31.03.2011

Le protectionnisme, outil du développement économique

Mon collègue de Causeur Georges Kaplan, vient de signer une tribune « le protectionnisme ne protège pas, les délocalisations d’aujourd’hui peuvent être les emplois de demain ». Mais cette ode au libre-échange se heurte aux faits et aux analyses d’économistes, y compris d’origine libérale.

La désindustrialisation n’est pas un mythe

Georges est assez habile dans sa présentation des faits. En effet, en soulignant l’énorme progression de la production industrielle depuis 1950 ou même sa hausse significative depuis 1990, il montre en effet que la valeur ajoutée industrielle progresse, comme il l’avait souligné dans un précédent papier, auquel j’avais déjà répondu. Dans ce nouveau papier, il relativise ces chiffres en soulignant sa stagnation depuis 10 ans et son très fort déclin en proportion de notre PIB.

Cette fois, Georges Kaplan souligne bien que le nombre d’emplois industriels diminue. Mais il sous-entend que cette baisse est la conséquence de l’externalisation d’emplois de service autrefois internalisés (agents d’entretien, comptables, chauffeurs…) en faisant le parallèle entre le nombre d’emplois industriels perdus (2,3 millions) et le nombre d’emplois créés dans le service aux entreprises (2,6 millions). Mais le service aux entreprises ne se limite pas aux entreprises industrielles.

La balance globale des emplois industriels est bel et bien négative. Il suffit de prendre le cas de l’industrie automobile, autrefois fleuron de notre pays, et qui contribuait de manière très positive à notre balance commerciale jusqu’en 2005. Malheureusement, la production automobile de PSA et Renault a été divisée par deux en France de 2005 à 2009. Nos constructeurs ont décidé de délocaliser en masse leur production pour bénéficier des coûts plus faibles, notamment en Europe de l’Est.

Quand le libre-échange détruit l’emploi

Mais au-delà de l’interprétation des chiffres, le libre-échange est loin de faire l’unanimité parmi les économistes dont un nombre grandissant – de tous horizons – soulignent les conséquences négatives. Notre seul « prix Nobel » d’économie, Maurice Allais, soutenait que plus de la moitié du niveau du chômage en France s’expliquait par le libre-échange. Paul Krugman, autre lauréat, qui écrivait que « la mondialisation n’est pas coupable », a mis de l’eau dans son vin depuis.

Jean-Luc Gréau, ancien économiste du Medef, plutôt libéral à la base, est un des critiques les plus féroces des excès du libre-échange. Il dénonce la déflation salariale que la compétition avec des pays à salaires beaucoup plus faibles induit dans nos pays. Il démonte l’argument des gains de pouvoir d’achat en soulignant que si l’inflation est plus basse, cela est plus que compensé par le ralentissement des hausses de salaires. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat baisse pour la majorité.

En effet, ce n’est parce que nous achetons désormais nos tee-shirts, nos produits électroniques et nos jouets en Asie que cela permet de créer des emplois en Europe. L’immensité de nos déficits commerciaux avec la Chine le démontre : alors que l’Empire du milieu a vendu pour 214 milliards de biens dans l’Union Européenne en 2009, il n’en a importé que pour 81 milliards. Bref, les délocalisations d’hier sont surtout le chômage d’aujourd’hui et de demain.

Les raisons sont assez simples : contrairement aux idées reçues, le modèle de développement asiatique, s’il profite de l’ouverture commerciale des Etats-Unis ou de l’Europe est en bonne partie protectionniste. En effet, ce n’est pas un hasard si plus de 95% des véhicules vendus au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont produites localement (pas en Asie, mais bien dans le pays d’origine). Quelques soient les moyens – droits de douane, intervention des services fiscaux, normes de qualité… -  ces pays ont mis le protectionnisme au cœur de leur développement.

Bien sûr, Georges Kaplan pourrait convoquer le cas Allemand, pays apparemment ouvert, qui a un fort excédent commercial. Néanmoins, ce cas est un peu atypique. En effet, les Allemands ne sont pas les derniers en protectionnisme : ils ont tout simplement échangé la douane par les normes DIN ! Le résultat est le même en terme de protection de l’industrie locale. En outre, n’oublions pas qu’une partie de l’excédent commercial Allemand vient d’une spécialisation pointue ainsi que d’une politique de déflation salariale réduisant le coût du travail par rapport aux autres pays de la zone euro.

