecte (par le rachat de créances publiques par l’intermédiaire du marché, comme le fait la BCE aujourd’hui) de la monétisation directe (sans passer par le marché).

La deuxième variété, spécifiquement interdite par la loi de 1973 et le traité de Maastricht, en supprimant l’intermédiaire du marché, supprime également les commissions… On peut ensuite distinguer la monétisation « orthodoxe » de la monétisation « hétérodoxe ». La première n’est qu’un prêt, comme un autre, accordé par une Banque Centrale à un Etat, remboursé à la fin de l’échéance. La création de monnaie y est équilibrée par sa destruction (lors du remboursement).

C’est cette monétisation que défend André-Jacques Holbecq. Le postulat de départ est assez simple : pourquoi les banques privées peuvent-elles aujourd’hui emprunter à 1% auprès des Banques Centrales pour ensuite prêter plus cher aux Etats ? Pourquoi a-t-on privatisé la création de la monnaie ? En outre, la croissance de la dette en France est le seul résultat du paiement des intérêts depuis trente ans. En clair, si la Banque de France avait prêté à l’Etat, notre dette serait négligeable.

La monétisation est-elle inflationniste ?

En fait, la monétisation orthodoxe n’est pas plus inflationniste que le mécanisme actuel de financement des Etats. Du moment que l’Etat rembourse ses créances, la destruction de monnaie compense sa création. En effet, l’effet inflationniste est créé par le montant du déficit, qui correspond à l’augmentation de l’encours de dette et donc à la création de nouvelle monnaie. Que cette création soit faite par des acteurs privés ou publics n’en change pas le caractère inflationniste.

L’absence d’intérêt rend même la monétisation moins inflationniste (les intérêts étant une création de monnaie supplémentaire). Une monétisation de 10% PIB, si elle permet de rembourser un encours de 8% du PIB (laissant un solde de création monétaire de 2% du PIB) sera donc moins inflationniste qu’une monétisation de 5% du PIB ne remboursant qu’un encours de 1% du PIB. C’est le déficit qui est inflationniste, que la dette soit émise par des banques ou la Banque Centrale.

Le cas des Etats-Unis est très intéressant avec des déficits proches de 10% du PIB et une forte monétisation sans dérapage inflationniste. La raison est assez simple : la masse monétaire diminue au global, la réduction de l’endettement des acteurs privés étant supérieure à l’augmentation de l’encours public. En clair, tout dépend du contexte d’ensemble. Dans un contexte de forte hausse de la masse monétaire, un fort déficit financé par de la monétisation sera forcément inflationniste.

En outre, on voit aujourd’hui également que l’augmentation de la masse monétaire n’aboutit pas forcément à un dérapage des prix à la consommation. En effet, pendant les dix années qui ont précédé la grande crise de 2008, la masse monétaire a cru en Europe d’environ 8% par an, sans dérapage inflationniste sur les prix à la consommation (du fait du chômage et du libre-échange, entre autres). Cela impliquerait une réflexion sur le suivi du prix des actifs, curieusement absente du débat.

En fait, c’est la « monétisation hétérodoxe », qui alimente toutes les peurs des opposants à la monétisation. En effet, le contrôle de la monétisation permet également de créer de la monnaie ex nihilo, sans remboursement à terme, la fameuse « planche à billets ». Cette pratique est de facto inflationniste puisqu’elle revient à augmenter la masse monétaire. Son recours ne peut être envisagé que dans des cas exceptionnels de déflation conjugués à des dettes publiques élevées.

SI le tabou est en partie tombé, du fait des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la monétisation est encore une pratique qui alimente certaines inquiétudes en partie infondées. Utilisée avec responsabilité, elle sera un outil d’autant plus utile que la privatisation de la création monétaire est totalement anormale.

 

23.01.2011

Le cauchemar Etasunien

La peine de mort, des taux d’homicides comparables aux pays Africains, près de dix fois plus de personne en prison qu’en Europe, une tentative d’assassinat sur une députée, un ascenseur social bloqué, un revenu médian en baisse de 7% : les Etats-Unis sont de moins en moins un rêve…

Le rêve étasunien

Les Etats-Unis ont longtemps représenté une forme d’idéal pour certains. Et il est vrai que ce pays a libéré l’Europe du joug nazi lors de la Seconde Guerre Mondiale, puis l’a très intelligemment et fraternellement aidé à se reconstruire avec le Plan Marshall, avant de protéger une partie du Continent de la menace soviétique. Enfin, leur position à la pointe du développement technologique et économique renforcer encore une forme de rêve pour une grande partie du monde.

Bien sûr, ce rêve a toujours eu des limites. Au colonialisme de la vieille Europe a succédé un impérialisme pas plus recommandable dont on voit encore les traces en Irak et en Afghanistan. Au début des années 60, quand le président du Sénat en France était un noir, ces derniers subissaient encore une discrimination institutionnelle dans le pays de la Liberté, qui ne sera abolie que dans les années 60. Et les Etats-Unis étaient déjà en retard de plusieurs conquêtes sociales….

