28.02.2011
Remaniement pour gouvernement à bout de souffle
Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.
Le remaniement d’un gouvernement remanié
Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.
En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.
L’échec extérieur
Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.
En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.
L’échec intérieur
Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…
Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…
Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...
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27.02.2011
La fin de l’euro commence-t-elle à Dublin ?
Les élections législatives Irlandaises ont paradoxalement très peu attiré l’attention alors que l’avenir de la monnaie unique se joue peut-être ici. Les partis qui vont former le gouvernement ont en effet promis de renégocier le « plan d’aide » européen. Un bras de fer décisif devrait commencer.
Une révolte démocratique
Nous ne sommes pas encore dans la situation de l’Islande, mais l’Irlande devient un nouveau foyer de trouble pour la zone euro. En effet, le Fianna Fail au pouvoir a connu une déroute historique, puisqu’il devrait passer de 73 sièges (sur 166) à seulement 20. La majorité devrait être composée du Fine Gael (36% des voix, 72 sièges) et du Labour (20% des voix, 38 sièges contre seulement 20 auparavant). Ces deux partis ont promis une renégociation des termes du plan négocié à l’automne.
Ceci démontre la révolte du peuple Irlandais contre les conditions de cette aide, très mal acceptées. En effet, la population compare sa situation avec celle de l’Islande, qui a choisi de ne pas sauver ses banques et de ne pas suivre les recommandations de la communauté internationale avec succès, comme le reconnaît Paul Krugman. Les Irlandais ont l’impression qu’ils paient pour sauver les banques continentales qui avaient contribué à la bulle des quinze dernières années.
Une situation très instable
Du coup, on peut anticiper un beau bras de fer entre le nouveau gouvernement Irlandais et l’Union Européenne sur la renégociation du plan de soutien. La nouvelle équipe au pouvoir ne pourra pas se contenter de concessions a minima sous peine de perdre immédiatement la confiance des électeurs (ce qui pourrait également provoquer l’explosion de la coalition), mais les instances européennes ne seront guère partantes car cela pourrait pousser la Grèce à faire de même.
En outre, il n’est pas évident que l’Allemagne accepte une restructuration qui serait sans doute très critiquée par des médias aujourd’hui déjà échaudés par la perspective d’avoir un Italien à la tête de la BCE. Pire, la banque centrale Irlandaise créé actuellement de la monnaie pour aider ses banques (outre la recapitalisation par le gouvernement) car l’argent fuit le pays (comme en Argentine avant 2002). En résumé, la situation est totalement explosive, tant économiquement que politiquement.
Bref, les plans « d’aide » européens ont seulement permis de gagner du temps et de réduire la pression sur les marchés. Mais tout n’est pas réglé économiquement car les capitaux fuient la Grèce et l’Irlande et les peuples de ces deux pays contestent de plus en plus les plans.
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26.02.2011
PS / UMP : la sale campagne qui commence
Depuis quelques semaines, la campagne pour l’élection présidentielle a commencé. Même s’ils ne se sont pas encore déclarés officiellement, il est difficile de ne pas comprendre que Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn s’affronteront. La campagne promet d’être moche.
DSK, de la prise de guerre à l’ennemi
Il y a quelques mois, le président et l’UMP avaient souvent des mots très positifs à l’égard du patron du FMI, qu’ils distinguaient clairement des autres socialistes. Il représentait le sérieux, le réalisme sur la réforme des retraites (où Nicolas Sarkozy ne s’était pas privé de le prendre à témoin). Mais la perspective sa candidature a radicalement modifié le discours. L’Elysée semble avoir concocté un argumentaire repris par tous les soutiens du président (Copé, Raffarin, Baroin…).