Quand le libre-échange affame les peuples

Finalement, il y a la question autrement importante des produits alimentaires. Là, il ne s’agit pas de tee-shirt ou de voiture mais tout simplement de la possibilité de nourrir des milliards d’êtres humains. Georges Kaplan soutient que « les protectionnistes affament les peuples » et plaide – logiquement - en faveur du « laissez faire » général en agriculture. Mais le libre-échange sans limites pose d’immenses problèmes. Dans un dossier sur les moyens de nourrir le monde réalisé fin 2009, The Economist prenait une position proche de lui. Pourtant, l’hebdomadaire libéral avait l’honnêteté intellectuelle de citer aussi l’exemple du Malawi où les aides publiques ont démontré leur efficacité.

Mais ce qui est encore plus dangereux dans l’application du libre-échange à l’agriculture est qu’il favorise une concentration toujours croissante de la production dans certaines régions du monde. Or, dans le cas d’une activité soumise aux aléas climatiques comme l’agriculture, cela expose le secteur à des risques majeurs car des incidents locaux pourraient provoquer des pénuries graves, voire des famines. C’est parce qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture qu’il vaut mieux déconcentrer la production pour la protéger d’aléas climatiques ciblés aux conséquences dramatiques.

En plus, il ne faut pas oublier non plus les effets pervers d’une agriculture tournée à 100% vers le marché par rapport à une logique de subsistance pour les pays en voie de développement. Pour prendre un exemple simple, un paysan Ivoirien ne pourrait pas nourrir sa famille avec du cacao non vendu… Et dans les pays dits développés, la libéralisation fait du revenu des agriculteurs la variable d’ajustement jusqu’à des situations révoltantes où ils produisent à perte.

Il ne s’agit pas bien entendu de plaider pour une chimérique autarcie totale. En revanche, l’anarchie commerciale est porteuse d’immenses déséquilibres en matière d’emplois, de déficits et de risques alimentaires. C’est pourquoi favoriser la (re)localisation de l’économie n’est pas seulement une politique industrielle sensée mais aussi – comme l’ont compris les pays asiatiques -  un facteur de progrès.

30.03.2011

Copé, Fillon : la discorde chez la majorité

Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.

Règlement de compte à UMP-Corral

Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.

Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après  2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.

La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité

Majorité au bord de la crise de nerfs

Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.

Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).

Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.

Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.

29.03.2011

Le vote FN est, logiquement, un vote social

C’est un sondage publié par Marianne 2 qui l’a révélé : quand Marine Le Pen fait 21%, elle obtient 34.5% des intentions de vote des employés  et 37.5% de celles des ouvriers. Le vote FN est un vote social.

Un vote sanction contre un système injuste

Le fait que le Front National réunisse les suffrages de plus d’un ouvrier sur trois est impressionnant. Ces scores, extrêmement sévères pour l’UMP, mais plus encore pour la gauche, montrent que les classes populaires ont totalement perdu confiance dans les partis de gouvernement. De la sorte, elles sanctionnent ces partis qui les ont abandonnées à cette globalisation néolibérale porteuse d’inégalités, qui délocalise leurs emplois et comprime leur pouvoir d’achat.

En effet, l’intégralité de la création de richesses économiques va depuis dix ans aux 10% des Français les plus riches, dans les profits des entreprises et les dividendes pour leurs actionnaires, qui battent record sur record. Et avec le sauvetage des banques, cette crise a démontré que si les profits sont privatisés, les pertes peuvent être collectivisées. Pire, pour sauver l’euro, les gouvernements européens sont littéralement en train de saigner les peuples, en Grèce, en Irlande ou au Portugal…

Dès lors, étant donné que PS, UMP, Modem et écologistes défendent globalisation et déréglementation et ne proposent rien pour le réformer, il est logique que les classes populaires, premières victimes de ce système injuste, instable et inefficace se tournent alors vers le principal parti qui le dénonce: le Front National. Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin et Philippe de Villiers ont porté une telle parole, mais leur effacement a libéré du terrain pour Marine Le Pen.

Comprendre ce vote pour y répondre

Pour toutes ces raisons, le vote FN est parfaitement compréhensible. Après tout, il est parfaitement légitime de ne pas vouloir voter pour des partis trop souvent d’accord sur les questions européennes ou de libéralisation. Il est totalement absurde et choquant d’insulter les électeurs du Front National. De deux choses l’une, soit ce parti doit être interdit (et il n’a rien fait pour l’être) soit il faut arrêter de jeter l’anathème sur ses électeurs qui expriment juste un choix démocratique.

Ce vote est notamment un cri de Français qui ont mal à leur démocratie, qui ont envie d’un changement que PS, UMP, Modem, Verts sont incapables de leur apporter. C’est le cri de Français qui souffrent du chômage, de fins de mois difficiles, qui craignent le déclassement pour leurs enfants (pour la première fois, une génération pense que ses enfants vivront moins bien qu’elle, ce qui est triste). Bref, c’est un désir de changement qui ne trouve pas encore de traduction concrète.