Mais malgré tout, les Etats-Unis étaient le pays qui faisait rêver. C’était le pays qui envoyait le premier un homme sur la Lune, dans une démonstration de savoir-faire technique et de volontarisme assez remarquable. C’était le pays où tout semblait possible, où le petit immigré pouvait espérer se construire un destin hors du commun, un pays où la vivacité entrepreneuriale se mesure encore à des noms comme Apple, Microsoft, Google ou Facebook.

Un rêve devenu un cauchemar

Même si les Etats-Unis ont sans doute conservé un certain dynamisme entrepreneurial, sur beaucoup d’aspects, le rêve n’est plus qu’un rêve justement. Contrairement à ce que suggère l’accession de Barack Obama à la présidence de la République (et qui a contribué à son élection), la société étasunienne est beaucoup plus figée que les sociétés de l’Europe continentale. L’ascenseur social fonctionne mieux en France ou en Allemagne, comme le souligne The Economist.

L’explosion du coût des études supérieures provoque une forte reproduction sociale, comme le montre Paul Krugman dans son livre « L’Amérique que nous voulons », à moins d’être surdoué. Pire, une majorité de la population s’appauvrit puisque le revenu médian a diminué de 7% sur les dix dernières années, cette baisse étant compensée par le recours à l’emprunt, qui a mené à la grande crise de 2008. Et que dire d’un système de santé cher et à la couverture non universelle.

En outre, même si les rues de New York sont plus sûres, la société étasunienne est une société extrêmement violente. Avec la libre-circulation des armes à feu, le taux d’homicide y est comparable aux pays Africains et 3 à 8 fois supérieur aux pays européens. Même sur la route, la proportion de victimes rapproche davantage les Etats-Unis des pays en voie de développement des pays d’Europe occidentale. Bref, les Etats-Unis sont une société violente.

Les Etats-Unis ont longtemps été et pour beaucoup un rêve abusivement appelé Américain. Mais quand on regarde la réalité en face aujourd’hui, cette société semble s’être transformée en cauchemar que les autres sociétés occidentales devraient bien veiller à éviter.

22.01.2011

La France, la démographie et l’euro

Nous ne nous en rendons pas encore bien compte, mais les questions démographiques vont littéralement bouleverser les équilibres de notre continent. Il y a 25 ans, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne avaient exactement la même population. Aujourd’hui, notre pays sort du  lot.

Une démographie vibrante

Alors que quasiment tous nos voisins présentent une démographie anémique, la France fait plus de deux enfants par femme. En 2010, nous avons fait 838 000 bébés, un record depuis près de trente ans et une progression de plus de 85 000 naissances par rapport au point bas de 1993. On peut désormais s’attendre à ce que le record de 1971 finisse par être battu. Résultat, la population de notre pays vient d’atteindre le cap des 65 millions d’habitants.

Ce résultat est venu tempérer les commentaires sur la « dépression nationale » qui avait été mesuré par BVA et qui place la France parmi les peuples les plus pessimistes du monde. Le fait de continuer à faire des enfants est une contradiction avec cette analyse, qui montre que les Français sont sans doute un peu plus râleurs que la moyenne. En outre, notre pays touche les dividendes d’une politique familiale ambitieuse et coûteuse mais efficace, et rentable.

Une nouvelle Europe

C’est entre 2040 et 2050 que notre pays devrait ainsi dépasser l’Allemagne comme pays le plus peuplé d’Europe. En effet, même si l’Allemagne compte 82 millions d’habitants, elle fait déjà 150 000 bébés de moins que nous. Si les jeunes générations reproduisent le comportement de leurs mères, dans à peine trente ans, l’Allemagne pourrait bien faire moitié moins d’enfants que la France. Certaines études Allemandes anticipent une population de 40 millions en 2100…

Le point positif est que cette grande divergence démographique va considérablement accroître le poids de notre pays en Europe. La France va redevenir le pays le plus peuplé d’Europe. Mais si cela a des avantages, cela pose un problème monétaire. En effet, le grand écart démographique avec l’Allemagne accentue la divergence dans l’inflation des biens immobiliers (dont la valeur n’a pas bougé en Allemagne depuis la fin des années 90 alors qu’elle a triplé en France).

Bref, la démographie seule explique en partie pourquoi France et Allemagne auront du mal à partager la même monnaie à l’avenir. Une population en hausse créé un peu plus d’inflation structurellement. De même, la France devra forcément financer un effort d’éducation proportionnellement beaucoup plus important que l’Allemagne. Bref, la démographie va accélérer la divergence de nos pays, nécessitant des politiques monétaires différentes, ce que l’euro interdit.

La forte démographie de la France est un immense atout pour notre pays, un atout qui va bouleverser le visage de l’Europe. Mais cet atout est aussi un immense inconvénient pour maintenir une monnaie unique avec des pays dont les démographies sont aussi divergentes.

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