Inconscience ? Bêtise ? Difficile de ne pas voir les immenses limites de cet argumentaire. La crédibilité des attaques du jour est nettement amoindrie par les compliments d’hier. Et l’agressivité semble mauvaise conseillère. Attaquer DSK sur le fait qu’il soit coupé des réalités de la France est assez risible de la part de personnes qui soutiennent Nicolas Sarkozy, l’ancien maire de Neuilly, le président du Fouquet’s parti sur un yacht après son élection, le président du paquet fiscal…
Si ces attaques collent à son statut de président du FMI, elles sembleraient plus adaptées à la campagne des primaires dans la bouche d’Arnaud Montebourg. Il n’est pas sûr que les arroseurs ne finissent pas arrosés. Et si le petit monde médiatique semble très impatient de sa candidature et souhaite qu’il aille plus vite, cela ne semble guère être la préoccupation des Français. Bref, une bonne partie de la campagne contre le probable candidat socialiste semble bien maladroite.
Quand les socialistes dérapent
Il faut dire qu’il est difficile de se battre sur les questions européennes, voir même de réglementation économique. Comme Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn parle beaucoup de moralisation du capitalisme et de justice sociale. Il suffit d’aller à Athènes, où les grèves se multiplient, le pouvoir d’achat s’effondre et le pays s’enfonce dans une crise à l’Argentine pour constater à quel point DSK promeut des politiques totalement antisociales.
Et le PS vient de commettre un gros dérapage avec la publication d’une affiche qui compare assez ouvertement Nicolas Sarkozy à Hitler ! Cette comparaison est ridicule et honteuse. Elle démontre soit une ignorance crasse de la réalité soit une mauvaise foi absolument révoltante. Au passage, voilà un nouvel exemple de l’hystérie coutumière d’une certaine gauche toujours prompt à qualifier ses adversaires de fasciste ou de nazi, à tort et à travers, banalisant l’emploi de ces mots.
Bref, Marine Le Pen et les alternatifs républicains peuvent se frotter les mains. Le PS et l’UMP semblent partis pour une campagne bête et dure. A défaut de pouvoir s’opposer sur certaines questions essentielles (globalisation, déréglementation), ils s’agressent.
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25.02.2011
Bruno Le Maire, technocrate empathique
Le ministre de l’agriculture a tout pour plaire : il parle bien, présente bien, reste toujours calme, écoute ses interlocuteurs et tient un discours sensé. Mais sa prestation au Grand Journal de Canal Plus mardi dernier révèle quand même de sérieuses limites.
Plus technocrate que politique
Pendant l’émission, Ariane Massenet a proposé au ministre un test sur ses connaissances: l’époque où on récolte les poires (l’été) ; la race d’une vache (une blonde d’Aquitaine) ; le nom d’une machine agricole (un enjambeur) ; le nom de l’animal dont on faisait entendre le cri (un dindon) ; ce que représente un hectare (10 000 m2). Le ministre a récolté un zéro pointé, l’agriculteur invité affirmant que « si un jour, il avait à en acheter un (hectare), il saura que chaque mètre est important ».
Naturellement, il est ridicule d’attendre des ministres ou des hommes politiques qu’ils aient réponse à toutes les questions qu’on leur pose. Dans la vraie vie, ils ont un ministère qui les assiste. Mais là, le zéro pointé était un peu cruel pour un ministre qui avait passé son temps au Salon de l’Agriculture depuis quelques jours. Deux bonnes réponses auraient été un minimum. La déconnexion entre le ministre et les réalités du monde agricole ne pouvait pas être mieux illustrée.
Sa politesse, son écoute et sa façon de reconnaître son ignorance lui ont permis de ne pas trop mal faire passer la chose. Bref, on retrouvait bien l’auteur du livre « Des hommes d’Etat », ce technocrate vivant un peu trop en vase clos dans les bureaux de la République mais assez sympathique même s’il s'étalait un peu trop sur ses états d’âme. Bruno Le Maire semble le prototype du serviteur de l’Etat plus technocratique qu’idéologue, qui gère plutôt qu’il ne dirige, mais pas vraiment politique.