L’alternative, ce n’est pas forcément le FN

Mais essayer de comprendre les électeurs du Front National ne doit pas mener forcément à de la complaisance avec le parti. Critiquer le FN parce qu’il a investi un jeune nazillon aux cantonales, ce n’est pas critiquer ses électeurs. Au nom de quoi faudrait-il tout lui passer parce qu’on se situe aussi dans l’opposition aux politiques européennes et de déréglementations menées par le Parti Socialiste et l’UMP, et soutenues par les Verts et le Modem ?

C’est exactement ce que souhaitent UMP et PS. Si l’alternative se cantonne au FN ou à des partis proches, alors elle sera teintée par les scories de ce parti. Le système utilise le FN pour se maintenir. Au contraire, il est essentiel que les Français comprennent que l’alternative est plurielle et qu’elle n’impliquera pas forcément le FN. C’est pourquoi il faut montrer qu’une alternative distincte et indépendante existe. Il y a Debout la République, il y a le MRC et il y a le Front de Gauche.

Il est également heureux que des intellectuels alternatifs affrontent la vindicte bien-pensante pour développer des thèses originales. Merci donc à Jacques Sapir ou Emmanuel Todd, qui a signé une très belle tribune au sujet de la montée du FN. Et merci aux journalistes qui honorent le débat public en ouvrant leur colonne à tous les penseurs libres, Philippe Cohen, Elisabeth Levy et Eric Zemmour, contre lesquels une gauche antisociale a fait une campagne révoltante.

Aujourd’hui, les Français ont le choix. Ne compter que sur le FN pour apporter le changement est une erreur, entre ses scories et ses difficultés à casser le plafond de verre. La crise est forte. Les mouvements du corps électoral seront brutaux. Ne nous enfermons-pas dans une voie sans issue. Un petit peut devenir grand.

28.03.2011

France recherche désespérément une autre alternative

Hier avait lieu le second tour des élections cantonales, qui a confirmé les résultats du premier : très forte abstention, sanction sévère de l’UMP, victoire en demi-teinte du Parti Socialiste, percée du FN. Mais au global, il semble surtout que les Français n’aient pas encore trouvé l’alternance qu’ils attendent.

Une sanction sans précédent pour l’UMP

Certes, en nombre de départements, le parti présidentiel semble bien résister, mais il faut noter que le scrutin de référence, en 2004, avait déjà été un gros échec. Au final, la gauche devrait contrôler au moins soixante départements. Mais surtout, les sondages pour le premier tour des élections présidentielles de 2012 indiquent l’immense faiblesse du président sortant, qui serait éliminé par Marine Le Pen face à la plupart des candidats du Parti Socialiste.

Mais malgré les sondages incroyables de Dominique Strauss-Kahn ou les bons résultats du second tour, il n’y a clairement aucun enthousiasme pour le Parti Socialiste. Non seulement le PS a perdu des voix par rapport aux élections cantonales de 2004 ou de 2008 mais, hormis DSK, ses candidats peinent à dépasser 20% au premier tour dans les sondages pour les présidentielles, malgré le rejet massif du président sortant, signe qu’il est un choix par défaut, et rien de plus.

Le Front National, une vraie percée et des limites

Il y a deux manières de regarder les résultats du FN. Objectivement, les scores du premier tour étaient très élevés, puisque le parti de Marine Le Pen a talonné le parti présidentiel, dans des élections qui ne lui étaient pas vraiment favorables puisqu’elles favorisent l’implantation locale des grands partis. En outre, son parti a gagné plus de trois cent mille voix entre les deux tours sur les cantons où il était présent, signe qu’il parvient à aller au-delà du cercle de ses électeurs du premier tour.

Néanmoins, ce scrutin montre aussi les limites du parti frontiste. Tout d’abord, il n’a que deux élus, ce qui augure mal de ses capacités pour les élections législatives. Ensuite, son score n’est peut-être pas si élevé dans un contexte aussi favorable (crise, effondrement de l’UMP, PS peu convaincant). Après tout, il n’a fait que 3 points de plus qu’en 2004 et les sondages pour les présidentielles ne le placent que marginalement au-dessus des 19% du duo Le Pen – Mégret de 2002.

Ni UMPS, ni FN

En effet, si Marine Le Pen fait à peine plus que le score de l’extrême-droite en 2002, on pourra se poser la question de la capacité du Front National à représenter une réelle alternative. En-dessous de 25%, le score de sa nouvelle présidente montrerait que le parti se heurte à un plafond de verre particulièrement solide, signe que si beaucoup de Français sont prêts à utiliser ce vote pour exprimer leur colère, une large majorité refuse absolument de lui confier les rênes du pouvoir.

En fait, les Français expriment clairement leur volonté de tourner la page de l’UMP et de Nicolas Sarkozy. Mais il n’y a aucune véritable envie du Parti Socialiste qui pourra, au mieux, gagner ces élections par défaut en suscitant moins de rejet que l’UMP et le FN. Bref, les Français ne veulent plus de l’UMPS, mais pas non plus du Front National. Ils veulent une véritable alternative à la globalisation néolibérale conduite par les grands partis au pouvoir mais sans les scories du FN.

A un an du premier tour des élections présidentielles, les Français ont exprimé leur rejet de Nicolas Sarkozy et un manque d’enthousiasme pour le Parti Socialiste. Mais ils sont loin de se jeter dans les bras du Front National malgré un contexte qui lui extrêmement favorable. Bref, ils attendent autre chose.

27.03.2011

Quand le volapük européen traduit saignée et tutelle par « aide » !

Cette semaine a été le théâtre d’une comédie totalement ubuesque où l’on a pu voir l’Union Européenne demander à « aider » le Portugal et ce pays refuser cette « aide ». Voilà de quoi relativiser l’emploi du terme « plan de sauvetage » pour les plans européens.

Le Portugal au bord du gouffre

La situation est proche de l’explosion à Lisbonne. Les taux d’intérêt à long terme approchent 8%. Sachant que la dette publique équivaut à 90% du PIB, cela signifie que si les taux restaient en l’état pour une longue période, alors, le pays devrait consacrer plus de 7% de sa richesse tous les ans uniquement pour payer les intérêts de la dette, sans parvenir à la réduire. La crise est telle que le Premier Ministre a démissionné après le vote négatif du parlement sur un énième plan d’austérité.

Dans un tel contexte, on pouvait imaginer que José Socrates accepterait le « plan de sauvetage » européen de 75 milliards d’euros, qui permettrait à son pays de financer sa dette pour plusieurs années. Mais non, le Premier Ministre en sursis a eu le courage de le refuser pour laisser les Portugais trancher lors des élections législatives à venir. Voici un comportement hautement démocratique qui fait honneur à cet homme qui n’engage pas son peuple contre sa volonté.

Ce que ces plans disent de l’Europe

Tout ceci permet de relativiser le vocabulaire positif utilisé pour présenter ces plans. Car ces plans ne sont pas des « plans d’aide » à un pays, sans quoi personne n’hésiterait à y souscrire. Ce sont des plans qui permettent de sauver l’euro et de préserver les intérêts des créanciers au prix d’une véritable saignée économique et d’une sévère mise sous tutelle des pays qui y souscrivent. Les Portugais ont été précédés par la Grèce et l’Irlande, pour leur plus grand malheur…

Ces pays auraient simplement besoin de dévaluer pour restaurer l’équilibre de leur commerce et de leur balance des paiements autrement que par une baisse sauvage des salaires et du pouvoir d’achat de la population. On peut également souscrire à l’idée d’une restructuration de la dette : même un journal aussi sérieux que The Economist le soutient depuis des mois. L’Europe achète du temps, le fait payer par les peuples, mais ces plans ne résolvent rien et la situation empire.

Et la situation est d’autant moins durable que le dispositif anticrise adopté est totalement insuffisant. Si Madrid était en difficulté, toutes les cartouches seraient grillées. Mieux, les pays européens ont à peine réussi à s’entendre pour maintenir la taille du dispositif, loin des demandes de certains de le doubler ou de lancer des euro-obligations. La Tribune a bien compris que rien n’a été réglé alors que le Figaro fait mine de croire que de véritables solutions ont été adoptées.

Un troisième incendie fait rage dans la zone euro avec le Portugal qui  suit l’exemple de la Grèce et de l’Irlande. Quel sera le premier pays à quitter la monnaie unique et à restructurer sa dette ? La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand, tant les « plans d’aide » ne résolvent rien.

26.03.2011

Lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN

Demain a lieu le second tour des élections cantonales. Quelques uns de mes amis, exaspérés par le gouvernement, le PS, l’Europe, la crise, sont tentés de franchir un drôle de Rubicon et voter FN. Si je comprends leur colère, que je partage, je crois que cela n’est pas la solution.

Patriotisme et nationalisme

Je tiens à remercier Laurent de Boissieu qui m’a donné l’idée de cet article en publiant un papier de Nations Presse, la vitrine frontiste d’Internet. Parmi les nombreuses citations attribuées au Général (mais non authentifiées), il en est une que j’apprécie particulièrement : « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres ». Je crois que ces mots encapsulent de manière particulièrement forte toute la différence qui existe entre le gaullisme et l’extrême-droite.