Empathique mais trop convenu
C’est sans doute pour cela que les agriculteurs semblent bien l’aimer malgré sa méconnaissance de leur métier. Il semble avoir le souci sincère de faire bouger les choses pour les agriculteurs. Fin 2009, il avait même tenu des propos sévères sur les conséquences du libre-échange pour le monde agricole qui avait vu ses revenus baisser de 34% en une seule année, à des niveaux indécents. Malheureusement, faute est de constater que rien n’a véritablement changé depuis.
Le problème est simple : même s’il est choqué par ce qui arrive et qu’il s’efforce de faire de son mieux, ne pas penser à remettre en cause la libéralisation du marché des produits agricoles le limite à poser des rustines sur un problème qui ne sera jamais réglé. La solution est assez simple. Nous la connaissons puisque c’était la façon dont nous fonctionnions avant : mettre en place des prix de soutien pour éviter que les agriculteurs ne vendent en dessous de leur prix de revient.
Naturellement, les opposants souligneront que cela aboutit à des conséquences fâcheuses (prix en hausse, stocks…). Mais il est possible de baisser les prix des produits qui sont en excès et monter ceux des produits dont on manque pour réajuster la production. Bref, si nous restons dans le seul cadre du marché libre, les agriculteurs subiront des variations de prix dévastatrices. C’est cette logique qu’il faut casser pour leur permettre de vivre de leur métier et non pas de subventions.
Bruno Le Maire a une bonne capacité d’écoute et sans doute de bonnes intentions. Mais en restant figé dans le cadre d’un marché agricole déréglementé, il se condamne à des rustines inopérantes pour traiter les problèmes du monde agricole.
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24.02.2011
Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie
Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.
Fiascos diplomatiques
Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.
Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).
Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !
Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.
Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.
Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.
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23.02.2011
Après la crise de l’euro, la crise de la BCE
Par-delà le dérapage de Jean-Claude Trichet sur les salaires, il y a quelques semaines encore, tout était simple pour sa succession à la tête de la BCE. Axel Weber, le président de la Bundesbank devait reprendre le poste de gouverneur. Finalement il y a renoncé. Un choix révélateur.
Les raisons d’un renoncement
La décision du patron de la Bundesbank est très importante car il était en pôle-position par rapport à ses concurrents du fait du soutien d’Angela Merkel, malgré de fortes oppositions. Que le patron de la Bundesbank renonce dans la dernière ligne droite, embarrassant son gouvernement et imposant à l’Union Européenne un processus de choix qui sera forcément long et difficile n’est pas un point de détail dans l’histoire de l’euro. C’est un événement majeur.
Il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi Axel Weber a renoncé, même s’il n’y a pas d’explication officielle. Il avait publiquement critiqué le rachat de dettes souveraines par la BCE (qui est contraire aux traités européens), se désolidarisant ainsi de Jean-Claude Trichet. Jean Quatremer évoque la menace d’un veto Français à sa nomination mais cela n’est pas forcément suffisant quand on constate à quel point Nicolas Sarkozy cède à Angela Merkel.
Plus sûrement, il refuse tout simplement de mener une politique avec laquelle il est en désaccord et donc de donner sa caution à la politique actuelle de monétisation, ce qui est tout de même compréhensible. L’Allemagne ayant indiqué qu’elle ne réclamait pas forcément la présidence, on peut se demander si Berlin ne se désengage pas quelque peu d’une zone euro à laquelle elle ne croit plus, même si elle refuse de prendre l’initiative qui conduira directement à sa fin.
La BCE, juge et partie
Plus globalement, il y a tout de même quelque chose de choquant à voir la BCE déchirer les traités et monétiser 80 milliards d’euros de dettes souveraines (90% des adjudications de dettes des pays en difficulté auraient été rachetées par la BCE en janvier). Même si, sur le principe, je suis favorable à la monétisation, surtout en des temps aussi troublés, ce viol des traités européens pose un problème majeur. Ce choix de BCE pose le problème de l’organisation de l’Union Européenne.