Car dans l’ADN du Front National, il y a bien une haine de l’autre, de l’étranger, de l’immigré, du musulman. En cela, le discours de Marine Le Pen n’a pas varié d’un iota par rapport à celui de son père, les gros dérapages occasionnels mis à part (encore que celui sur l’Occupation était significatif). Le gaullisme n’a jamais été la haine des autres, mais au contraire un amour de la patrie et des Français qui lui permettait de se projeter dans le monde et d’aimer l’autre, justement.

Gaullisme et extrême-droite ne sont pas solubles

Bien sûr, on pourra toujours soutenir qu’il y avait des éléments d’extrême-droite dans la France Libre, mais ils étaient très minoritaires et justement, le général de Gaulle a réussi l’exploit de rassembler des Français de toutes les origines, de toutes les confessions, de toutes les convictions, sans exclusive, avec un respect des uns et des autres, rassemblés pour défendre une idée qui les dépassait tous, le combat pour une France libre. Le général de Gaulle n’avait rien d’extrémiste.

En outre, il faut rappeler que les gaullistes et l’extrême-droite se sont souvent combattus dans le passé. Tixier-Vignancourt, candidat d’extrême-droite à l’élection présidentielle de 1965, dont Jean-Marie Le Pen était alors le directeur de campagne, avait appelé à voter pour François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle plutôt que pour Charles de Gaulle. Les rangs des assassins du Général étaient essentiellement composés de personnes d’extrême-droite.

Au FN, la haine du Général

Tout ceci donne une perspective particulière aux tribunes publiées sur le site Nations Presse, qui a publié un papier très élogieux au sujet du colonel Bastien-Thiry, l’organisateur de l’attentat du petit Clamart contre le Général. Plus marquant encore, je vous invite à lire ces deux papiers dont l’antigaullisme primaire devrait faire réfléchir certains compagnons dans l’isoloir. En outre, ils émanent d’un site récent (qui a seulement un an) et proche de la direction actuelle.

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer sur les liens, voici quelques extraits. Il est écrit que le colonel Bastien-Thiry a été « assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française ». On retrouve également cette citation: « lorsque la pierre tombale de l’Algérie Française aura été scellée par la volonté acharnée d’un homme épaulé par la lâcheté de tout un peuple, je n’abandonnerai jamais l’idée de pouvoir débarrasser mon pays du personnage qui a corrompu l’âme de la France ».

Bien sûr, nous partageons avec ses électeurs une partie de notre critique de la situation actuelle (tant vis-à- des politiques suivies par l’UMP et le PS ou de cette europe). Bien sûr, nous partageons certaines des solutions que nous souhaiterions mettre en œuvre. Mais non seulement, les côtés obscurs du Front National subsistent toujours, mais surtout, la nature profonde de nos courants de pensée est différente. Le gaullisme n’est pas soluble dans l’extrême-droite.

C’est bien pourquoi, à titre personnel, même si je ne vote pas demain, puisque je réside à Paris, je n’hésiterais pas une seconde entre un bulletin Front National et un bulletin UMP, PS ou autre. Dans tous les cas, je ne me contenterais pas d’un vote blanc et je prendrais le second.

25.03.2011

Marine Le Pen, 90% Le Pen, 10% Marine

La nouvelle présidente du Front National est habile. Presque tous les médias ont véhiculé sans la questionner la thèse selon laquelle elle est moins extrême que son père, plus fréquentable et républicaine. Et si le recentrage du FN était surtout cosmétique ?

Une communication habile

En avril dernier Marine Le Pen expliquait sur Europe 1 que les « saillies » de son père, si elles faisaient son charme, étaient contre-productives. Déjà, en se plaçant sur l’angle de la communication, elle sous-entendait qu’elle ne remettait pas en cause ce qu’est son parti, mais seulement sa communication. Cela limite la rénovation apparente du Front National à une opération de communication destinée essentiellement à augmenter son potentiel électoral.

En cela, la scénarisation de son accession à la présidence du parti de son père était idéale : la confrontation avec plus à droite qu’elle l’a fait passer pour une modérée. Absolument tous les médias ont rapporté sans broncher cette version des faits, qui correspond pourtant exactement à ce que la nouvelle présidente souhaitait que l’on raconte. Son discours, en rupture avec ceux de son père, accréditait parfaitement cette thèse. Bref, l’opération de communication est un succès total.

Mieux, les médias modérés, après avoir relayé l’histoire qu’elle souhaitait raconter, continuent à la traiter comme une pestiférée et à lui donner des leçons de morale dignes d’un procès de Moscou, comme mardi soir au Grand Journal de Canal Plus. Ils ne se rendent pas compte qu’il y a une grande incohérence à valider la thèse d’un recentrage du FN tout en le traitant aussi mal. Du coup, cette émission est sans doute une des meilleures promotions possibles pour Marine Le Pen

Sociologie et programme économique

Pour être honnête, certains aspects de son programme ont évolué avec l’arrivée de la nouvelle présidente. Sa partie économique, volontiers anti-étatiste, antifiscal et d’inspiration franchement libérale est en passe d’être rénovée dans une direction plus proche d’un dirigisme colbertiste et social. D’ailleurs, le FN version Marine Le Pen n’hésite pas à reprendre les analyses de Jacques Sapir sur son site, et même les miennes (mises en ligne dans leur dossier sur l’euro).

En fait, cette évolution est totalement logique et correspond davantage à une base populaire, qui souffre de la mondialisation et en attente d’un Etat plus protecteur. Sociologiquement, avec sa domination des classes ouvrières, que le Parti Socialiste lui a abandonnées, le Front National est « passé à gauche », prenant la place du Parti Communiste. Là aussi, on peut voir dans l’évolution du parti une mise en cohérence avec un objectif électoral plus ambitieux, un souci de communication.

Car le vote Front National est un vote essentiellement social, un vote des exclus du système. C’est un vote qui n’est pas très compliqué à comprendre. Face à des grands partis qui promettent beaucoup et réalisent peu, qui défendent la globalisation néolibérale qui fait mal à ces classes populaires, et qui semblent davantage préoccupés par leur nombril que par le sort des Français, le vote FN a une vraie logique. Mais c’est un vote de protestation et non d’adhésion.

Un programme qui a moins évolué qu’on ne le dit

Mais sur les autres aspects de son programme, le nouveau Front National n’est pas si différent de l’ancien. Marine Le Pen n’a eu besoin de supprimer que deux des vingt-cinq chapitres de son programme, ce qui tempère largement l’évolution affichée du parti. Sur de nombreuses questions, le FN version Marine ressemble comme deux gouttes d’eau au FN version Jean-Marie. Sur l’immigration, elle continue à véhiculer les mêmes mensonges et à surfer sur la peur de l’autre.

Sur les questions de société, le Front National reste dans les marges extrêmes de notre vie politique. Il est toujours favorable à la peine de mort. Et Marine Le Pen s’est également prononcé récemment contre le remboursement de l’IVG, un retour en arrière assez incroyable pour la condition féminine et une pratique profondément inégalitaire dont les conséquences seraient sans doute dramatiques. Enfin, je ne parle pas des mesures discriminatoires entre Français…

On retrouver toujours dans le Front National de Marine Le Pen la même dialectique frontiste du bouc-émissaire étranger, qu’elle n’a que légèrement renouvelée en ciblant davantage les musulmans. On peut être souverainiste ou lutter contre la globalisation ou l’Europe sans tomber dans la haine de l’autre, Là-dessus encore, le Front National bleu Marine reste dans la droite ligne du parti paternel. Marine Le Pen n’a fait que quelques inflexions dans le discours, certes bien ciblées.

Un problème de personnes

En outre, un parti politique, ce n’est pas qu’un discours. Certes, le discours de son accession à la présidence du FN marquait une forte inflexion. Mais depuis, dans le détail, la différence n’est pas si grande. Et puis surtout, le FN, ce sont aussi des dirigeants, qui accèderaient au pouvoir si Marine Le Pen était élue à la présidence de la République. A tous ceux qui sont tentés de voter FN, je demande de réfléchir aux personnes auxquelles ils donneraient les manettes du pouvoir…

Une analyse rapide de la composition du Bureau National du FN permet de constater qu’une bonne partie de ses membres n’a pas changé, avec des personnes liées à l’OAS… Ce parti conserve aussi comme logo la flamme tricolore des fascistes Italiens nostalgiques de Mussolini. En outre, on ne peut pas dire que les expériences des gestions municipales frontistes aient révélé de grandes compétences parmi les divers maires que le Front National a fait élire.

Par ses dirigeants, par sa culture, par son histoire, bref, par ce qu’il est encore aujourd’hui, et qui n’est pas si différent de ce qu’il était hier, le Front National reste un parti d’extrême-droite, un parti qui refuse de laisser les journalistes pénétrer son Congrès, un parti dont le président d’honneur parle du « nez » des juifs, dans la pire tradition extrémiste du début du siècle dernier, un parti qui élit la fille de son père pour lui succéder (ce qu’aucun autre parti républicain n’a jamais fait).

Bref, si Marine Le Pen a parfaitement réussi son opération de communication, il faut se souvenir d’une chose : c’est essentiellement une opération de communication. La nature profonde du parti a un peu changé, mais seulement un peu, et peut-être plus par calcul que par réelle conviction républicaine.

Sur le front républicain, je vous invite à lire l’excellent papier de Romain Pigenel

Demain, lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN

24.03.2011

La réforme de la finance peut-elle passer par l’UE ?