Car il est tout de même choquant de voir les autorités européennes, toujours promptes à taper sur les doigts des pays qui ne respectent les traités, les fouler aux pieds pour se sauver. Car dans l’affaire, la BCE est juge et partie. En monétisant, la BCE sauve l’euro et surtout se sauve elle-même. Sans monétisation, l’euro explose, et la BCE aussi. Bref, il y a un conflit d’intérêt majeur dans cette décision qui engage pourtant l’argent des contribuables européens.
La BCE engage donc les Etats européens pour se sauver elle-même, démontrant à nouveau l’inconséquence et l’irresponsabilité des technocrates européens. Le salut pourrait venir de Karlsruhe (qui avait déjà spécifié que la Constitution Allemande était supérieure aux traités européens) car un groupe de juristes a déposé un recours contre la participation Allemande au Fonds Européen. Et sans l’Allemagne, autant dire que le fonds perdrait grandement en crédibilité…
La crise de l’euro démontre à nouveau ce qu’il y a de pire dans cette construction européenne : une caste de technocrates prenant des engagements financiers considérables au nom des peuples pour se sauver eux-mêmes, tout en imposant une austérité sauvage. Merci à l’Allemagne de protester.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude trichet, bce, axel weber, gouverneur, monétisation, jean quatremer, angela merkel
22.02.2011
Immigration : les mensonges du Front National
L’immigration occupe une place très délicate dans le débat politique Français. A l’extrême-droite, le Front National en fait volontiers la cause de tous les maux du pays, la droite a tendance à l’instrumentaliser et la gauche ne se défait pas d’un angélisme irréaliste.
Le débat impossible
Comme l’avait rapporté Reversus, le FN la présente abusivement comme la cause du chômage (3 millions d’immigrés = 3 millions de chômeurs), de l’insécurité et d’une dissolution de notre identité. La gauche est rarement sortie d’un angélisme tel qu’elle a fait des sans papiers ses nouveaux ouvriers, comme le soulignent certains intellectuels de gauche. Et la droite instrumentalise le tout en fonction de ses besoins supposés, comme avec les Roms l’été dernier.
Si la France est une terre d’immigration, aujourd’hui, il faut réduire les flux migratoires. Si les vagues successives nous ont enrichis, les conditions économiques actuelles font qu’il n’est pas possible d’en accueillir davantage car les conditions de leur intégration ne sont pas réunies et qu’ils rendraient l’intégration de ceux qui sont déjà présents plus difficiles encore. Du coup, les régularisations de sans-papiers sont à exclure du fait de l’appel d’air que cela entraînerait.
C’est sur ce terrain miné que Marine Le Pen a repris le flambeau paternel pour attaquer la politique d’immigration du gouvernement. Exhibant des statistiques qui auraient été transmises par un fonctionnaire patriote, elle a ainsi affirmé que Nicolas Sarkozy est un « champion d’Europe » en matière d’immigration, avec les 198 000 titres de séjour accordés en 2010 (en hausse de 13% par rapport à 2009) et les 116 000 naturalisations, en hausse de 7.8%.
Fantasme et réalité
La nouvelle présidente du FN a osé affirmer que l’immigration est « volontairement accélérée dans un processus fou dont on se demande s'il n'a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française ». Pourtant ce chiffre ne représente même pas 0,3% de la population (et encore, il ne s’agit pas d’un solde net, qui prend en compte les départs) et qu’on ne voit pas comment il pourrait y avoir substitution sachant que notre solde naturel est plus important.