Il y a quelques jours, le Parlement Européen a voté en faveur de l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Si ce vote, sans conséquence, démontre à nouveau le fonctionnement ubuesque de l’Union Européenne, il montre un changement d’état d’esprit bienvenu.

Les progrès des idées régulatrices

Bien sûr, ce vote restera sans conséquence et on pourra toujours se demander s’il aurait été similaire si les personnes qui avaient voté avaient réellement eu le pouvoir de mettre en place une taxe sur les transactions financières. En effet, une très large majorité des députés européens (529 pour, 127 contre) a voté en faveur de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières qui pourrait théoriquement rapporter 200 milliards d’euros, une somme bienvenue aujourd’hui.

Mais, une majorité plus restreinte (360 pour, 299 contre), s’est prononcée pour son application immédiate grâce au soutien de la CDU et d’une majorité de l’UMP, qui ont voté en faveur de cette proposition venue des rangs de la gauche et des écologistes. En outre, les députés européens ont pris position pour réduire drastiquement l’usage des CDS et des ventes à découvert. Malheureusement, le gouvernement Français tient un double-discours qui freine les avancées sur ces sujets.

L’Europe : frein ou opportunité de réforme ?

On peut voir ce vote de deux manières : d’une part se dire que si les questions de réglementations financières avaient été confiées au Parlement Européen, à la majorité simple, alors nous aurions fait de véritables progrès. Cela pourrait soutenir un mouvement vers plus d’intégration. Mais de l’autre, on peut légitimement se demander si le vote n’aurait pas été différent s’il avait réellement eu une valeur légale, poussant alors les lobbys à intervenir.

En effet, ces écarts de majorité ne sont guère encourageants pour cette taxe sur les transactions financières, oubliée par le G20 et soutenue par Joseph Stiglitz. Outre le fait que dans des conditions réelles, la majorité serait tout sauf garantie, on peut imaginer que la Cour de Justice y trouverait à redire (en fonction du sacro-saint principe de liberté de circulation des capitaux), de même que la Commission Européenne, qui ne goûte guère cet interventionnisme.

Bref, plus d’Europe, ce ne serait pas forcément plus de régulation, comme on le constate depuis toujours. Et dans le cadre actuel, il est évident que la Grande-Bretagne, le Luxembourg et la Belgique freineraient des quatre fers. La seule solution serait une initiative de l’Allemagne et la France, avec l’Italie et l’Espagne pour créer une Zone Européenne Financière régulée, instaurant à la fois un contrôle des changes et une taxe sur les transactions financières.

L’intérêt de cette nouvelle est de montrer qu’il existe une vraie opportunité de réformer la finance à l’échelle du continent avec l’Allemagne. Mais pour cela, il faudra passer outre les règles actuelles de l’UE. Ce n’est pas l’Europe qui domestiquera la finance, mais quelques grands Etats décidés.

23.03.2011

Les dérapages de Claude Guéant

Le bras droit de Nicolas Sarkozy était peut-être le parfait secrétaire général à l’Elysée (à part pour les ministres, qu’il passait son temps à court-circuiter). Il se révèle être un déplorable ministre de l’Intérieur, multipliant les déclarations plus critiquables les unes que les autres.

Les pieds dans le plat… de l’UMP

Ses récents propos évoquant « l’immigration incontrôlée » et « le sentiment (des Français) de ne plus être chez eux » lui ont valu une carte d’adhérent de prestige du Front National. Par-delà la énième tentative d’instrumentaliser les questions d’immigration politiquement, cette déclaration est complètement stupide. Marine Le Pen n’a pas eu tort de lui donner symboliquement cette carte tant elle pourrait avoir du sens de la part d’un membre de son parti, mais pas d’un ministre.

Car si l’immigration est incontrôlée et les Français ont le sentiment de ne plus être chez eux, qui peut en être davantage responsable que Nicolas Sarkozy et son bras droit, en charge de ces questions depuis neuf ans ? Nicolas Sarkozy a été ministre de l’intérieur quatre ans, avec Claude Guéant comme directeur de cabinet et il est aujourd’hui à l’Elysée. S’il y a un problème, c’est qu’il ne l’a pas réglé et qu’il en est responsable. Inconsciemment, il se tire dans les pieds.

Le serial gaffeur de la place Beauvau

Mais ce n’est pas tout. Naturellement, il a confirmé ses propos en disant « qu’un excès d’immigration trouble les Français ». Cette capacité à susciter la peur des Français, à entretenir les fantasmes de nos compatriotes tout en y répondant par une agitation ne produisant aucun résultat est le cocktail idéal pour continuer à faire monter le Front National. Comment Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte que cette stratégie est totalement suicidaire pour lui ?