Et les statistiques contredisent cette vision. En Europe, de 2000 à 2005, le taux de solde migratoire était de 1 pour mille en France contre 2,1 en Italie, 2,3 au Royaume-Uni, 2,5 en Allemagne et 9,7 en Espagne (pour une moyenne de 2,6 dans l’Union Européenne). Une récente étude de l’INED confirme cette tendance : le nombre d’immigrés est passé de 6,3 à 6,7 millions en France depuis 2000 (9,1 à 10,8 en Allemagne, 4,9 à 6,5 en Grande-Bretagne et 2,2 à 6,4 en Espagne).
Marine Le Pen : malhonnête ou incompétente ?
Bref, quelque soit la manière de prendre les chiffres, la France n’est absolument pas le « champion d’Europe » de l’immigration. Si nous sommes champions, c’est comme pays qui laisse rentrer le moins d’immigrés aujourd’hui… Concernant les naturalisations, un pic de 168 mille a été atteint en 2004, puis les chiffres ont baissé. Au global, l’immigration semble relativement stable en France, à un niveau nettement inférieur à celui de nos grands voisins européens.
Bien sûr, aujourd’hui, avec près de 15% de chômeurs en réalité, accueillir des immigrés est une absurdité car ils auront du mal à s’intégrer dans un pays qui subit un tel niveau de chômage. Et pour le coup, le Front National a raison de demander de limiter l’immigration et de souligner qu’il est impératif de contrôler les flux migratoires. En revanche, Marine Le Pen raconte n’importe quoi quand elle dit que la France serait le « champion d’Europe sur le sujet ».
Comme pour la sortie de l’euro, où Jacques Sapir vient de démonter ses propositions, le FN manque de sérieux sur l’immigration. Il agite les peurs et utilise des mensonges pour rester dans un registre purement protestataire et extrémiste. Ce n’est pas comme cela que l’on redressera la France.
10:59 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : front national, reversus, immigration, roms, marine le pen, ined
21.02.2011
DSK officieusement candidat
Certes, ce n’est pas encore totalement officiel, mais comme l’a souligné le Nouvel Observateur, la séquence qui s’est achevée hier soir est d’une clarté de plus en plus limpide. Dominique Strauss-Kahn sera bel et bien candidat aux primaires du Parti Socialiste.
Un candidat en précampagne
Hier soir, ce n’était pas le patron du FMI qui était interviewé sur France 2 mais déjà le candidat. Il n’y a que que le Figaro pour dire qu’il n’y avait aucun indice alors que chaque phrase sous-entendait sa candidature. Quand Laurent Delahousse l’a interrogé sur le souhait de sa femme qu’il ne fasse pas un second mandat au FMI, il a bien indiqué qu’il prenait ses décisions en la consultant. Et il a regretté que Jacques Delors n’ait pas été candidat en 1995.
Il a aussi dénoncé les polémiques stériles de l’UMP à son égard, affirmant que le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la recherche de solutions aux problèmes actuels. Il a également minoré l’importance de ces attaques en soulignant qu’il en a déjà subi de bien plus dures, manière de souligner qu’il est prêt au combat et qu’il ne sera pas aisément impressionnable. Il a également cherché à répondre aux critiques de l’UMP en soulignant qu’il s’intéresse au sort des plus faibles.
C’est ce qu’il a fait en citant Marianne et Jacques Julliard au sujet des six millions de Français qui gagnent moins de 750 euros par mois. Se faisant, on peut déceler un prémices d’angle d’attaque contre Nicolas Sarkozy, à savoir qu’il a oublié les classes populaires et qu’il a trop favorisé les plus riches. Il a insisté sur le besoin d’éviter un déclassement de l’Europe face à l’Asie, moyen sans doute d’indiquer que la France a besoin d’un bon économiste pour assurer son avenir.
Le meilleur ennemi
Reste à savoir comment va réagir le Parti Socialiste. Sera-t-il accueilli comme le fils prodigue, rassemblant largement le parti derrière lui dans des primaires sereines ? Ou devra-t-il affronter une guerre des tranchées qui pourraient laisser le parti divisé et affaibli ? Ségolène Royal rendra-t-elle la monnaie de sa pièce à un de ses opposants de 2006 ou choisira-t-elle de jouer placée et donc collectif plutôt que de subir l’humiliation d’une défaite qui semble aujourd’hui très probable ?
Je crois que le Parti Socialiste a trop faim de pouvoir aujourd’hui pour se diviser. Les éléphants (Fabius, Aubry, DSK, potentiellement Hollande et Royal) ont compris qu’une nouvelle défaite les balaierait, ce qui devrait les pousser à s’entendre. Et les quadras (Montebourg, Valls, Hamon) doivent bien imaginer qu’il ne serait pas un mal d’arriver un jour à être ministre avant de pouvoir envisager autre chose. Bref, il existe des forces puissantes pouvant agir en faveur de l’unité du PS.
Et puis, tant mieux. Car la candidature de Dominique Strauss-Kahn serait une bénédiction pour les alternatifs. En effet, DSK est le candidat de la globalisation néolibérale, le candidat qui va défendre une gouvernance européenne et mondiale renforcée, qui va parler du besoin de compétitivité, le nom poli de la stagnation des salaires. Bref, avec lui, il ne sera pas possible de croire que le Parti Socialiste propose une alternative réelle sur les questions économiques.
Du coup, le débat ne sera pas biaisé. Bien sûr, DSK prendra quelques accents gauchistes pour donner le change, mais personne ne sera dupe. Les Français verront bien que sur les questions économiques ou européennes, PS, Modem, Verts et UMP sont très proches. Tant mieux pour nous.
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20.02.2011
Sortie de crise spectaculaire pour le CAC 40
D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les grandes multinationales.
Des profits abracadabrantesques
C’est la saison des résultats financiers et le moins que l’on puisse dire est que le cru 2010 devrait être bon pour le CAC 40. Total avait ouvert le feu en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.
BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel ressort à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en pourcentage de marge, la BNP n’est pas encore au niveau de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.
Plus globalement, les entreprises du CAC 40 avaient augmenté leurs profits de 86% au premier semestre, à près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards, contre un record de 101 milliards en 2007. Mais il faut noter qu’en 2004, ces mêmes profits avaient atteint seulement 57 milliards. En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser les 3èmes profits les plus élevés de son histoire derrière 2007 et 2006.
Une inégalité très problématique
Le décalage entre les multinationales et la population est extrêmement choquant. En effet, le chômage a continué de progresser pendant l’année 2010. Les hausses de prix laminent le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population. De l’autre côté, si les profits des multinationales ont beaucoup baissé, il faut noter qu’elles ont continué à en générer et que le rebond est spectaculaire.
Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. En effet, l’Etat vient au secours des multinationales quand elles vont mal, n’hésitant pas à leur donner ou leur prêter de l’argent, s’endettant même à l’occasion. Pire, ce sont les mêmes banques qui ont été aidées par les Etats qui leur prêtent de l’argent aujourd’hui et font des profits énormes sur ces opérations, en créant à leur profit de la monnaie, avec l’aide de la BCE.
Plus globalement, comme je l’avais évoqué il y a un an, dans certains secteurs, on peut se demander s’il n’y a pas des profits totalement excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente ? En outre, c’est cette logique qui a poussé Renault à diviser par deux sa production en France (20% de sa production seulement et plus qu’un tiers des véhicules vendus en France).
Le montant des profits réalisés par les grandes multinationales démontre un disfonctionnement majeur de notre organisation économique, d’autant plus que le pouvoir d’achat de la grande majorité baisse ou stagne. Bref, c’est à une réorganisation complète de notre économie que nous devons nous atteler.
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19.02.2011
Mettre fin aux parasites fiscaux
Je cherchais depuis longtemps un terme alternatif à opposer aux « paradis fiscaux ». Il faut reconnaître aux néolibéraux un grand sens de la formule. Le qualificatif de ces Etats-sangsues qui accueillent trop volontiers l’argent sale est beaucoup trop positif. Sus aux parasites fiscaux !