Pire, le ministre de l’Intérieur s’est également distingué dimanche soir pour la présentation totalement abusive des résultats des élections cantonales, en additionnant le score des candidats de la majorité présidentielle mais aussi celui de divers droites dont certains étaient dans l’opposition (Debout la République, apparentés Modem…) pour gonfler le score bien maigrelet de l’UMP. Ce faisant, il n’a pas même pas additionné les divers gauches au PS.

Et hier, il a commis une nouvelle énorme bévue en se félicitant que « Nicolas Sarkozy ait pris la tête de la croisade contre Kadhafi ». Cette déclaration, digne d’un néoconservateur étasunien de la pire espèce, est plus que maladroite de la part d’un ministre en exercice. Elle contribue à faire de l’intervention en Lybie un nouvel épisode de la guerre entre un Occident chrétien et le monde arabe, contrairement à tout ce que la diplomatie Française essaie de faire.

Ce dernier dérapage est totalement inacceptable. En tant que ministre d’une République engagée dans une intervention militaire en Libye, Claude Guéant doit absolument présenter ses excuses pour ces propos qui sont inadmissibles dans un tel contexte.

22.03.2011

Cantonales : une répétition pour 2012 ?

Dimanche, une petite moitié des Français appelés aux urnes ont voté pour les élections cantonales. Un scrutin qui confirme les sondages : une déception générale de la politique illustrée par l’abstention,  l’UMP au plus mal, un PS devant par défaut et une percée spectaculaire du FN.

Une confirmation des sondages

Finalement, le vote des Français démontre que les derniers sondages ont du sens. Je vous invite à vous rendre sur le blog de Laurent de Boissieu qui présente un historique des résultats aux élections cantonales, en analysant les résultats de 2004 et de 2008. La percée du FN n’en prend que plus de relief : 15%, soit trois fois plus que les 5% en 2008, dépassant le record de 2004 (12%). En outre, le score moyen monte à 19% dans les cantons où il est présent.

Parallèlement, le score de l’UMP est désastreux : 22% avec la majorité (17% stricto sensu), contre 25% en 2004 et 2008. Le total de la droite (qui inclut des partis d’opposition comme DLR, qui a signé quelques beaux résultats), ressort à 31% contre 37% en 2004 et 41% en 2008 ! Le score du PS est médiocre (25% ou 32% avec les divers gauche), soit moins qu’en 2004 (33.5%) et en 2008 (35%). La gauche de la gauche se maintient à 9%, les Verts doublent leur score à 8%.

Bref, le résultat est assez clair : un désastre absolu pour la majorité présidentielle qui perd dix points en seulement trois ans, au profit intégral du Front National. Le vote des Français est net : ce que perd l’UMP est directement récupéré par le Front National. Le Parti Socialiste ne profite qu’indirectement de la déconfiture des troupes de Nicolas Sarkozy, signe qu’il ne convainc pas du tout les Français puisque les écologistes lui grignotent même quelques électeurs.

L’UMP, entre déni et ubuesque

Il faudra un jour que quelqu’un dise à Nicolas Sarkozy à quel point les éléments de langage qu’il transmet à ses équipes sont totalement grotesques. Le ministre de l’intérieur n’a vraiment pas eu peur du ridicule en additionnant les voix de tous les divers droite à celles de l’UMP mais sans le faire pour le Parti Socialiste, permettant à Martine Aubry et Marine Le Pen d’attaquer cette présentation malhonnête des choses. En niant la réalité, ils perdurent dans l’erreur…

La position présentée par Jean-François Copé pour les seconds tours PS/FN a sans doute atteint le comble du ridicule. En refusant d’appeler à faire barrage au FN tout en indiquant qu’il appelait à ne pas voter pour eux, l’UMP parvient l’exploit de se fâcher avec tout le monde en boycottant le parti de Marine Le Pen, qui n’est pas véritablement moins ostracisé tout en ne rendant pas son pareil à la gauche qui a indiqué clairement qu’elle soutenait l’idée de Front Républicain.

Se faisant, si Copé est devenu le menuisier en chef de la langue de bois, au lieu de l’arrêter, sa position est contredite ou complétée de manière anarchique par ses troupes entre un Xavier Bertrand qui indique qu’il votera blanc et une Valérie Pécresse qui dit qu’elle fera barrage au Front National, tout comme François Fillon. Bref, beaucoup ne suivent pas la position ubuesque proposée par le Secrétaire Général de l’UMP qui semble décidemment jouer la défaite en 2012.

Bref, entre une majorité largement désavouée et perdue dans des discours inaudibles et un Front National qui récupère tous les déçus de Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste devrait gagner par défaut, sans le moindre enthousiasme des Français, faute de mieux.

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