Une réforme en trompe l’œil
C’est soi-disant une des réussites majeures du G20. Les parasites fiscaux n’existeraient plus, comme l’affirme un peu rapidement l’OCDE. Malheureusement, le diable se cache dans les détails, et les pays qui étaient encore considérés comme faisant partie des parasites fiscaux n’ont eu qu’à signer une douzaine de conventions de partage d’information avec d’autres pays pour sortir de la liste. Le hic, admis par l’OCDE, est qu’il est possible de signer ces conventions avec un autre parasite fiscal.
En clair, il suffit à Monaco de signer des conventions avec Andorre, le Liechtenstein, les Iles Caïmans et quelques autres sangsues dorées pour ne plus apparaître officiellement comme un parasite fiscal. Pourtant, comme le rappelait le Monde il y a deux ans et demi, pas moins de 40% de l’argent qui y transite serait d’origine criminelle et ces parasites feraient perdre à la France la bagatelle de 30 à 40 milliards d’euros de recettes fiscales dont nous aurions bien besoin…
Pourquoi il faut agir
Quelques néolibéraux dans l’âme soutiennent que ces Etats apportent une concurrence bienvenue et tendent à réduire les excès fiscaux. Voilà une vision bien naïve des choses. Dans les faits, les parasites fiscaux ont un double « intérêt ». Premièrement, ils permettent aux organisations criminelles et mafieuses de s’intégrer dans l’économie mondiale, d’avoir des comptes bancaires discrets qui leur permettent de recycler de l’argent sale et de vivre plus facilement.
Deuxièmement, ces Etats permettent à de riches particuliers (notamment les sportifs et les stars) ou aux multinationales d’échapper à l’impôt du pays où ils vivent ou font des affaires. Comme ces parasites sont en général assez petits, ils peuvent fonctionner avec des niveaux d’impôt beaucoup plus faibles qu’ils compensent largement en attirant un nombre totalement disproportionné de riches contribuables ou de multinationales en recherche de fiscalité légère.
Que faut-il faire ?
Il est absolument essentiel de faire disparaître ces parasites qui contribuent à déconstruire le principe même de solidarité nationale ou de progressivité des impôts, aboutissant à des systèmes fiscaux où les plus riches finissent par payer moins en proportion de leur revenu que les moins riches. Bien sûr, payer un million d’impôts est une énorme somme, mais quand on en gagne le double, cela laisse tout de même des revenus équivalents à près de 80 SMIC…
Il n’y a pas trente-six solutions pour mettre fin à ces parasites, si l’on exclut les chars ou les Rafale (quoique ?). La première consiste à mettre fin à la libéralisation des mouvements de capitaux. Forcément, si les capitaux peuvent circuler librement et que quelques parasites conservent un secret bancaire, alors, la porte est ouverte pour tous les excès. Il ne s’agit pas d’interdire les mouvements de capitaux en dehors des frontières nationales, mais de les encadrer et les suivre.
Bien sûr, Andorre, Monaco, la Suisse et quelques autres Etats parasites ne seront pas contents. Mais aujourd’hui, nous les laissons profiter du système comme des sangsues, sachant pourtant qu’il serait intenable que les fiscalités nationales s’alignent sur les leurs. S’ils ne coopèrent pas, libre aux autres Etats de faire un blocus (comme le Général l’avait fait avec Monaco dans les années 60) ou de considérablement restreindre tout échange avec ces parasites.
Le dogme de la liberté de circulation des capitaux, des hommes et des marchandises est un poison qui a permis le développement des parasites fiscaux. C’est seulement en restreignant cette liberté de mouvement radicalement que l’on pourra y mettre fin.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : paradis fiscaux, parasites fiscaux, g20, monaco



